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Full text of "Revue de l'art chrétien"

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REVUE 



DE 



LART CHRÉTIEN 



RECUEIL MENSUEL 



Tf'cARCHEOLOGIE %ELIG1EUSE 



dirigé par ' \ • 

M. LABBE J. CORBLET 

Chanoine honoraire, Hijloriographe du diocèje d'Amiens, 
Correfpondant de la Société des Antiquaires 

de France. 



QUlNZIHMh -\NNhh 



Bureaux de la Revue ' Librarie Saint-Germain 

A. PLANQUE â 0«, IMPRIMEURS PUTOIS-CRETTÉ, EDITEUR, 

RUE DES ONZIC-MILLK-VIIRGF.S RUK DE l'aBBAYE, 1 3 

MDCa.LAXli 



i 



'f 



L'ART AU XIII" SIÈCLE. 



LA THEORIK DES TYPES. 



L*étude que nous allons publier pourrait avoir ce titre, qui en 
donnerait une idée plus complète : c Quels sont les types arti- 
stiques auxquels on peut ramener toutes les œuvres intellectuelles 
de la fin du XII* siècle et du commencement du Xlll""? » 

Toutes les œuvres d'art, en effets peuvent se ramener aisément 
à un certain nombre de types. Nous allons faire passer sous les 
yeux de notre lecteur tous ceux qui se rapportent au XIIP siècle, 
et particulièrement au règne de Philippe Auguste. Nous indi- 
querons avec soin l'origine de chacun d'eux et sa physionomie ; 
puis, nous en donnerons un exemple saisissant. Nous voudrions 
que désormais chacun de nos lecteurs pût s'écrier, à la vue d'un 
ouvrage de cette époque : « Il appartient à tel genre que je con- 
nais, il se rapporte à tel type que j'ai gravé dans la mémoire. » 
Tel est le but que nous voudrions atteindre. 



418156 



G l'aht au xm' sièci.k. 



II 



LA CATHEDRALE 



Le type de rarchitecture reli*îieiise, c'est une cailiéJralc, et, 
dans une autre élude, nous avons fait assister nos lecteurs à la 
longue et pénible formation de cet admirable type. 

« A la mort de Philippe Auguste, en 1223, dit M. VioUrt- 
Leduc, les principales cathédrales com[)rises dans le domaine 
royal étaient celles de Paris, de Chartres, de Bourges, de Noyon, 
de Laon, de Soissons, de Meaux, d'Anîiens, d'Arras, de Cambrai, 
de Rouen, d'Évreux, de Séez, de Bayeux, de Coutanccs, du Mans, 
d'Angers, de Poitiers, de Tours. Or, tous ces diocèses avaient 
rtféa/i leurs cathédrales, dont les constructions étaient alors fort 
avancées. Si certains diocèses sont politiquement unis au domaine 
royal et se reconnaissent vassaux, leurs cathédrales s'élèvent ra- 
pidement sur des plans nouveaux, comme celles de la France : 
les diocèses de Reims, Sens, Châlons et Troyes en Champagne, 
sont les premiers à suivre le mouvement; en Bourgogne, ceux 
d'Auxerre et de Nevers, les plus rapprochés du domaine royal, 
reconstruisent leurs cathédrales ; ceux d'Autun et de Langres, les 
plus éloignés, conservent leurs anciennes églises, élevées vers le 
milieu du XII" siècle. Dans la Guyenne restée anglaise, Bordeaux 
tente un etforl vers 1225 ; mais Périgueux, Angoulême, Limoges, 
Tulle, Cahors et Agen gardent leurs vieux monuments. » D'où 
Ton peut conclure que le grand mouvement de la construction 
de nos catiiédrales est dû au mouvement parallèle de la Royauté 
française. Cette merveilleuse période, dit M. VioUet-Leduc, « est 
comprise entre les années 1180 et 1240. Plus on est loin de ce 
soleil fécondant de la Royauté, plus Ton reste dans Tinaction des 
ténèbres. 



l'art au xiii^ sièclk. 



m 



LE GIIA?ÎD PORTAIL, LA PAÇADK, LES TOmS 



« La cathédrale de Paris fut commencée vers 4160 par Maurice 
de Sully; à la mort de cet évêque, en i 196, le chœur était achevé 
jusqu'au transsept, et la nef élevée sous voûte jusqu'à la troi- 
sième travée après les tours, mais seulement à quelques mètres 
au-dessus du sol. Eudes de Sully continua l'œuvre jusqu'en 1208. 
Hais la grande façade* et les tours furent seulement commencées 
vers 1248, sous l'épiscopat de Pierre de Nemours. En 1223, le 
portail était achevé jusqu'à la base de la grande galerie à jour qui 
réunit les deux tours, lesquelles furent trop rapidement con- 
struites en 1235 et restèrent inachevées *. » Vous voyez que 
nous pourrions prendre Notre-Dame de Paris comme un type au- 
quel il nous serait facile de tout ramener. Faisons mieux ; pro« 
menons-nous dans une cathédrale idéale, qui soit scientifique- 
ment conforme à toutes les règles que nous venons d'établir. 

La façade nous retiendra longtemps. Elle nous offre un triple 
portail, à l'ouverture évasée, composé chacun d'un certain nom" 
bre de voussures en retrait, d'un trumeau et d'un tympan. Vous 
savez l'origine de ces accidents d'architecture. N'oubliez pas le 
poids énorme des tours, qui se fait sentir sur toute cette partie de 
l'édifice sacré. Il explique suffisamment l'amour du plein, l'hor- 
reur du vide. Quel parti d'ailleurs, quel riche parti les archi- 
tectes ont su tirer de ces nécessités I Contre le trumeau ils ont, 
ainsi que nous l'avons dit, appliqué la statue du Christ enseignant 
ou de la Vierge-Mère. M. Michelet prétend que la Mère, au XllI' 
siècle, a remplacé partout le Fils à la place d'honneur : c'est une 

* Viollet-Lcduc, nu mot Calhédnile. 



8 I/ART au Xlir SIFCLE. 

calomnie qui est démentie par un grand nombre de nos monu- 
ments. Dans les voussures, les sculpteurs ont fait vivre, respirer, 
chanter, prier toutes les hiérarchiesangéliques, les saints de TAn- 
cien Testament, les élus de la Loi nouvelle. Mais le tympan leur 
présentait une surface bien plus commode et plus étendue. A l'é- 
poque romane, ils s'étaient généralement contentés d'y repré- 
senter le Christ au milieu des quatre Evangélistes symbolysés, par 
le lion : Marcus ut alla fremens vox per déserta teonùm ; par le bœuf 
ailé : Jure sacerdotii Lucas tenet ora juvenci ; par l'homme ailé : Hoc 
Matthœus agens^ hominem generaliter implety et par l'aigle : More vo- 
lons aquila verbum petit ad astra Johannes. Et Ton pouvait prendre 
pour épigraphe de tout ce bas-relief : Hoc sedet arce Deus, mundi 
reXf gloriaCœli^ — Quattuor hic rutilant une de fonte fluenies. Hais, à 
la fin dû XII* siècle, au commencement du Xlll*', le sujet favori 
des sculpteurs chrétiens, est le Jugement dernier. Sous les yeux 
du Christ vainqueur, entouré des instruments de sa passion 
triomphante, saint Michel pèse les âmes. Avec un horrible rtWu^, 
les Démons attendent leur proie, et l'un d'eux met insolemment 
son pied velu dans la balance, tandis qu'un autre se suspend, 
horrible, au plateau infernal. Mais le jugement est prononcé. 
Voici que les élus s'en vont au ciel, tous chantants, tous cou- 
ronnés : il n'y a plus de pauvres, il n'y a plus de petits, il n'y a 
plus que des rois. Cependant, un démon d'une laideur repous- 
sante emporte dans l'enfer un roi, un moine, un évêque, un che- 
valier, un paysan, et sa joie se trahit dans le hérissement abject 
de ses crins, dans le sourire convulsif de sa gueule. Dites-moi, si 
vous le voulez, que cette sculpture est primitive, je le veux, j'y 
souscris. Mais laissez-moi dire à mon tour que ces scènes si puis- 
samment rendues ont eu une influence excellente sur les rudes 
générations des çiècles féodaux. Combien de fois, à l'aspect de ces 
diables horribles, de ces chaudières infernales, de ces damnés 
qu'on y empile, de ces épouvantables et inénarrables tortures, 
combien de fois le baron violent, le prêtre mondain, le bourgeois 
sensuel du Xlll* siècle n'ont-ils pas frémi de peur et n'ont-ils pas 
résolu de changer leur vie, de se convertir, de réparer le mal et 



l'ajit au uii* siècle. 9 

de faire le bien ! Ah I TÉglise sait bien ce qu'elle fait. Par ces 
moyens secondaires, et que vous méprisez sans doute, elle a sauvé 
le monde encore mal christianisé, et c'est elle qui peut dire, 
mieux qu'un héros moderne : t Je jure que tel jour j'ai sauvé 
la |iatrie ! » 

Les autres portails ne sont pas décorés moins richement. Que 
dire de celui de la Vierge, à Notre-Dame de Paris? M. Viollet- 
Leduc y voit avec raison c une des plus belles conceptions de 
l'art au Moyen-Age, soit comme architecture, soit comme orne- 
nientation, soit comme statuaire. Sur le socle du trumeau cen- 
tral est placée la statue de la Vierge tenant l'Enfant; sous ses pieds 
elle foule le dragon à tète de femme ; Adam et Eve, des deux cô~ 
tés de l'arbre, sont tentés par le serpent. » Au-dessus brille l'Ar^ 
elle d'alliance, sous la forme d'un dais cbarmant, et « la glorifi- 
cation de la Vierge y est complète. » Trois prophètes et trois rois 
(ces six Dgures sont des plus belles entre toutes celles de cette 
époque) figurent les écrivains inspirés qui ont annoncé la ve- 
nue du Messie, et les rois ses antêtres. Ils méditent. Dans un se- 
cond linteau du même tympan est sculpté l'ensevelissement de 
la Vierge et, dans le tympan supérieur, nous voyons son couron- 
nement au milieu des anges par la main de son divin Fils. Dans 
les quatre rangées de claveaux frémissent les anges, les rois aïeu^ 
de la Vierge, les prophètes, les saints de l'ancienne loi. « Huit 
statues garnissent les ébrasements : ce sont saint Jean-Baptisie, 
saint Etienne, premier martyr, le |)ape saint Sylvestre et l'empe- 
reur Constantin; puis, saint Denis et sainte Geneviève. La terre, 
la uicr, la révolution annuelle figurée fuir trente-sept haâ-rc 
liefs, » qui représentent les signes du Zodiaque et les occupations 
de l'année, « assistent à cette Epopée divine et paraissent lui ren* 
dre nu éternel hommage. » Ainsi parle M, Viollet-LeJuc, et il est 
Ijermis de partager son enthousiasme. Ce triple portail est toute 
une encyclopédie vivante. Ajoutez-y l'image d'Adam et Eve, ajou' 
tez-y surtout la statue de l'Église, couronne en tête et couverte 
de vêtements splendides, tendant joyeusement la coupe sacrée 
où elle reçoit le sang de Jésus-Christ, ci celle de la Synagogue 

TOMB XV 2 



10 L'AKt AU itli* StÈGLJS. 

eu babils de deliil, laissant tomber les tables de la loi, là (été 
voilée, les yeux bandés par un serpetit, bandeau vivant et froid 

(Jumelle garde volontairement, mais que nous espérons bien voir 
tomber un jour. 

Au-dessus de cette triple porte s'élèvent les tours, dont la forme 
a varie ; car rien n'est plus souple que le style gothique : il s'a- 
dapte à tout, et si Tarcbitecture antique lui est supérieure |)ar 
ses proportions, il lui est certainement supérieur par la fécon- 
dité. Tantôt les toufs sont carrées par la base, rondes ou polygo- 
nales à leur sommet; tantôt elles sont surmontées de Ûèches ai- 
guës. Une galerie à jour lés relie l'une à l'autre, comme une 
guirlande de fleurs entre deux géants... 

Et maintenant eiilrons dans rédiflcc, il en est tem|)s. 



IV 



LA NEF, LE TRANSEPT, LE CHOEUR. 

Ce qui nous frappe tout d'abord, ce sont ses proportions. Les 
architectes ont une tendance, de plus en plus accentuée, à en 
exagérer la hauteur. A Laon, la cathédrale n'a que 28 mètres i]û 
de hauteur siu* 10 mètres de largeur; Amiens offre une élévation 
de 42 mètres pour une largeur de Î4 mètres. Mais Beauvais s'é- 
lève à i3 mètres, Boauvai^qui est le modèle de Cologne, l^eut- 
êtfe y a-t-il excès. Et l*on ira plus loin. 

Arrêtons-nous maintenant devant une travée de la nef et dé- 
crivons-la. Tout d*abord, le pavé sur lequel nous iiiarchons mé- 
riterait d'être longuement étudié. C'est un carrelage émalllé, 
jaune sur noir-brun : ce sont des briques carrées noircies par 
un oxyde métallique, où Ton a estampé un dessin en creux. Ce 
creux a été rempli par une terre blanche qui est couverte elle- 
même d'un émail transparent. Les dessins sont des plus simples, 
ce sont des lions passants, des aigles à deux tètes, des griiTons. 
des rosacés, des fleurs de lys. L'effet en est saisissant et calculé 
de manière à faire Valoir toutes les paities de Tédiflce avec toutes 



LAET AU un* SltOLiS. Il 

leurs couleurs harmonieusement assorties. En relevant les yeux^ 
qui sont ravis sans être fatigués, nous apercevons notre travée^- 
ty(ie : elle se compose de trois étages. Au re2-de*chaus$ée« si vous 
me pennettei de me servir de ce mot trop bourgeois, sont les 
grandes arcades qui rappellent les portiques de la basilique pri* 
mitive. Ces arcs brisés (et sous lesquels se rencontrent parfois des 
doubleaux munis de colonnettes pour piédroits) appuient leurs 
retombées sur d'énormes colonnes. Les soubassements de ces 
fûts dispro|K>rtionnés sont composés avec une série de moulures 
antiques heureusement modiGées et artistiquement combinées. 
Mais c*est aux chapiteaux qu'il faut donner toute son attention. 
Une transformation immense, capitale, y éclate : par malheur, 
elle n'est pas nettement visible à la cathédrale de Paris. Les go- 
thiques, en effet, ne se sont pas contentés de révolutionner l'ar- 
chftccUire avec le système de leurs arcs*boutants ; ils ont encore 
révolutionné toute la science de l'ornement. Et c'est à cause de 
cette dernière révolution, remarque2-Ie bien, que l'on peut fort 
légitimement donner le nom de gothique'àdes édifies tels que 
les chapelles, les églises rurales, les hôlels^de-Ville, les maisons 
enfin 9 auxquels on n'a pas eu lieu d'appliquer le système du pi- 
lier*butant. En deux mots, les romans avaient conservé pour base 
de leur ornementation l'acanthe grecque, plus ou moins heurcu « 
sèment déformée. Or, l'acanthe est un feuillage artiflcieL Les go- 
thiques ont fait un coup d'État et ont emprunté directement tous 
leurs ornements à la nature. Ce sont des lierres, des roses, des 
pampres, des figuiers, des feuillages, des fleurs et des fruits de 
toute sorte. Chaque pays ayant sa flore spéciale, eut son orne- 
mentation particulière, et je me rappellerai toujours les admi- 
rables chapiteaux du Palais des Doges, à Venise, qui sont peut- 
être le plus beau spécimen de l'ornement gothique. Toutes les 
plantes de la Vénétie y sont représentées. Des anges ou de petits 
personnages humains montrent leurs têtes fines à travers ce ri- 
deau de verdure* On n'a jamais rien conçu de plus varié ni de 
plus charmant. Ce n'est pas seulement un poème théologique 
qui est exprimé par les pierres vivantes de nos églises, c'est un 



paysage tout euUer, c'est un petit monde, ce sont les bois et les 
fontaines, et, tout à Tlieure, ce sera le ciel. 

Le second étage, c'est la tribune. Elle est encore fort Taste à 
Notre-Dame et dans les églises du même temps.' A Paris, elle peut 
contenir 1,500 personnes sur quatre rangs. Elle s'ouvre sur la 
grande nef par un charmant système d'arcades et de colonnettes 
qui donnent plus de force à la maçonnerie en y ajoutant une 
nouvelle élégance. Quant au troisième étage, ce sont les grandes 
fenêtres de la nef centrale. À Notre-Dame, il y en avait deux au* 
dessus Tiire de l'autre, l'une en forme de rose avec des mem- 
brures de pierre, l'autre en arc brisé et sans nervures. Hais pres- 
que partout ailleurs une seule fenêtre sufQt: elle est déjà d'une 
belle largeur et laisse passer un jour abondant à travers ses vi- 
traux éclatants. Au-dessus est la voûte s'appuyant sur les for- 
nierets. Celte voûte est presque toujours exécutée, comme à No- 
tre-Dame, d'après le système normand, qui embrasse et confond 
deux travées en une seule. Les arcs doubleaux ont pour piédroits 
des colonnettes quelque peu massives qui s'arrêtent sur l'abaque 
des grosses colonties; les piédroits de la croisée ogive ont égale- 
ment reçu la^forme de colonnettes, et il en est de même pour ceux 
des formerets, (]ui, le plus souvent, se terminent à la corniche 
ile la tribune. Rien n'est inutile dans ce système de colonnettes 
(|ui parait si fantaisiste, si compliqué. Prenez, prenez le faisceau 
le plus abondant: je vous démontrerai aisément qu'aucun mem- 
bre de ce faisceau n'est dû à l'imagination de l'artiste et qu'ils 
servent tous à quelque chose. C'est le signe certain d'une bonne 
et saine architecluri*. 

Le transept, à ses extrémités^ est généralement décoré en fausbe 
architecture. Deux roses éclatent au-dessus de deux portails qui 
sont conçus comme ceux de la façade. 

Toutes les travées de l'église ressemblent d'ailleurs à celle que 
nous venons de décrire. 11 y a longtemps en effet (c'était encore 
dans rUe-de-France) qu'on eut l'idée de couvrir l'abside par une 
iférie de membrures de pierre ou de quarts d'arc, par une véri- 
table carcasse de doubleaux que l'on appuya sur des piédroits en 



L*A1iT AU XIII* SIÈCLE. 13 

forme de colonnettes, semblables à ceux de tous les autres dou- 
bleaux. Six quarts d'arc suffirent, et l'abside eut ses travées tout 
comme la nef, tout comme le cbœur. D'un autre côté, on avait 
abandonné la coupole, dont l'exécution était difficile et dont 
la physionomie était lourde, et l'on avait couvert le carré du 
transept avec une immense croisée ogive. Ces révolutions étaient 
accomplies dans la seconde moitié du XII* siècle. Toutefois, il 
restait un dernier pas à faire pour que l'ancienne basilique fût 
définitivement appropriée à tous les besoins du culte catholique. 
On ne pouvait pas encore circuler autour du chœur et de l'ab- 
side : les Romans, alors, créèrent la galerie du cliœur, et désor* 
mais les processions purent se développer tout autour de l'édifice 
sacré. Trois, cinq ou sept chapelles s'ouvrirent sur cette galerie 
nouvelle, voûtées d'abord en cul de four, puis en ogive, Tondes 
d'abord et puis polygonales : celles de la nef ne devaient être inau- 
gurées qu*à la fin du XIII* siècle, pour combler heureusement les 
es|>accs vides qui se trouvaient entre les pillers-butants. On sé« 
para le chœur de la galerie par la création de nos admirables 
rM/tir^s sculptées ou par des rideaux; les stalles apparurent au 
XIll* siècle, et nous pouvons citer pour exemple celles de Notre- 
Dame de la Roche, près de Ciievreuse, de Poitiers et de Saint^An* 
doche à SaïUieu. Désormais, l'église chrétienne était complète ; 
elle était même arrivée à son plus haut point de perfection, et sa 
décadence commencera dès le XIIP siècle. 

Cependant, nous ne pouvons, même a en faisant de l'art, » 
oublier que nous sommes chrétiens, et avant de quitter la ca- 
thédrale, nous irons nous agenouiller près de l'autel. L'autel de 
la cathédrale d'Arras, dont on possède tout l'ensemble, ressem- 
blait à l'autel de Notre-Dame qui n'existe plus depuis longtemps. 
Il est en marbre blanc, et aussi en argent naturel ou doré. Der-^ 
rière le rétable, on voit la tour en marbre blanc rehaussé de do- 
rures ; une crosse y soutient le ciboire, suspendu par une chaîne. 
Au sommet est le Christ en croix, assisté par les anges; le dessous 
de l'autel nous offre trois pieds carrés et des massifs en biseau : 
Sur le rétable sont posés les reliquaires. Tout autour de l'autel 



14 l'art au xiii^ siiciE. 

(décoration charmanto et qu'on a eu tort ^'abandonner) sont c$* 
pacéea en rectangle six colonnes d'argent et de vermeil. Elles 
soutiennent six anges qui portent les instruments de la Passion 
<fntre leurs mains pieuses* Ces gracieuses colonnettes sont mu- 
nies de tringles sur lesquelles glissent des rideaux. Tout cet en- 
semble est délicieux, et les lourds autels du XVll* siècle ne nous 
ont pas plus consolé de l'abandon de ceuxduXlIl* ou du XV* siè- 
cle, que Boileau ne nous -a consolé de l'abandon de notre poésie 
religieuse et nationale. 



L'ARCfilTKCTURB CHTILB ET UILITAIRB 

La Cathédrale est le type de rarcbitecture religieuse ; l'Hôlel- 
de^ville» de rarcbitecture civile ; le Château, de l'architecture mi« 
litaire. L'Église, la bourgeoisie, la noblesse, ces trois ordres ont 
chacun leur demeure, leur palais, leur centre, et c'est là que 
Tune prie pour l'État, et que les deux autres travaillent et com- 
battent pour lui. 

Par malheur il ne nous reste en France aucune maison de ville 
qui date du règne de Philippe Auguste. Le XIII* siècle français 
n'a pas, d'ailleurs, élevé un seul de ces édifices qui soit véritable- 
ment important ; la « maison de la Marchandise à Paris était 
simple, et rien n'en est parvenu jusqu'à nous. > Il faut remonter 
cinquante ans plus haut pour trouver à Saint-Antonin un mo- 
dèle d'hôtel-de-ville... Le rez-de-chaussée est réservé aux halles, 
et c'est au commerce que sont ouvertes ces belles arcades brisées. 
Au premier étage règne une galerie à claire-voie, toute rectiligne, 
toute rectangulaire, Houtenue (Kxr deux [ûlastres ornés de scul- 
ptures et par douze colonnettes. Le second étage est formé par de 
grandes fenêtres en plein cinlro qui sont géminées et s'ouvrent 
sous une arcade plus développée, en fausse architecture. Le tout 
. s'abaisse au-dessus de ces fenêiros. Sur le flanc, une large place 
est donnée à la tour, dont les fenêtres en arc brisé sont égale- 






l'art au i^ni^ siicLiç )$ 

inent géminées. Le tout est sobre, pur, tout k la fois austère et 
cbarmaot. 

Quant aux châteaux ils abondent et nous en possédons cent 
modèles. 

Sous Philippe Auguste, le donjon, qui est le centre du château, 
tend à devenir rond après avoir reçu la forme d'un quatre-lobes 
ou d'un écu. Depuis environ un siècle, toutes les défenses exté- 
rieures, les anciennes kaicsy les plexiiii sont devenues de forts ou- 
vrages en pierre ; eoflPt à la fia 4u Xil^ sièclQ, uao «^qpde [^ré- 
cinctiqn de pierret la chemise du donjon, est vonuQ ^joptçir Vi)^ 
nouvelle force à ranciqn castellum. GéaérâlQmept on b4tit l^ châ- 
teau contre une colline, contra un escarpement n^^m^li c'eat 
un côté de moins à protéger, h^ dpnjou, toujours en pierre^ 69t 
partagé en un certain nombre d'étages qui pont voilés m Qgive : 
cette croisée a généralçmept huU pièces, et les pia4r-çitA ^'f^rrft- 
tent à moitié chemin sur une çQpsû)eorné9 dQ f^niUag^t Dans te 
sous-sol est le puits ; au premier étage est la salle où $e foi|^ Içp 
grands fe#tinjB, où se tient la cour féodfile ; plu» h^ut demeufent 
les hôtes çt les serviteurs. Sur Tespl^nade» un vassal fait Iq guai 
Le doi^çn de Coucy a 31 mètres de diamètre et 53 lï^iir^ d€! 
hauteur; chacun de ses étages contient une salle peinte, e\ voû^ 
tée à douse arcs^ qui sonf reliés par une clé d^ voûte percée. Le 
second étag^ est, dit. M. Viollet-Lt^duc, une des piqs belles con* 
captions du J4oyen-Age. C'était là que se réunissait la garni&oiit 
Tout autour de cette saUe à douze pans règne une galerie for^- 
mant balcon d'où tout le monde pout (lisémeot ento^dre la VQÎ^ 
du chef. Ce donjon ainsi construit s(5 trwve au miliea . if Uqç 
haute cour défendue par quatre tourelles, et il est q(i qonqmuiMi- 
cation par un pont-leyis avoc la basscncour» q\.\\ esX beaucoup 
plus étendue et que prolégept dix autres to^relles• A {'extréinilé 
la plus éloignée est placée la porte, dont l'entrée ^aigiiritéo pMT 
de^x tours bcaucou p plus fortes que toutes les Autres^ par iin pQiU'* 
loTîst et une herse. Dana I4 basse^our peuvent s^ réfugier ^^ be« 
soin tous )çs gens des yUlagea voisins. Tout préseiHeenc^ci jt; ut 
sais quel aspect farouche. C'est au siècle sqivapt seul^in^t qiit 



16 l/AftT AU XIII* SlAOLB. 

le chftteau quittera sa physionomie militaire pour accepter Télé* 
gance et subir la grftce. Il n'y a rien perdu. 



VI 



LA PEIMTOHB. 

La peinture est presque uniquement architecturale. Le tableau, 
la toile n'existent pas^ et je ne puis admettre avec M. Viollet-Lo' 
due que ce soit un des titres du Moyen-Age à notre admiration. 
Si, d'ailleurs, nous voulons remonter aux origines de la pein- 
ture murale, elles se perdent dans la nuit des temps : tous les 
peuples antiques ont peint leurs monuments, et il est mainte- 
nant prouvé que les Grecs, loin d'échapper à cette loi, ont connu 
une architecture fiolychrome, où les couleurs furent des plus 
vives. 

Pour nous borner à notre histoire nationale, il est certain que 
les premières basiliques chrétiennes de la Gaule étaient, comme 
celles d'Italie, ornées de mosaïques précieuses, et que les pou- 
tres de leurs laçueana étaient peintes et dorées. « GundovaUi, dit 
saint Grégoire de Tours^ fit |)eindre ainsi la basilique de Sainte- 
Perpétue. » Hincmar de Reims orna de peintures les voûtes de 
sa cathédrale, et, malgré la pauvreté de leurs premières églises, 
les Romans continuèrent ces traditions. Jusqu'au Xl° siècle, pen- 
dant toute la période latine, nos pères avaient peint sur la pierre 
de leurs basiliques ou sur un enduit. Un badigeon blanc jau- 
nâtre recevait quel(|ues dessins très-déliés en noir ou en ocre 
rôuge ; près du sol, régnaient des tons soutenus avec quelques 
filets verdâtres, jaunes et blancs. Les sculptures elles-mêmes 
étaient recouvertes de ce badigeon. Les ornements étaient, en 
général» relevés sur un fond rouge et rehaussés de traits noirs 
(!t de teintes jaunes. Nulle part à cette époque, nulle part durant 
tout le Moyen-Age, on ne constate l'emploi déplorable du trompe- 
rœil ; mais c'est |)eut*ëtre le seul éloge sans restriction que l'on 



puisse ftiireà ces époques grossières. Vers Tan mil, cette belle 
Renaissance, dont nous avons parlé, atteint aussi la peinture et 
ira la transfigurer. Nos peintres, du reste, ne sont encore que des , 
imitateurs très serviles des peintres grecs. Nous avons de ce siè« 
cle un monument précieux, les peintures murales de Saint-Savin 
(seconde moitié du Xh siècle) : les ébauches y sont faites au pin« 
ceau en traits brun-rouge; les couleurs y sont Jetées par larges 
teintes plates, sans ombres ; les saillies y sont indiquées en clair 
et les contours accusés par des teintes foncées. Quelle que soit 
la couleur des étoffes, les draperies y sont invariablement mar* 
ifuées eu traits brun-rouge, et, quant à la perspective, il n'y faut 
pas songer. Les artistes ne s'en préoccupent même pas et ne sa- 
vent pas qu'elle existe. Voilà qui nous conduit jusqu'au XII* siè- 
cle. Remarquons toutefois que la peinture se borne de plut; eii 
plus à enluminer les sculptures et les ornements.... 

Les peintres du XII" siècle ont peint « à la fres'ir.e, à la colle, 
h l'œuf, à l'huile, à la gomme. » Ces derniers procédés, étant 
plus coûteux que les autres, sont uniquement réservés aux tra- 
vaux délicats. La fresque se pratique alors sur un enduit Ao, 
mortier frais. Avec de l'ocre rouge délayé dans de l'eau pure, le 
peintre, dit M. Viollet-Leduc (auquel nous empruntons cette 
doctrine), trace d'abord les masses de ses personnages. Puis, il 
pose le ton local qui fait la demi-teinte et se mêle au ton de la 
chaux. II modèle ensuite les parties saillantes, ajoutant toujours 
(le la chaux, et dessine avec une netteté décisive les contours, 
les traits, les creux, les plis des draperies, ne se servant pour cet 
usage que de brun-rouge. Le comble de l'habileté consiste alors 
pour le peintre à bien surveiller le degré de siccité des diffé- 
rentes parties de son œuvre. Toutefois, ces fresques du XII* siè- 
cle parurent trop pâles aux peintres du XIII% qui voulurent uti- 
liser les verts de cuivre, les oxydes de [dornb et les laques. On 
abandon.'!a ce procédé, on renonça tout h fait à la fresifue. A 
l'époque que nous étudions, on nejpoint plus de grandes sur- 
faces qu'à l'œuf, à la colle de peau et à la colle d'os : on réserve 
décidément, pour les petits et minutieux travaux, la peinture à 
l'huile, à la gomme et à la résine dissoute en un alcool. 



ifi l'art au XIïl" SlipLE. 

Représenlous-nous un instant, d'une façon vivante, un peintre 
de 12:^0 sur son échafaudage. Il est à l'œuvre ; Iq voilà. Rien de 
moins conipliqué que ses niatériaux : il ne se i^ert en général 
que de J'ocre jaqne, de l'pcre rouge, du noir, du blanc, du gris; 
mais, avec la noble sobriété de ces couleurs si simples, il obtient 
iVsémcnt les plus beaux pffets. 

Prpnons des exemples qui fassent bien ressortir la physiono- 
mie de ses peintures. 

La salle du château 4e Coucy est peinte en appareil, qui est 
tracé en blanc sur fond jaune, avec des filets brun-i'puge. Les 
arcs-forânerets sont peints alternativement en ocre rouge et en 
ocre jaune, et les ornements de ces moulures sont en brun- 
rouçe sur ocre, en jaune foncé sur ocre jaune, avep des filets 
noirs pour le premier cas et rouges trèsrsombre pour le secoqd. 
Quelques teintes bleues, mais peu considérables, se remarquent 
en cette partie de l'ornementation : cepcqdant, en général, les 
artistes du temps de Philippe Auguste évitent le bleu. Il nous 
faudrait maintenant un autre exemple : l'église des jacobins 
d'Agen nous le fournit. Il est vrai qu'elle fut bâtie en 1250, mais 
conformément à tous les procédés de Tan iSOO. Examinons une 
travée de cet édifice... Le bas est peint avec un ton uni, sombre, 
orné de filets. Le mur est en appareil brun-rouge sur fond blanc. 
Une litre en feuillage d'ocre jaune et d'ocre rouge ressort vive- 
ment sur un fond noir. Les deux demi-tympans, à droite et a 
gauche de la grande fenêtre, nous offrent doux écus armoriés 
sur fond blanc. Mais les voûtes sont peintes plus éncrgiquement. 
Les interstices entre les nervures sont figurées en appareil brun- 
rouge sur fond blanc ; les nervures sont couvertes d'ornements 
variés, rosettes pourpres avec un œil jaune bordé de noir, ornées 
(le filets blanc et noir. Entre les nervures, des b(\nde$ ou çlcs des- 
sins en rouge se profilent sur un fond noir. Çà et là, quelques 
coups de pinceau ont jeté du bleu. Mais, comme il est aisé de le 
voir, on n'en abuse guère. Lorsque,' après I2>0, on adoptera 
énergiquement la peinture des joutes en bleu foncé, \\ faudra 
tout changer dans l'économie do l'art décoratif. Alors, mais alors 



l'art au XIII* SIÈCLE. 19 

seulement, on fera appel, comme à la Saintc-Cliapelle, aux cou- 
leurs vives et tranchantes, au vermillon, à l'or^Les églises peintes 
changeroqt tout à fait craspect. Mais, sous Philippe Auguste, 
nous sommes encore très-loin de cette révolution dan^la pein- 
ture murale. Les teintes ocre jaune et ocre rouge, avec des fonds 
noirs et des filets blancs, avec des appareils rouge sur blanc, voilà 
le type de la décoration au commencement du XII? siècle. N'ou- 
blions pas que l'extérieur même de nos églises recevait cette 
ornementation en couleurs. C'est ainsi que les trpis portails (le 
Notre-Dame et leurs tympans étaient entièrement peints ctdorés. 
La c galerie des rois n était également peinte et dorée. Au-dessus 
éclataient les plombs dorés ou peints, et étincelaient les briques 
vernissées de la toiture. Vous pouvez par là juger de l'effet que 
pi*oduisait extérieurement la vue d'une grande cathédrale. 



Vil 



l'émail. 



La peinture reçut encore d'autres formes au XIII* siècle, et ce 
serait le lieu de traiter la question des tapisseries et des émauv. 
Les tapisseries, nous en reparlerons plus tard, quand nous ferons 
connaître la fabrication des étoffes de soie, d'or et d'argent ; mais 
il est nécessaire de dire ici quelques mots de l'émail. 

Les Byzantins avaient pratiqué les émaux cloisonnés ; ils dis{)0' 
snient sur une plaque métallique des bandes de cuivre mobile, 
ils les contournaient de manière à en faire les linéaments d'une 
figure, les plis d'une draperie. Puis, dans ces canaux artiflciolF, 
ils jetaient de l'émail de difTérentes nuances. 

^os émaux champlevés oni é!é une imitation des émaux cloison- 
nés.... L'artiste grave dans une plaque de cuivre qui forme le 
champ. Les linéaments, les traits du visage, les doigts, les plis 
des vêtements sont exprimés par une bande de cuivre qui est 



30 L'ABT au XIII* SIÈCLE. 

réservée sur le fond. Ces bandes sont plus ou moins épaisses, et 
couTertes parfois d'un grenetis. Mais, alors même que ces ban- 
des réservées étaient étroites et fines, ce procédé donnait lieu 
nécessairement à un art grossier, rude, sauvage. Dans les canaux 
que le graveur avait creusés en réservant les traits du dessin, 
l'émailleur ensuite déposait et parfondaît des émaux de toutes 
couleurs. Toutefois, c'est le bleu qui domine. En un seul émail, 
dont lesAnnalei arehiologiquei ont donné la reproduction, M. Dar^ 
cet a constaté la présence d'émaux blanc, bleu lapis, rouge, bleu 
foncé (remplaçant le noir), vert clair, vert foncé, jaune et chair 
(cclui-U est (l'origine byzantine ; le blanc en est la base, et il 
n'est pas transparenl). On n*en restera pas là; on ne s'en tiendra 
pas à ces procéifés vraiment enfantins. On arrivera à ne plus 
émailler que l^s fonds et à réserver sur le métal tout l'espace 
consacré aux figures. Ces figures ne seront plus émaillécs, mais 
gravées. Partout, comme on le voit, le progrès se manifeste. 

Mais le triomptie dtî la peinture au Xllh siècle, ce sont les 
vitraux. 



VIII 



LtS VITBES rElNTBS. 

A quelle époque remonte l'emploi des vitraux? Les textes de 
Sidoine Apollinaire, de saint Fortunat, de la Vie de saint Benoit 
Biscop, écrite par Bède, et de la Vie de saint Aieadre, racontée par 
un anonjine au commencement du X* siècle, tous ces textes 
attestent seulement l'usage, dans nos églises, des verres unifor- 
mément teints en une seule couleur et que l'on glissait dans les 
trous des fenêtres. Les fenêtres des basiliques primitives étaient 
closes par des treillis de pierre, de bois, de métal, quand elles 
ne l'étaient point par des morceaux de papyrus, de parchemin, 
d'étoffes de lin ou de pierres spéculaires, telles que le talc, le 
schiste, l'albaire. Cette dernière matière, percée de trous, garnit 



Ii'aET au XIU* SISGLe. 21 

les fenêtres de plusieurs églises d'Italie, à Orvieto, à San-Miniato, 
à Saint-Pierre de Cornetto. Mais quand on emploie de la pierre 
tout à fait opaque^ comme dans la basilique de Saint-Laurent- 
bors-les-Hurs, on a soin, dès les premiers temps de Tart chrétien, 
de réserver dans ces fenêtres un certain nombre de trous en 
forme de cercles^ de losanges, de croix ou d'étoiles, et dans ces 
trous on insère des verres de couleur. C'est ce qui se passe dans 
rOrient et notamment a Constantinople, pendant le XII* siècle et 
même au XI'. Les Maures ont des fenêtres de ce genre, avec de 
belles arabesques de plâtre, mais ils n'emploient pas de verre, 
comme nous l'avons fait dans toutes nos basiliques françaises. 
Le soleil se tamisait glorieusement à travers ces plaques unico- 
lores ; c'est ce qui causait l'enthousiasme de Sidoine et de For- 
tunat; c'est ce qui explique leurs jolies descriptions : Cursibus 
auivrx vaga lux laguma complet^ — Atqw suis radiis et sine sole 
micat. 

Le premier texte devant lequel il convienne de s'arrêter et de 
s'écrier : « Voici le vitrail », c'est la Chronique de Saint-Bénigne 
de Dijon. Elle nous atteste très nettement qu'il y avait dans cette 
basilique, au XI* siècle, une vitre peinte représentant le martyre 
de sainte Paschasie. Et cette vitre « remontait à Charles le 
Chauve, n 

En admettant même que le chroniqueur ait exagéré la date de 
soa vitrail, il n'y a plus lieu de s'y méprendre. Ce ne sont plus 
des verres disposés dans les trous des fenêtres; c'est un « sujet 
traité en couleurs. » Et M. Edouard Didron, qui suppose que cet 
art remonte à la grande renaissance de Charlemagne, nous four- 
nit tout au moins une hypothèse raisonnable et avec laquelle il 
faut compter. 

On a dit avec raison que le vitrail ne fut à l'origine qu'une 
mosaïque transparente. Il est certain (|ue l'on pratiquait depuis 
longtemps une mosaïque d'émail, composée de pelils cubes dc- 
mail couvertsde feuilles d'or et qui étaient, notons-le bien, relies 
l'un à l'autre par du pltmh. Les premiers vitraux aussi étaient 
composés de toutes petites pièces, jusque-là qu'on prenait un 



îrl Vktr AO ÏUl* SliCLE. 

seul morceau de vette pour taire un œil, et qu*on Tencaslrait 
dans du plomb, ce qui fait croire à des personnages munis de 
besicles. Voyez plutôt les verrières du Mans, qui datent du XI^ 
siècle et sont les plus anciennes : tous serez frappés de leur res- 
semblance avec une mosaïque. 

Comment, sous le règne de Philippe Auguste, fabriquait-on 
un vitrail? Plusieurs industries travaillaient à cette seule œuvre 
d'art qui, d'ailleurs, était essentiellement française; car nous 
avons ici précédé et surpassé toutes les autres nations : le moine 
Théophile TafOrmc au XII* siècle. Les verriers, d'abord, fournis- 
saient à l'artiste un certain nombre de plaques de verre rouge, 
de verre bleu, de verre vert, de verre jaune, de verre carnation. 
Il est évident, d'ailleurs, que le peintre avait depuis longtemps 
dessiné son vitrail, qu'il avait fait son carton, et qu'il ne le quit- 
tait pas dos yeux. La peinture sur verre n'était pas autre chose, 
alors, qu'une mosaïque transparente, et vous allez bien le voir. 

Que fait aujourd'hui le mosaïste de Florence, qui veut rendre 
un oiseau? Il cherche dans les pierres précieuses les veines dont 
la couleur lui semble exprimer le plus parfaitement celles de 
son modèle. 11 fora le ventre avec du lapis-laîsulî, le bec avec du 
porphyre, etc., etc. Eh bien, c'est ce que faisaient les mosaïstes- 
verriers du Xlll* siècle. Voulaient-ils, dans un crucifiement de 
Jésus-Christ, représenter TÉglise avec un manteau rouge, une 
robe bleue, une couronne jaune? Ils coupaient dans une plaque 
de verre rouge, comme dans une étoffe, le manteau dont Us 
avaient besoin; puis la robe dans une plaque de verre bleu, puis 
la couronne dans une plaque de verre jaune. La figure ovale 
était coupée dans un autre verre. On assemblait le tout. Mais, 
comme vous devez bien le penser, le plus important restait à 
faire, et l'artiste n'était vraiment pas encore digne de ce beau 
nom. 11 trempait alors une sorte de pinceau dans un vase rempli 
de bistre vitrifiable, peignait les plis de la robe et du manteau, 
indiquait les ombres, dessinait les contours, esquissait la figure, 
rendait les yeux, la bouche et le nez. Puis, il mettait au feu et 
cuisait. 



C'était alors au plombier d'inlerVeftir. Il collait, il soudait entre 
eux ces petits morceaux de verre avec une forte gurnilurc do 
plomb. Pendant' ce temps, le ferron préparait un cadre de fer 
destiné à tenir le vitrail debout et à l'empêcher de tomber : ce 
cadre était traversé par lrois> quatre ou cinq barres fort solides, 
et plus tard, pour mieux protéger l'œuvre d'art, un archaleur 
venait en dernier lieu qui a archalait cette forme de vet'rière^ 
afin d'obVier aux pierres el autres choses que on pourrait geter 
contre. » Ainsi s'achevait le vitrail, et le soleil passait au travers, 
et les âmes des chrétiens étaient ravies, égayées, instruites. Car 
la lumière matérielle produisait ici de la lumière morale. 

Les vitraux sont un véritable catéchisme populaire. Je ne parle 
pas de ceux qui représentent, dans une cathédrale, les anciens 
évèques mitre en tête et crosse en main ; niais je veux parler do 
tous les autres. Au commencement du Xlli** siècle, les grands 
vitraux de la nef ou des bas-côtés sont divi-és en un certain 
nombre de grands médaillons; et chacun de ces médaillons se 
divise»lui-même en trdis ou cinq compartiments. Au centre est 
le Fait, et tout aulour règne le Symbolisme. La lecture d'un 
vitrail est une vraie science. Au bas se voit la signature, c'est-à- 
dire Tindication figurée du corps de métier, de la corporation 
qui a fait présent do la vitre peiale à régUsc : ce sont des pelle- 
tiers, des changeurs, deô tonneliers dans l'exercice de leurs fonc- 
tions. Lo vitrail se lit de bas en haut, et dans chaque médaillon 
il faut conmieucer par le médaillon central. Autour du cruci- 
fiement de Jésus-jChrist, par exemple, on voit le pélican, Jonas 
englouti |)ar lo monstre^ la résurrection par Elysée du ûls de la 
|iauvre veuve, Isaac conduit au supplice, et le bois qu'il |)orte a 
la forme d'une croix. Je signale, comme un type admirable, le 
vitrail de la Nouvelle- AU iance, à Bourges, qui a été si lumineu- 
sement commenté par les PP. Martin et Cahier. Je voudrais pou- 
voir le placer sous les yeux de mes lecteurs. 

Les miniatures des manuscrits de cette époque sont i)ea nom- 
breuses et grossières ; les draperies seules ont quelque Vérité. 
Les fonds sont géométriques, quadrillés, semés : tout paysage est 



"34 L'ARt AT7 Xlll* 8ICCLE. 

exclu. C'est l'enfance de l'art. Les couleurs seules sont, comme 
dans les vitraux, d'une belle vivacité dont nous n'avons pas gardé 
le secret. Mais quelle barbarie dans tout le reste t 

La gravure n'est représentée dans ce même temps que par les 
matrices de nos sceaux. L'artiste fait d'abord son dessin, qui rc» 
présentait |3ar exemple une ville crénelée avec son église. Puis, 
dans une plaque de cuivre, il y gravait, avec des instruments 
analogues aux nôtres, cette même image en creux. De temps en 
temps, il essayait sa matrice en l'appliquant sur un morceau de 
cire molle, et^ par là, se rendait compte de l'effet produit. Que 
ne pouvons-nous ici faire ()asser sous le regard de ceux qui nous 
lisent les principaux types des sceaux employés sous Philippe 
Auguste? 



l\ 



LA SGULPTUKK. 



Au XllP siècle, la sculpture est, après l'architecture, Tari où 
Ton s*est le |)Ius approché de la perfection. Il faut étudier d'abord 
la sculpture proprement dite, puis l'ornement. 

M. Viollet-I^duc établit, avec une érudition surabondante, 
(|uo les premiers etTorls de nos sculpteurs français ne remontent 
pas plus haut que la Un du XI'' siècle. Il nous fait alors assister 
à la form ition de cinq grandes écoles nationales. L'école rhé- 
nane s'inspire de l'art byzantin, tel que Charlemagne l'avait im- 
planté à Aix, et qui s'élait déjà notablement déQguré ; l'école do 
Toulouse imite les sculptures byzantines; l'école de Limoges 
copie l'Sdyptiques; Técole provençale puise ses idées dans les 
nombreux monuments romains qui sont sous ses yeux; l'école 
clunisienne, enfin, s'inspire des peintures byzantines, mais elle 
arrive bientôt à l'originalité, et c'est elle qui, au commencement 
du XIP siècle, nous fait concevoir le plus d'espérances légitimes. 
Cependant il importe que toutes ces écoles se dégagent de plus 



l'AAT au XIII* SIÈCLE. 25 

en plus de rélément byzantin, et qu'elles abandonnent le byzan- 
iinisme pour l'étude de la nature. 

Cet affranchissement glorieux de notre statuaire est un des 
grands événements qui doivent signaler à notre admiration la 
première moitié du Xli* siècle. A Chartres, la révolution est 
accomplie dès II 40. La formule a disparu de l'art régénéré ; les 
statues chartraines ont uno respiration, une vie réelles ; ce sont 
des œuvres originales ayant un cachet individuel. Cependant, 
malgré les chefs-d'œuvre de Chartres^ de Saînt-Denys, de Notre- 
Dame-la-Grande à Poitiers, de Corbeil, de Toulouse, malgré ces 
merveilles, le XH® siècle n'est pour la scul|)ture qu'une époque 
de préparation. Sa période d'éclat est entre 1169 et 1240, et c'est 
la même époque qui a vu la construction de toutes nos grandes 
cathédrales gothiques. M. Viollet-Leduc, qui s'élève si souv»:nt 
contre le hiératisme, prétend en cent endroits que la sculpture 
avait été cléricale jusque-là, et que tout à coup elle devînt laïque 
sous le règne de Philippe Auguste. C'est une hypothèse fort ho- 
norable pour les laïques, mais qui, ce me semble, n'est pas suffi- 
samment prouvée. 11 ne m'est pas démontré nettement que les 
sculpteurs postérieurs à Il60ouii80 aient été moins directe- 
inenl placé* sous l'influence de l'Égli eque les sculpteurs des 
XI' et XII'' siècles. Des preuves, je demande des preuves, et ce- 
pendant je suis laïque ! 

Quoi qu'il en soit, Fécole nouvelle de la Bn du XIP siècle (que 
je ne veux pas décidément appeler l'école laïque) rompt définiti- 
vement avec les traditions grecque?. Elle ouvre la Bible, elle lit 
les encyclopédies, elle s'applique à les reproduire vivantes sur 
les murs transfigurés des cathédrales. Ce n'est plus du métier, 
c'est de l'art; mais il est tout aussi Ibéologique qu'un siècle plus 
tôt. Cest à cette admirable époque qu'il faut donner le portail 
occidental de Notre-Dame de Paris, sculpté dans les premières 
années du Xîl* siècle; c'est à cette époque aussi qu'il faut attri- 
buer les anges de Reims, sortis des mains d'un artiste de génie, 
vers l'année 1225, et les autres bas-reliefs de Notre-Dame, et celte 
fameuse Mort à cheval que M. Viollet-Leduc a tant raison de 

TOMK XV «^ 



26 L'AAT au Xlil* SIÈGLB. 

vanter, et le Chrût d'Amiens, et les rois gigantesques de la même 
cathédrale. Quels chefs-d'œuvre d'expression, de drame, de vie l 
Nous sommes meilleurs anatomistes, je le sais. Mais ces pierres 
sculptées ont une âme^ qui ne relèife pas de ranatomie et que 
nous devrions mettre dans nos statues, à qui, comme à la ju. 
ment de Roland, il ne manque souvent que celle petite chose: 
la vie. 

Je ne puis cesser de parler de la sculpture, sans mentionner 
les tombes levées comme une nouvelle matière artistique, où les 
sculpteur^ sauront trouver des chefs-d'œuvre. Dès le commen- 
cement du XIl'' siècle, on avait imaginé de relever en bas-relief, 
sur le dé de la tombe, la figure du défunt avec ses habits du 
monde. Sous Philippe Auguste, c'est en plein relief que Ton 
sculpte ces chevaliers ou ces dames. Un coussin de pierre sou- 
tient leur tête, auprès de laquelle semblent veiller deux anges : 
un lion est sous les pieds des soldats, un chien sous ceux des 
dames. Sur les faces du dé, on commence déjà à simuler de pe- 
tites arcades en fausse architecture, qui plus lard recevront de 
petites figures sculptées de pleureurs. C'est le plus beau type 
peut-être qu'on ait trouvé pour le tombeau de l'homme. 

l^assons à la sculpture d'ornement, dont nous avons déjà parlé 
plus haut avec quelque développement. 

L'auteur du Dictionnaire d'architecture^ avec une subtilité cou- 
rageuse, mais qui manque trop souvent de précision, a essayé 
d'établir des écoles d'ornement^ comme il a établi des écoles de 
sculpture. 11 nous énumère celles de Provence, hésitant entre 
Fart gallo-romain et l'art byzantin de Touiouse, imitant les ivoi- 
res grecs, les étolfes byzantines; de Cluny, imitant Byzance avec 
tant de supériorité qu'elle en devient originale; du Poitou, où 
se fait sentir (suivant M. VioUet-Leduc) rinflucncc normande ou 
saxonne; d'Auvergne et du Berry, (|ui cal(|ucnt tantôt Rome 
antique et tantôt Byzance ; et enfin celle de rile*de-France, qui 
est d'abord la plus barbare de toutes, mais qui prend sa revan- 
che, et dès 1135 arrive à une étonnante perfection. Ce qu'il y a 

■ 

de certain, c'est que toutes ces écoles déformeol de plus en plus 



l'aAt au lUV" SliCLE. 27 

rornemeotation des aDcienS) fondée sur le feuillage artificiel jus- 
qu'au moment où elles arritcroat, arec Tart gothique, à faire 
un coup d'état et à employer les feuillages naturels. 



X 



U MUSIQCKi 



Les Grecs ont-ils connu Tharmonie? C'est sur qvoi discutent 
nos érudits. MM. Vincent et de Coussemaker so prononcent énor* 
gîquement pour rafOrmative, et je ne suis pas loin de leur don- 
ner raison. Les monuments, hélas! manquent absolument, et 
rien n'est abrupt comme ces questions de prononciation, d'ac- 
centuation et de musique : la mort a depuis longtemps glacé les 
voix Tirante^ dont nous aurions besoin. Ce qu'il y a de certain^ 
c'est que nous^ race chrétienne, nous avons créé tout à neuf, 
pour la première ou pour la seconde fois, la science harmonique, 
qui, si elle avait jamais existé, était depuis longtemps ensevelie 
dans l'ombre : Hucbald, au IX' siècle, Gui d'Arezzo, an XI*, ont 
donné l'élan à cette science nouvelle. Toutefois^ ne nous atten- 
dons pas soudain à des miracles d'harmonie ; ne croyons pas 
qu'il va se réaliser sous nos yeux ravis^ ce magnifique tableau 
d'un de nos peintres contemporains, M. de Lemud, qui nous rc* 
préfente Beethoven endormi sur son clavier sublime et entouré, 
pendant son rêvc/dc visions terribles ou douces : de THorrenr, 
de la Crainte, de la Prière, de la Miséricorde, de la Joie, de l'A- 
mour. Non, non, les commencements de l'haimomie sont des 
plus humbles. 

La Diaphonie ne se compose, sous la plume d'Hucbald et de 
Gui d'Arezzo, queide deux parties simples, dont l'une se chantait 
immédiatement après l'autre ; elle ne s'applique qu'au piain* 
chant et n'est pas soumise à la mesure. U y a là, comme vous le 
voyez, un germe à peine visible de l'harmonie moderne, et il faut 
ail microscope pour le découvrir. Mais attendez. Le iéchmt est 



28 L'AKT au XIII* SIltCLB. 

tMJà un progrès notable sur la diaphonie. Le < (léchant, » c'est, 
aux Xli' et XIII* siècles, le terme générique sous lequel on dé- 
signe rharnr>oni6<C'«stun chant Téritablement double, ouplutôti 
ce sont deux chants dont l'un est tout à fait distinct de l'autre. 
Son caractère le plusdistinctif, c'est l'emploi qu'on y fait, d'après 
les propres paroles de M. de Coussemaker, de plusieurs notes 
harmoniques contre une seule. Et celte proportionnalité (comme 
l'ajoute l'illustre musicologue) celle proportionnalité, qui est ré- 
glée d'après certains principes, contient déjà «en puissance» 
tout le système de la musique mesurée moderne. L'Histoire du 
déchant a été réduite, par l'auteur de ÏAri harmonique aux Jf//* 
ei JCIIl^ welest à quelques propositions dont nous allons donner 
la substance. A la On du XP siècle, l'enseignement du déchant 
est uniquement oral ou traditionnel ; le maître suffit à tout ; il 
n'y a pas encore de notes munies de signes spéciaux qui indiquent 
leur valeur propre ; il n'y a pas de Traité écrit. A cette période 
primitive en succède une autre, qui atteste un progrès bien plus 
considérable. Au commencement du XII* siècle fleurissent deux 
grands chefs d'école, Voptimnê organistay Léonin, Vobiimus dis- 
cantus^ Perotin. Déjà nous possédons des signes particuliers pré- 
cisant mathématiquement la valeur des notes ; dcyà nous avons 
des Traités écrits, et notamment ce livre anonyme qui a eu une 
si notable et si longue influence, le Diseantus vu!garis potitio- 
Vers le milieu du XII* siècle^ Jean de Garlande aurait, suivant 
H. de Coussemaker, écrit sa mélhode de musique mesurée. Mais 
le dernier tiers du mémo siècle nous otTre une -floraison bien plus 
complète eibien plus belle de l'art nouveau ; c'est la quatrième 
période de cette longue histoire, c'est celle qui vient de recevoir 
parmi nous le nom de <x période franconienne, > à cause de deux 
grands hommes qui ont singulièrement contribué au dévelop. 
pement do la science harmonique, Francon de Paris et Francon 
de Cologne. 

A peu près dans le môme temps, entre li90 et 1216, Waller 
Odington écrit sou savant Traité. De toutes parts on enseigne, ce 
qui est bien ; mais surtout on compose, ce qui est mieux encp're» 



l'art au sur siiCLE. ta 

ety grâce à Diuu, un grand nombre de ces compositions doubles, 
triples ou quadruples sont parvenues jusqu'à nous* Nous les 
avons, et je voudrais ici les Caire entendre. Ces compositions peu- 
vent, d'ailleurs, se distribuer clairement en un certain nombre 
de genres. Tantôt ce sont des organa simples : «On prend alors 
une, deui ou trois notes de plain-cbant dont on fait le tinor. » 
Cette partie fondamentale ne se compose que de longues et de 
doubles-longues* Puis on dispose sur ce « ténor » une partie su- 
périeure avec longues, brèves et demi-brèves, qui est abaa* 
donnée à la fantaisie de l'exécutant ou du compositeur. D'autres 
fois ce sont des organa ordinaires» c'est-à-dire un chant ecclésias- 
tique mesuré, une composition harmonique ayant pour base une 
mélodie de plain-chant. Les UoMs sont le genre qui est peut-ôtre 
le plus goûté, et c'est celui dont le fameux manuscrit de Mont* 
pallier nous offre le plus d'exemples. Presque toujours il y a 
trois parties dans un motet : pour ténor, on choisit soit un frag- 
ment de plain-chant, soit une mélodie populaire, et c'est avec 
cette mélodie typique que doivent ^harmoniser les deux autres 
parties. Il est triste de penser et nécessaire d'avouer que des chan- 
sons légères et même obscènes ont été ainsi accouplées avec les 
testes les plus vénérables, les plus sacrés de notre liturgie. Il est 
certain que sur une antienne ou un motet à la Vierge : Fhs filiui 
eju$, on chantait, par exemple : a J'ai mis tout mon aage — en 
€ fine amor — Sans nulretor, — Et nuit ctjor,-*-M'estent penser, 
c — Càv j'ai doné, Diex, car j'ai doné — Guer et cors por bien 
« amer ; » et sur un autre verset latin non moins pieux : « Emi^ 
< emi, Marotele, —Sage, cortoise, pucelc, — Onques de mes eus 
a ne vi — Si jolie ne tant belc. — ... Navr&s sui... D'un regart 
qui me feri — Qui de vos dou/ cuz issi, » Que ces galanteries fa- 
dasses et périlleuses aient lenr méchante petite vie, à part, loin 
de DOS temples et loin de nous, on peut à peine l'admettre et le 
tolérer. Mais, du moins, pas do mélange. Si leMoyea*Age n'a pas 
eu cette sorte de pudeur, tant pis pour le Moyen-Age I 

Après les MoMt^ il faut encore signalez* les Rondeaux ^ déchants 
avec ou sans paroles, où^ dans lo premier cas, les diverse^ parties 



30 L^RT AU XIII* SIÈOM. 

faisaient entendre le même texte. Il y avait encore les CantinilUt 
ewnmnies, dont le caractère principal paraît avoir été Tusage des 
demi-tons à tous les uegrés de la gamme. Il y avait surtout les 
Conduiti, qui jouirent d'une vogue énorme. C'étaient des chants 
déjà connus, c disposés selon les divers modes dans un ou plu- 
sieurs tons. » Une seule partie chantait les paroles d'un Conduit, 
et, suivant une hypotlièse de M. de Coussemaker, dont nous ré- 
sumons ici le travail admirable^ les autres parties étaient souvent 
eiécutées par des instruments. Car il y avait alors un très-grand 
nombre d'instruments dont le rôle était évidemment déterminé 
par des règles et desliné à produire une harmonie voulue. J'ai 
eu lieu d'énumérer ailleurs ces instruments, dont le nombre est 
considérable ; ce sont, d'après les manuscrits deSaint-Hartial, au 
XI* siècle, ledécacorde, le psaltérion, le cornet, la vielle, la flûte, 
la trompette, et, d'après un manuscrit de Saint-Victor, au XIII* 
siècle, la cornemuse, le tambour, le flageolet, le décacordc, la 
vielle, le cor et la flûte. Le roman de Brut nous parle de harpes, 
de frestelles, de lyres, de cymles, de psaltérions, de symphonies, 
de monocordes, de timbres et de corons. Dès le XII"* siècle au 
moins, des « livres d'orgues » avaient été composés par maître 
Léonore sur le graduel et l'antiphonaire, et l'on peut supposer, 
avec l'auteur de Y Art liarmoniquey qu'il existait des compositions 
analogues pour tous les autres instruments. 

Quoi qu'il en soit, il n'y a pas à en douter, la science harmo- 
nique existe, elle est née, elle a grandi, elle demande à grandir, 
et il semble que Tavenir lui appartient. Oui, il est démontré par 
la science qu'aux XII* et XIII* siècles, — particulièrement à l'é- 
poque dont nous nous occupons, — « les diverses parties d'une 
composition harmonique étaient exécutées non par des voix 
égales, mais des voix de timbres différents, échelonnées suivant 
le diapason. » H. de Coussemaker a également démontré, contre 
H. Fétis, l'existence à la même époque a du contrepoint double. » 
Jean de Garlande parle très-clairement « de la répétition d'une 
voix diflërente, de la repetitio divenœ vocis^ qui est, suivant lui, la 
même mélodie répétée dans une mesure tditTérentç et par des voix 



L*ART AV XIII* SliCUB. 31 

différentes» • La tonalité harmonique est alors celle du plain- 
cbant, et ses moyens sont bornés, mais il ne couTient pas de dé* 
sespérer. Les plus nobles mélodies, et qui seront chantées jus* 
qu'au dernier jour de cette terre, sortent des livres catholiques i 
le Vem Sanete Spiriiui^ le Stabat^ le Dies irœ sont des œuTres du 
XIII* siècle. Quant à l'Harmonie, si vous désirez tous convainc 
cre que nous n'avons rien exagéré de son importance durant 
cette période, lisez, lisez ces mots écrits par Walter Odington 
avant Tannée 1216: o Voulez- vous faire i^n Rondeau? Imaginez 
un chant le plus beau possible et disposez -le selon l'un des mode^ 
avec ou sans paroles. Ce chant est répété par chacune des par« 
ties: pendant qu'une d'elles l'exécute, les autres exécutent cha* 
cune un autre chaut, en procédant par consoniiances, de sorte 
que, pendant que Tune descend, l'autre monte, sans qu'elles 
descendent et montent toutes à la fois, sinon iK)ur ajouter à la 
beauté de la composition. Et le chant de chaque partie doit être 
répété alternativement par chacune des autres ^ d Voilà des 
paroles consolantes, en ce qu'elles nous attestent un progrès et 
nous permettent d'en espérer bien d'autres. II n'est donc pas 
tout à fait juste de diro avec un grand poète de notre temps que 
a la musique date de Palestrina. » Elle en date par le génie, sans 
doute, mais non par les procédés scientifiques, dont il faut tou- 
jours faire grande estime. Ne plaçons donc, à ce point de vue 
comme à tous les autres, ne plaçons le Moyen-Age ni trop haut 
ni trop bas. Il a eii la gloire de trouver ou de retrouver l'har- 
monie, mais nous sommes bien loin du temps où Mozart, Bee- 
thoven, Haydn, Mendelsohn et Gounod feront de chaque instru- 
ment l'expression d'un sentiment distinct de l'âme humaine et 
reproduiront l'âme tout entière et le monde lui-même dans leurs 
admirables ensembles. Le treizième siècle n'est qu'une aurore : 
saluons l'aurore en attendant le jour. 



* CoaHemaker, Mt harmon'quef p. 80. Nous ne saurions trop recoin 
iiiAttcl«r eet exceUent lîTre. 



32 l'ait au XIII* siicu. 



XI 



CONCLUSION GËffÉRALE. 



NoB lecteurs connaissent maintenant les types artistiques aux* 
quels on peut scientifiquement ramener toutes les œuTres de la 
fm du Xil* siècle et du commencement du XlIP. Hais jo connais 
trop bien la yiyacilé chrétienne des âmes de ce temps, je sais 
trop avec quelle énergie elles refusent de se désintéresser des 
choses contemporaines, pour ne pas deviner ce qui se passe en 
ce moment dans le cœur de ceux qui m'ont lu. Sans aucun doute, 
ils se recueillent silencieusement dans l'intime de leur enten- 
dement : < Est-ce au XIII* siècle, est-ce au XIX* qu'appartient la 
a su périorité artistique ? » Oui, vous vous posez fiévreusement 
cette grande question, et vous m'interrogez moi-môme, et vous 
désirez que nous ne nous séparions pas sans avoir là- dessus une 
idée arrêtée. Je me rends donc à votre désir, et viens répondre 
à vos doutes. 

Il me paraît hors de doute que l'architecture et les architectes 
de notre temps no sauraient soutenir la lutte avec l'architecture 
et les architectes du temps de Philippe Auguste. Les « maçons » 
du Moyen-Age sont des créateurs qui, à force de remporter des 
victoires contre les nécessités matérielles, sont parvenus à étaler 
au soleil un art complètement original. A force de déformer Tan- 
tique, ils l'ont glorieusement transformé. Uien de plus fécond, 
d'ailleurs, que cette architeclun) si originale; elle reçoit aisé- 
ment toutes If^s formes, s'ada[ittî à tous les cadres, répond à tons 
les besoins; elle s^épanouit dans un meuble aussi bien que dans 
une cathédrale. L'arc brisé d'mio part, et do l'autre les feuillages 
naturels, sont partout à leur \A k e et partout les bienvenus. Or, 
je pense qu'on ne saurait dcfi:)ir l'œuvre de génie autrenfent 
qu'avec ces deuxépithètes : a Cc-A une œuvre à la fois originale e 



L'AET au XIll* SliOLB. 33 

féconde.» Donc rarcbitecture du Moyen-Age atteste le génie de 
l'homme. Nos architectes d'aujourd'hui n'en sont plus là. Ils ta* 
tonnent, ils essaient, ils copient» admirabledient propres à imiter 
et à réparer les monuments de toutes les époques et de tous les 
peuples^ plus étonnamment incapables d'en construire un qui 
témoigne d'une idée nouvelle. Ce sout d'habiles arrangeurs, d'in- 
génieux artistes» des savants» mais ils ne connaissent le génie 
que de réputation et par ouï-dire. 

Au Moyen- Age, l'architecture conceatrait tous les arts : tous 
les arts en sont aujoul*d'hui séparés. La toile et la statue priment 
la fresque et le bas-relief. Il convient d'avouer que ni la pein- 
ture, ni la statuaire, ni la musique de l'an i200, ne sauraient 
soutenir la comparaison avec notre musique, notre statuaire et 
notre peinture. Un tel axiome n'a pas besoin de démonstration. 
Je n'ai pour vous convaincre qu'à vous prier de quitter un ins- 
tant cette enceinte, de la quitter par l'imagination. En ce mo- 
ment, devant une foule immense et recueillie, on représente ce 
chef-d'œuvre immortel, ce drame dont l'ignorance aux longues 
oreilles est seule capable de rabaisser le mérite, ce Faust qui, 
après avoir enchanté nos âmes, enchantera les oreilles de la pos- 
térité ravie. Est-ce que les motets du manuscrit de Montpellier 
pourraient supporter la comparaison avec le chœur des soldats, 
avec l'air des bijoux, la valse, l\ scène de la chapelle? Disons 
seulement que le Ve/ii Sancle Spiritus, que le Dies irce^ que le 
Stabat sont des mélodies religieuses comme on n'en fera jamais 
de plus populaires, de plus profondes, de plus belles; mais pour 
l'harmonie, sachons proclamer la supériorité de notre siècle... 

La sculpture est plus parfaite au Moyen-Age, et nous avons 
contemplé quelques-unes de ses plus nobles créations : il nous 
serait tout à fait impossible de concevoir et d'exécuter aujour- 
d'hui ces œuvres où la foi vit, palpite, espère et combat, ces 
mains qui sont jointes avec tant de piété, ces lèvres qui balbu* 
tient si bien la prière, ces yeux qui sont levés au ciel, ce peuple 
vivant de saints et de saintes, tant de naïveté, tant d'ardeur, tant 
de vertu» tant de ciel. Il nous reste, il est vrai, la perfection 



34 l'art au XIII* SltCLI. 

anatomique de la forme, qui n'est certes pas contestable, n nous 
reste aussi David et Rude, il nous reste ces bas-reliefs de l'Arc- 
de*Thioaiphe que l'on admirera dans mille ans, comme nous 
admirons les œuvres de la Grâce et de Rome. 

Quant à la peinture, je ce veux même pas tenter une compa- 
raison de notre siècle avec celui de saint Louis. Pour juger, il 
s^git de prononcer ces quelques noms : Ingres, Delacroix, Delà- 
roche, Flandrin ! 

Léon Gautier. 



L'ÉGLISE DE St.-SAUVEUR IN THERMIS, 



A ROME. 



Le 6 août, joor de la fête de la Transfigura tioD de Notre- 
Seigneur, l'antique et vénérable église de Saint-Sauveur in 
Thermis^ k Rome, a été rouverte au culte public, après avoir 
été longtemps fermée pour cause de réparations. 

San-Salvatore in rAermt^ estsitué prèsde Saint-Louis des Fran- 
çais, adossé au palais Madame ou plutôt enchâssé dans ce palais, 
qui doit son nom k notre reine Catherine de Médicis. Comme 
Saint-Louis, comme le palais Madame, cette église a été 
construite sur une partie des thermes de Néron ; de la son 
nom. 

Suivant la tradition et les auteurs les plus anciens, elle fut 
consacrée par S. Sylvestre ler, lorsque, du mont Soracte, où il 
s'était réfugié» il fut ramené en triomphe a Rome par les ordres 
de Constantin. Elle est donc une des plus anciennes de Rome 
et date des premiers temps où l'exercice du culte catholique 
devint public et fut oflBciellemenl reconnu et autorisé. Ce que 
l'on ne saurait contester, c'est que S. Grégoire le Grand avait 
une vénération particulière pour cette petite église. 11 voulut 
consacrer lui-même, de ses pcopres mains» le maitre-autel,qui 
fat sans doute refait alors, et y renfermer quantité de reliques 
précieuses. Il lui concéda d'insignes indulgences, et particu- 
lièrement Tindulgence plénière pour tout le temps du carême, 
faveur fort rare et même inusitée h cette époque. 



36 L'ÉGLISK de s. sauveur in THEEMIS, a ROME. 

Ce lieu vénérable est devenu la propriété de la France, dans 
la seconde moitié du XVe siècle. Il faisait partie autrefois d*nn 
prieuré de Bénédictins qui comprenait également une église 
dédiée k la sainte Vierge et un hôpital désigné sous le nom de 
délie Terme ou de Saint-Jacques des Lombak^ds. Ce prieuré 
relevait de la célèbre abbaye de Farfa. La nation française, qui 
possédait dans la rue Délia Valle une église dédiée h S. Louis, 
roi de France, et a Ste Hélène, échangea ce monument avec 
les Bénédictins, et obtint en toute propriété les églises de 
Sainte-Marie, du Saint-Sauveur et Thôpital de Saint- Jacques 
des Lombards. Ce contrat fut approuvé et sanctionné par le 
Pape Sixte IV, en 1478. C'est sur l'emplacement occupé par 
Sainte-Marie et par Thôpital, que la France, puissamment aidée 
des largesses de la reine Marie de Médlcis et du cardinal Con- 
tarelli, fit édifier avec magniflcence le palais qui sert de de- 
meure aux chapelains français, et la belle et riche église de 
Saint-Louis, qui fut consacrée le 8 octobre 1389. 

San-Salvatore, dans la plupart des auteurs qui en parlent, 
est traitée de chiesa piissima, chiesa devotissima. Dans tous les 
temps, le. concours des fidèles y a été des plus considérables. 
Elle n'a rien perdu de sî^ réputation. Aujourd'hui encore, grâce 
au zèle de son recteur, M. Tabbé Crévoulin, chapelain de Saint- 
Louis des Français, c'est une des églises de Rome où il se pra- 
tique le plus de dévotions. Tous les soirs, vers VAve Maria, il 
s'y fait quelques exercices de piété, suivis de la béné- 
diction du Saint-Sacrement. Les fidèles y accourent en foule, 
et souvent de quartiers fort éloignés. Si les cérémonies n'ont 
pas un grand éclat, on remarque, ce qui est préférable, chez 
les assistants, un sentiment profond de foi et de piété. 

L'église est aujourd'hui toute brillante de fraîcheur, de dé- 
cor et de peintures, 

le fait le plus remarquable de celte restauration eist la dé- 
couverte de l'autel consacré par S. Grégoire le Grand, et des 
reliques qui y avaient été déposées. Une inscription du XVIe 
siècle, incrustée dans une des parois du mur d'enceinle, ne 



l'église de s. sauveur in TJIERIIIS, A ROM£. 37 

laisse aucun doute à cet égard. Seulement on croyait que cet 
autei avait disparu dans ia suite des temps ; car il était impos- 
sible de le retrouver dans la forme et dans la nature de celui 
qui existe. 

Lorsqu^on arriva au maitre-autel^ de la construction duquel 
on n'a pas gardé le souvenir, on procéda avec le plus grand 
soin à sa démolition. Les pierres et les marbres enlevés, on 
s*aperçut qu'un autel beaucoup plus petit se trouvait renrermé 
dans le premier. C'était Tautel consacré par S. Sylvestre !«»*, 
ou, ce qui est plus probable, celui que consacra S. Grégoire le 
Grand, à la fin du VI* siècle. On poursuivit les recherches^ et 
après savoir soulevé quelques pierres de ce vieil autel, on dé- 
couvrit une boite en plomb contenant les reliques déposées par 
S. Grégoire. 

S. Em. le cardinal-vicaire, à qui elle fut portée, reçut, les 
larmes, aux yeux celle précieuse cassette, que S. Grégoire, plus 
Aedovse cents 0925 auparavant, avait déposée sous la table de 
Tauguste sacrifice de nos autels. Les hommes les plus versés 
dans l'archéologie sacrée et dans l'histoire ecclésiastique furent 
appelés et reconnurent raulhenlicité du dépôt. La petite cas- 
sette en plomb est de forme ronde, d'un diamètre de 7 à 8 
centimètres et d'une hauteur égale. Le temps l'avait oxydée et 
trouée en plusieurs endroits. Les reliques qu'elle contenait et^ 
que l'on distinguait parfaitement à travers les trous de la boite, 
sout, d'après la susdite inscription gravée sur nue plaque de 
marbre : l^ trois morceaux de la vraie croix -, de tribus lignis 
sanctœ crucis {on admettait autrefois que la croix était composée 
de plusieurs essences de bois difl^érentes)^ 2o du voile de la 
bienheureuse vierge Marie, des os de S. Pierre et de S. Paul, 
de S. André, de S. Jacques, de S. Barthélémy, de S. Philippe, 
de S. Jean-Baptiste, de S. Chrysogone, des SS. Côme et Da- 
micn, de Ste Anastasie, de Sle Balbine, de Sle Félicite et de 
divers autres saints et saintes. 

Le recteur du Saint-Sauveur a fait faire une autre boîte en 
plomb un peu plus grande que la première, mais^ du reste, 



38 L EGLISE DE S. 8iOVEUE 19 TUEIMM^ ▲ EOME.' 

parfaitement semblable, et a renfermé Fancienne dans la nou- 
velle. Les deux petites cassettes ont été ensuite déposées dans 
l'intérieur de Pancien autel, k peu près à la place primitiTe, et 
scellées avec soin dans un lit de chaux, comipe cela se prati- 
quait autrefois. Puis le grand autel a été réparé dans son en- 
semble. On Ta revêtu de marbres de diverses couleursi et l'on 
s'est servi, entre autrest d*une table de marbre où Ton remar- 
quait encore les traces des croix de la consécration, et qui, 
suivant toutes les apparences, avait fait partie de l'autel primi- 
tif. On ne sait ni quand ni pour quel motif cette pierre avait 
été déplacée et employée, a couvrir la plate*forme du marche- 
pied de Tau tel. 

X. BaKBIER DE HONTAULT, 
Camérier d€ S. S. PSe IX. 



DES OBSCŒNA, 



Après tant de traits saillants de sa vie iotime et publique, 
nous n'en avons pas fini encore avec Satan ^ Il est un genre de 
prédication que Tart chrétien devait tirer de ses habitudes per- 
verses^ et qu'il fallait répéter à satiété pour mieux en exprimer 
l'horreur. Nous arrivons au point de notre travail où ces grands 
mystères d'iniquité si peu connus, si mal compris, se révéle- 
ront enfin sons leur véritable jour; le temps doit être passé où 
rignofance Croyait bien taire de se scandaliser, heureuse d'a- 
voir une grave animadversion de plus pour ses attaques envers 
l'Église. Combien cependant naguère encore, accusant le dou- 
zième siècle d'une dépravation « poussée ii un degré incroyable, « 
auraient dit, avec un encyclopédiste du dix-huitième^ un ana- 
thème complet «aux livres de dévotion, aux^ornements des 
temples et des chaires dont !es peintures et les sculptures 
étaient si obscènes qu'on serait scandalisé aujourd'hui d*en ren- 
contrer de pareils» même dans les mauvais lieux ' ». Voila ce 
qae c'est: les Taibles se scandalisent. Pour s'éviter un tel in- 
convénient, il aurait fallu vouloir bien apprécier tout d'abord 

* Voyez Dêmonologie monumentale dans la Uviaison précédente. 

^ Ces belles phrases sont élaborées pur Sulzcr dans sa Théorie générale 
des heauX'arlt, dont un fragment fut inséré dans V Encyclopédie de Diderot, 
t. m, p. 470, in*4*. Sulxer était un homme de talent, mais jugeant de telles 
choses à son point de vue luthérien, outre les préjugés qu'il empruntait à 
une époque aussi éloignée du Moyen- A go que nous le sommes de la primi* 
lÎTe Église. — Et voilà pourtant les maîtres que le public de notre temps a 
cms sur parole, et dont Vinfluence inspire aujourd'hui l«s jugements sur cette 
matièrs du plut grand oombra des érudiit* 



M D£S OBSCOENA. 

Tesprit de cette Église tant calomniée, et ensuite juger sans 
prévention arrêtée les temps qu'elle a traversés, le génie des 
peuples qu'elle a dirigée, et le& résultats de celle direction par 
rapport aux mœurs et aux idées de cliaque époque. On se se- 
rait convaincu dès lorsque la dépositaire la plus digne et la plus 
élevée de toute morale n*avait point méconnu la Sagesse divine 
qui rinspire, et que les populations conliécs de Dieu k ses ma- 
ternelles sollicitudes, loin de soufirir d*un prétendu relâche- 
ment, n'avaient trouvé sous tant de (ormes plastiques injustement 
décriées que des leçons du bon et du bien aussi profondes que 
sérieuses. Ce que nous avons dit du Caniique de Salomon peut 
s'appliquer parfaitement a ce que nous allons examiner dans ce 
chapitre ; mais, avant tout, nous devons raisonner sur le fond des 
touchantes répugnances exprimées avec tant de persistance par 
nos puritains de la libre pensée. Ce que nous avons à en dire 
servira après tout, en temps et lieu, arraisonner sur toutes les 
questions de ce genre. 

Il faut admettre avant tout, comme une vérité incontestable 
appuyée sur les plus sévèresi observations do l'histoire, que ce 
qu'on appelle aujourd'hui la pureté morale du langage, comme 
la convenance et la réserve des habitudes privées ou publiques, 
ne s'est formulée en règles austères et précises que graduelle- 
ment et en proportion que les mœurs ont subi les atteintes suc- 
cessives qui les ont amenées jusqu'à la décadence où nous les 
voyons depuis trop longtemps. Cette considération vient encore 
prouver la justesse et la véracité de la Genèse quand, après 
avoir raconté la désobéissance des deux premiers époux, elle 
ajoute qu'aussitôt que «leurs yeux s'ouvrirent, ils s'aperçurent 
d'une nudité qui Jusque-là ne les avait point embarrassés, etiisse 
firent des vêtements. » Et encore cette première industrie de la 
pudeur ne leur parut-elle qu'insuffisante, puisque bientôt après 
ils se cachaient aux approches de Dieu, et rougissaient devant 
lui de leurnudité '. 

* c Et ftpci'ti sant ocuU aroborum ; cumquc cognovisveiil ic CBSc nudos. 



UES OBSCŒNA. 41 

xMais à côte île celle houle saluiaire, qui devenait une sauve- 
garde pour l'avenir conlre les emporlemenls des passions char- 
nelles, naquit en même temps la sainte retenue qui préludait au 
sixième commandement jelé dès lors en germe dans le cœur 
bamaio et qui, n'ayant pas suffi conlre la corruption et ses ex* 
ces, dut être iormulce netlemenl par le législateur du Sinaï 
comme une des plus importantes préservations de la société 
nouvelle : de Ta, dans les idées sociales comme dans le plus in- 
time sentiment des deux sexes, un respect na/ureZ pour la chas- 
lelé ^ de là les moyens de protection qu'elle reçut partout en 
face des dangers que la nature corrompue lui offrait de toutes 
paris. Ces moyens durent être secondés par les morairstes, et il 
n'est personne qui n'ait lu souvent et admiré l'éloge aussi doux 
que magniGque, épanché dans le livre de la Sagesse par l'Esprit 
divin sur cette « famille des chastes qui brille d'une si pure 
splendeur aux regards de Dieu et des hommes S » Or, il- faut 
bien croire que ces leçons furent entendues, et qu'en présence 
même des trop nombreuses exceptions dont la race d'Adam su- 
bit toujours plus ou moins les tristes entratuements, l'estime et 
la pratique de la vertu durent cependant ^e propager et se main- 
tenir : de là celte retenue du Jangage qui n'admettait pas d'ex- 
primer ce qu'il ne fallait pas faire -, de là méme^ et à plus forte 
raison, cette modestie secrète de la pensée et des habitudes 
dont les intimes rapports avec les sens commandait forcément 
la prudence discrète et la prévoyante circonspection. Ces règles 
furent, à divers degrés, de tous les temps et chez tous les 
peuples-, sans elles, on n'eût vu que désordres dans le monde 
et confusion dans la société, où la famille ne se fût jamais cons- 
tituée. 

consuerunt folia ficus et feccrunt sibi pcrizomata... Vocavitque Domious 
Adam, qui ait : Timui co quod nudus essem, et abscondi me. » (Gen.^ m, 
7 et seq ) • 

* c O quam pulchra est casta generatio cum claritate I Immortalis est 
cnim memoria illlus^ quoniaro et apud Deum nota est apud homlnes. • 
(Sop., IV, 4.) 

TOMK XV 4 



43 DES OBSGOENA. 

Et c'est précisément de ces règles vénérables, toutes d'insti- 
tution divine^ que les sages durent se foire un rempart contre 
Tirruption de toute pensée déshonnète dans Tcxposé ou dans 
la discussion de certains faits matériels qui durent bientôt en- 
trer dans le domaine de la science. La théologie, ne fùt-elle en- 
core que la simple morale naturelle, la médecine considérée 
comme science pratique ou spéculative, Tesprit humain tou^ 
seul livré a ses méditations dans ses rapports de conscience 
avec la vertu, eurent besoin d'exposer des principes dont re- 
noncé n'était pas possible sans des termes techniques et spé- 
ciaux^ sans des idées propres et déterminées. Personne donc 
n'eut a s'effaroucher de telles choses traitées de la sorte et par 
de tels motifs. Ainsi^ I ame la plus honnête dut se familiariser 
avec un ordre d'idées qu'elle n'acceptait que dans un but d'uti- 
lité incontestable. 

Mais k mesure que les mauvais penchants élargirent le che- 
min du vice^ et que la passion, plus envieuse de satisfactions 
sensuelles, s'en préoccupa jusqu'à les chercher^ à défaut des 
faits coupables, dans le langage, les livres ou les égarements de 
la réflexion, les habitudes s'imposèrent nécessairement plus de 
ménagements, le langage affecta plus do délicatesse^ et la naï- 
veté primitive s'effaça ; les crimes qui avaient amené le déluge 
reparurent bientôt après la dispersion des enfants de Noé» et 
c'est de cette époque surtout qu'il faut dater la rechute des 
hommes et les religion^idolâtriques nées de cette seconde ré- 
bellion. La grossièreté des mœurs, suite indispensable de Fou- 
bli de Dieu, s'accusa plus nettement chez les nations orientales 
dont la pensée religieuse dégénéra jusqu'à consacrer, comme 
dans l'Inde^ l'Egypte et la Syrie, les symboles les plus étranges 
à la vénération populaire. Plus touchés de leur existence ter- 
restre que d'aucun autre sentiment, on vit ces peuples porter 
en procession avec les plus grandes marques de respect les deux 
organes qu'ils regardaient comme le principe de la vie. C'était 
pour eux le dieu Chib^ et devant lui les assistantes s'évertuaient 
aux postures les plus indécentes. Il y avait loin de ces lascivi- 



DES ODSCCENA. 43 

tes supersli lieuses aux naïves amours <les pairiarches, aux 
simples et naturelles narrations des faits bibliques en quelques 
chapitres de la Genèse, et aux bains d'Ulysse, préparc et soigné 
dans tousses détails pcr la vieille Euryneme ^ A cette même 
époque, ne voit-on pas aussi «le jeune Télémaque conduit au 
bain par la belle Polycaste, la plus jeune des filles de Nestor^ » 
puis après « l'eau pure, les parfums précieux qu'elle répand 
sur lui ; » n'est-ce pas elle encore qui le « revêt d'une fine tu- 
nique et d'un riche manteau • ? » Athénée, comme le remarque 
Bitaubé, cite cet usage inséparable de l'hospilalité comme une 
preuve de la pureté des mœurs honorée a Pylos '. Ainsi, pour 
que les mères se fussent décidées à suspendre le Chib susdit au 
cou de leurs enfants contre de certains maléfices, et à le porter 
elles-mêmes pour obtenir la fécondité, il fallait bien que ces 
remèdes, que ces objets de parures ne blessassent en rien 
l'honnêteté publique \ On en était venu la, et dès lors on pou- 
vait ne plus se gêner, et de telles ëtrangetés n'influaient en 
rien sur les habitudes de la vie morale. Si des païens peuvent 
demeurer calmes devant ces spectacles au moins scabreux, à 
plus forte raison les Juifs adorateurs du vrai Dieu, mais accou- 
tumes h voir professer de telles singularités chez les nations de 
4eur voisinage . 

On sait l'histoire des anus d'or racontée au premier livre des 
Rois, et comment les Philistins, frappés de Dieu par une ma- 
ladie intestinale et une irruption de rats qui dévoraient tout, 
ea punition delà violation de l'Arche, n'obtinrent leur guérison 
qu'en offrant en sacrifice, avec la représentation de ces ani- 

* Voir Odyssée, ch. xxiii. 

* Ibid,, ch. iir. 

* Voir Bitaubé, Odyssée^ t. i, ch. m, et les notes correspondantes. 

* Voir Mémoires de V Académie des sciences de Toulouse, t. i, p. 110, 
in^«, 1782. — Exour Vedam, i, p. 23, 33 et 88, édition in-12, Iverdun, 
1778. 

> c ManusDomini Azothios percussit in sécrétion parte natium... Et po. 
sucrunt arcam Dei super plaustrum et capsellam, quse habebat similitudinei 
aonorum... 9 (I Reg,, y et vi, passim,) 



44 BES ODSCGENA. 

maux, celle de la partie où ils souffraient ^ I/histoire profane 
raconte une particularité toute semblable des Athéniens, qui, 
ayant mal reçu les mystères de Bacchus, furent affligés par ce 
dieu d'uiie maladie honteuse, dont ils ne se guérirent qu'en 
portant, en l'honneur du dieu, des figures obscènes conseillées 
par l'oracle*. On voit assez par ces figures ce que devaient être 
les mystères d'un tel dieu. Mais nous voyons aussi^ par les œu- 
vres de nos propres ancêtres, avec quelle bonhomie ils travail- 
lèrent ces mêmes sujets InbWques.LdL Bible historiale^ manuscrit 
français du quinzième siècle, conservé à la Bibliothèque Riche- 
lieu^, montre, dans une de sesniiniatures,quatre Philistins dont 
les rats dévorent les nachcs [nates)^ et le texte, sur lequel nous 

aurons occasion de revenir, indique sous ce symbolisme ceux 

• 

qui <c l'idole de pécbé aourent, et Dieu se courouce a eulx, et 
les lessa pourrir en vils et ords crimes qui ne sont mie à nom- 
mer. » De leur côté, les prophètes, dans les énergiques repro- 
ches qu'ils adressent au peuple de Dieu, invoquent les comparai- 
sons dont nous nous garderions fort aujourd'hui : témoin entre 
autres le chapitre xvi d'Ézéchiel, où Dieu expose a la fille de 
Sion avec quelle miséricorde paternelle il l'avait relevée de 
l'abjection de ses premiers jours. Les termes de cette compa- 
raison sont des plus vils, des plus rebutants, \i en juger d'après 
nos idées actuelles; mais pour n'appeler ici qu'un témoignage, 
et certes des moins suspects, en faveur d'une telle littérature» 
nous citerons un des plus audacieux profanateurs des pages 
bibliques pris dans un de ses bons moments, et qui pense abso- 
lument comme nous a cet égard : « Ces images, dit Yoltaire« 
nous paraissent licencieuses et révoltantes : elles n'étaient alors 
que naïves ; il y en a trente exemples dans le Cantique des can- 
tiques, modèle de l'union la plus chaste. Remarquez attentive- 

« 

* Voir Dom Calmet et Sanchcz in k. loc. — N'était-ce pas là une contre- 
façon de l'histoire biblique des habitants d'Azoth ? 

' Voir Dlodore de Sicile, cité par Sabbathier, Diclionn. desauUurs class.^ 
f. xxxY, p* 275. 

» F» 66, r«, n» 1 et 2. 



DES OBSCOENA. 45 

ment, poursuiuil^ que ces expressions, ces images sont toujours 
très-sérieuses, et que dans aucun livre de cette haute antiquité 
voQs ne trouverez jamais de railleries sur le grand objet de la 
gfinération. Quand la luxure est condamnée, c'est avec des 
termes peu propres, mais ce n'est jamais ni pour exciter la vo- 
lupté, ni pour faire la moindre plaisunterie Celte haute anti- 
quité n'a rien ni de Martial, ni de Catulle, ni de Pétrone ^ » 

Cette observaliot) est, en effet, de la plus grande justesse. 
Les auteurs païens sont dégoûtants de crudités affreuses : c'est 
pour le plaisir coupable de dire des obscénités cl d'en rassasier 
avec eux des lecteurs plongés dans les débauches de leur temps 
qu'ils abordent certains sujets dont un esprit décent n'a que 
faire. Tibulle, Catulle, Pétrone, Maniai, Ovide et autres gens 
(le cette famille éhontée ne se vautrent-ils pas pour le plaisir de 
le faire, et comme des pourceaux, dans la fange de leur litté- 
rature immonde? Les artistes de ces âges antiques ne valurent 
pas mieux très-souvent, et il est clair que leurs statues de dieux 
et de déesses, nus jusqu'au cynisme des représentations les 
plus provocantes, n'avaient pour but que de favoriser de hon- 
teuses prostitutions. Vénus, Pan, Priape, ce dernier surtout 
dont on n'avait d'abord institué les honneurs divins que pour 
symboliser la génération et la propagation éternelle de l'espèce 
humaines cniin tous les satyres du monde, sans compter les 
scènes mythologiques où se perpétuaient les amours de ce que 
Lucien appelait la canaille céleste, ont toujours fait rougir la 
vertu, et si ce sentiment était pour quelque chose dans le cœur 
(les mères de famille de Rome et de la Grèce, on ne voit guère 
cependant que ces insolences leur diplussent, au moins pour 
leurs jeunes eufants, et qu'elles cherchassent à en détourner 
leurs regards. 

Peut-être alors Thabilude créait-elle une espèce d'indiffé- 
rence, ou bien de telles erreurs du sens moral n'ajoutaient rien 
à une corruption dont on ne préservait pas même l'âge le plus 

* Questions sur V Encyclopédie^ v® emblème. 

• Parisut, Milhoîogie^ dans la Biographie universelle de iMicUaud. 



46 DES ODSCOENA. 

tendre, au témoignage d'un certain passage de VAne d'or. Ce qui 
est certain, c'est que, plus ou moins suivie, la chasteté avait 
aussi de quoi commander le respect, puisque ces nudités sans 
aucun voile figuraient alors, comme nous le verrons plus tard, 
à l'école chrétienne, dans quelques monuments où la vertu était 
mise en honneur. C'est ainsi que sur une urne sépulcrale, dé- 
couverte et publiée par Montfaucon, un bas-relief d'une exécu- 
tion très-remarquablq indique une femme attaquée, en présence 
de son mari et de ses serviteurs, par un audacieux criminel que 
ceux-ci viennent de terrasser et s'apprêtent h punir du glaive 
qu'il a trop bien mérité. Tous ces hommes sont nus a la ma- 
nière antique, sauf la feuille de figuier dont le sculpteur ne les 
a point privés -, mais rien ne protège la pudeur de la femme, 
qui fuit visiblement toutefois aux bras de son époux qui la pro- 
tège ', et celui-ci, qui lui a survécu, en faisant représenter cette 
action sur la pierre funéraire, l'a surmontée d'une inscription 
qui célèbre la pudiàié incomparable et lu singulière modestie de 
Livilla Harmopia \ Un éloge si explicite d'une vertu si estimable 
eût contrasté singulièrement avec la modestie de la jeune 
femme, exposée d'une toute autre manière que nous le ferions 
aujourd'hui, si la vertu eût été blessée alors par de telles ima- 
ges ^ et il faut ajouter que, dans une foule de marbres du même 
genre, on ne s'embarrasse plus des vêtements ou même des plus 
simples voiles. Une preuve bien plus saillante que la modestie 
n'en était en rien blessée, c'est que les premiers artistes chré- 
tiens ne songèrent nullement à modifier cette méthode. Les 
miurs des catacombes reproduisent le plus souvent les prophètes, 
les trois enfants de Babylone dans une complète nudité qui n'of- 
iusque pas le regard ; si Adam et Eve y ont quelque appendice, 
c'est comme un souvenir de leur première ceinture du paradis 
terrestre. Mais la différence entre les chrétiens et les païens sur 
cette matière n'en existe pas moins dans le§ mœurs, qui d'un 
côté gardaient toute la corruption d'une nature dégradée, et, 

' Montfaucon, Antiquité expliquée^ v, 90, pi. Lxxiii. 



DES OBSGŒNA. 47 

de l'autre, élevaient jusqu'à la gloire du martyre Thonneur de la 
virginité. 

Les lubricités de la vie païenne, la sainte vertu des fidèles 
étaient donc un double sujet d'exhortations ferventes ou de sé- 
vères invectives de la part des Pères et des écrivains ecclésias- 
tiques des premiers temps ^ et, dans ces éloquentes attaques, ils 
suivaient le génie de leur temps et n'avaient pas plus honte des 
termes que les infidèles ne rougissaient de leurs actions. S. Jean 
Chrysostome a des homélies où l'expression du vice qu'il ré- 
prouve est nue et toute naïve. Dans Tune d'elle, il va jusqu'à 
comparer r<ivare possédant tout sans en jouira une sorte d'impu- 
dique inassouvi dont personne ne réprouvait en ce cas la mise en 
scène ^ . Quoi de moins caché dans ce même Père que l'étonne- 
menl qu'il témoigne en termes si évidents de la naissance hu* 
maine du fils de Dieu ^ Devant un tel prédicateur,que diront les 
savants, qui n'ont pas eu assez d'anathèmes contre ceux beau- 
coup moins osés du seizième siècle, Barletti, le petit père André,' 
et surtout le jésuite Garasse à qui ils en veulent bien moins qu'à 
sa Compagnie? S.Épiphane dévoile, en les énumérantjes plus 
détestables infamies des gnostiques : « Pourquoi craindrais-je 
de dire ce que vous ne craignez pas d'accomplir? en parlant 
ainsi, j'inculquerai a mes auditeurs l'horreur des abominations 
que vous commettez*. » Ce sont à peu près les mêmes expres- 



* « Quoi; igilur est divitlarum vohiptas? Ego molestias video. Et quse 
molesticD ? inquies. JEio.vna sitis et dolor. Num si quis puellam complectatur^ 
ncc concuptsccnliamcxplerc possit, cxtremo dolore cniciatur? sic etiam diveg 
reram quidam copiam habet, illamque complectitur, cupiditatem vero suam 
explere nequit, sed item coiUingit quod ait vir sapiens {EccL XX, 2) : Cupi- 
ditas eunochi virgiuitatis florem puellîB eripit. Sicut eunuchus virginem am- 
plexus ingemiscit, sic divites omnes. » (S. Chrys., flomil. i.xxxiil m Matk, 
t. VII, p. 793.) 

* « Admodum stupendum est Deum ineffabilem... Patri œqoalem per. 
Virginia vciiisse vulvam. » (Homil. ii in cap i, Mailh. n' 2.) 

* « Non erubescam dicere quœ ipsi faceie non crubcscunt, ut modis oiA- 
nibus horrorem incutiam audientibus turpia quœ ab ipsis perpetrftntur facî- 
nora. n (S. Epipban., HœreSy xxvi.) 



i& DES OBSCCENA. 

sions qu'emploie S. Cyrille de Jérusalem pour dénoncer les 
crimes obscènes des Manichéens. « L'Église vous parle ainsi, 
disait-il; elle (ouille dans les ordures de ces impies afin de vous 
apprendre à ne vous en pas souiller ; elle dévoile ces blessures 
hideuses pour vous en garantir vous-mêmes'. » Ne voyez-vous 
pas en ce peu de paroles une raison de tous les obcœna reprochés 
à nosmodillons? Mais n'anticipons point, et voyons le langage 
des moralistes catholiques autoriser nos dessins jusques à l'é- 
poque même où la décadence des mœurs oblige enfin à tout 
voiler. 

Il semblerait que le génie de la langue latine, exclusive- 
ment employée au Moyen-Age dans tout TOccident, eût laisse 
une plus grande licence a la parole, et ce serait le sens du fa- 
meux vers : 

» 

Le latin dans les mots brave riionnètcté. 

Le poète aurait pu en dire autant du grec et de rhébreu ; mais 
le plus ou moins de liberté tient beaucoup moins à la langue 
qu'au temps où elle était parlée, aux idées morales des peuples 
qui s'en servaient et aux exigences variables de sa littérature. 
Voyez comme S. Augustin hésite peu h exprimer les plus véné- 
rables mystères de la foi en décrivant ce que la nature a de plus 
intime et de plus épineux^. Évidemment, ce n'était pas la 
braver flionnéleléf mais parler un langage chiir et précis pour 

*■ « Ânnunliat Ecclesia hoc et docet, attingilque sordcs ilias ut tu non 
poUuaris^ dicit vulnera ut tu non vulnerarU. • (S. Cyril. Hierosol. Caleck' 
VI, 6ub fine.) 

* n Die mihi jam^ quœso, sancta Sanctorum Mater, quemadmodum ma-« 
terni odoris Ulium convallium nivei coloris sine succo humanas propagiuisi 
et sine imbre carnalis seminis in sinu Ecclesiœ germinasti... Qua eogitaiiouc 
ad hoc pcrvenisti, ut sine ulla sui mutabilitate in uterum tuum vcnicns, ita 
caBtellum castum tui vcntris incoleret, ut et ingrcdicns non loederot, et cxicns 
incolumen custodiretî ■ (S. Aug. Semw ii de Nalivii. Virginis,) — Et en- 
core : • Jntumescunt ubera Virginis, vt in^acta piancnt genitalia Matris. i 
(76., de F^irginitaie Maria.) 



DES OBSGOENA. 49 

faire comprendre nelteraenl qu'il w*y avail rien que de surna- 
turel dans incarnation du Verbe divin. 

Mais, pour en revenir k nous-mêmes, n*cst-il pas vrai que, du 
moment où la langue française commence a se faire et qu'on 
remploie aux fabliaux, ^lutL mystères, aux romans et aux chan- 
sons de gestes^ les traductions qu'elle se fait des auteurs latins, 
sacrés ou profanes, ne continuent pas moins de s'imposer à Tin- 
Iclligebcedes lecteurs avec la complète naïveté des âges précé- 
denls? Nos plus vieux manuscrits le témoignent h Tenvi ^ nos 
premiers livres, imprimés trois ou quatre siècles après, Taltes- 
tent comme eux. Ce n'est pas a dire qu'il faille confondre, quant 
aa sujet et à la chasteté intentionnelle du discours, le roman de 
la /?05C avec les Loyales et pvdiqves amours de T/iéagène, pas plus 
que la charmante simplicité de S. François de Sales avec les 
grossièretés cyniques de Rabelais j mais toujours est-il que si Ton 
examine attentivement les influences simultanées de la langue 
et des mœurs sur notre littérature, on verra clairement que la 
première n'est devenue plus timide qu'en proportion des plus 
grandes hardiesses de celle-ci. Il fallait, quoi qu'on médise du 
Moyen-Âge, une grande naïveté au treizième siècle pour qu'un 
poème que nous avons déjà cité, de l'allemand Frauenlob, re-* 
nommé cependant pour la chasteté de ses poésies, ne puisse être 
cité par son éditeur du dix-neuvième, grâce à des licences et a 
des nudités qui ne seraient plus de notre goût, parce qu'elles 
blesseraient outre mesure les convenances religieuses et litté- 
raires : et ce poème, après tout, n'est qu'une paraphrase du 
Cantique de Salomon, devant lequel on sait que la sainte et lou- 
chante chasteté de S. Bernard n'a pas reculé, non plus que celle 
de tant d'autres '. Qui ne trouverait étonnant, appliqué à notre 
époque, le langage de S. Louis rapporté par Joinville, et ce roi 
insistant au lit de mort, dans ses avis a so)) jeune lils sur cette 
recommandation textuelle : « Fai a ton pooir lesb... et les au- 



> Voir feuilleton de VUîiiverSy 5 juillet 1852, article de M. de Gcnouillet 



50 DES OBSCQBNA. 

ires malgens chacier de ton royaume si que la terre soit de ce 
bien purgée *. » 

Ne soyons pas plus étonnés de lire dans les bibles françaises 
du seizième siècle, et, qui plus est, du dix-sepiième, des mois 
et des- choses dont il faut absolument nous abstenir aujourd'hui, 
quand la langue n\i plus ses allures aussi dégagées. Et qu'on 
n'objecte pas que ces livres n'étaient pas lus : les familles con- 
servaient encore avec soin les lectures journalières de la doc- 
trine et de l'histoire sacrées, et toutes nos présentes observa- 
tions se rattachent à une édition du Nouveau Testament donnée 
en 1632, quoique le slyle en soit beaucoup plus ancien, et dé- 
diée par Sébastien Huré avx Révérendes Mères supérieures de 
f Ordre de la Visitation : de sorte que voila toute une famille de 
pures vierges que la moindre mauvaise pensée eût effrayées, et 
qui pouvaient se jeter sans le moindre péril dans les deux épî- 
tres aux Corinthiens et en beaucoup d'autres endroits qu'on ne 
saurait plus rendre qu'avec l'indispensable précaution de lon- 
gues périphrases. 

Et ces saintes filles n'étaient pas les seules nourries de ce 
slyle énergique. Chaque année, depuis le mois de février 15o6J 
une ordonnance du roi Henri II était lue le troisième dimanche 
de l'Avent au prône de chaque messe paroissiale, renouvelant 
les peines portées par cet édit contre les femmes enceintes qui 
auraient celé leur grossesse. Ordre était donné de cette lecture 
annuelle, et certes personne aujourd'hui ne voudrait se charger 
de la faire dans les termes du texte officiel. Elle fut cependant 
maintenue jusqu'en 1789, sans que personne réclamât jamais 
contre les singularités d'un langage qui, en traversant plus de 
trois siècles, avait cependant revêtu un air d'ctrangeté incon- 
testable ^ : telle était alors la simplicité de la foi et le calme 
chrétien des consciences. 

f,4 suivre.; L'abbé AUBER. 

* Mémoires de Joinville» 

• Voir Rituel du diocèse de Poitiers, in-4», 1766, p. 210. 



I 
I 

I 

\ 



DE L'ARCHÉOLOGIE RELIGIEUSE 



EN SCANDINAVIE. 



Mon cher Directeur, 

En parcourant le dernier fascicule des Mémoires de la So- 
ciélé royale des Antiquaires du Nord, de Copenhague, j'y Irouve 
un travail de M. Kornerup, sur les églises de bois en Danemark, 
qui roc semble mériter d'être signalé à Fattention des lecteurs 
de Tolre Revue. Dans celte élude, Tauleur passe en revue les 
premiers édifices religieux de la Scandinavie bâtis peu d'années 
après les prédications de notre compatriote S. Ânschaire, de 
Corbie. 

Le bois a été et est encore très-fréquemment employé dans 
les contrées du Nord comme principale matière de construction, 
et depuis longtemps déjà rattention des archéologues scandi- 
naTes s'était portée sur les monuments religieux de ce genre 
élevés en Norwége et en Suède. M. Pierre Victor a publié, 
même en France, en 1841, un mémoire sur les églises de bois 
de la Norwége, et les plus célèbres d'entre elles, celles d'Hitter- 
dal, de Borgund et d'Urness ont été souvent reproduites dans 
nos publications illustrées. Aujourd'hui, M. Kornerup vient 
donner une esquisse des monuments de bois qui ont existé en 
Danemark, montimenls dont votre savant collaborateur, M. de 
Linas, avait signalé toute Timportance dans ses articles sur 
rhistoire du travail a l'exposition de 1867. C'est en s'appuyant 



92 DE l'archéologie religieuse en SCANDINAVIE. 

sur de nombreux passages des sagas que M. Kornerup établit 
qu'au IX" et X« siècles, le bois était employé pour la construc- 
tion de tous les édiiiccs en Scandinavie et que c'est en cette 
matière que lurent élevés les premiers temples chrétiens. H 
signale ensuite un certain nombre de monumenls de bois restés 
célèbres., nolaminent l'église de Saint-Alban d'Odcnsée, dans 
laquelle fut tué le roi S. Knut, les églises de Pile de- Rugen e^ 
celle du monastère d'Eskilsœ. La plupart de ces édifices furent 
remplacés au XIP siècle par des constructions en pierre ; pour- 
tant quelques-uns se sont conservés plus longtemps, mais les 
derniers ont été détruits en 1609 (Vestervold en SIesvig) et 
1709 (Folir dans nie d'Oland). 

Les églises de bois du Danemark, d'après ce que Ton en peut 
juger par les restes qui nous sont conservés et par quelques 
dessins, ne semblent pas pouvoir être comparées à celle de 
Norwége, mais plutôt à celles des provinces méridionales de la 
Suède où plusieursde ces monumenls existent encore notamment 
à Roda, dans le Vermeland, et à Edsbult, au diocèse de Linka- 
ping. Ces édifices, élevés au commencement du XI Ve siècle^ sont 
construits avec des poutres posées horizontalement et couchées 
les unes sur les autres (ainsi que sont encore élevées du reste, 
en assez grand. nombre les maisons dans les campagnes, en Suède 
et eu Norwége), tandis que les églises de bois oiiStavkirker de la 
Norwége sont formées de madriers placés verticalement les uns 
a côté des autres. Les églises de bois du Danemark devaient 
être peinies à l'intérieur et ornées soit d'images de saints comme 
l'église de Roda, soit de lignes multicolores, ainsi qu'on le re- 
marque dans les débris du caveau funéraire de la reine Thyra '. 

* M. Kornerup, dont le talent comme peintre est justement apprécié, a 
depuis plusieurs années entrepris de décrire un certain nombre de monumenls 
religieux de la Scandinavie. Ainsi nous voyons une description de Téglise de 
Gumlose en Scanie (construite en 1191 dans le style roman. Mémoires^ 1867, 
p. 76); une note sur la forme primitivo de l'église de Storchedflingc en Su- 
lande, réglisc octogonale du XIIo siècle [id. p. 115), etc., etc. Nous ne 
terminerons pas cette note sans rappeler la belle public» tion de M. MandeU 



CE L'AaCHÉOLOGIE RELIGIEUSE EN SCANDINAVIE. 3 

A ce propos, si je ne crMgnais de donner îi cette lettre une 
Irop grande étendue, je vous demanderais d*ujouter quelques 
mois sur un autre mémoire de M. Kornerup, relatif a des pein- 
tures murales découvertes dans différentes églises danoises. 
Quelques-unes de ces peinluresTemontenl au XIIP siècle, d'au- 
tres, et ce sont les plus remarquables, sont du XIV' et du XV«. 
Tontefois, il faut reconnaître que si elles sont plus anciennes 
(en partie) que celles du ciiœur de Roda (1323) auxquelles nous 
venons de faire allusion et qui ont été publiées par M. Mandci- 
gren^ elles n'ont point la même valeur artistique et semblent 
plutôt devoir être rapprochées de celui de Bjerresjo en Scanie, 
reproduites également par M. Mandelgren. Des planches gra- 
vées avec le soin que Ton rencontre dans toutes les publications 
archéologiques Scandinaves représentent les plus importantes 
de ces compositions auxquelles on donne trop souvent a tort le 
nom de fresques ^ 

À. Demarsy. 



grcn : Monuments Scandinaves au Moyen- Age ^ 1862, grand in-folib. Paris, 
Renouard, et sans mentionner la riche collection de desains exécutés par 
M. Brusevitz, conservateur de la section historique du Musée de Gothem- 
bourg, collection que nous espérons voir publier un jour en tout ou eu 
l>artie et sur laquelle je vous demanderai la permission de revenir. 
* Mémoires, 1868. p. 164. 



L'ARCHÉOLOGIE 



AU 



MONASTÈRE DE LA GRANDE-CHARTREUSE. 



L'attrait des grands spectacles de la nature, par leurs effets 
inaltendus qui nous saisissent d'impressions neuves, connme les 
premières de notre enfance dont elles rappellent tout le charme, 
suffirait à expliquer la vogue toujours croissante des voyageurs 
et des touristes aux montagnes de la Grande-Chartreuse ; d'autre 
part, la pratique des vertus clirétiennes dans toute l'étendue du 
sacîiQce de l'Iiommc à son créateur, sanctifiant cetle solitude par 
une constante prière qui monte jour et nuit vers le ciel comme 
un pur encens, forme Tâme candide et calme de ce corps étrange, 
austère et pittoresque qui s'appelle le désert, et par cette double 
consécration élevée à la plus haute expression du beau et du bien, 
frappe cette enceinte d'un si merveilleux cachet, que l'esprit et 
le cœur ne se lasseraient jamais de l'admirer et de l'aimer. 

A l'homme d'étude qui ne cherche pas seulement des im- 
pressions, mais un aliment à ses connaissances, le désert donne 
une ample satisfaction. Le naturaliste y trouve, dans ses re- 
cherches de géologie, de botanique, de zoologie, des trésors dont 
la divulgation a déjà fait avancer la science. Le monastère, au 
peint de vue des arts, de l'architecture tout particulièrement» 
offre aussi de l'intérêt* C'est ce côté le moins étudié, le moins 



l'archéologie au monastère de la grande-chartrkuse. 55 

connu jusqu'à présent, qui me fait aborder et traiter dans ce^ 
quelques pages son arcliéologie que, fidèle à mes goûts, je 
prendrai à son origine. 

Les auteurs de la vie de saint Bruno et les traditions du couvent 
nous apprennent qu'en 1084, vers la fête de saint Jean-Baptiste, 
saint Hug4if s, évêque de Grenoble, conduisit saint Bruno et ses 
six compagnons dans le désert de Chartreuse, au lieu où se 
voient les chapelles de saint Bruno et de Notre-Dame de Casalibus^ 
que des cabanes y furent construites pour loger chacune un re- 
ligieux, que la cabane de saint Bruno fut.élablie sur le rocher de 
ce nom, contre une grotte qui servit d'oratoire, et qui, pour cette 
fin, reçut un autel. ÏJe terme de cabane et de toit de branchages 
présente à la pensée quelque chose de fragile et de léger, quoique 
poétique peut-être, incompatible avec les rigoureuses intempéries 
de ces lieux, c'est-à-dire qu'une habitation ainsi comprise y serait 
impossible. On y construisit des chaumières composées de pièces 
de bois assemblées et revêtues de planches épaisses, tandis que 
le toit devait être couvert en 'bardeaux (essandes dans le norcl, 
essandoles dans ces parages); elles durent être construites comme 
Tétaient celles du village de Chartreuse, entre autres comme le 
sont encore les habitations des Hautes-Alpes, tant suisses que dau- 
phinoises. La cellule actuelle des Chartreux étant, suivant les 
règles de Tordre, divisée en deux chambres, l'une pour l'oraison, 
l'autre pour le repos, et cette règle ayant été plutôt développée 
que modifiée peu de temps après saint Bruno, il est à croire que 
chaque chaumière était divisée en deux compartiments et si l'on 
se rappelle que celui du repos avait une cheminée dajis laquelle 
chaque religieux préparait sou unique repas, qu'il était tout à la 
fois chambre à coucher et cuisine, on peut ajouter que cela est 
certaine. 

Le rocher qui reçut la cabane de saint Bruno, portait, dit-on, 
sur son sommet, une grotte qui servait d'oratoire. Le terme 
crypta, employé par les anciens auteurs, a souvent reçu une in- 
terprétation erronée : tantôt il signifie un lieu souterrain, tantô^ 
une grotte naturelle, et parfois, ce qui est trop oublié, un petit 



>;$ ;.\\RCHK0L0G1E AU MONilSTËRE UC LA GR4KDB-CIIARTUEUSE. 

lc;:î> xoùlê eu berceau, mais non souleiTtiin pour cela. De ces 
lrv>is significations, c'est ici le nom do grotte qui, à cause des 
rvK^hers, a prévalu. Mais une grotte naturelle, perchée, qu'on me 
pasi^o Toxprcssion, sur ce roc comme sur un piédestal, est chose 
impossible. Dans ses formations géologiques, la nature ne produit 
pas de si singulières dispositions. Le sommet du rocher n'avait 
pas de grotte, et ce fut un petit logis bâti à chaux et sable, voûté 
en berceau et fermé au levant par un mur droit, qui reçut l'autel 
consacre par saint Hugues, et qui fut en même temps la première 
construction bâtie à l'origine de la fondation de cet ordre. J'ai 
déjà eu l'occasion, dans les Sept monumenls chrétiens de Lyon an- 
térieun au A7® siècle^ do dire que le mol crypte avait chez les 
Romains le sens de construction souterraine, de xpuitTw, je cache^ 
genre de construction à laquelle ils affectaient presque exclu- 
sivement la voûte en berceau qui conserva ce nom de cry/?/a après 
que les chrétiens, l'exhumant des profondeurs du sol au même 
temps que le culte sortait des catacombes, l'adoptèrent de préfé- 
rence pour en couvrir leurs sanctnaires, érigés désormaisà la face 
du ciel. 

Le plan de ce premier oratoire est encore usité dans les hautes 
montagnes, aux villages d'élé : ouverture cintrée sur le devant, 
abritée d'un large auvent et protégée par une balustrade pleine 
en maçonnerie, sur laquelle sont fixés des barreaux de bois. C'est 
là que les communes pastorales viennent entendre l'office divin 
pendant l'été, n'étant pas assez riches pour entretenir une église 
tout à la fois dans le village de la vallée et près des haberts de la 
montagne. Tel est l'oratoire du village d'été de Verbier dans le 
Valais. 

• L'oratoire de saint Bruno mesurait environ 3 mètres de long 
sur autant de large ; il était pavé d'un béton composé de chaux, 
sable et gravier ; son pavé dépassait de 40 centimètres environ 
son ouverture. Un autel d'un marbre gris fourni par ces lieux, 
long de i mètre 85 centimètres fui- 36 centimètres de large et 25 
centimètres d'épaisseur, simplement taillé à la pointe du marteau, 
marqué de cinq croix entaillées sur sa table» et présentant sur le 



l'arghéologie: au monastère de la grande-chartreuse. 7S 

milieu de son épaisseur un trou carré pour les reliques, était dis 
posé dans cet oratoire sur deux montants de la même nature de 
pierre. 

Cette chapelle et cet autel, religieusement conservés à travers 
lesâges, aussi intacts que les règles de l'ordre, furent protégés, en 
1640, par la construction d'une chapelle plus grande bâtie autour, 
par les soins d'un ancien chartreux, Jacques de Merly, devenu 
cvéque de Toulon. Ce précieux édifice ne fut détruit qu'à la suite 
de nos orages révolutionnaires. 11 reste pourtant encore debout 
la majeure partie du mur du fond, que l'on voit appliqué contre 
le mur du fond de la chapelle actuelle. D'apparence inutile, 
malgré la piscine qu'on a creusée après coup dans son épaisseur, 
ce n'est pas moins une relique digne de conservation, consacrée 
par saint Hugues et sanctifiée parles oraisons quotidiennes du 
saint fondateur de Tordre. Des réparations faites à cette chapelle 
pendant l'hiver de l'année 48G3, me permirent de reconnaître, 
sous le pavé moderne de briques dont une partie fut enlevée, 
l'aire en béton de cette première chapelle et les fondements de 
ses deux murs latéraux. Invité dans cette circonstance à donner 
mon a^issur l'autel de marbre, que l'on venait de découvrir sous 
les ais d'un autel mi-partie bois et mi-partie maçonnerie, il n'y 
avait qu'à s'incliner à l'aspect de cet autel, que j'ai décrit plus 
haut, devant l'évidence du fait, la persistance de la tradition et 
la date de son style venant confirmer l'attestation écrite, en i820, 
sur les murs de la chapelle, qui rappelle que a l'Ordre des Char- 
« treux commença en 1084 ; que le révérendissime Jacques de 
« Merly, évoque de Toulon, |)our consacrer par un aclederecon- 
« naissance le berceau de l'Ordre des Chartreux, ùieniourer l'an* 
c tique chapelle de saint Bruno, bâtie en ce lieu, d'une autre 
c chapelle plus grande, en 1C40; que l'autel de cette chapelle ruinée 
a depuis peu de temps, lequel^ulel on croit avoir existé dès le com- 
c meocement dfi l'ordre, a été revêtu de bois peint et orné en 
« 1820, par la libéralité des princes qui voulurent rétablir à leurs 
a frais cette chapelle et celle de Notre-Dame de Casalibus. » 

Saint Hugues fit construire un peu plus tard, parmi lescellules, 

TOMS'XV. 5 



58 L'ARCUÉOIOGIE au MONASTÈRK de la GRANDE-CriARTREUSE. 

une chapelle dédiée à la sainte Vi- rge et à saint Jean-Baptiste; 
la chapelle actnellc de Nolrc-Danie de Casalibus, construite à la 
même place, en U40, ne puimol pas, avec son parfait crépi, d'y 
chercher les traces de la première. 

Une avalanche ayant détruit ce premier établissement monas- 
tique dans l'année 1133, il fut transféré au lieu actuel. Mais pour 
ne pas interrompre Tordre chronologique des constructions qui 
lui furent successivement affectées, transportons-nous d'abord à 
la Courrerie. 

Saint Bruno et ses compagnons, en se retirant loin du monde 
dans ce désert, pour s'y livrer à la contemplation et aux austérités 
de la pénitence, ne comptaient point sur le pain miraculeux du 
prophète Élie et du saint ermite Paul. La nature humaine est 
soumise à des besoins que les jeûnes les plus rigoureux peuvent 
rendre moins incessants, mais jamais inutiles. 11 fallait vivre, 
enfin, dans un lieu qui, sur l'avis de saintHugues, ne produisait 
aucun fruit. Le plus [»roche village, celui de Saint-Pierre de 
Chartreuse, où, pendant la construcllon des premières cellules, 
avait séjourné, dans la maison de la famille Brun entre autres, 
la pieuse colonie, ne pouvait offrir que de bien faibles ressources. 
Il est, d'ailleurs, situé à une distance de huit kilomètres. Ces di- 
verses considérations firent établir, à mi-chemin de Saint-Pierre, 
au rocher de Saint-Bruno, une courrerie, curatoria, où résida 
l'officier chargé des soins matériel de la communauté, \Qcuraior, 
devenu dom Courrier, non point parce que les occupations de sa 
charge l'obligent à aller chercher au loin les provisions et autres 
objets nécessaires, à courir par conséquent, mais parce qu'il était 
le curateur y Tayant-soin du temporel^ comme un ct«re est le cwra^or, 
l'ayant-soin du spirituel de la paroisse. Avant d'atteindre à l'im- 
portance et à l'étendue que cette dépendance acquit plus tard, à 
dater du prieur Guignes V, le fondateur du premier monastère 
à la place actuelle, étendue justiûée par une prosjfférité croissante, 
il fut bâti parmi les chaumières qui la composèrent, une cons- 
truction voûtée, propre à recevoir les principaux approvision- 
nements de farines, légumes secs, fromages, vin, huile; à con- 



l'ARCDÉOLOGIE au MONASTÈUE de la GnANDK-CUAUTREUSE. 59 

server, autant que faire se |)Ouvait, des légumes frais dans leur 
premier état, el à préserver ces diverses provisions tant de l'in- 
cendie que de la gelée. Cette construction voûtée sur laquelle re- 
pose l'église, établie sur un plan incliné du nord au sud, enfouie 
sous le premier côté^ préservatif contre le froid, ouvre en plein 
midi sa porte et quatre fenêtres carrées ; elle mesure 6 mètres de 
large sur 14 mètres de longueur. L'emploi de la pierre taillée 
dans l'embrasure de ces ouvertures, dans les jambages, les 
linteaux et^ en entier^ dans les intervalles qui séparent ces ouver- 
tures, tandis que ces dernières sont toutes privées de seuil, 
comme je l'avais remarqué dans des constructions des IX" et X' 
siècle!^ me fait attribuer cette construction aux premières années 
de la fondation de Tordre, à la fin du XI* siècle ou au commen- 
cement du XIP. 

Sa voûte est en berceau, des conduits en dalles assemblées sil- 
lonnent le sous-sol pour éloigner l'humidité : toutes conditions 
pourobtenirune température fraîche, sans être iiumide, pendant 
l'été, et à l'abri de la gelée pendant Thiver. Dansle mur du fond, 
du côté du levant, s'ouvre un arceau qui donne accès dans un 
logis en hémiéycle. En même temps fut construite une église 
sur ces voûtes, et de même dimension, mais non voûtée, ter- 
minée à l'orient par un sanctuaire en hémicycle dont la base se 
voit dans le cellier que nous venons de décrire. Ce ne fut que 
plus tard qu'elle reçut une voûte en berceau, étayée par des tores 
reposant sur consoles, que des contreforts furent, pour cette 
raison, appliqués contre les murs extérieurs, et qu'enfin Tabsidé 
fut démolie et son ouverture bouchée. Je crois que cette église 
de 6 mètres de large sur 44 de long à l'intérieur, plus grande que 
la chapelle de Gasalibus qui occupe la place d'une première cha- 
pelle, servait aux ordinations, parce qu'à la Courrerie seulement 
pouvait et devait être le logement propre à recevoir alors les 
évéques de Grenoble avec leur suite, et que la translation du 
monastère au lieu actuel fut l'occasion d'un changement à cet 
état de choses. 

Ce Dipensiet^ en efTet, ne pouvait être un séculier habitant du 



. I 



60 l'archéologie au MONASTKRR de la GRANDE-CilAUTREUSE. 

village (le Saint-Pierre (on ne saurait le placer ailleurs), venant 
apporter une pitance contre {)aiement; il devait appartenir à la 
communauté «(ui n'atlendit pas qu'une avalanche obligeât à 
transférer à grands frais le siège du premier monastère à la 
place qu'il occupe actuellement. De même que le premier, ce* 
deuxième établissement fut, selon la coutume du temps et de 
ces lieux, construit en bois; les cellules furent des chaumières 
disposées sur un plan régulier et rattachées entre elles et avec 
l'église par des galeries de bois, précaution indispensable contre 
la rigueur et les neiges des hivers. L'église fut bâtie toute en 
pierre. Elle élait à une seule nef terminée |)ar une abside en 
hémicycle ; la division des deux travées était accusée de chaque 
côté par un pilastre portant Tare doubieau. La nef existe encore 
auiourd'hui et sert de salle de chapitre particulier, qu'il ne faut 
pas confondre avec la grande salle du chapitre général de l'Ordre. 
Son abside a été démolie pour l'aménagement des diverses cons- 
tructions qui l'avoisinent. Au lieu d'être orientée comme l'église 
actuelle, celle de laCourrerie et la chapelle de Casalibus^ elle est 
tournée vers le nord, comme l'oratoire de Saint-Bruno. Ses arcs 
doubleaux sont sur section rectangle, de même que les pilastres 
qui les supportent : c'est bien le style du temps ; ôr, si nous re- 
portons nos pas vers l'église de la Courrerie, nous y voyons un 
système de voûte original qui assigne nécessairement la cons- 
truction à une autre date. On y voit établie, sur les murs laté* 
raux de la nef, une corniche courante sur laquelle vient reposer 
une voûte en berceau ; mais cette voûte, au lieu d'être étayéo 
par des arcs doubleaux sur section rectangle et reposant sur des 
pilastres^ l'est par des tores ou nervures venant reposer sur des 
consoles placées au niveau de la corniche, et ces tores sont plus 
rapprochés entre eux que ne le comporte le style /les arcs dou- 
bleaux à section carrée. C'est là un /aire évidemment plus avancé 
qui touche au XIII" siècle. Cette singularité se voit à l'église du 
monastère de Chalais, avec cette différence que le cintre de la 
voûte est brisé; c'est bien ici du XII1« siècle : le fond du chœur 
est & chevet plat, éclairé par un œil de bœuf, tandis que le tran- 



L ARCHÉOLOGIE AU MONASTÈRE DE LA GRANDE-CHARTREUSE. 61 

sept est couvert d'une yoûte d'arêtes aux mômes nervures qui, 
dans cette région, ne permet pas de reculer auXII» siècle. Quant 
à la nef de Chalais, dont il ne reste qu'une seule travée, ce qui 
est à regretter, elle montre le style du milieu du Xlb siècle dans 
toute sa noblesse et sa beauté, et ne saurait être confondue avec 
les additions de transept et chœur carré, substitués à son hémi- 
cycle primitif. 

Il ne parait pas que le XIiI« siècle ait rien construit dans le 
monastère, c'est-à-dire qu'il ait rien ajouté à l'ensemble établi 
dans le courant du XII° siècle. Dans tous les cas, s'il l'avait fait, 
il n'en reste pas de traces. Les fondements d'un cloître jetés au 
XIP siècle par S. Anselme, septième prieur général de l'Ordre, 
restèrent à l'état de fondements, invisibles par conséquent. 11 
n'est pas surprenant que le Xlll" siècle n'ait eu rien à faire dans 
un établissement qui ne comptait qu'un siècle de date et anté- 
rieur aux huit incendies dont le souvenir est fidèlement con- 
servé. Les deux premiers n'eurent lieu qu'au XIV* siècle, et c'est 
à leur suite seulement que le monastère de bois commença à de- 
venir de pierre. Il reste de ce dernier siècle la chapelle des 
morts, construite en 1382, placée au milic^u du cimetière. Elle 
es-t toute en pierres de taille, d'une architecture solide ; à l'inté- 
rieur, les robustes nervures de la vo.ûte portent le cachet de l'ogi- 
val secondaire. Le beau réfectoire de vingt-quatre mètres de 
long sur près de sept mètres de large, revient à la fin de ce même 
siècle. La chaire du lecteur, posée sur encorbellement, est en 
pierre et fait corps avec le mur; la balustrade est découpée par 
des arcs en ogive, enserrant chacun deux ouvertures terminées 
en trèfles à lobe aigu, divisées par un meneau central sur- 
monté d'un quatre-trèfles; on dirait une fenêtre du XIV* siècle, 
Des eompartiments de la voûte junraissent avoir été relevés au 
XVI* siè'Je. 

On peut encore attribuer au même siècle la salle des archives, 
de cinq mètres vingt centimètres de large, sur neuf mètres 
vingt centimètres de long. La voûte est divieée en trois travées 
dont la centrale est aussi longue que large, et chacune des deux 



6^ l'archéologie au monastère D£ la grande- chautbeuse. 

autres mesure deux mètres de long. Les nervures à tores, gorges 
et arêtes vives, fortes, larges surtout, ce qui est aussi le carac- 
tère de celles de la chapelle des morts, lui assigne le même 
siècle. Le mur de face d'un corps de logis à deux étages, perdu 
aujourd'hui derrière les cuisines, largement percé de fenêtres 
à meneaux croisés à boudin, avec sièges de pierre dans l'embra- 
sure, appartient à la fin du XIV* siècle ou au commencement du 
XV*. Enfin la belle tour de l'horloge est aussi une œuvre du 
XIV* siècle. Elle est de forme carrée depuis la base jusiju'à mi- 
hauteur où le carré passe à l'octogone. De là au sommet de la 
tour, son plan occupe trois divisions: la première et la deuxième 
à un mur plein, séparées par un cordon ; puis au-dessus, la di- 
vision supérieure, la seule ouverte sur chacune de ses faces, par 
une baie ogivale dont le fond de l'embrasure se découpe en trèfle 
au sommet. Elle est séparée de l'inférieure par un épais cordon 
et couronnée par une robuste corniche. Celle tour mesure près 
de trente mètres d'élévation sous flèche. C'est la seule tour de 
pierre qui s'élève au-dessus des autres corps de bâtiment, et 
n'étaient leurs combles d'une excessive hauteur, elle dominerait 
tout Tensemble du monastère, comme un clocher domine les 
maisons de la paroisSe.If est regreltableque sa flèche obtuse ne 
présente pas l'élancement de celles des autres cam[)aniles ; elle 
romprait avec beaucoup de bonheur la monotone ligne horizon- 
tale et lourde de l'ensemble de tous ces vasles bâtiments au-dessus 
desquels les petits campaniles de bois et d'ardoise ne se détachent 
guère plus que les cheminées. 

Le grand cloître présente, dans sa longueur de deux cent 
quinze mètres, deux styles distincts : la première moitié, celle 
qui touche aux bâtiments conventuels, église, cuisine, réfectoire, 
au centre enfin de la communauté, est de style ogival, tandis 
que la deuxième partie, celle qui se prolonge au-delà, dans la 
direction du midi, appartient à la reconstruction du monastère, 
après le dernier incendie de i 676. Ces deux dates et ces deux 
styles disent bien vite que la première partie est de beaucoup 
plus remarquable que la seconde. Le côté ouest de la partie ogi- 



l'archéologie au monastère de la grande-chartreuse. 63 

Taie, celui qui touche immédiatement aux bâtiments conven- 
tuels, a été construit aux XV* siècle, et est attribué aux libéra- 
lités de Marguerite, duchesse de Bourgogne. Ses nervures toutes 
prismatiques, venant parfois se confondre dans une souche 
commune à une partie des arcs doubleaux, avant d'atteindre au 
tailloir des consoles, un seul tore apparaissant à la partie sait* 
lante de l'arc doubleau, ses consoles enveloppées de chardons et 
de chicorées vivement fouillés, le cachet de leurs écussons, le 
pendentif de quelques-unes composé de contre-arcatures décou- 
pées à jour; d'autre part, ses jours eu fenêtres ouvrant sur le 
préau (car le climat du désert ne permet pas de maintenir ici 
des grandsarcs, qui sont ailleurs d'un usage général), ces fenêtres 
géminées inscrites dans une pénétration ogivale, formées de deux 
ouvertures carrées amorties, en anse de panier, sont un témoi- 
gnage incontestable à qui connaît les éléments de ce style ogival^ 
aujourd'hui si parfaitement étudié, de la construction de cette 
partie du cloître pendant le cours du XV« siècle; c'est de l'ogival 
tertiaire, bien qu'une roiitincet une justeet générale admiration 
|)0ur le beau style du XllI^ siècle, malheureusement changée en 
n]ode, persiste à attribuer au XIIP siècle, la construction de cette 
partie du cloître. L'autre partie, qui lui est parallèle, située du 
côté de Test, revient au XVP siècle. C'est bien le même style 
mais simplifié, il a perdu de sa légèreté. Ainsi les prismes et 
gorges sont moins multipliés sur les nervures, quelques-unes ne 
présentent que cinq faces à surface à peine creusée; une seule • 
souche reposant sur la console à trois pans, arrondie en cul-de- 
lampe à surface lisse avec une épaisse coquille appliquée pour 
tout ornement et un simple boudin pour tailloir, est commune 
aux deux nervures et à l'arc-doubleau. Parfois, au lieu d'une 
coquille que n'a point taillée l'habile scul|)1eur de l'autre partie 
du cloître, c'est un nœud de ceinturon à boucle et têtes de clous 
qui dissimule le culot de la console. L'ouverture carrée de ces 
fenêtres donnant sur le préau, est trapue ; elle dépasse en hauteur 
à peine la largeur, tandis que dans la partie du XV© siècle, la 
hauteur est le double de la largeur. La pénétration, à Textérieur, 



64 l'archéologie au MONASTKRE de la GnANDE-CHARTREUSE. 

n'est plus en arc d'ogive, mais en anse de panier très-surbaissé, 
c'est presque un carré, tandis qu'à l'intérieur, l'embrasure est 
un plein cintre. C'est là plus qu'il n'est besoin pour caractériser 
ce style à la dernière période. Lorsque, de l'extrémité intérieure 
de la partie du XV» siècle, on voit cette galerie de deux cent 
quinze mètres de longueur interrompre ses ogives à mi-chemin 
pour le continuer par une voûte d'arête dépourvue de tout orne- 
ment, bien des personnes témoignent le regret que cette der- 
nière partie du cloître n'ait pas été relevée sur le plan de la 
première. C'est être bien exigeant; ce sont d'ailleurs des regrets 
superflus : la partie continuée au XV11I« siècle n'est point une 
partie relevée, mais ajoutée, faile à neuf. On ne saurait convenir 
que l'ancien cloître, en l'état actuel, manque de longueur, car 
plus de cent mètres de longueur, sur vingt-trois de large, com- 
posent le plan d'uncloîtred'unelongueur inconnue en France. Il 
y a donc lieu, pour la satisfaction du coup d'oeil, de se félicite^ 
plutôt de ce prolongement qui, malgré la différence et la pau- 
vreté de son style, produit encore un effet plus saisissant qu'un 
simple mur droit. 

L'église du monastère appartient au XV* siècle, tandis que ses 
voûtes ont été refaites au XVII» siècle, dans ce style ogival (|uel- 
que peu de convention que le XVII' siècle tenait, à donner ou à 
restituer aux édifices religieux. Cette église^ de cent pieds de 
long, sur vingt-quatre de large à l'inlérieur, est composée de 
quatre travées dont la première a moins de portée que les sui- 
vantes, et se termine par un chœur à cinq pans dont les fenêtres 
longues et assez étroites donnent une apparence du XIII« siècle. 
Les pilastres engagés dans les murs de la nef ont été détruits 
pour ne pas interrompre la ligne des stalles, et leur talloir, ainsi 
que les consoles des nervures, sont dissimulés dans une sorte de 
caisson en bois ou en plâtre décoré eu style Louis XV, long, 
lourd, terminé en cul-de-Iamp et qui, loin de paraître supporter 
les arcs et nervures de la voûte, semble bien plutôt (ce qui est 
vrai), leur être suspendu. Les fenêtres de la nef ont été élargies 
d'ouverture et cintrées comme on cintrait au XVIIo et XVIII» 



l'archéologie au monastère se la GnANDECUARTBEUSE. 65 

siècles. Les nervures de la voûte sont sans style ; ce sont de sim- 
ples tores qui ne se retrouvent point dans la partie du cloître du 
XV* siècle, non plus que dans celle du XVI» siècle. C'est un tra- 
vail refait ; tandis que la fenêtre en anse de panier avec moulures 
prismatiques à ses angles, qui éclaire les combles au-dessus du 
chevet du cliomr, montre un travail et un style semblable à 
celui du cloître, ce qui n'est pas de trop dans l'ensemble de cet 
édifice au chœur façon XIII* siècle, aux pilastres supprimés, aux 
tailloirs et consoles dissimulés, aux nervures de fantaisie, aux 
fenêtres à l'italienne, à la porte moderne, composé hybride, à 
qui cette seule ouverture sous les combles maintient son acte 
de naissance. 11 est juste de dire que l'élévation de ses voûtes, à 
près de cinquante pieds de hauteur, lui conserve une majesté 
sévère, digne de la destination et de la gravité de ses cérémonies. 
Avec la reconstruction partielle et Tagrandissement considé- 
rable des bâtiments du monastère, sous le prieur général dom 
Le Masson, après l'incendie de 1676, tout lien avec l'architecture 
que nous venons de décrire est rompu, à moins qu'on ne voie un 
lien dans les voûles de l'église. Dans les styles du Moyen-Age, 
le sculpteur est identiflé avec l'architecture, on ne saurait cons- 
truire sans décorer; dans le nouveau style du couvent, Tarclii- 
tecte ap{)arail seul avec ses maçons, la sculpture y est inconnue : 
constructions vastes, carrées, à angle droit, à surfaces lisses, 
voûtes d'arête à surface unie dans le grand corridor de l'entrée 
et dans le prolongement du cloître ; ailleurs, de vastes salles 
couvertes de planchers portés par d'énormes poutres et de 
robustes chevrons ;^ sécheresse de plan et d'exécution qui rappelle 
moins l'austérité de la vie des cloîtres que le froid de la caserne. 
Une considération pourtant plaide en sa faveur : la masse de 
l'étendue de ses constructions, la hauteur de ses combles à large 
surface, imposent Tétonnemcnt; et du fond de l'abîme qui Ten- 
veloppe, le monastère occupe fièrement la place qu'il a conquise 
dans ce tableau majestueux, sans fléchir devant sa grandeur. 

Vicomte de Saint-Andéol. 



/ 



PRÉCIS 



DE L^HISTOIRE DE L'ART CHRÉTIEN 



En France él en Belgique 



VINGT-QnATIllÈMK AIITICLK *. 



CHAPITRE IX. 

XV« SIÈCLE. 

AiuicleI. — Aichitccturc (slyle flamboyant) 



Caractères GÉNÉRAUX. — Nos guerres avec les Anglais et les 
Bourguignons entraînèrent la destruction de beaucoup d'églises 
et arrêtèrent la construction de celles qui étaient conomencçes. 
Cependant, on termina plusieurs cathédrales et l'on rebâtit un 
grand nombre de petites églises qui avaient été dévastées pen- 
dant les guerres désastreuses du siècle précèdent. 

Un esprit général d'innovation caractérise la politique, la philo- 
sophie, les sciences et les arts. La frivolité, la dissolution des 
mœurs^ lerationalisme naissantaffaiblissentla foi religieuse dans 
les masses. La prise de Constantinople, en 14^3, répand en 
Occident beaucoup de littérateurs et d'artistes grecs qui réveil- 
lent dans les esprits le goût de l'antiquité. Telles furent les 

• Voir le n» de novembre 1868, p. 499. 



PRÉCIS DE l'histoire DE l'aRT GHRÉTiBN 67 

différentes causes qui, dès le XY"" siècle, eutralnèreut la déca- 
dence de rarchiteclure gothique et préparèrent!^ triomphe du 
style de la Renaissance, vers le milieu du XVP siècle. 

Le manque de simplicité et de gravité, Fabandon des s?gnes 
symboliques, les abus du caprice, rafféterie de certains orne- 
ments, remploi deslignes contournées, rexubérancedesfoliations, 
la science des détails, le fini du travail, caractérisèrent Tarchi- 
lecture des XV© et XVIe siècles. On lui donnne le nom de flam- 
boyante^ à cause des lignes courbes qui, par leur disposition, 
imitent la forme des flammes. Beaucoup d'arcades ont une forme 
presque mauresque, en ce sens que les deux lignes se relèvent 
subitement h leur point de jonction : c*est/e qu'on appelle art; en 
flèche ou en accolade \ ce caractère se retrouve également dans les 
portes, les fenêtres, les rosaces, les trèfles et d'autres orne- 
ments. Les voûtes perdent de leurlégèrelé et se surchargent d'or- 
nements. Lescolonnettesdégénèrent en baguettes prismatiques. 
Les surfaces lisses des murs et des tours disparaissent sous les 
décorations à formes aiguës. Le houx, le chardon, le chou frisé 
et d*autres plantes vulgaires remplacent la noble végétation des 
âges précédents. 

Plan. — Les églises sont en général moins longues et moins 
hautes. La nef transversale se rétrécit à l'extrémité de chaque 
croisillon. Le chœur se prolonge quelquefois jusqu'à la nef ma- 
jeure, au détriment des transepts.il est généralement de forme 
polygonale et parfois entouré de clôtures sculptées. Dans cer- 
taines petites églises rurales, on ne voit qu'un seul bas-côté ter- 
miné par une abside carrée. 

Appareil. — On continue d'employer le {;rand et le moyen 
appareil. Quelques églises sont construites en briques, avec des 
chaînes de pierres. Le silex, le grès, les galets, etc.^ furent éga- 
lement employés. Les soubassements des murailles sont ordi- 
nairement en grès. > 

Contreforts. — Ils sont décorés de panneaux k dessins flam- 
boyants et surmontés de clochetons octogones ou de pinacles 
hérissés de choux frisés -, ils font souvent face aux angles des 
murs, ce qui était extrêmement rare dans les siècles antérieurs. 



68 PRECIS DE LHISTOmS DE L ART CURKTIEN 

L'intrados des arcs-boutants est lanlAt iisse et tantôt décoré de 
conlre-arcalufcs dccoujléesà jour. 



CottNicHEs. -•- Elles sont fi^^urées par de simples moulures, 
suirnontiies d'une balustrade dont les oniomcnlssont analogues 
b ceux des fenêtres. Ce sont des combinaisons de lignes con- 
tournées formées par des nervures prismatiques. 

Portes. — Leur arcade est tantôt en ogive équilatéraie, tan- 
tôt en accolade, tantôt en anse de panier ; clleest quelquefois ins- 
crite dans unencadremcnlcarré. Elle se couronne de frontonsen 
forme d'accolade, dont les angles sont hérissés de feuilles grim- 
pantes. Ces portes, dont lelympanestriclie on sculptures, sont en- 
tourées demoulures prismatiques et de moulures creuses," garnies 
de rubans, de torsades, de feuilles, etc. -, leurs pilastres, divises 
en plusieurs panneaux, sont surmontés de gracieux pinacles. 



ï» FRANCE ET EN BELGIQUE. 69 

Fekétres. — Les renèlrcs flarabojanles du XVe siècle sonl en 
ogive, en accolade ou en anse de panier. Les colonnetles sont 
bannies des bases et remplacées fit des meneaux prismatiques, 
en nombre indéterminé, qui forment une série d'arcalures Oam- 
bojaotes, supporlaut des roses, ou ^'épanouissant en ornemcnls 
qui figurent des naaimes droites ou, renversées, des cœurs, des 
fleurs de lis, des étoiles, etc. En général, les fenêtres du style 
Qamboyant, moins élevées et plus larges encore qu'au XlVe siè* 
de, sont encadrées dans des moulures garnies d'animaux*et de 
feuillages frisés. Leur base repose sur une cornlcbe en larmier. 
Nous devons mentionner, mais comme fait exceptionnel, les 
meneaux verticaux coupés par des meneaui borizontaux et 
figurant une espèce de grillage (église de Calais}. 

Roses. — Les roses du XV° siècle sont fort remarquables. 
Leur vaste champ favorisait heureusement l'épanouissement 
Damboyaut. Le centre est occupé par un oculvs dont les mou- 



lures sont extrêmement soignées. Des roses flamboyantes ont 
été ajoutées à cette époque à des monuments d'un style plus 
ancien. 

Tours. — Les tours sont quadrangulaires, séparées en plu- 
sieurs étages par des galeries garnies d'abat-jours et flanquées de 
contreforts dont la face principale est décorée de niches, de clo- 
chetons, d'arcades simulées, etc. Les faces sont parfois sillon- 
nées de moulures verticales ou de «es cannelures qui caractéri- 



70 rnÉcis de l'iiistuiiie de l'art ciirëtië!« 

sentie style que les Anglais nomment perpendieutaire {S&iot- 

Vulfran, d'Abbeville). Les tourG sont souvent terminées par nue 



pyramitie ou cliarpenle couveric d'nrJuises, ou ]>ar un loit 
cunéilorme, parrois par iinc couronne composée d'arrs irilolics ; 
d'autres soni complélement dépourvues de couronnement. 

Colonnes. — Les piliers sont formés de plusieurs fikls qui se 
pénéircnl les uns tes aulres, ou bien de nervures prismatiques 
qui s'élancent jusqu'à la voûlc. Les bases de ces piliers sont 
carrées, sans moulures saillaples. Les chapiteaux sont très-courls 
et ornés de guirlandes de leuillages profondément découpés. 

Arcades. — Sept espèces d'arcades furent en usage pendant 
celte période : l" l'arc équiiatéral du siècle précédent ; 2" l'arc 
applati : c'est un arc ii quatre centres déterminés par un carré 
abaissé de la corde de l'arc, dont les côlés sont égaux au tiers 
de cette corde , 3' l'arc Tvdor, d'origine anglaise, n'en diffèrg 
que par un plus grand applatissement. Il apparaît quelquefois 



EN FnANCE ET EN BELGIQUE. 71 

SOUS le règne de Louis XII, mais il est plus commun en Belgique 
qu'en France 5 4® Tare en anse de panier est la seciion d'une 
ellipse dont le grand axe est horizontal -, S"" Tare infléchi est 





«*^^ 




Arc tnJor. 



Arc infléchi. 



Arc en accolade 



formé de deux talons qui sont tangents par leur sommet *, 
6"* l'arc en accolade est le même que le précédent, mais beau- 
coup plus surbaissé; 1^ l'arc en doucine a sa partie inférieure 
convexe (a l'intrados) et sa partie supérieure concave. L'intrados 
des arcades est fréquemment décoré de contre-arcatures iréflées. 

Galeries. — Les galeries, obscures dans les petites églises, 
transparentes dans les grandes, sont formées de meneaux con- 
tournés en flammes. 

VouTEs. — Au commencement du XV* siècle, les voûtes ne 
diffèrent guères de celles du XIV* que par la forme prismatique 
des moulures, dont la coupe est pyiriforme. Les tores se ratta- 
chent les uns aux autres par des cavets et des scoties. Â la fin 
du XV*» siècle et surtout au XVI% les nervures multiplient leurs 
combinaisons et forment un élégant réseau, habilement ciselé. 
Les nervures diagonales sont quelquefois ornées de festons et 
de contre«arcatures découpées à jour. L'intersection des arcs est 
décorée de clefs pendantes, de rosaces, d'écussous, décaissons, 
de médaillons, de personnages sculptés, etc. On voit des pen- 
dentifs d'un admirable travail, qui ont jusqu'à deux ou trois mè- 
tres de saillie. Ces riches sculptures étaient souvent coloriées, 
ainsi que les arceaux. On construisait également, à cette, 
époque, des voûtes de bois, en berceau ou en arête. 

Ornements. — La forme anguleuse domine dans les moulures. 



'i psitcin Dv. L'iiisToinB SE l'art CUnÉTIEN 

Les feuilles grasses, les feuilles il'acanthe, elc, disparaisseui 

jtour faire place aux feuilles de vigne, de cliou, de lioDx, de 



•IJOT 




chardon, etc. Les (rèfles et les (lualre feuilles ont toujours des 
lobes pointus 



■Les murailles sont souvent décorées de plusieurs Étages d'ar- 
cades trilobées, h compartiments égaux, remplis de nervures 
flamboyanles. On leur donne le nom de panneaux, h cause de 
leur ressemblance arec les panneaux des boiseries. Les arcades 
simulées sont surmontées d'un fronton pyramidal, couronné 
d'un bouquet de feuilles frisées. Les pinacles appliqués, qui sont 
tris-fré.quenls, ont le même couronnement ; leurs angles sont 
hérissés de choux frisés. 

En général, les dais oqt la forme d'une voûte d'arête, taillée 



EN frange: et £N BELGIQUE. 73 

soDs une espèce de chapiteau polygone, surmonté d'un grand 
pinacle ou d'un clocheton a jour. 

Synchronisme des styles. — La Picardie offre quelques exem- 
ples du style que les anglais appellent perpendiculaire. Sur les 
bords du Rhin, provisoirement allemands, ou remarque un ma- 
gniGqoe développement du style flamboyant^ s'alliant quelque- 
fois aux anciennes formes rayonnantes : hardiesse des tours, 
sobriété dans l'emploi des découpures fenestrales et des choux 
frisés ^ lignes plus anguleuses et moulures moins flexibles que 
dans le Nord-Ouest. Dans les provinces burgundo-lyonnaises, 
les chapelles latérales des nefs ne paraissent qu'au XV« siècle, 
oùrègne le même style qu'a TOuest et au Nord, avec quelques 
réminiscences accidentelles, du caractère romano*bizantin. 

Eo Provence, rornemenlation, plus sobre, se refuse aux dé- 
tails trop compliqués. Dans les Pyrénées, les fenêtres étroites 
^Dt tort élevées au-dessus du sol. La crainte des invasions 
espagnoles a fait donner aux églises un caractère défensif et 
presque militaire. 

Exemples. — Parmi les monuments qui appartiennent au 
XV* siècle, dans leur ensemble ou pour la plus grande partie, 
nous citerons en France : les cathédrales d'Alby, d'Àuch, de 
Limoges, de Mende^ de Moulins et de Quimper ; Saint-Yulfran^ 
à Abbeville \ Saint-Martial et les Gélestins, à Avignon ; Saint- 
Germain, a Amiens*, Saint-Etienne, a Beauvais (chœur) ; Saint- 
Martin, a Ciamecy (façade et clocher) ; Notre-Dame de TÉpine, 
près de Chàlons-sur-Harne ; Saint-Séverin, Saint-Merry, Saint- 
Gervais^ k Paris; Saint-Vincent, a Rouen ; les églises de Brou, 
ï Bonrg-en-Bresse, de Rue (Somme), de Saint-Lo, de Saint- 
Quentin, de Saint-Riquier, de Thann (Haut-Rhin), de Ville- 
fraoche (Rhône), etc. En Belgique, Saint-Bavon, à Gand; 
Saiflt-Rombaud, à Halines, etc. 

J. COBBLET. 



ion ZT. 



CASTELNAU DE BRETENOUX. 



Les belles ruines féodales qui font en grande partie l'objet 
de cette étude, s'élèvent à la lisière septentrionale de Tancien 
Quercy, tout près des frontières actuelles de laCorrèze et du 
Lot. Bretenoux, qui leur prête son nom, n'en est séparé que 
de deux kilomètres, trois au plus. A peu de distance, se 
cachent encore dans les plis de la vallée, trois autres petites 
villes : Saint-Céré, Vayrac et Beaulieu. Toute la contrée 
que domine ce monument est d'un aspect enchanteur. Nature 
opulente , bourgades nombreuses , sites variés , rien n'y 
manque à l'œil. Mais l'œi), constamment détourné par les 
beautés qui le sollicitent, revient avec un invincible attrait 
sur ces hautes murailles, dont l'heureuse assiette, l'imposant 
caractère etjes vieux souvenirs, captivent à la fois le poète, 
Tami des arts et l'historien. Banimer ces débris, réveiller 
•leur chronique, signaler au pays l'intérêt qu'ils présentent, 
ne sera pas un fait nouveau. Sans nous arrêter aux récits 
plus ou moins légendaires , ni aux croquis plus ou moins 
pittoresques qui enluminent ça et là feuilletons. Annuaires et 
Bévues, nous aurons parfois à citer les quelques pages consa- 
crées à Castelnau dans la Statistique du déparlement du Lotj 
de M. Delpon ' ; un double Rapport rédigé en 1845 par 
M. Calvet, inspecteur départemental de la Société française 

* T. II, p. 11-12; t. I, p. 463-467. . 



CASTELNAU DE BRETENOUX. 75 

d'archéologie* ; la récente visite fuite à ces ruines par 
M. Vigé, dans sa Promenade en Quercy^^ etc., etc. Mais, à 
Tinconvénient d'être disséminées, pour ne pas dire perdues 
dans divers corps d'ouvrage, ces mentions ou notices di- 
verses, d'une valeur d'ailleurs fort inégale, ajoutent encore 
celui d'être, pour la plupart, antérieures à l'incendie qui dé- 
vora l'édifice, il y a quelques vingt ans. On nous a fait penser 
qu'une étudB nouvelle et distincte, en rectiBantles erreurs, 
en comblant les lacunes, en reproduisant à la fois les pompes 
du passéetl'état du présent, pourrait intéresser l'archéologue, 
profiter à l'historien, et renseigner le visiteur : nous l'offrons 
telle quelle à leur curiosité. 



HISTOIRE. 



Ce nom de Castelnau est d'origine romane. Casirum ou 
Castellum novum en était l'équivalent latin : Châteauneuf 
l'eût traduit fort exactement en français. C'est une appella- 
tion commune h plusieurs localités du Midi. Ici, l'éditeur du 
CarltUaire deBeaulieu^, M. Maximin Deloche, inclinerait à 
croire qu'elle ne fut pas la dénomination priipitive. Il y subs- 
titue, non sans quelque hésitation, celle à^Exidunij dont le 
dérivé Exidensis qualifiait, en des temps reculés, et la vallée 
que commande le fort et la vicairie dont il était, selon lui* 
le chef-lieu. Le. nom de Castelnau serait ainsi le résultat 



^ U fait partie des Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de 
VAveyron^ t. v, p. 315-338. -* C'est de beaucoup le travail le meiUeur. . 
* P. 15 et «uirantes. 

' lotrod. CCLXZTXI-CCLXZXUI. 



76 CASTBLNAU DE BBETENOUX. 

d'une reconstruction. Le fait estqu^l nous faut — du moins 
dans l'ouvrage précité - - descendre jusqu'à Tan 1076 pour 
en trouver la première mention, et qu'une partie, jadis im- 
portante, du bâtiment remonte à ce temps-là. Toutefois, 

• 

l'hypothèse a paru discutable, et le savant directeur de 
l'Ecole des Chartes s'en est fait l'agresseur. Suivant M. La- 
cabane*, Sceaux {EnSceou)^ Teyssieu, le ruisseau même de 
Félines, seraient plutôt cet Exidus ou Eœidum^ dont la vraie 
forme ne nous est point venue. Sans entrer dans un débat 
scabreux, on peut croire avec lui la substitution de M. De- 
loche tant soit peu aventurée ; mais reste encore à savoir si 
le château conserve ou non sa dénomination première. 

€ S'il faut, nous dit M. Vigé, s'en rapporter à une tradi- 
tion dont des historiens et des érudits respectables se sont 
faits l'écho, l'origine de Castelnau de Bretenoux, comme 
celle de Bruniquel^ situé aux confins du Quercy, doit être 
attribuée à la grande reine Brunehaut^ qui vivait au sixième 
siècle. Ces deux châteaux n'ont pas d'ailleurs que l'origine 
decommun entre eux : leur situation est exceptionnelle. L'un, 
BruniqueK placé au confluent de la Verre et de rAveyron, 
dans une position admirable, domine les riches vallées qu'ar- 
rosent le Tarn et les deux rivières déjà nommées ; l'autre^ 
Castelnau, est au confluent de la Cère, de la Bave et de la 
Dordogne, qui ont fait de cette contrée un des coins de la 
France les plus pittoresques et les plus riches. On ne saurait 
donc s'étonner que Brunehaut, séduite par la beauté des 
sites, y ait fondé deux de ces villas qui furent les palais des 
premiers rois francs. 

i Selon la tradition, Castelnau de Bretenoux et Bruniquel 
s'appelèrent, dans l'origine, du nom commun de Castrum 

m 

'i Ohtervations sur V histoire et la géographie du Quercy et du JLtmouim, 
p. 9 et 26. 



CASTELNAU BB BRETENOUX. 77 

reginœ BrunichildiSy oc château de la reine Brunehaiit, » ou 
Brunehildej qui est la véritable orthographe. De Brunichildis 
on fit d'abord Brimiquelli^ puis Bruniquel, qui a ainsi gardé 
très- visiblement Tempreinte de son baptême. Quant à Bre- 
tenoux, on est forcé de reconnaître que si ce nom a la même 
origine, les vicissitudes de la langue lui ont fait subir une 
altération qui ressemble assez à une complète corruption. ]» 

Rassurons M. Vigé. Le non) de Bretenoux avait déjà sa 
forme dès le'JX* siècle : in villa Brelonoro^ est-il dit dans une 
charte de Tan 866. Et puis, Bretenoux n'est ici qu'un nom 
distinctif, emprunté à une localité voisine et dont il n'y a 
pas à s'occuper. Pour ce qui est d'ailleurs du fond de la qucs* 
lion, l'extrait que nous venons de produire peut avoir sa 
valeur. On sait, en eflfct, que le Quercy faisait partie du 
ilouaire de l'infortuné Galsuinte, douaire qui fut, après sa 
mort, adjugé à Brunehaut, sa sœur. Les goûts bien connus 
de la princesse austrasienne, les nécessités de sa situation, 
la séduction des lieux, rendent assez plausible la tradition 
rappelée par M. Vigé : nous l'insérons, sans autrement nous 
prononcer. 

Au surplus, la vieille baronnie n'a pas besoin pour son 
prestige de ces douteux échos d'un passé bien lointain. Elle 
datait, sans contredit, de l'origine des fiefs, et pouvait, sans 
conteste, se ranger parmi les fiefs les plus beaux du Midi. Ses 
innitres et seigneurs siégeaient aux Etats de la province im- 
médiatement après les vicomtes de Tiirenne, de Bruniquel et 
de Montclar : nul autre n'osait leur disputer le pas. Vassaux 
des comtes de Toulouse et des vicomtes de Turenne, mais 
aussi souvent debout qu'à genoux devant leurs suzerains, ils 
ne craignaient pas, aux beaux jours de leur puissance, de 
s'intituler seconds baisons chrétiens^ et chacun sait que les 
Montmorency prétendaient seuls au premier rang. A part 
d'ailleurs cette préséance, le cri de guerre était le même : 
Dieu aide aux seconds chrétiens ! — Dieu aidera. 



L 



78 GASTELNAU DE BRETENOIJX. 

Les premiers seigneurs de Castelnan font leur, apparition 
dans rhistoire en Tan 860, dix-sept ans avant ce fameux 
édit de Quierzy-sur-Oise qui, en consacrant Thérédité des 
bénéfices, posa la plus ferme assise de Tordre féodal. Le vieux 
repaire nous est donné comme faisant alors partie des pos- 
se/ssions de Frodin, Tun des hauts personnages de la contrée. 
Nous ouvrons le Cartulaire de Beaulieu à Tan 887, c'est-à- 
dire à quelque temps plus tiird. « Epris d'amour pour sa 
patrie céleste et confiant dans la miséricorde de son Dieu, 
Frotaire cède au nom du Christ, pour le remède de son âme, 
l'âme de Frodin son père, d'Ildegarde sa mère et de .son frère 
Matfred, la chapelle de Sainte-Marie de Félines au monas- 
tère de Beaulieu '. » Deux questions se présentent. Ce 
Frodin ne serait-il pas le même que le personnage men- 
tionné plus haut d*après M. Lacoste^? Et ce Matfred qui 
souscrit à la donation de son frère , n'aurait-il rien de 
commun avec celui dont la veuve Aitrude et le fils Etienne 
— qui cette fois sont bien des Castelnau — donnent en 926 
au même monastère Téglise de Saint-Pierre, ad Macerias, 
aujourd'hui BonnevioUe^?... Le rapport des noms, l'accord 
des dates, l'importance des donations, la présomption qui 
résulte du voisinage des deux églises et de leur position 
commune au-dessous du château, tout nous semble accuser 
une même origine et trahir un lien de famille entre les dona- 
teurs. 

Ils s'honoraient alors par la munificence : hélas ! ils vont 
laisser dans l'histoire des souvenirs moins beaux. 

Dans les siècles troublés qui précédèrent les croisades, .les 
cloîtres, enrichis par la piété des peuples^ se virent en butte 
aux vexations d'une féodalité turbulente et jalouse, qui brû* 

1 Charte XLUI. 

* Auteur de travaux manuscrits déposés à la bibliothèque de Cahors. 

' Charte XXXVUI. 



GASTELNAU DE BllETENOUX. 79 

lait de ressaisir avec usure ce que ses doigts avaient laissé 
tomber. N'ayant pour la désarmer d'autre . ressource que de 
86 jeter dans ses bras, l'Église conçut l'idée d'un protectorat 
aussi glorieux que lucratif dont elle investit ses puissants 
oppresseurs en les honorant du nom d^abbés laïcs, comme 
jadis Constantin s'était décerné le titre à^évêquo du dehors. 
Mais il en fut des barons du Moyen -Age comme des- Césars 
du Bas-Empire : l'institution dégénéra promptement eu 
leurs mains. Mitre en tête et glaive au poing, ils se mirent ^ 
régir ce qu'ils devaient défendre, transformèrent en apanage 
ce qu'ils n'avaient qu'en tutelle, et n'hésitèrent pas à s'im- 
poser de force quand on n'accédait pas de gré. C'est ce qui 
arriva au monastère de Beaulieu. Nous le trouvons dès le 
X' siècle anx mains des Castelnau ou de leur parenté. Un 
soldat guerroyeur venait d'en faire le prix de sa victoire, et 
''avait transmis aux siens comme l'on fait d'une conquête : 
jure belli armisque viclricibus. Que V honneur ou bénéfice 
attaché au patronat laïc fût seul en cause dans cette trans- 
mission, c'est possible et nous voulons le croire ; mais l'op- 
pression était aux portes : elle entra. Ce jour-lh,par exemple, 
les Castelnau durent s'entendre dire qu'il est des droits au* 
dessus des batailles et» au besoin, des armes qui dominent 
répée. C'était en 1051 : un concile provincial se tenait à 
Limoges, et les moines de Beaulieu étaient venus lui deman- 
der secours. Hugues de Castelnau fut prié de s'y rendre. 
Descendant du soldat victorieux, neveu du dernier abbé dé« 
funt, il avait, à ce double titre, chassé de force l'élu du mo- 
nastère^ et cumulant avec l'abbatiat laïque qu'il possédait 
tout au moins en sous-ordre, l'abbatiat religieux qu'il exer- 
çait en bottes, il jouissait sans plus de façons de ce qu'il 
regardait comme un bien de famille : successione parentum.^ 
Ce ne fut qu'une exclamation dans le concile au premier 
mot de ce désordre, a Affreux renversement, s'écrieût les 



82 GASTELNAU DE BRETENOUX. 

fenêtï-es romanes au bord de laDordogne, dans un étroit val- 
lon où le sifflement du merle et le clapotement des eaux re- 
disent seuls les hymnes d'autrefois * . 

On voudra bien nous pardonner quelque insistance à re- 
gard d'une phase curieuse qui résumait pour nous l'histoire 
de deux siècles^ devant les murs de Castelnau. Ce n'est pas, 
au demeurant, fortune si fréquente que de rencontrer sur 
un simple manoir des textes de cet âge, animés d'un intérêt 
pareil. L'éternelle lutte de l'Eglise et de l'Etat, telle que la 
virent ces époques d'organisation laborieuse et de fraction- ; 
nement, s'y détache avec une puissance de saillie que le lec- 
teur n'attendait pas sans doute. Ce ne^era pas l'unique fois 
que nous observerons dans Castelnau le type accentué du 
monde féodal. Habité, comme nous l'avons vu, dès l'origine 
du système, jusqu*à sa chute, il aura sa place dans le tissu 
de notre histoire, et il .y portera la physionomie de la no- 
blesse de ces temps. Physionomie abrupte, emportée dans le 
bronze à grands coups de ciseau, mais qui ne laisse pas d'a- 
voir sa séduction. C'est la physionomie des siècles héroïques, 
avec leur étonnant mélange de grâce, de fougue et de fécon- 
dité : grâce de l'enfance, fougue de la jeunesse, fécondité de 
l'âge viril. Ayons quelque indulgence pour ces temps créa- 

• 

teurs. Dans l'antiquité, ils inspimient Homère :"au Moyen- 
Age, ils firent éclore la Chanson de Roland. Ils avaient fait 
la Grèce et Rome: ils firent notre France, la France des 
Croisades. Ce n'est pas si «peu, et les hommes tentés de les 
honnir, feront bien auparavant de mesurer leur ombre. On 
peut passer à ces mâles visages quelques difformités natives: 

' Archives privées. — Nous retrouverons bientôt ces noms de Bernard et 
de Matfred, Désignent-ils les mêmes personnages ? Ce n*est pas si certain^ 
car ils apparaissent plusieurs fois à dates éloignées. Les auteurs qui se sont 
avant nous occupés de Castelnau^ remarquent cette fidélité de la famille à 
*aire revivre le nom de ses aïeux. 



GASTBLNAU DE BftETENOUX. 83 

ils ont une beauté que nous ayons perdue^ la beauté de la foi. 
Oui, ces hommes de fer, ces ^res batailleurs étaient reli- 
gieux. L'Ëvangile ne put, sans doute, empêcher toutes leurs 
saillies; mais en définitive, il demeura le maître de leurs 
âmes : ce n'est pas eux qui auraient dit le mot lugubre de 
ce siècle : Xndrerao al fondo. Ah ! si, au lieu de filer à re« 
bours, nous avions tenu à honneur de distancer nos pères !... 
Nous sommes parfois tenté de les comparer à ces colossales 
représentations de saint Christophe qu'ils peignaient si sou* 
vent aux murs de leurs églises. Debout dans le fleuve qui 
sépare deux civilisatrons, le naïf géant sent par moment le 
pied se dérober et l'épaule fléchir sous un poids qu'il n'a pas 
mesuré. Tuphes^ Enfant! crie-t-ilà son fardeau. Gardons- 
nous de sourire, saluons plutôt : appuyé sur son chêne^ le 
géant va toucher le bord, et il nous porte le Christ, qui, Lui, 
nous porte un monde ! 

Mais nous oublions notre récit. 

Le XIP siècle vit un roi d'Angleterre dans les murs de 
Casteluau* Lorsque Henri II vint, en 1159, faire valoir dans 
le, midi de la France les droits de sa femme Ëléouore, ses 
troupes, — qui furent, on le sait, battues sous les remparts 
de Toulouse, — portèrent la désolation dans le Quercy et as* 
siégèrent le château. Castelnau, réduit par la faim, dut se 
rendre au vainqueur \ 

Ce vainqueur iut-il Henri II en personne ou quelqu'un de 
ses lieutenants ? Les auteurs que nous avons sous les yeux 
nomment expressément le roi; mais, d'autre part, ils lui font 
quitter <^ette résidence pour aller vénérer le corps de saint* 
Amadour, dont Vinvention venait, disent-ilS| d'avoir lieu. Or 
ici^ les difficultés chronologiques nous barrent le chemin. 
Qu'Henri II ait fait le pèlerinage de Roc-Amadour, c'est un 

« 

• M. Vigé. 



84 GA3TELNAU IXE BRETENOUX. 

point incontestable fonde sur le récit de deux contemporains* 
Qu'il soit parti do Castelnau pour se rendre au célèbre ora- 
toire, le fait n'est pas moins certain, puisque l'un d'eux l'af- 
firme. Mais Robert du Mont place en 1166 l'invention du 
corps de saint Âmadour, et c'est à Tan 1170 que Roger de 
Bovedea rapjiortele pieux v.oyage de son roi. A défaut de 
renseignements plus complets, nous sommes donc réduits à 
trois conjectures. Si les dates précitées sont justes et qu'un 
siège ait eu lieu réellement, ou la prise du fort se trouve an- 
ticipée, ou c'est à tort qu'on l'attribue au roi d'Angleterre., 
qui n'y vint que plus tard, ou nous devons compter plusieurs 
séjours du prince anglais dws Castelnau. La seconde hypo- 
thèse est la plus probable. Après son échec de Toulouse, « le " 
roi, dit Lingard *, ramena son armée en Normandie. Le 
chancelier -— il s'agit de Thomas Becket, alors sous la cui- 
rasse, depuis sous l'étole et le poignard — le chancejier resta 
pour assurer les conquêtes que l'on avait faites. Il fortifia 
Cahors et emporta de vive force /rois châteaux regardés 
comme imprenables jusqu'alors. » Castelnau était-il du 
nombre ? c'est fort à présumer. Quoiqu'il en soit, le point 
essentiel reste sauf: il peut jeter quelque jour sur l'impor- 
tance du château. 

A l'époque des guerres albigeoises, nous retrouvons les 
Castelnau sous la bannière des comtes de Toulouse. Mais ici 
encore, il* furent malheureux : leur forteresse faillit être ra- 
sée. Son heureuse position la sauva. Montfort se contenta d'y 
mettre une garnison pour protéger la riche plaine baignée 
par la Dordogne ^. L'épée de ce terrible vainqueur ne fut pas 
inutile aux vicomtes de Turenne. En 1184, le vieux Ray- 



* Histoire d'Angleterre, édition Parent-Desbarres, t. it, ch. v, p. 324- 
325. 
' jMarvaud, ouv. cité, p. 94. 



CASTELNÀU DE BRgTfiNOUX. 85 

mofld VI leur avait cédé ses droits sur la baronnie. Mais trop 
fier et trop fort pour tomber aux genoux d'un voisin qui se 
trouvait son gendre, Bernard de Casteluau avait du môme 
coup congédié Toulouse et Turenne, et déclaré ne relever 
que du roi. C'était de Taudace : Faudace, toutefois^ resta 
longtemps impunie. Raymond VI avait trop à ftiire, et le vi- 
comte de Turenne n'osait pas se risquer. A la faveur des 
succès de Montfort, il réitéra ses réclamations. Matfred de 
Casteluau demanda rarbitnige de Tabbé de Tulle, qui se pro- 
nonça pour son rival, en soumettant toutefois sa décision à 
la ratification de Louis VIII, chargé par Philippe Auguste 
(rintervenir dans le débat. La paix devait se faire : elle se 
fît, mais ne dura pas. A la fin pourtant, Matfred se rendit. 
Menacé par Simon <ie Montfort, pressé par son redoutable 
voisin, il reconnut tenir son fief du vicomte, lui rendit hom- 
mage, lui fit serment de fidélité, et promit de mettre à sa 
disposition, toutes et quantes fois qu'il en serait requis, son 
château, ses terres, et l'appui de sou bras. Ce pacte solennel 
fut signé l'an 1219 dans l'église de Martel, après le saint sa- 
crifice solennellement célébré par les abbés d'Aurillac e£ de 
Figeac, et sous le sceau de nombreux chevaliers'. Quand Itay- 
mond VII, victorieux de ses ennemis, fut rentré en posses- 
sion d'une partie des États de ses pères, le vicomte de Tu- 
renue vint se ^ reconnaître son vassal pour le château de 
Casteluau ^. Mais en 1257, nous voyons le baron quercinois 
ftûre aussi son hommage sous les murs de Milhau '. Faut-il 
chercher à ce fait une explication naturelle, ou devons^nous 
y voir une violation nouvelle des droits de la vicomte ? Nous 
ne savons. Neuf années avant cet acte, entre Louis IX et le 



> /J., p. 95-96, diaprés Jastel, Preuvei de la maison dé Turenne. 
*Id. P. 110 d'après D. Yaissète, Hist. du Languedoc. 
' M. Calyet. 



86 G4STELNAU DE BRETINOCX. 

comte de Toulouse, s'était couclu un accord en vertu duquel 
l'un des frères du saint roi avait épousé la fille unique de 
Baymond VII, moyennant réversion du comté de Toulouse 
pour dot. L'extinction d'une illustre race allait donc rappro- 
cher de la couronne, en attendant qu'elle l'y réunit, ce fief 
ou plutôt cet État dont Castelnau était jadis vassal. Matfred 
avait-il flairé cette bonne fortune ? Voulait-il faire dire à ses 
enfants le mot étouffé sur la lèvre de son père : Castelnau 
ne relève que du roi?... 

M. Vigé nous signale, sous l'année 1248, le départ d'un 
de nos barons pour la première des deux croisades comman- 
dées par saint Louis. C'est la première fois qu'il est fait 
mention à l'égard de Castelnau de ces expéditions où courait 
tout un monde. Nous n'avons pas besoin de rappeler quels 
en furent les résultats moraux et politiques. Quand cette 
noblesse, dont les continuels écarts ont passé sous nos yeux, 
revint de Terre-Sainte, la cicatrice au front et la croix sur 
le cœur, quelque chose de plus humain battait dans sa poi- 
trine. Le bras était toujours celui d'Esaii^ mais on entendait 
de l'accent de Jacob : le ferrailleur nous rentrait chevalier. 
Et puis, à l'ombre des donjons vides de ses maîtres, le peuple 
poussait son cri de liberté. Â peine les guerres saintes ve 
naient de se finir que Bretenoux réclamait, lui aussi, sa 
charte communale : elle lui fut octroyée en 1277. 

La maison, néanmoins, grandissait chaque jour. Ancienne, 
puissante, redoutée, arbitre des d'Âraqui, des Turenne 
même et des Gourdon, mentionnée parmi les plus considéra- 
bles du pays dans un traité survenu entre Edouard I*' et 
Philippe le Bel, elle pouvait se croire à l'apogée de sa for- 
tunCj lorsqu'une nouvelle alliance vint doubler ses domaines 
et attacher à sa, couronne l'un des plus beaux fleurons du 
Bouergue. Alasie de Galmont, fille du deruier des barons de 
Calmont-d'Olt, dont le château dominait Espaliooi unit sa 



CASTELNAU DE BRETEMOUX. 87 

main à celle du jeune et fortuné Maifred. Le mariage eut 
lieu vei*s 1295. L'orpHeline — car son père était mort de. 
puis plusieurs années — avait grandi sous la tutelle de son 
oncle Raymond^ évêque de Rodez et premier constructeur de 
la cathédrale de cette ville. Tune des plus belles du Midi. Le 
prélat fit son testament en 1297. Une moitié des biens de la 
baronnie rouergate échut en héritage aux enfants d'Âlasie : 
l'autre, un instant distraite, leur revint peu après. Ce jour- 
là reçu de Castelnau s'écartela pour s'élargir. Au château 
tor $ur champ de gueules que ses preux avaient porté comme 
un doux souvenir sous le ciel de l'Orient, s'unit le lion d'ar-^ 
getit des Calmont rampant sur champ d^azur* . Le symbole de 
la vaillance venait côtoyer l'expression de la force, et le 
blason des Castelnau allait rappeler Ce vieil é eu de la patrie 
du Cid où, selon l'expression du Dante, c le lion domine la 
tour, et la tour le lion . }> 

Mais arrive la désastreuse époque des guerres de cent ans. 
Victorieuse à Crécy et à Poitiers^ l'Angleterre vient d'im- 
poser à notre malheureux roi le traité de Brétigny qui livre 
à l'étranger la pleine souveraineté de nos provinces du Cen* 
treet du Midi. C'en est trop. Patient jusqu'alors, le patrie- 



^ D'autres émaiUent différemment : d*or au château de gueules pour Cas* 
teloau ; émargent au lion de sable pour Calmont. Nous nous sommes inspiré 
des vitraux de l'égUse qui datent déjà de quatre siècles. Cependant comme 
ce laps de temps ne suffit pas pour remonter aux châtelains primitifs, on 
peat se demander s'il n'y a pas eu brisure.— Plus tard les armes de Clermont 
furent posées sur le tout : fascé d*or et de gueules de six pièces, au chej 
d'hemines. Nous n*a¥ons distingué nulle part celle des Caylus^ qui portaient 
d'or au léopard lionne de gueules accompagné de seixe hilletles en orle. Mais 
sur ces dernières les auteurs varient. Nous les donnons comme elles figurent 
au musée de Versailles pour Arnaud et Déodat de Caylus, croisés sons saint 
Louis. On les a prises sur l'empreinte en cire de leur sceau, encore attaché 
à leur acte d'emornnt. 



88 GASTKLNAU DE BBETENOUX. 

tisme de nos pères s'exalte ; \u\ soulèvement général s'orga- 
nise : ccûte que coûte, il faut rompre le joug. 

Ce fut rage héroïque de Castelnau. 

£n 1369, un de ses châtelains, accompagné de quelques 
autres seigneurs du voisinage, assiège dans Eéalville le gé- 
néral WalkafFara, qui tenait la place pour le roi d'Angleterre, 
et bat si vigoureusement les murs que, en dépit d'une lutte 
acharnée, la ville est prise d'assaut. 

Trois ans auparavant, le pape Innocent VI avait promu à 
révêché de Caliors Bégon de Castelnau. Mais l'Anglais domi- 
nait dans la ville : l'évêqûe refusa d'y entrer; quia nec se 
Anglo permitterCy nec sub hostilijugo oppressant urbem videre 
posset\ Cet exil volontaire dura quatre ans, pendant lesquels 
le prélat ne resta pas inactif. Servi dans son dévouement 
par une prudence qui savait aller jusqu'à la finesse, astu con- 
silioquej il travaillait sans relâche à l'affranchissement de 
ses chers diocésains. Enfin, l'heure sonna : l'évêqûe fut 
vainqueur. Le 1^ novembre de Tan 4370, le drapeau fran- 
çais flottait au clocher de Saiut-Etienne, et Bégon triomphant 
faisait son entrée dansCahors. 

Par le plus heureux des hasards, sinon par la plus ton* 
chante des inspirations, c'est dans la langue du peuple que 
nous est transmis le souvenir de cet é\rénement. Lou douxé 
de noubembré dé Van 1370, Bec de Castelnau inlrec à Caou. 
Que d'éloquence recouvrait, quand on l'écrivit, cette simple 
parole ! Quel soupir on devine sous ce rude et laconique pa- 
tois! 

Tout n'était pas gagné cependant: le Quercy devait souf- 
frir encore de la tyrannie de ses oppresseurs. Ce fut du vieux 
donjon que partit pour là seconde fois le signal de sa déli- 
vrance. Jean de Caylus de Castelnau, héritier du nom, du 

' Laceoix, Histoire des évêgues de Cahots. 



CASTELNAU DE BRETENOUX. 89 

siège, de râine de Bégoii, prit à cœur rachèvement de son 
œuvre patriotique. Il siégea de 1435 a 1460. A cette époque, 
Jeanne d'Arc avait paru. Le léopard courait toujours le 
pays, mais il faut convenir qu^il était bien boiteux. Jean de 
Casteinau réunit à ses frais et plusieurs fois, dit-on, les 

_ # 

Etats du Quercy dans Tenceinte du château. On n'a pas le 
détail des moyens concertés ni des mesures prises ; mais 
chacun s'y dépensa, tous les efforts s'unirent, et bientôt 
l'Anglais, battu sur tous les points, dut^ quitter la province 
pour ne plus y rentrer. 

Les évêques de Cahors jouissaient autrefois d'une préro- 
gative peu commune. Quand ils offraient solennellement le 
très-saint Sacrifice, ils avaient les bottines aux jambes et 
répée, les gantelets et la bourguignotte sur Tautel. Succès- 
seure des anciens comtes de Quercy, « pour Tvne de leurs 
plus éuiiuentes qualitez », comme dit le bon Duchesne*, ces 
hommes s'étaient dit sans doute qu'en revotant deux titres 
ils avaient assumé deux devoirs, et gardiens de leur peuple 
en même temps que ses pasteurs, ils suspendaient à leur hou* 
lette l'instrument des combats. Si le privilège existait du 
temps des Casteinau, nous ne saurions le dire ; mais, à coup 
sûr, nos lecteurs seront d'avis qu'ils l'ont bien justifié. 

Pourquoi faut-il que TextiTiction des Armagimc pèse 
comme une honte sur ces beaux souvenirs? De tous les 
faits dont le château fut l'acteur ou le théâtre, il n'en est pas 
hélas! que l'histoire ait su mieux conserver. 

Jean V d'Armagnac, comte de Rodez, avait fiiit avec 
beaucoup de distinction ses premières armes sous le brave 
Dunois. Mais un inceste criminel, des voies défait contre 
l'archevêque d'Auch, des intelligences avec l'Angleterre, le 
firent justement poursuivre par le roi Charles VII, qui, 
fatigué d'ailleurs des excès de sa race, allait le traiter avec 

' Antiquités des villes de France, p. 712. 



TOM XV 



90 CASTELNAU DE BRETENOUX. 

la dernière rigueur, lorsque Louis XI, son ami de jeunesse, 
monta sur le trône juste assez tôt pour le sauver. Il ne fit 
qu'un ingrat. D'Armagnac efttra dans la ligue du Bien pu- 
blic et renouvela ses intelligences avec TAngleterre. Outré 
de cette odieuse conduite, Louis XI le fit assiéger dans 
Lectoure, que le comte lui reprit traîtreusement au bout de 
quelques mois. Forcé dé nouveau dans cette même place, il 
venait de la rendre aux conditions les plus bénignes^ quand 
tout à coup, par une conduite que Thistoire ne saurait assez 
flétrir, un des lieutenants de la troupe royale commanda le 
massacre. Le comte tomba sous deux coups de poignard, et 
la comtesse sa femme, entraînée parles sieurs de Castelnau, 
Guéraudon et Olivier le Roux, fut contrainte d'avaler un 
breuvage qui la fit avorter. 

Voilà le fait. Des détails erronés sont venus s'y adjoindre. 
On a représenté Castelnau comme un théâtre de réclusion, 
de torture et de mort pour Tinfortunee Jeanne de Foix. 
C'est bien à tort. La veuve de Jean V fut conduite au châ- 
teau de Buzet ; le traitement qu'elle y subit, et que uous 
avons dû spécifier, n'entraîna pas sa fin. Feu de temps après 
son double malheur, elle apparut inopinément dans Rhodez, 
où les consuls en corps vinrent lui présenter leurs hommages, 
le roi ayant fait dire qu'il leur en saurait gré. Ses affaires ar- 
rangées^ elle regagna les montagnes de son pays natal. Uu 
historien du comté de Foix nous apprend qu'elle mourut à 
Pau et fut enterrée à Lëscar. 

La maison primitive n'avait pas vu se dérouler tous ces 
événements. Elle s'éteignit en 1595. Jean de Castelnau, 
n'ayant pas d'enfants de Catherine de Villemur, sa femme, 
institua pour son légataire universel Pons de Caylus, son 
neveu. 
Le nouveau possesseur de Castelnau représentait une mai 



gast£Lnâu de bretenoux. 9). 

son c d'ancienne chevalerie et de haut baronnage '^ :». dis- 
tinguée de nos temps par le renom des lettres et l'éclat du 
savoir, mais déjà connue dans le passé pour avoir perpétué 
de ses diverses branches quatre des plus illustres races du 
Midi. Honorée, dans les dernières années de Tancienue mo- 
narchie, d'un titre ducal, auquel fut annexée sous la Restau- 
ration une pairie héréditaire, elle était déjà, dès l'époque de 
sa fusion avec les Castelnau, sur le chemin d'une haute for- 
tune. Le troisième des fils de Pons de CayluS avait épousé 
Antoinette Guillem de Clermont-Lodève, issue d'une famille 
dout l'origine était, croit-on, la même que celle des anciens 
seigneurs de Montpellier. Ce fut plus qu'rm honneur, ce fut 
une succession. Lu dame de Cuylus n'avait qu'un frère, qui 
mourut sans enfants et laissa tout à la postérité de sa sœur. 
La branche favorisée de ce brillant héritage porta dès lors 
les armes et le nom de Clermont. Elle fut assez heureuse 
pour survivre à son aînée, de sorte qu'en 1530, époque de la 
mort de Jean III de Caylus^ l'immense fortune des Castelnau, 
des Calmont, des Caylus et des Guillem s'entassa tout entière 
dans cette seule maison. 

Le château vit alors de somptueuses fêtes : les premières 
familles du royaume venaient appendre leurs écus à ses 
murs. Du Prat, Sully, Turenne, Amboise, Caumont, Luynes, 
Bretagne: tels sont, entre vingt autres, les noms inscrits 
dans ses annales du seuil du quinzième siècle à la mort du 
grand roi. Les honneurs rehaussaient les alliances. Un Cas- 
telnau gouverna le Languedoc, un autre leQuei'cy; un troi- 
sième se vit députer par sa province aux Etuts généraux 
qui se tinrent à Tours. Leurs frères, leurs enfants oçcu- 



* DkBariiau, Documents historiques et généalogiques sur les familles ei 
es hommes remarquables du Rouergue, savant ouvrage dont les recherches 
ont beaucoup servi cette partie de notre étude. 



92 CASTELNAU PV BRETENOUX. 

paient les abbayes et les sièges voisins. L'un cVenXy Fran- 
çois Gnilleni de Clermont, neveu par sa mère du cardinal 
d'Amboise, fut successivement évêque de Saint-Fons, de 
Valence et d'Agde, puis archevêque deNarbonne et d'Audi. 
Louis XII lui confia une ambassade h Rome, où son zèle 
pour les intérêts de la France fut beaucoup remarqué : Jules 
II le revêtit de la pourpre romaine. Il souscrivit en 1514 la 
bulle d'indictiou du cinquième concile de Latran, et mourut 
en 1540 doyen des cardinaux et légat d'Avignon. 

Ce titre de légat reporte la pensée sur une figure bien plus 
glorieuse encore, le légat-martyr des guerres albigeoises, 
Pierre de Gastelnau. Était-il de la famille, demande M. Cul- 
vet ? Non : l'arcbidiacre de Maguelonne était no en Lan- 
guedoc, probablement aux environs de Montpellier. Nous 
devons en dire autant de Tauteur des Mémoires^ et de ce 
jeune et brillant maréchal qui mourut à trente-huit ans des 
nombreuses blessures que son courage avait trop dédaignées* 
L'un et Tautre, aïeul et petit-fils, appartenaient à une fa- 
mille de Touraine que sa généalogie, donnée par Moréri 
d'après Lelaboureur, ne paraît pas rattacher à la nôtre • 
Amicus Plato^ magis arnica veritas ! 

Dès le premier coup d'œil jeté sur le château, on se cou- 
vainc sans peine que la splendeur des maîtres déteignit large- 
ment sur leur noble demeure. C'est à cette époque du séjour 
des Clermont, qu'il faut rapporter ^ces riches galeries acco- 
lées aux vieux murs, ces lambris d'or qui vêtirent les salles, 
ces balcons dont les balustres blancs parèrent de leur fraîche 
dentelle le gothique manoir. Mais là, comme en bien d'autres 
lieux, sans doute, les travaux commencés furent interrompus 
Le grand seigneur laissa des pierres d'attente et courut à la 
cour; Versailles fit oublier Castelnau. C'est à Paris que la 
mort surprit eu 1705 le dernier des Guillem : le dernier, on 
peut le dire, car l'enfant qu'il laissait au berceau ne vécut 



CASTBLNAU DE BRBTBNOUX. 93 

• 

que douze ans. Le château fut porté par sa veuve dans la 
maison de Luynes, dont elle était sortie. Devenu l'une des 
cent propriétés du duc de Chevreuse, il se vit plus que 
jamais^ abandonné de ses maîtres : on lui donna des régisseurs 
plus tard il reçut des fermiers. 

La révolution respecta le colosse. Ce n'est que pour les be- 
soins de la poésie qu'on a parlé de suprêmes représailles, de 
pont-levis abattu, de portes brisées», de combles arrachés, de 
murs renversés. Le château n'avait guère souffert que sur ses 
écussons, maltraités par un brutal marteau. Mais depuis nos 
troubles, le temps, la négligence, « de sordides spéculations » 
avaient hâté sa ruine : la maison de Luynes vendit. Par quel 
mystère cette opulente famille d'esprits d'élite et d'amateurs 
des arts, s'est-elle dessaisie d*un monument si bien fait pour 
flatter sou orgueil et ses goûts ? Faut-il penser, avec le rap- 
porteur de 1844, qu'elle ne l'a point connu ?... Quoi qu*il 
en soit, la vente en fut signée dans le courant de mars 1830. 
Les mains qui reçurent ce fardeau, fléchirent sous le poids : 
M. Lacoste fut heureux de revendre. Impuissant à guérir 
les ravages du temps, isolé, perdu, presque épouvanté dans 
mi coin de sa vaste demeure, le nouveau possesseur conçut 
le projet de démolir. Grande alarme alors dans toute la con- 
trée. L'autorité se mit en campagne : un rapport fut demandé 
à rinspecteur, un plan préparé par l'architecte, et dans sa 
session d'août 1844, le conseil général du Lot sollicita de 
l'Etat l'acquisition du château. Le ministère s'empressa de 
répondre... par la demande d'autres renseignements. Puis 
des difficultés s'élevèrent sur la part que prendrait le dépar* 
tementdans cette acquisition. Bref, le châteati ne fut point 
acheté. Le dernier document relatif à l'affaire a trait à ce 
pauvre diable d'architecte qu'on faisait courir de porte en 
porte pour se faire payer. Était-ce là récompense d'un tra 



9^^ GASTELNAU DE. BUSTfiNOUX. 

vail fait en vue de transformer la forteresse en dépôt de 
mendicité ? 

Tout cela se passait de 1844 u 1847. 

Quatre ans après, dans la nuit du 28 au 29 janvier -ISâl» 
les feux d^m incendie illun^inaient tout à coup les vallées 
endormies de la Dordogoe, de la Gère et de la Bave, et tei- 
gnaient de leurs sombres lueurs les coteaux d'alentour : Cas- 
telnau brûlait ! Nous nous rappelons comme un souvenir 
d'enfance la stupeur et le deuil du pays au lendemain de ce 
triste désastre : le pays sentait qu'il venait de perdre un de 
ses monuments. Une enquête fut entreprise, puis brusquement 
interrompue. La compagnie d'assurance offrait une acquisi- 
tion ; le propriétaire coulait sur le sinistre : on s'arrangea. 
Mais la compagnie se lassa vite. Le château fut vendu pour 
la quatrième fois, et ce ne fut pas la dernière. 11 est aujour- 
d'hui la propriété de M. Selve, curé de Castelnau. Le bon 
vieillard y passe la moitié de ses jours. Il aime à réciter l'of- 
fice de l'église à l'ombre de ces murs, berceau de cinq ou six 
évoques; c'est avec orgueil qu'il y promène ses nombreux 
visiteurs. 

Dans son salon, nous avons remarqué un dessin imprimé, 
levêtu de ce titre : Projet de conservation du château de 
Castelnau de Bretenoux. La colonne des indications laisse voir 
qu'il est d'une date postérieure à l'incendie. On reconnaît 
dans ce travail^ dont nous profitons pour donner à nos lec- 
teurs le plan de Castelnau, la trace d'une dernière tentative, 
mais tentative avortée comme les précédentes^ Ni TEtat, ni 
la province n'ont su conserver un monument qui fut, en des 
temps difficiles, l'un des remparts de notre indépendance. 
Le donjon rebuté ne devra qu'au fier cii)ient qui relie ses mu- 
railles de présenter encore sa belle tête grise au soleil de nos 
temps. Tranquille d'ailleurs dans son épaisse armurCi comme 
ces chevaliers qu'il a vus tant de fois emprisonnés d'airain 



CASTELNAU UE fiRET£NOUX. 95 

des talons à la tête, il jette ses défis an feu, ses mépris h 
Torage : Thomme seul pourrait Tébraiiler. L'homme fera 
cette triste besogne. Hâtous-nous de promener la plume et 
le crayon sur ces débris où pleure le vent, où s'engouffre la 
pluie, où croissent les cbardons. Aujourd'hui nous le pouvons 
encore : demain il ne sera plus temps. 



(La suite prochainement.) 



J.-B. POULBRIÈRE, 
Professent au petit sémioaire de Senièrea^ 



*i » 



>> « 



CHRONIQUE. 



M. de Roquemont nous communique l'inscriplion suivante qui ac- 
compagne un christ mutilé de la cathédrale de Noyon (chapelle de 
Sdint-Médard) : 

^Haec est JesuChrisli crucifixi imago sacra quam impius miles le- 
gionis Lugdunensis repetitis ictihus sacrilège percussit, 

« Infelici anno 1666, exhorrescenle [urbc fideli, cœlo ipso obstupes- 
cente ; 

« Cujus iujuriam Franciscusa Claroraonle, episcopus cornes Novio- 
mensis, par Fi^iicise^ 

« Supplex publions ex cathedra evangelica reparavit, laelantibusan- 
gelis, concurrente populo, clero applaudente, pro qua denique expian- 
da vindex acerrimus féliciter laboravit, 

« Jubente Ludovico Xllll, rege christiauissimo, statueole pœnam 
ignis D. Dorieux prœside provincise Suessionensis. 

« Amplectente libenter, exoptante duriorem, milite ipso pœnitente. 
Amantissima spousa ecclesia Noviomensis, religiosa cuslos tam pre- 
tioso amoris pignore a sponso suo dotata aeternum servabit. 

« Attende, spectator, dole ac venerare. » 

— ' Dans la région ouest des Pyrénées, entre Salies de Béarn^ Dax et 
Bayonne, se trouvent des ondulations qui ont produit des bas-fonds 
remplis de tourbes ; ces bas-fondsr que Fou nomme barthes dans le 
pays, étaient autrefois des lacs. M. Garrigou y a trouvé des vestiges 
d*habitations lacustres. Dans la barthe Claverie, près de Saint-Dos, il a 
découvert, à la profondeur de 80 centimètres, un plancher formé de 
larges éclats de troncs d'arbres, reposant sur des pieux de plusieurs 
mètres de longueur, parfaitement appointés à Tune des extrémités. Les 
pièces portent Tempreinle d'instruments tranchants. Le terrain, sondé 
t5ur plusieurs points, a montré que le plancher présentait une surface 
de plusieurs hectares. 

— On vient de découvrir dans les combles de la bibliothèque de 
révêque de Londres un exemplaire sur vélin de la précieuse bible dite 
de Mazarin, parce que le premier des vingt-six exemplaires jusqu'ici 
connus a été découvert par de Bure dans la bibliothèque de ce cardinal. 
Cette Bible est sortie des presses de Guttenberg et de Fust, entre U^O 
et 1455 ; c'est le premier livre imprimé en caractères mobiles.* 

J. 0. 



Arras, — Typographie A, Planque et C«e. 



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REVUE DE lART CHRETIEN 




NOTRE-DAME ek VAUX de Chalons '/Marne 



NOTRE-DAME EN VAUX 



DE CHALONS-SUR-MARNE 



Nous ne croyons pas inutile de faire connaître l'une des plus 
belles églises de répoque de la transition que nous ayons con- 
servées en France. Je yeux parler de Téglise de Notre-Dame de 
Châlons-sur-Marne, à laquelle une certaine célébrité est attachée 
par les admirables travaux de restauration, entrepris sur la plus 
large échelle par les soins de son vénérable curé, Tabbé Cham- 
penois, exécutés d'abord sous la direction de notre ami Lassas, 
puis après sa mort, par Tabbé Champenois seul, qui avait su s'ap- 
proprier tellement le' plan de Lassus qu'il a pu le continuer aussi 
habilement, aussi parfaitement que lui. 

Malheureusement, lezé é pasteur a disparu à son tour au com- 
mencement de l'année dernière. Il a succombé aux fatigues d'une 
vie évangélique dont il n'existe certainement pasfi'exemples plus 
édifiants» achevée par les émotions causées par l'invasion et les 
menaces devoir son église transformée en écurie par un ennemi 
tout puissant. Il ne put résister à cette épreuve : son seul regret, 
en mourant, était de laisser inachevée la restauration de sa chère 
église, pour laquelle il avait véritablement fait des prodiges, 
ayant su y dépenser plus d'un demi-million par ses quêtes infa- 
tigables et en y employant aussi tout son patrimoine : l'Etat ne lui 
accorda que des secours d'une modicité dérisoire et le laissa 
mourir sans avoir jamais songé à récompenser v.n homme qui 
était à la fois un grand artiste et un saint prêtre. 

Murt- Avril. ~~ tomb xv. 8 



98 NOTRE-DAME EN VAUX DE GHAL0N9-SUR-MARZVE. 



I 



Nôtre-Daim* en/V^fux, t'^st-à-^dite fen Villée, efet non-seule- 
ment une des plus belles églises du département de la Marne, 
mais encore un des types les plus remarquables de l'époque 
romane que nou6 [potsftédioD6 en France. Ce fut d^abord une 
simple chapelle en bois, bâtie, dit-on, sur l'emplacement d'un 
temple païen et hors des murs, — car alors Châlons ne compre- 
nait qu'une partie de la cité actuelle, — par Arnould, notre vingt- 
deuxième évêque, en 664. Dès ce moment, elle fut placée sous la 
dépendance du Chapitre, et nous voyons Charles le Chauve en 
confirmer la possession aux chanoines de Saint-Etienne (850) ^ 
fille dut être enclavée dans la oUé à la fin du X' siècle ou au 
commencement d^u XI*" siècle, et une bulte du pape f^ascal 41 
rérigea en :paroisse (l'IO?). Notre-Dame fut d'abord desservie par 
les chanoines du éhapitre ;inais l'accroissement delà populàtîoft 
exigea bientéi des soins plus fréquents, et un collège de sti 
<3hapelains y fut d'abord éftabli. Une transaction du 94 mai iMÀ 
BOUS apprend qu'ils avaient pris à cette époque le titre de cha*- 
noines '. Cette pièce renferme les bases d'un premier accord 
•entre \ee deux Chapitres : le doyen de Saint-^Ëtienne, tout en 
conservant les droits de hante, moyenne et basse justice *, aban^ 
•donne au collège de Vaux toutes les oblations et aumôiMS faites 
dans cette église, les menues-dtmes, chandelles et drea offertes 
par iesifidèles ;H>lus, ledon d'un cinquième dans les gnosses dlmias 
de la ville ; mais aussi les ebanoines :de .Nptre-^Dame devaient 
fournir toutes les dépenses pour l'encens, le kinoinatre^ les 
ornements, la réparation de Tédifice et des boutiques qui 



^ Charte donnée le 15 des kalendes de Mai 850 : « Capella Sanctse-Marîœ 
non longe a tnuro cîvitatis structa, cum suis pertinencîis. » 

^ Archives de la Préfecture, fonds du Chapitre, liasse 17. 

' Wn acte du baillage àt Chftlons, du 10 février 1614, renouvelle sol^ntièfl- 
leitiedt'k poesession de ce droit «u profit du Chapitre, et ajoute que 1« doyeh 
adroit sur tous les pcêtres de. Notre-Dame, en quelque lieu qu'ils «oiedt. 



HÔtÈÈ-îiiMnE ItH' TXbx de CHÂLONS-sim-liCÀRNÈ. ^ 

dépôndaient, quand bien même leurs prébendes n'y suivraient 
pas et qu*ils devraient prendre sur leurs revenus. Une bulle du 
pape Lucius IIl, relativement à la création de deux nouveaux 
chanoines à Notre-Dame, reconnaît encore expressément la 
suprématie du Chapitre (mai 1180) ^ En li87, nouvelle sentence 
de Guillaume, cardinal- archevêque de Reims, qui soumet les 
chanoines de Nbtt*e-Dame à un trécens et à un cens envers ceux 
devint-Etienne, mais qui décide qu'à Tavenir ils jouiraient de 
leurs revenus en litige, et pourraient élever à leurs frais, les 
lisses ou enceintes de leur église, autant d'échoppés ou boutiques 
qu'ils voudraient et en percevoir les loyers *. En même temps le 
clergé de semaine à la cathédrale était obligé de venir célébrer 
la messe à Notre-^Dame, aux quatre fêtes de la Vierge», et les 
chanoines de Vaux d'assistet* aux quatre pk*ocessions faites par le 
Chapitre aux fêtes de saint Etienne, de saint Vincent, de saint 
Alpin et potir la Dédicace deTéglise. Enfin le doyen avait pleine 
juridiction sur les paroissiens de Notre-Dame, sur lés écoles déjà 
célèbres qui en dépendaient, et nommait le curé ; et ce droit était 
tellement absolu que l'évêque n'y avçiit aucune autorité * : au 
point, qu'en 1392, Charles de Poitiers dut demander permission 
an Chapitre pour afficher ses mandements à la porte de l'église, 
et qu'en 1626^ Henry Clausse dut recourir au même moyen pour 
pouvoir baptiser lui-même à Notre-Dame un eitfant de son bailli 
(lettre du 9 novembre.) 
Les chanoines de Vaux essayèrent bien qûelqilefois de se 



« « €«ln ecdeila SanetCD-MiriK CkflMdaAncttiBîi ôdn^fio Vestre HêpoiAûùvA 
ttbjeeta »• 

* • Transcenraro antem qnalnor libraram et cenram XI solideniii) et II 
denaniorimi, monete CaUialannensis, canonici SaDctœ Marise sancti Stephanî 
•ingaUs aimii perpétue solTent. » îbid. 

* Le Chapitre se Gt encore reconnaître ce droit par arrêt, en 1697 ; et dans 
la charte que je cite, je lis encore : « Debitam insuper pbedientiam, subjee- 
tionem et reverentiaro decano et capitule exhibebunt (canonici Sanctœ-Ma- 
riœ). 9 Ârch. de la préfecture. 

^ Charte du l«r janvier 1293 : « Âb omni dominio Gathalaunensis episcapi 
quitam et liberam et ad solam requisitionem dccani etcapituli Cathalauiiesna 
dicte ecclesisB ordinariorum. » [Arch. de la préfecture). 



400 NOTRE-DAKE EN VAUX DK GHAL0NS-8UR-MAENB. 

soustraire à l'autorité capitulai re, mais le Chapitre maintint 
énergiquement sa prééminence et multiplia de son cAtéles occa- 
sions où il pourrait la faire confirmer, ce qui eut lieu encore en 
1724; et il exerça régulièrement jusqu'à la révolution son droit 
de visite. 

Le Chapitre de Notre-Dame, composé dans l'origine, comme 
je l'ai dit en commençant, de six chanoines, fut porté à huit eu 
1171 et à onze dans la suit«, ; compris le curé ; il n'y avait aucun 
dignitaire parmi eux, et les revenus de ces canonicats ne s'éle- 
vaient pas, en 1700^ à plus de 5 à 600 livres, y compris le casuel. 
Ces chanoines portaient le même costume que ceux de Sain t- 
Elienne, et furent soumis comme eux au règlement établi par 
révêque Guillaume de Champeaux; comme eux ils n'avaient que 
quinze jours de vacances par an, et quand ils s'absentaient sans 
permission ou manquaient sans motif aux offices ils devaient être 
fra{)i>és de verges V Une longue décision, arrêtée capitulairement 
au mois d'août 1^17, fixe positivement le cérémonial du culte à 
l'église Notre-Dame, et substitue l'amende aux punitions un peu 
primitives dont je viens de parler. Les chanoines qui marau- 
daient * au lieu de venir à matines ou à vêpres, devaient payer 
immédiatement trois iieniers à la fabrique; ceux qui nianquaient 
aux processions dues au Chapitre, supportaient une amende de 
quatre deniers; il leur était défendu de se prendre leurs stalles 
à l'église, les places étant distribuées par rang d'âge. Le costume 
également était de rigueur, et les chanoines étaient tenus de le 
porter depuis Matines jusqu'après-midi, et de^^uis None jusques 
aux Compiles, pour paraître dans l'église ou aux environs *. Dans 
le chœur, la discipline était sévère ; nul ne pouvait entrer en 
costume séculier, àmoins d'être voyageur, militaire ou étranger; 



9 BuUe du pape Alexandre III, datée de Sens/ le 24 avril 1164. • Dum 
re dierint debeant yerberari. • (Arch. delà préfecture.) 

s • Qui tnarrenlium feceritit pro qualibet hora : du ycrbe ancien marau 
der, goûter, manger. » (Aichiv. de la préfect.) 

' • Item uullus canonicorum a matutinis usque post meridiem et a noua 
UHque pûst completam fbit per ecclesiam vel circa a ponte qui dicitur Trium 
Moliiidiiiorum usque ad pontem in vico Remensi niti in babitu regulari. » 



• • 



.• •. 



• \ 



NOTRE-DAME BR VA 111 DE CHALONS-SOR-MAAriE. iO\ 

oui n'avait le droit d'y causer ou d'aller de place en place ^ Enfin 
et comme constante preuve de la supériorité du Chapitre Saint* 
Etienne, celuî-ci élisait deux des chanoines de Vaux pour veiller 
sur les finances de Notre-Dame, et une amende de vingt sous 
frappait celui qui se serait mêlé de ces affaires sans mandat 
spécial du doyen. 

Une pièce inédite, et que j'ai trouvée tout dernièrement aux 
archives de l'Hôtel-de-Ville, renfefme de curieux détails sur 
l'inhumation des morts dans Notre-Dame. Par une requête 
adressée parles marguilliers de la paroisse au doyen du Chapitre, 
pour obtenir le rétablissement d'un droit sur les tombes creusées 
dans l'intérieur de Téglise, ils rappellent qu'une décision — 
aujourd'hui perdue t- de l'année 1329. avait ainsi réglé les droits 
« d'ouvrir les terres moyennant 10 sols dans l'église, 5 sols dans 
le cloître, 2 sols dans le cymetière devant le grand portail, et 12 
deniers au même lieu, ailleurs que devant le grand portail, »* et 
que depuis, cet usage étant tombé en désuétude, on y ensevelis- 
sait sans distinction d'individus, de sorte que Notre-Dame devenait 
chaque jour plus malsaine, et le Chapitre fit droit à la réclamation 
et fixa les droits d'inhumution dans l'église à 60 sous tournois par 
chef de famille, et 30 par enfant (24 janvier 1625.) 

Il est assez rare aujourd'hui de trouver des documents sur les 
travaux de construction des églises anciennes ; mais il existe pour 
Notre-Dame quelques liasses dans les archives del'Hôtol-de-Ville. 
Les plus anciens comptes datent de 1389, et ne renferment que 
la recette ; on trouve ensuite la recette et la dépense de 1410, 
mais à ce moment il n'y avait pas de travaux importants d'entre- 
pris. Les comptes du XVI* siècle sont plus nombreux et surtout 
plus curieux à parcourir * ; viennent après les registres réguliè- 

* Item prohibitum est ne aliquit canonicuB vel clericut in missa vel in 
faorU intentut Bit fabulationibus et otiosis verbis, ne transeat de choro in 
chorum, vel de staUa in staUum fabulandi occasione. • 

' J*ai trouvé, en parcourant rapidement cet comptes» les notes suivantes 
1588-1ÔÔ9, à lUgnault le Brun, pour avoir restauré quelques verrières. 

Au même, pour treixe losanges de verre dans les chapelles derrière le 
chœur, 26 sols. 

A Claude Diacre, serrurier, pour cinq barreaux de fer à la grande ver- 




Ii02 MOXM-MIfB m TAUX M GHÀiONS^SUR-lUaifE. 

reinent tenus aux XVIP et XVI1I« siècles, mais ce genre de docu- 
ments est essentiellament aride et je n'oserais m'arrêter sur eux 
<)ains.una étude comme ceUe-ci ; iU> trouveront beaucoup plus 
naturellement lôur place. dans une monographie spéciale, qui, 
il fai^ TespérerH sera fait^ aprè$ rexécutioft dea réparations 
actuelles de Notre-Dame, et qui offrira un intérètf ré^l pour 
V«rcljuép)pgW. 



II 



Mai|ijtie.^t, pous arrivpn^ au monument lui.Tmême et à ses 
dil^érents âges^ questions ^sçz délicates à traiter çt que je yais 
essayer diç rendre aussi claires et aus^ courtes q.ue possible; miiis 
^uparayaut, il faut dire quelques mots de la description. Notre- 
Dame a trois nef^ et un. transept; des collatéraux régnent autour 
du chceur, s^r lesqjuels vont s'ouvrir prochainement six chapelles, 
y compris cell($ placée sous la toi;r nord-est, au lieu de trois 
seuleipent qui ex^^tent aujourd'hui. Le plan du rez-de*chau8sée 
diffère peu des ég\ise& de cette époque : ou y voit l'alternaDce 
d'un pilier fort et d'un pilier plus faible, formant sept ar^^ades de 
ct^aqif e côtp ; les transsepts sont entièrement ouverts et le ctuBur 
a§t entouré, ^i^r sept arcade^. Tout autour de l'église règne le 
triforium^ ou. grandes galeries, et au-dessus de petites galeries 
^vepglea fort é^pgantes ;.seul, le transsept en est dépourvu, et elles 

viexjinenjL s'ouvrir de^^us par des ouvertu;^sgéoûné\eS) de chaque 
côté, et ie^QO,Uiatérauxp^degraj[ides fçoétres ogivales. Autrefois 
ce n'élit qp.e de p^i^s ouverture^ semi-circulaires tr^s élevées, 

rière, aur^wu^de. la grundii poirte dn eyipeUère; pour avoir. fowiDj plu 
8i9ttrff vergefti de. vorrièrç, cioquADtç. cUve(tfi9|. deto. clefs ejfc cinqoramiKïiif, 
à la grande porte de V4u;(» 90 soU» 

A A4neQ OAagoy, paMoaUer, ppMr tro» gAanda chasés à*(mm devant la 

verrière du grand porUildu cyi»eUère;eA deux demi pour les cfaapèliea, 

et teinter Caprine I S^escuj^. 50 aply. 

Pour cinq boisseaux de chaux pour renduire les verriècos» -31 sois l«,de- 



NOTE£<'DAUE JtN* VAUX W CHÂtODS-Sffli-lLIllife. 103 

Gomoie on «ii Yoit encore deux (kûs le b<ts-côlé méi'rdioiial. Tune 
prè^ de la sacrislie et l'autre pi es de l'orgue. Autour des coliaf- 
térauxdn ebœur et dans: toutes les chapelles règuefit de gra-cieuse^ 
veatares fiaisani corps ayeo le mur. Partout à fîntérieur de 
Notre-Dame, oa a à admireu des squtptoves de la pluà hante 
importance ; on y comipte 90D à 1,000 chapiteaux, ceux de la 
grande nef et du triforium ne le cèdent en rien aux plus beaux 
daSaintrGermain^des*Prés|de Paris, plusieurs môme les surpassent 
à mon sens. Mais un des ornements les plus délicate et les plus 
soigneusement exécutés, c'est une galerie de bois du XIV* siècle 
ptoeée immédiatement au*dessous de la rosace du grand portail 
et cachée presqjue entièrement en ce moment pa^r Forgue. Les 
YoiUes sonténergiquementaccentuéeset semblablement disposées 
(Xlil* siècle). A Texitérieur, Notre-bame présente un aspect plus 
iiDposant et plus complet s'il est possible ; elle est flanquée amx 
quatre angles par quatre tours carrëeB,pefcéesd'ouv6rtùrestoutes 
romanes, à l'exception du dernier étage' de la tour nord-est ok 
apparaît l'ogive. Le pignon du transseptsepteiitpionalest parce de 
deux fenôtreë en plein cintre avec une archivolte doubles à deux 
boudins^ correspondant à deux colonnettes placéesdans les pieds 
droits de la fenêtre; au^^lessus et dans le milieu une ouverture 
circttlairev et plus haut enc(^ire trois fenêtres accolées, celle dd 
centre dépassant les deux autres. La disposition) dik pignon 
méridional! est bien plus remarquable : deu)i fenêtres semi<-efr<- 
eulaires^ au-dessus deu^ roses à quatre lobes, chargées d'orne- 
mentss ^ plus» haut trots fenêtres accolées et^d'égale hauteur. Des 
fenêtres^ un peu de toutes les époques, des styles roman et ogi'- 
val, éclairent l'église ; cell<es de la grande nef sont à doubles 
baies, encadrées dans une archivolte simple ; sur la face méri^ 
dionale on en voit dte charmafntes du XV" siècle. L'extérieur de 
l'abside est plus intéressant peut-être quef Tintérieur, mais aussi 
ilse trouve dans un état déplorable dfe conservationf et demande 
une prompte réparation ; ce sont des colonnes cannelées 
surmontées de statuettes, des corniches chargées de feuillages, 
des frises flèuronnées ; au midi, dans la rue de Vaux, un portail 
en porche du XV* siècle, qui protégeait autrefois un chef- 
d'œuvre de la statuaire romane^ une splendide imaig,erie où l'on 



i04 NOTRE-DAME EN TAUX DE GHAU)NS-8DR-MARNE. 

comptait près de cent statuettes, mais que les iconoclastes de 
1793 ont su déflgurer au point d'en rendre aujourd'hui la 
restauration difficile, mais non impossible, car l'art chrétien se 
trouverait en mesure d'opérer aujourd'hui cette restauration et 
de réaliser ainsi les désirs que forment tous les hommes éclairés. 
La partie de l'édifice qui me semble la plus sévère, et en même 
temps la plus complète peut-être, est le grand portail du quai. 

La partie centrale se compose de trois étages : au rez-de- 
chaussée, une porte du style ogiyale primaire, surmontée d'un 
cordon de modilloos qui règne également sur les tours ; au 
premier étage, trois fenêtres accolées, et au-dessus une frise 
composée de tètes d'anges et de fleurs; au second, une rosace 
formée par douze colonnettes à cliapiteaux à crochets qui s'ap- 
puient sur des demi- cercles appliqués à la circonférence ; 
au-dessus un pignon éclairé par une rose qui donne dai^s les 
combles. Les deux tours qui flanquent ce portail étaient ouvertes 
à leur base par deux portes, dont une seule existe, et surmontées 
de deux fenêtres éclairant les collatéraux ; au premier étage et 
au second, deux fenêtres accolées ; au troisième, deux fenêtres 
géminées, toutes en plein cintre, excepté au dernier étage de la 
tour nord-ouest, comme je Tai déjà fait observer *. La tour 
su(i-ouest est surmontée d'une flèche en bois recouverte en 
plomb, flanquée à sa base de quatre clochetons portant quelques 
peintures sur le plomb dont ils sont recouYerts, et ornée yers le 
milieu d'une galerie où se trouve le beffroi. À l'intersection des 
nefs et des transsepts était un élégant clocheton que l'on a démoli 
en 181 i, sous prétexte que sa réparation coûterait trop cher. La 
partie septentrionale de l'église est soutenue par d'énormes arcs- 

boutants. 

J'ai dit que Notre-Dame avait été construite d'abord en bois ; 
elle s'écroula le 17 janvier 1157 * ; comme on l'avait prévu, il n'y 
eut pas de malheur à déplorer : on avait eu le temps d'en retirer 



' Les deux autres tours sont également percées sur chaque face^ et toutes 
leurs ouvertures sont en plein cintre. 

* Le 16 des calendes de février 1157, le jour de la Saint-Sulpice, ce qui 
correspond au 17 janTier. 



NOTRE-DAME EN VAUX D£ GHALONS-SLR-MARNE. 105 

les stalles, les vitres, les ornements ei les cloches. Là reconstruc- 
tion fut immédiatement entreprise, et a comme la dévotion 
croissait envers la sainte Vierge, dit le père Rapine, grands et 
petits, riches et pauvres affluaient, offrant leur labeur et de 
grosses sommes pour diligenter le rétablissement de cette église; 
jusqu'aux femmes et aux enfants, tous ployaient les épaules sous 
leurs charges, portant même dans leurs vêtements le sable, les 
pierres et la chaux, faisant tout en conscience et dédaignant d'em- 
ployer les chevaux et bêtes de somme pour voiturer lesmatériaux 
dont cette sainte maison devait être bâ ie ^ & Un laps de temps 
assez long fut employé à l'édification de cette belle église, ainsi 
qu'on le voit aisément par la simple inspection des lieux. A 
l'époque romane, c'est-à-dire au XII* siècle, appartiennent les 
quatre tours tout entières * ; une partie des fenêtres (celles en plein 
cintre), la grande nef et le Iriforium, dont les chapiteaux eu 
portent au plus hautdegréle cachet architectonique. La transi- 
tion envahit le reste de Tédifice à peu d'exceptions près ; on la 
voit dans toutes les voûtes, dans le grand portail du quai, dans 
le chœur, et surtout, plus riche et plus élégante, dans l'abside. 
Dom François, l'érudit historien de Cbâlons ', raconte qu'une 
inondation, arrivée au mois de décembre 1254, détruisit une 
partie des murs de Notre-Dame, et que l'évêque Pierre de Hans 
accorda quarante jours d'indulgence à ceux qui travailleraient à 
les réparer. 

D'autres réparations partielles et sans doute peu impor- 
tantes furent exécutées à Notre-Dame, ainsi qu'on peut le 
conclure par des chartes qui ordonnaient des quêtes et accor- 
daient des indulgences en récompense des travaux : Charte de 
Guillaume, archevêque de Keims, qui accorde quarante jours 
d'indulgence aux fidèles qui donneront des aumônes et travail- 

Annales du diocèse de Ch&loDB en Champagne, pour la au cceiaion des 
éféquea de cette église par le R. P. Rapine, in-d*, 1630. 

* U faut toujours en excepter le dernier étage de la tour Nord-Ouest. 

' Manuscrits sur l'histoire de la ville et du diocèse de Châlous-sur- Marne, 
par Dom François» de la congrégation de Saint-Vannes, conseryés à la biblio- 
thèque de Chàlons, 



106 NOTRE-DAME JSN VAUX |U£ CHALONS-SUA-XARKE. 

leront de burs maios à Notre-Dame en Vaux» en i327; mande- 
ment de Tofficial qui ordonne des quêles à Notre-Dame, la veille 
de la Saint- Laurent (1331); indulgences accordées par le pape 
Clément VU» par bulle du mois da mai 1384; mandemenide 
révéque Charles de Poitiers, pour faire exécuter quelques répa- 
rations, du S2 janvier 1401 '; enfin^en i469, fut terminé ie portail 
de la rue de Vaux ; c'est un porche appliqué contre le mur, et 
ou voit, en visitant les combles, queTancien portail se composait 
primitivement de la porte surmontée d'une fenêtre en plein 
cintre. 

A des époques assez rapprochées, quelqu^es maladroites répa- 
rations introduisirent la craie dans les voûtes ; on la fait dispa- 
raître dans ce moment en la remplaçant par la pierre. De 1742 à 
1746 des travaux furent exécutés par les soins de la fabrique, 
dans le chœur, le cancel * et les clochers. £nân, à la révolution, 
fut démoli le jubé, monument gothique peu gracieux, au juge- 
ment de Baugier, et qui occupait la première travée de la nef et 
la dernière du chœur. 



lU 



Une questida très-euriduse est celle de la dédicace de Notre- 
Dame; une ancienne chronique de l'abbaye de Saint*Pierre-auï- 
Monts^ citée par le R. Rapifie ', dit que Noti'e-Dame fat bénie 
en 1*183 par l'évèque Guy de Joinville ; un aotre document, re- 
tpeu^é ces joups-<ci> vient jetar toulie la lumière désirable sur ce 
sujet; c'est lai Charte même de t&dèdioace, faite par l'évêque 
Pierre de Laiill; en i'3fiis ^t dont je croia utiier de donner le texte 



^ Toiïtes ces pièces et la charte de Pierre de Latilly que je cite un peu 
plai'bas exiiitedt- dans; une liasse de» arclHyes de l'HdteKd^ Ville, sur la- 
quelle est cette iateUigente inscriptioii : «Liasse» de parehetâlttft aneiento eri»- 
tièrement mutifes. * 

^Cancel, partie du cbo&ur la plus roisiae de l'isiubrf'. 

*Pa^ 3*14. « ADa<y' Il'8r>, €hndb epifleo^pu* ben^dixit eéclesam 
in ValUbus, » 



NOTRE-DAME EN TAUX DE GHALONS-SUa-MABNE. 407 

traduit avec une scrupuleuse exactitude : « A tous ceux qui ces 
présentes lettj^es verront, Pierre, par la miséricorde de Dieu évê- 
que deCfaâlons,salut en celui qui est le vrai salut de tous. On voit 
dans le livre de la loi du Seigneur, que Moïse fit un tabernacle 
avec l'approbation de Dieu, et qu'il le consacra avec la table, son 
autel et les autres choses du culte divia ; on Ut ensuite dans le 
livre des Rois que Salomon, par l'ordre et avec l'aide de Dieu, 
lui consacn^ égale^lent un temple, un autel et les autres choses 
nécQS3aires au culte 4ivin ; Si donc les Jluife, en adorant l'ombre 
de la loi, agissaient de là sorte, nous à qui, par Jésus-Christ, la 
vérité, la grâce oqt élé découvertes, nous devons à plus forte 
raisom élever des temjples au Seigneur, les orner de notre mieux, 
et left bénir pajr 4e divine» prières et de saintes onctions, avec 
leurs auteJLs et leurs vase$ dans lesquels ne coule pluslestog 
de& boucs et des v^ux, comme au temps de la loi, mais daos 
lesquels repose le vrai Qorpsde l'Agneau immaculé qui enlève 
]fi^ péchés du monde et s'est immolé pour le salut de tous les 
vivants et les miorts. Frappés de cette considération et décidés par 
les considérations 4^^ nos bien-aimés. en Jésus-Cbrâst, les obv 
ooînes del'ég.Usede Notre-Dame en Vallée, nous nous sommes 
transiportés en personne dans cette méu^ église, bâtie à grands et 
Dombreux frais depuis longs temps par un beau et remar^ 
quabie ti^vail, et que n'a consacré cependant encoire aucun 
pontife, en l'an du Seigneur mil trois cent vingt et deux, le di- 
manche de la {ète de la Décollation de saint Jean-Baptisie : et 
nous l'avons consacrée avec le grand ei le pe^it autel, placé der- 
riàie le cancel ou chœur» deux autres à l'entrée;, du cb^ur du 
côté de lanef^ uu 4 droite <iu chœqx et trois derrière le chœur, 
c'est-à-dire ceux de SS. Nicolas et Biaise de la bienheureuse Ca- 
therine, vierge et martyre ; nous les avons consacrés, disons- 
nous, en l'honneur du Père^ du Fils et du saint-Esprit, et de la 
croix vivifiante de celle même sainte Marie mère de Dieu, des 
SS. Apôtres Pierre et Paul, de saint Etienne, premier martyr, 
notre patron, des saints, susnommés et de tous les Saints. Dési- 
rant ensuite que cette égLse de la bienheureuse Marie, mèire de 
pieu, dans laquelle son fils, N.-S. J.-C a daigné,, comme on le 
croit pij^usevii^At^/l^f; Jt'iuterqession 4e sa, sainte Mère, opé^rçr et 



108 NOTRE-DAME EN VAUX DE GHALONS-SUR-MARNE. 

accomplir de nombreux miracl^^s, que cette église soit eni^ uré • 
d'honneur et véiié'ée convenablement par les fidèles du Christ, 
et qu'elle soil fréquentée : à tous ceux qui s'é'ant confessé* et 
ayant fait pénitence, seront venus dans celte église à cause de sa 
consécration célébrée p'^r nous, et qui rturont assisté à Toffice de, 
la consécration de cette église, qni pour cause de dévotion et de 
prière auront visité C' ite église^ le jour de la consécration, nous 
leur accordons un an d'indulgence ; à cfux qv\ pour les mêmes 
motifs viendront à cette église pendant l'octave età l'anniversaire 
de cette dédicace ou consécration, ou aux quatre fêtes princi- 
pales de cette bienheureuse Marie, vierge et mère de Dieu, c'est 
a savoir l'Assomption, la Nativité; la Purification et TAnnoncia- 
tton ; à la Toussaint, à la Nativité de N. S., à Pâques, à h Pente- 
côte, pendant les octaves de ces fêtes ou encore' le jour lie la Cir- 
concision de N.-S., aux fêt^s dn la sainte Vierge et des saints 
déjà nommés plus haut, SS. Nicolas, Blais^ et Sainte Catherin*\ 
à raison de prière et de dévotion, ou à ceux qui emploieront leurs 
mains aux répar/tions, aux luminaires et aux ornements de cette 
église, chaque fois donc que ces mêm^s Qdèl s visiteront dévote- 
ment l'église aux' jours de fêies et octaves désignés, donneront ou 
feront donner des aumônes pour les réparations, luminaires et 
ornements^ se confiant en la miséricorde du Tqot-Puissant^ les 
mérilf s et l'intercession de sa très bonne mèr^, des SS. Pierre et 
Paul, apôtres, de saint Etienne, premi<T martyr, et de tous bs 
Snnts, nous leur accordons quarante jours d'indulgence. En 
témoi nage de laquelle chose, nons f lisons apposer notre sce:^u 
aux présentes lettres. Do tné tes jour et an en sus-menlionrés. » 

(Parchemin : lacs m soie rouge^ manqué le sceau de VÈvèque.) 

Cette pièce semble au premier abord indiquer que Notre- 
Dame n'a dûê're terminée qu'en 132î, et se trouve en contra- 
diction complète avec le style architectonique du monument, 
qui ne peut laisser aucun doute* à ret égard ; mais c*« st une 
apparence que la moindre étude fait évanouir. Remarquons 
qu'en 1183 la ctironique ne parle que d'une simple bénédiction, 
sans doute d'une partie de l'église, suffisante pour que l'on pûi 
y célébrer la messe, tandis que la charte de Pierre de Laiilly 



NOTRE-DAME EN VAUX DR GHAL0NS-8UR-MARNB. 109 

parle d'une consécration ou dédicace de cette église construite 
depuis un lon^ temps, à grands frais, et non encore bénie par 
aucun pontife t. Je considère cette pièce comnie d'une haute 
importance pour le sujet que j'étudie en ce moment, en ce 
qu'elle permet de trancher définitivement une question pen- 
dante, mal comprise par presque tous ceux qui se sont occupés 
de notre histoire locale >. On comprend une bénédiction partielle 
d'abord, puis les travaux étant parvenus à leur fin, les cérémo- 
nies religieuses avaient coninué comme par le passé, jusqu'à ce 
que le Chapitre eût songé à faire faire une grande cérémonie de 
dédicace. Evidemment, et le texte le dit, Notre-Dame était achevée 
depuis plus de soixante ans. Voilà du moins, je crois, et c'est 
l'avis des personnes beaucoup plus éclairées et plus à même de 
juger que moi, l'explication la [5lus vraisemblable de cette 
Charte de Pierre de Latilly '. 

Cette pièce fait également mention de sept autels, outre le 
maître autel ; à la fin du siècle dernier^ on comptait huit thapelles 
dans Notre-Dame : Sainte-Calherine, où est aujourd'hui l'entrée 
de la porte de la place Notre-Dame, Saint-Biaise, Saint-Nicolas où 
est l'autel de la sainte Vierge acluellement, Sainte-Marie-Hade- 
leine, Noire- Dame-du-Marais, à l'entrée du collatéral méridional 
du chœur, Saint-Hicbeî et Saint-Georges dans les transsepts^ et 
enfin Notre-Dame de la Flamine, dans le chœur, en arrière du 
maître autel. En ce moment il n'en existe que cinq ; deux autres. 
Sainte- Catherine et Notre-Dame-des-Marais, vont être réfablies ; 
on va également restituer la chapelle des Fonts, située sous la 
tour nord-est. 

Enfin et pour en finir avec l'histoire de Notre-Dame, il faut 

* « Âd ipsam ecclesiam multis et magnis sumplibus et longis temporibuB 

• palchro et notabili opère fabricatam personnalité!* accepimus. 

* M. de la Forte-Maison seul, sans avoir vu la pièce que je cite, a deviné 
la vérité dans son travail publié par V annuaire de la Marne de 1849. 

* Kamdcœque cum ipsius magno et parvo rétro cancello sine choro, duobu> 

• ad întroitum dicti chori a parte navis, uno a parte dextra dicti chori^ ac 
« tribus rétro dictum chorum, videlicet sanctorum biicolai et Blasii et 

« beatae Catherinse virginis et martiris, altaribus duximus consecran- 

■ dnm. • 



110 NÔTRJB-DAMS SN TAUt DE GHAL01fS-Stm-MAllf4. 

dire quelques mots de ses belles flèches qui se dressaient &ère- 
ment dans les airs et avaient mérité à Cbâlons le surnom de la 
ville aux belles flèches ^ Elles existaient encore au moment de 
la Révolution ; ce fut une époque pénible pour notre église : le 
28 frimaire an 2, le conseil municipal arrêta que la ci-devant 
église serait affectée aux séances de cette société, dès que la 
République n'aurait plus besoin de l'édiflce pour ses écuries et 
ses magasins. Le 14 nivôse le même conseil rend cet arrêté : 
« Considérant qu'il est nécessaire de consacrer un temple à la 
Raison, pour le progrès des lumières et l'extinction total de la 
» superstition et du fanatisme, la ci-devant église Notre-Dame 
» sera convertie en un temple dédié à la Raison, et la dédicace 
» de cette fête se célébrera le dernier décadi de nivôse. » Le 29 
pluviôse, des députés de la société populaire et montagnarde 
déposaient sur le bureau du conseil municipal un arrêté pris par 
elle, portant invitation à la commune de faire démolir les quatre 
clochers du temple '. Le ib germinal, le comité du salut public 
approuva cette mesure, en daignant cependant conserver une 
des flèches pour servir de guet. Voici la lettre envoyée à cette 
occasion par le gouvernement: 

ADMIRISTEATION GÉNÉRALE DBS ABMBB FOKTITIVBS DB LA BÉPUBLIOOB 

!i*9654. 

Paris, le 5 floréal, ann de la République use et 
indivisible (24 avriH794.) 

L'administration générale des armes portatives de la JiépubUçfte à 
l'agent national près le district de Châlons-sur-Mame. 

«Nous sommes autorisés, citoyen, par une lettre du comité du 
salut public, en date du 15 germinal, à disposer des plombs qui 

* Je signalerai à cette occasion une fresque ancienne qui se trouve k notre 
cathédrale, dans la dernière chapelle à droite en entrant par le grand por- 
tail : elle représente dans le fond, la ville deCbâlons, et Ton y voit les quatre 
flèches de Notre-Dame : elle est du XVI« siècle. 

* Tontes ces citations sont extraites textuellement des registres du conseil 
municipal de Châlons. 



N<tfltlE-1>A)ll!È KN iTÀtnc Dfe GHÀLoî^S-Stïll- MARNE. 111 

couvrent tes trois clochers de Châlons-sur-Marne. Nou^ t*iavi- 
tons à proposer au rabais les ouvrages que pourra occasionner 
Ift desiâente 8^ pïonibs qui forment leur couverture, et à nous 
en donner connaîs'fànce. Nous prendrons à cet égard, d'après 
les ti^seignements que tu nous auras fait parvenir, les mesures 
les plus avantageuses à la République. » 

Les membres de fadminisiratton générale, 

Urbain Jëaume, Labotte, Méguié ^ 

Et une afGche du V .vendémiaire an III (12 octobre, I794)« 
annonçait l'adjudication. des ,travaux à exécuter « à la ci-^levaat 
f église Notre-Dame^)) par suite de la suppression des flèches. 

La Révolution avait laissé d'immenses réparations à faire À 
Notre-Dame: voici le résumé rapide de ce que l'abbé Champenois 
y a fait exécuter depuis 1852 jusqu'à 1870. 

Débadigeonnage complet de rédifldeirtrejointement des pierres. 
, Réparation de toute la sculpture à l'intérieur. 

Restauration complète des t^hapelles absidales, avec dallaj^e 
historié, autels sculptés^ etc. 

Restitution de la chapelle Sainte-Catherine, fermeture de la 
porte sur la place du Grail et rétablissementde l'ancienne entrée. 

Restauration complète extérieure de l'àbside avec ses sculp- 
tures. 

OoDétruction d'une sacfistie dans le style de l'édifice. 

Restitution de la chapelle des Fonts soUs la tour nord-ouest. 

Reconstruction de la même tour ; reconstruction de la flèche 
ptmille à celle de l'autre tour. 

Restauration <de toutes les voûtes ; enlèvement des craies qui 
s'y trouvaidât par suite de travaux postérieurs. 

Dallage complet avec abaissement de 0,99 pour reprendre 
l'ancien niveau. 

Restitution de toutes les bases de colonnes. 

Belèvemeat d^ pierres tombales. 



iV.idelft'Msrtte. 



112 NOTBE-DAKB EN VAUX DE CHALORS-SUft-lUBllE. 

Construction d'un orgue laissant la grande rose découTede. 

Construction d'un calorifère. 

Pose de vitraux à presque toutes les fenêtres qui n'en étaient 
plus garnies; notamment dans toute l'abside. 

A l'extérieur démolition des masures qui tenaient à l'église : 
construction d'un trottoir tout à l'entour, avec une grille. 

L'église Notre-Dame possède de magnifiques pierres tombales 
historiées des XIIl^ XIV* et XV* siècle. Nous les in liquons seule- 
ment aujourl'bui, comptant un autre jour en publier la descrip- 
tion dans cette Revue. D'innombrables dalles funèbres jonchaient 
le sol avant les nouveaux pavages, quelques-unes seulement 
ont pu être c nservées: nous en avons publié le recueil et une 
plaquette in-12, cbez Aubry, à Paris en i862. Celles-là ne portent 
que des noms et des écpssons n'offrant aucune valeur archéo- 
logique, mais elles ont seulement un grand intérêt pour This- 
toire locale des famille de cette ville. C'est à ce titre que nous 
donnons ici la liste des noms qui y sont inscrits : 

XIII* siècle. Douviraine, Noël, Lisaines, Noisette. 

XIV* — Colait aux Massues, Noisette, de Bar, de (..onaicy, 

li Rains, Petitsayne, de Plancy, 
XV" — de Condé, Goumuy., Mangin. 
XVI« — Lambesson, Lignaj^e, Godet. 
XVII» — Grignon, le Tartier, Billecart, Tuantau, Francoys, 

Josseteau, Lemoyne, Marion, Contât, Billet, Nau, 
Bf.rririe, Itam, le Chaulve, Varin, Den, Dubois, 
deCba^tillon, Braux, Cuissote, Roland, fe Gorlier 
Godet, Raulet, Wugot, Aubertin, Lignage, d'Es- 
pinur. 
XVIIl* — Morel de Vitry, Lesters de Morains, Hocart, Par- 

chappe, Delisle, Chariot, du Bois, le Gorlier» 
Braux,de Joybert, Dorigny, Rosnay, Bourgongne. 
On trouve les noms suivants, dans Tobituaire dressé par ordon- 
nance épis( opale du 27 septembre 1729 : 

Caillet, Horguelin, le Tartier, Grosseteste,ChastilIon, Lemoyne, 
Braux, Duchêne, Prioux, Dubois, le Gorlier, Oubry, Guyot. Châ- 
lons, le Gentil, Mouron, Debar,. Lignage, Clément, Rivet, le 
Hareschal, Deya, Lietard, Hennequin, Caillet, Den, Malhé, Gruger, 
Copitet, Billecart, Gaucher, Dorigny, Reschiter, Rosnay, Peitye, 
Caures, Lestache, Varry, Corneille, Hadroux, Marlot, Lallemand 



' IVOnttf^l^AllB E(f YAtnL BB GHAlONS-8t7B*MA&{fK. Il3 

de Vigo, Cosssrte, Srnault, Dubois, Vibert, Perard, de Glosî^r, 
Hanoetel, Carré» Godinon, Frérot, de Joybert, Delisle, Praneoys, 
Horguelin, de Saiot-Remy, Cloche, Passart, Collet» Goré, Ledien. 



IV 



Nous pensoBS faine coouattre un docuiii<eiit assez curieux eo 
reproduisant ici les comptes de Notre-Dame pourl'anDée 4444^* 11 
D'est pas sans intérêt de voir comment s'administrait une grande 
église au XV* siècle. Ce document est dans notre cabinet K 



CQIIPTB POUR N0TRB*DAHB EN YAOLX DE CBAALONS POUR L'AU COHMBH- 
ÇANT A LA SAINT IEHAN-BAPTI8TB L'aU MIL GCGG XLIIU £T FINISSANT 
AUDIT JOUR If AN MIL CCCG XLY, DONT JÏHAN DAVfiLLB BT STMON 
POISSON SONT MAHRELLIERS D'iGELLB É6L1SB. 

Cest la recepte appartenant à l'euyre et fabrique de Téglise 
Notre-Dame en Yaulx de Chaaions, faite par moy Jelian Thierry, 
procureur de messire Jehan Frère, Jehan Davelle et Simon Pois- 
son, tous trois marreliers d'icelle église et commis iceulx marre- 
liers, a receu ies cens, rentes et loyers de maisons et aultres 
dettes appartenant à ladicte fabrique pour ung an commençant 
à la Saiut-Jehan-Baptiste l'an 1444 et finissant à ladicte saint 
Jehan l'an 1445. 

9 

I 

Première recepte des debtes qut est deue à ladicte église des années et 
termes eschuz et passés à ladicte Saint-Jehan 1444, comme il appert 
par les titres de ladicte année. 

Somme totale de xxxiv liyres vi sols et i denier petits tournois, 
perçus snr messire Jehan Couvent, chapelain de la chapelle au 

* n existe aux archives de l'Hôte Me- YiHe deux comptes de reeettct et 
dépenaes de l'année 1369 et 1410 quv nous avons publiés en 1868 ches 
Âug. Aubry, en une planquette in-l2y tirée à petit nombre. Il j en a dix 
do XVI* liècle, un asiex grand noaabre du XVII* et tr€nta««iiM|duXVIII*. 

TOIUE XV. 



t 

|U NOTRB-DAMK KK VAUX DE CHÀtON»-SlJB-MARWE. ' 

Puis(91iv. i>our celte chapelle); Perresson Wauchier (de Suippe), 
veuve Jehan Bauduin (de Vitry), Husson Gaudel, Quentin Le 
Boutillier, Jehan le Piesleur, Jehan Remy ; Jehan Pot et Jehan 
Chase (pour leur maison près la croix Saint-Pierre), Gérard Ri- 
chier, veuve Jehan le Moulonnet, Rémi Yvonnet, veuve Gérard 
le Couventier (pour sa maison), Nicolas de Toul {\)Oi\T sa maison 
sise près du Change), hoirs de Jehan Legrant, hoirs de Erard le 
Porvy (vignes), Simounet Millart, Jehan Collet, Perette la Finette, 
Jesson le masson de Vraulx (maison au Picheron), Pierre le 

Gare de boy. 

Ce sont les dehtes deues à ladicle église dont n'est faicte ne 
mise de recepte et sont es comptes pour en lever aucune chose 

qui pourra. 

Somme totale : o3(» livres, 13 sols, 18 deniers, dus pour rentes 
en relurd à pajer par Jehan Clément de Marson, Thevenin Gui- 
cliart de Sarry, Jehan Jaquin de Clieppy, Jehan Eschaudel de 
Cheppy, Colesson de Filatrel de Clamenges, Pierre de Mardicque 
de Saint-Germain, Erat Dame Hoy et Jeunette sa femme de Cuys *, 
Colin Champion et Heuriet Gurre de Bury, Jehan Turpin de 
Saiute-iMarguerite, les Macabiez de Heyz-Levesqui' etGirartHer- 
ment de Saint- Amand. 

1* Recepte de cens ou rentes deues pour ceste présente année. 

Somme totale : 27 livres, 7 sols, 4 deniers tournois, due par 
Jehan Estienne (maison près la porte St-Jacques, par moitié avec 



^ LaqueUe rente de XLV sols avoit esté vendue ou constituée au moii 
de février IlIIe et XV par ledit Erarl aux marreliers de ladite église sur 
tous 868 héritaigea, lesquels héritaiges ruinés et de nulle valeur, et pour ce 
les marreliers de ladite église par le conseil et accord de plusieurs des parro- 
chiens ont quitté les aréraiges, vendus, transportés et baiUiés les lettres de 
ladite rente à ung nommé Thevenin Hondonart de Cuis, mari à Margot, fille de 
feu ledit Erart. parmi lasomme de XXIIII liv. à paîer en plusieurs payements. 

Dans ce chapitre figuraient encore deux articles rayés pour 9 liv. 9 soli 
10 deniers. 1 obole, dus par Godichon de Bny et Guillaume Mannoir, ci- 
devant marguilliers^ pour reliquat de leurs comptes. 



NOtRB-DAJtK £ff VAUX DE GÉALONS-ÔUR-llARrà. 115 

la chapelle Saint- Vincent en la cathédrale), Quentin le Boutellier 
(maison rue Rancienne devant le petit scel), messire Jehan Boinin 
(deux maisons même rue tenant à l'ostel des Mailles), Jehan 
Remy (maison place au Chétif), femme Julien Folet (maison en la 
Grayerie), Jehan le questeur (maison devant Notre-Dame), Jehan 
deNoi, boulenger (maison en la Charpenterie), Girard Richier 
(maison au Flocmaisnil), Remy Yvonnet (maison près du puis 
Fouchié), Jehan Pot et Jehan Chase (maison près lu croix St-Pierre, 
Clément Guibert (maison du Mouton), Y" Jehan le Moutonnet, 
(maison rue de Berbis), Colesson Wyardet (idem). Petit Jehan 
Larchié, boulenger (maison devant St- Alpin), feue la Brésillette 
(maison de Percheron, par parts avec le chapitre St-£tienne, la fa- 
brique de Notre-Dame, la chapelle du St-Lait), messire Jean Cou- 
yent, chapelain de la chapelle au Puis à Notre-Dame ^, chapitre 
de Notre-Dame (maison au Coulon rue Hamienne et maison 
au coin de Champoupelin, maison au marché aux Poinceaulx), 
Teuve Girard Le Queutiez (maison près la loge du Prévôt), 
Nicolas de Toul (maison rue du Change), Jean Colla rt de Saich. 
mezet jardin par moitié avec la Trinité, me Jehan Cainpiée), 
hoirs de Jean Legrant (maison au marché 'au blé), Guillaume 
Moole (un champ), enfanis Le Pitois et du Moyne d'Ambonnay 
(champ devant la porte Saint-Jacques) ; plus sur sept quartiers 
de vignes, et terre sur Saint-Michel par vente d*Erart le Porry^ 
payé par la veuve Perresson Bide, Jean de Monthelon, les enfants 
de Colesson maistre d'ostel, Perinnet Raulet, Jean Colet, Jean 
Haymont, Jean Bouillant. 

i* Recepie pour les lomers des maisons appartenant à ladite fabrique» 

Somme totale : 114 liv. 6 s. 8 d. perçue sur Jean Cauchon, 
pour la grande maison de Messire Jean de Taulières rue 

' Rente de 40 t. due pour cette chapelle :« procès en a esté contre ledie 
couvent dont ledict couvent a esté côndamphé par MM. du Chapitre : de 
quoy ilappella et le IX«jour de mars en ceste présente année ledict couvent 
renonça audict appel et luy fust faicte grâce jusques à IX ans chascun an de 
XX sols t. pour cause de réparations qui ont esté faictes sur les héritage 
de ladicte chapelle » 



tl,6 NOTAV-DAMlà EU VAUX D9 Ga>kU)NS-S)IIA-MÀ|l|rft. 

Ropcienne, près le.peUt scel, Jacob Salmont, la pettte Catherine, 
Niçois iq Fillatrel^ Marguerite Ponsarde, le Bourlieu^ Margue- 
riU» de Bergières, P. Legare de Boy, la Falarde, la veuve Jean 
Doymy, Pèresspa Pillart de Suippe, J. Thierry, Poincinet Cor- 
diçr, Pierresson Gougon, « PAugustin sé.culier qui a tenu la 

grande maison qui fut Jehan de Toui en la charpenterie », 

> . Il 

Jenson Poincin, Jehannin Noblet, Siraonette Millart, Girard le 
lanternier, Jean de Car (maison près l'ostel du Gros-Tournois), 
J. Colet (maison devant les hauts degrés). Jeannette la Rivette^ 
Simon le Bourrelier (maison devant St -Nicaise près l'ostel du 
Mouton^ r.tienne Doublet (maison près de la croix des Teintu- 
riers), J. Le Batiçois (maison près Sainte-Marguerite), Nicolas 
Grasset (maison dans la Grande rue au coin de la Tu rie), Perrin 
Largentel, Nicolas le Carouset (prés) ; plus la maison de Saint" 
Antoine démolie, la grange du Graille vacante et lescllii^rdu 
Graille, servait de cive h charbon, 

!• Despense faite par moy Jehan Thiery^ procureur desdits marre- 
tiers en et sur la rjecepte devant dicte et en descomptant d'icéUe re- 
cepte ; et première despense des cens ou rentes que doivent les. héri- 
taiges appartenant à ladicte fabrique. 

Somiîie totale : 9 fr. 46 s. 5 dên. \ obole, payée au chapitre, 
à révèfjiie, aux chanoines de Notre-Dame, au chapelaiii du Puis, 
au curé de Saint-Germain, aux chevaliers de Khodes, à l'abbé 
de Saînt-t^ierre pour cens communs sur diverses maisons, et iau 
clerc de Notre-Dame pour l'obit de M* Jehan de Villers, dont le 
prix est prélevé sur les prix laissés à la fabrique par ledit 
défunt. 

2* Despense pour messe et obits dont ladicte fabrique 

est chargée, 

àom^ii^e totale : 8 liV: tO s., p<)Ur les ôMts de tiièssit*e Artnand 
bùbois (i^ Juihâ), Thierry des Abbés (19 mars), Sohiër de Bm- 
celtes (3i mars), Jeaii de Tout ('J avril) ; îVoùr les â4 uiesses de la 
chapelle Saint-diristophe en ladite église, et [joiir 18 înèsseii dut s 
par lu fabrique pendant chaque carême. 



NOTRRtDAai «I VADX DE OUA'LONS-SBBtMAUI. 



<«T 



4» 4. 


ea. 


34 


8 


4 


7. 


a 


8 


9 


.5 



3* Despense pour reffections de maisons appartenant 

À f0die(fi.fifimqu(^> 

Travail à la maison près Sainte Marguerite^ s'éleTani à 4 lîwes 
1 s. 8 den. oboles réduit à 73 sols par revente de plomb et de 
YiéUles chanleMM. 

Pour la maison de la charpenterie que tient Gérard 

le lanternier. 
Pour la maison devant les hauts degrés 
Pour ta maison devant SaÂnt^Alpijn, 
Rour la jnaiaoïi 4itela plancheriez 
Pppf 1^ chambre du (^iiail^e, 

Somme totale du tliapifre :7 liv. 14 s. 10 den \ 

5^ Despense commune. 

Primo : à Thinot Liuaige pour une main de papier pour faire 
plasieurs escriptures durant ladktc année, pour ce paîer, SO d. 

Idem, à Simounet Hillait pour graisse pour oindre les cloches 
d^rq^t l^dict^ ^nrvée pour 1^ paie ^e ladiçlç fab^iqu^ ^^. 

Idem,, à Adearf Dep^set po^r çipq peçiulx,^ gCias ipaff c>vfiwn 
p^ur faire de^ couvertures au:)L wmptes 4e c^^ pr^i^e apope 
(44^4(^V3^ fipoée^ précéfl^p^ (cet article ^s^bArM)« 3 s 4 d. 

$onmiç U^\àlG : 6 s. 3 den. 

* Ces comptes d'ailleurs très •courts et peu intéressants nous fournissent 
les renseignements suivants : le pied de chanlate, 7 deniers ; un cent de clous 
â plomb, 12 den. ; six voitures de terre^ 5 sols ; un quarteron de lattes, 1 s. 
Irten.; nn cent de clous à lattes, 10 den.; salaire à Jean de Mathelon^ 
charpentier^ pour la façon d'un huis en planchier, une fenêtre et d'une 
planche en un autre huis, 3 s. 4 den ; une livre de poix, 10 d. • une journée 
d'ouvrier torcheur avec son aide, 4 s. 12 d. ; une journée de maçon avec 
•es deux aides, 9 s. 2 d. ; un cent de craie neuve, 6 s. 8 d. ; nne voiture 
de cbatllaux, 5 s. 

Toutes ct$ dépenses étaient fiiites .de compte à demi par la fitbriqvie et 
l«r le -^Q^i^tf^A de U majfoai 



118 NOTRE-DAME EN TAUX DE GHAL0NS-8UB-1URNE. 



6* Despence pour les procès : 
-Somme totale : 108 s, 9 d. 

7* Despense des deniers rendus et non receuSy desquels favoye fait 
plainte recepte en ces présents comptes, lesquels je rens et je rebaille 
ausdits marreHers à ma descharge par la manière et aux personne 
qui s'ensuivent : 

Somme totale : 37 liv. 13 s. 6 d. 

Dû audit Jehan Thierry pour son salaire d'avoir fait la recepte 
et despense de ce présent compte à 2 s. pour livre, 7 1. 14 s. 6 à. 

Somme totale delà despense, 77 liv. 3 s. 9 den. tournois. 
Et la recepte est de 114 liv. 6 s. 8 den. 

[; Ainsi appert que^la recepte excède la despence et doit le rece- 
veur 37 liv. 9 s. 11 d. 



COMPTE DE MESSIRK JEHAN FRENE, CHANOINE ET L'uN DBS CURÉS DE 
NOTRE-DAME EN VAULX DE CHAALONS ; JEBAN DANELLI, ESGUIER ET 
SYMON POISSON, MARRELIERS ET GOUVERNEURS DE LADITE ESGLISE DE 
NOTRE-DAME EN VAULX DUDI8T CHAALONS POUR CINQ AN UNO COMMEN- 
ÇANT AU JOUR DE LA SAINT J EH AN-RAPTISTE L'aN MIL CCCG QUARANTE 
ET QUATRE, ET FINISSANT AUDIT JOUR DE LA SAINT-JEHAN R A PTISTE EN 
SUIVANT, l'an MIL GCCC QUARANTE RT CINQ, TANT DES RECEPTES PAR 
EULX FAICTES DURANT LADICTE ANNÉE A GAUSC DE LADITE ESGLISE 
COMME LES MISES ET DBSPENCES SUR CE FAICTES EN LA MANIÈRE QUI 
s'en SUIT : 

En premier de Jehan Thierry qui a esté commis à recepvoir 
les cens, rentes, louiers de maisons et aultres debtes de ladite 
esglise pour cette présente année, la somme de 37 1. 9 s. H d., 
laquelle somme iedict Jehan Thierry a due pour la fin de son 
compte, rendu cy devant attacbié commeja pourra apparoir. 



NOTBB-DAMB Blf VAUX OC GHALONS-SUR-VARNE. 119 

Lesdits marrelier^deurpntà ladicte fabrique pour la conclusion 
du compte précéiiuul par lU.x rendu la sonnme de il7s. M d. 

Anitrerecepte faicte par lesdis mat reliers pendant le tems de 
ce présent compte des offrandes faictes et venues à Tautel des 
relicques de ladicte église (pour 63 dimanches ou fêtes)'. 

426 1. 2 s. tld. 

Aultre recepte fajcie (>ar lesdismarreliers Tannée de ce présent 

compte pour cause des pourchas du bassin avec le pain benoit. 

. 10 1. 5 s. 6 d. 

Aultre recepto faicte par lesdis marreliers durant le tems de 

ce présent compte pour cause des pourchas des diuianclies fais 

par les bourgeoises de la parroiche d'icelle église '. 14 f. 9 s. 

id. 

Aultre recepto faite |)ar lesdis marreliers durant le tems de ce 
présent compte pbur cause des pourchas aux jours solennels par 
lesbôurgoises de ladite paroisse *. il L 8 s. 7 d. 

^ « Du jour de Tan, XXV sois ; — dudict jour de l'an pour les offrandes 
du SaioUNumbly, 6 1. 5 s., c'est à sçavoiren blanche roonuaie et en deniers 
65 8. et en mailles 60 s. 

* Noms des bourgeoises : Rouillart et le Bailly ; Regnauld^ Perresson le 
charpentier. Lestage, Estieune, le Colinchas, Veleys. Jacquier^ LaUement> 
la pocelle le Petit, Aubertin» Roland, Le Sayne, Quarié^ la Blayère, le 
Camus, le Terrillon, Lancelot. Carminé, le Doynat, Blancheteste, le Large, 
Jacquesson Drapier, Baudon, Lange» le Fossier, le Gaynas, Richart, 
Cocbart, la Capitaine» Cochenier, Chiart, Thiébaut. Aubri, du Mont, le 
Maire^ le Ferre, 6ei*Yaise, Rouyer, Isabio, le Prévôt, Dide, le Houssetas, 
Raalet verrière. Genre, Bertin, Galant, le Rouler, du Coton, la Godine, 
Petit, Florion, Lignole, la Gouinette, Fèvre, Guillaume, Bouyleux, Perrot, 
Perrart, le Despers, le iMurgrit, le Bergier, Gilet le ti«erant« la Falaide, la 
Mignate, le Poichier, Vilain, Colart des Loges, Remy, Gravelle, Curart, 
Maury la Giberde, Godeler,Wandon, Brisson, Gousset, Thomas, le Savetier, 
Cheppy, le Notre, la pucelle Cauchon, Jaquet, la dame la Brouette, 
Heary, Luillière. — La plus forte offrande est de 11 s. 6 d., la plus faible 
^e 3 s. 6 d.: il y avait deux bourgeoises chaque fois, 

'Dames Pc irin, Saucier, Regnauld,Ja Magdaye, Michel, Tilloy, Troyes, 
Moynne, Poissarl, la Wermonde, Folet, le Barbier, Liébert, leChesne, Per- 
resson, NosU'is, le Phalloine, Thiébaux, la Goingonne, Cotelle, Rosse, Mi" 
chelet de la Grange, Cautillon, Pierre de Dommartin, le Cordelier, Dom- 
mcBgin, Piget, Fournicr. 



1:20 NOTES-DAilB BN ▼A;UX DK CHALOIfS-SCBH[A.BIIB. 

Aultre recepte faicte par lesdis marreliers durant ledis terme 
des lais faits et laissés à la diste église tant en robb s, en argent 
et en autre cboae ^ 

Aaltre recepte faicte par lesdits marreliers durant ledit temps 
pour le droit des fosses qui ont esté faistes en ladiste égli^ ou 
clolstre Qt au cimetière d'icelle et des plateaux levés et rassis. 

S9 s. 8 d« '. 

Aultre recepte pour cause de Tendue de bois, de pierres, 4e 
rentes revendues et aultres choses '? 20 1. 7 s. I d. 

Aultre seoepteà cause du droit que l'Église prend quand on 
sonne les grosses cloches de ladite église. Néants ear on n'y a rien 
sonné. 

Somme totale de la recette : 246 f. 15 s. I d. 

m 

* La femme de Jean Berart de Saint-Oermain, une cotte .fourrée de viei 
eacoreuB vendue à Jean Huet, 6». 8 d.; Jean Le Sayne, écuyer, cotte noire 
fourrée de cui8se« de PutoU, rachetée par l'église pour 22 s. 6 d. ; la vida- 
mette de Chftlons^ une houppelande de brunette fourrée de mena vair, 
non encore vendue; la femme Jean Thierry, robe de pers fourrée de blanc, 
59 8. 2 d, Perresson Forget, houppelande de pcrt doublée de blanche t 50 •• 
d. ; la femme Le Petit de Saint*Etienne, cotte de camelin fourrée de vies 
testes de gris, 43 s. 4 d. ; des femmes de la Gravière, qui avaient pour- 
chassé pour une royae qui estoit en leur rue, une somme de V s. V d , la- 
qttsiie aomme elles ont donnée à la fabrique de Nostre-Dame ; legs de Jean 
Dojrril, femme Jehan la Barbe, la cote de Compertrix ; femme LeLambart, 
femme Michel le Gris, femme Geoffroy le Coureur, Celesson Robert, femme 
Wiart, femme Etienne Taveugle, Jehan Massage^ Jeannette ftlusette, Alan- 
chould Cellier, Pierre Centet, Remy, chapelain de St- Alpine messire, Pierre 
Baron, femme Jehannin Julart, sire Jehan Morin^ Jean deRecy,Guill.Nahott, 
Domuiartin, femme Jehannin de Provins, femme Guilhume de Bernay, la 
Le«iiberve, sire Thomas, le masson de Coiirtisolt. — - Aucun de ces legs ne 
dépasse 6 sols^ sauf cdui de la femme de Jehannin de Provins qui laisse 

20 sols. 

* A raison de 6 des. par fosse et 10 ou 12 au cMtre ; l'enfant le Bteloii 
orfèvre, la femme Legris. l'enfant Jacob, la Massiue, Jean de Recy, la 
Barbière. Il y eut Ircnle-cinq ensevelissements en tout 

» Vente de Thei-be du cimetière, 8 s. 4 d. ; vente des noix dudit, 20 %. 
erçu d*un homme d'armes pour la vendue d'un fer à enferrer les geB«, 
19 s. 9 d. 1 



NOTIIE-DAME EN VAUX DE GHALON«-SlTR-MABMS. \^i 

.Despense faiste par lesdis m irreliérs des deniers par eulx Fe- 
ceus pour et au nom de ladicie église pour ung an commençant 
à la Saini^eban -Baptiste, l'an mil cccc quarante et quatre, et 
finissant à la saint Jelian-J^aptiste Tan mil cccc quarante et cinq 
ensi faicte aux personnes et par la manière qui sensuit. 

Primo aux pensionnaires de ladicte église de Nostne-Dame, 25 
r. 3s 41 d. A messire Jehan le boulengier, grand marrelier de la" 
dicte église, pour son salaire de mettre et osterles reliques de des- 
sus l'autel aux Reliques et de Tautel de la Cbapelle, au maistre 
Nicolas de Plancy, |N>ur an, XL sols. 

Au mesme pour $an salaire d'avoir tenu le saint Nomblé, le jour 
de l'an, V s. 

Paie à Pigot Serrier, pour son salaire d'avoir mené et mis à 
point les orloges de ladiste Eglise, pour an, Vil livres. 

Paie à €oIesson de Bierges, |)Our sun salaire d'avoir gardé l9 
reliques de Lidicte église et de l'autel «te la ob^ipelle dudict maistre 
Nicolas de Plancy, peur an, VI Itv. 

Pdié à PierreiAssel<u, pour son salaire d'avoir joué et mené les 

> 

orgues ^e la<iicle églse pour ceste présente année, par accord fuict, 
LXs. 

Pa''é à la cordelière qui pourchasse le bassin pour le luminaire 
de lad cte égl'se, pour son salaire de la pésente année, XV s. 

Paie à Colette II Barbière, de devattt Nostre-Dame^ pour avpir 
fait les buées des draps de ladicte église, pour la présente aunée, 
XL & 

Pdié à Jehan le Co f uetat, |)Our le pain à chanter durant ladicte 
année et pour le joyr de Pasques, pour 1 1 part «le l'église, II s.xi d. 

Pa*é à Jehan Davelly et à Simon Poisson qui ont été marrel ers 
de lidiste église, pour cette année, pour ^ leur peine et salaire 
d'avoir exercé ledict r»fûce, iv liv. 

Aaltre despense faicte par lesdits marreliers pour mais acheté 
pour parer l'église aux bons jours *, 25 sols. 

* Lei mots depuis leur jusqa'à la -An sont rayés et remplscéf par caax- 
ci: « certaine carité laissée aaadtts marreliers parftu maistre Nicolas de 
Plsncy. • 

* Âssomptioii, Dédicace^ Nativité de la Vierge, f ète^Dieo, Asosnaion, 
Peiitecôte. 



123 NOTRE-DAMB F.PT VAUX DE GHALOIiS-StlR-MARNB. 

Anlirc despei)se faic'e par Icsdits marreliers pourcrnse de erre 
achettée pour faire le luminaire del^liste église \U fr. 16 s. 8 d- 

Aultre despense faicte par l»'sdits marreliers pour cause de 1« 
façon du luminaire de cire pourladiste église. 

Ce ch.i pitre constate que le jour de sainte Anne on mettait 10 
cierges de 10 livres pour l'autel k\m chœur e- pour l'autel de la 
messe à prim^'S; pour l'Assomption et pour le grand iUtel, d'un 
quarteron chacun, 2 pour l'autel de primes, de 12 livres ; pour la 
Dédicace, 16 petits cierges pour 1*^. ch^nd^lier d'argent ; la Nati- 
vité d« Notre-Dime, 6 cierges de 30 liv. et 2 de 3 liv. pour 
l'autel des R^liqu^îs; 5 de 15 liv. et 3 de 2 liv. fiour le g'and 
autel ; 2 de 2 liv. pour l'autel de primes ; 16 de 8 liv. pour « la 
perche et pour le lampier devant le crucifix ; 2 torches de 6 liv. 
pour, la Touss3int, 10 cierges de 10 liv., 8 de 2 liv., 1 torche de 
2 liv. pour h cha[.elle de Nicolas de Plancy; pour la Concep- 
tion, 1:2 cierges de 12 liv. et 2 d'une liv. ; pour Noël, 5 cierges 
de 15 liv. pour le grand chandelier; 9 de 9 liv., tous ponr le 
grand au'el; 16 de 8 liv. pour la perche et le lampier; 8 de 2 
liv. pour le chandelier d'argent et le petit lampier ; 2 herches 
de 6 liv. pour la Chandeleur; 10 cierges de 10 liv. pour le chœur 
et 2 pour l'autel. de primes; pour Pasques, un ciertre béni de 
12 liv., 5 de 15 liv. 16 de 8 liv. pour le gran I autel, 16 de 4 liv. 
pour Ténèbrt>s et pour les chandeliers d'arj^cent, 6 de 30 liv., 
pour raut**! aux Reliques, 2 de 4 liv., 3 de 3 liv. et 2 pour l'autel 
de [irimes; pour la Pentecôte, 12 cierges de 12 liv. pour les divers 
autfls, 8 de 2 liv.; pour le lampier ♦^t le chandelier d'argent ,*, 
torche de 2 liv.; iiour la saint Jean-BM»iiste, 8 «'.ierges de 8 liv. 

Aultre despense de oiile achettée pQur le luminaire de ladisie 
église *. 48 s. 4 d. 

Aultre despense pour p*omb acheté f ar ladicte égU^e, 42 liv. 
15 s. 1 d." 



1 A raison de 3 sols et 3 soU li2 la livre. Une note indique que la femme 
de Jean de Gratreuil, bailli de Châlons, donna 151. de cire à 5 s. Tune pour 
avoir le droit de faire placer un banc devant l'autel du Puis. 

* A 5 sols le demi-septier. 

* A 5 deniers la livre. 



NOTREDAICE EN VAUX DE CHALONS SUR-MARNE. 123 

Despense commune faicte par lesdtis marreliers durant le temps 
de ce présent compte en la manière qui s'ensuit : 

Somme totale : 21 fr., 4 s., 7 d ^ 

Aullre despense pour achat de chevrons de laile pour et en en- 
tencion de refairele toit de la coiffe de ladiste église, 25 I. 8 s. 4 (f • 

Item à PtrfOlHuvellH, pour sa pt^ine et salaire davoir ininue, 
et doubler ce présent compte et les deux compu s, 1 10 >o)s. 

Ittm pour les despens de bouche desdiis marreiierd et des au- 
diteurs desdits trois comptes dont les seiniçs manuels sont ci-après 
escript^^quiy ont vaqué pardeuxjours entiers, la sommede 4 00 sols. 

Somme totale de la despense, 455 liv. il sols 7 deniers. 

Et la recette est de 246 iiv. 15 sots i denier. 

Ainsi appert que la recepte excède la despense etdoibvent 
lesdis marreliers la somme de quatre-vingt-onze livres^ trois sols. 
six deniers. 

Ces pré^ens comptes ont été o;^, visités et conclus par la ma- 
nière dessus dicte, par honorables hommes et saiges maistres 
Jelian de GratreuiU licencié en loys et en droits, Robert Co*elle, 
Rémi Fournier, Jehan Rosse, Jehan Adenet, Ji han de Dampierre, 
eslevez à ce faire de par les paroichiens de ladicte église en la pré- 
sence de vénérable et discrète personne messire Jehan Frêne, 
Jehan DaneUy et Simoo Poisson, tous trois marreliers de ladicte 
églife; Jehan Thiéry, procureur d'iceuix et marrelier , lesquels 

* Ce chapitre nous fournit lei renseigiiementa suivants : une main de 

papier, 20 d.; 1 corbeille de charbons ô s. ô d.; 1 journée d'ouvrier pour les 

aubes, 10 den. et 7 deniers 1(2; 1 pannier de chaux, 5 sols; un ouvrier et 

on valet pour nettoyer un puits, 2 s. 6 d- ; une corde à sonner la messe en 

Vauli, de 15 liv. de poids, 12 s. 6 d ; une clef pour le clocher, 10 d. Nou 

élèverons les articles suivants : 

Item pour le droit de Téglise pour le vin à ceuU et à celles qui aidèrent à 
pendre les draps devant le crucifix et les aultres ymaiges de l'église le jour 
des Brandons, 2 s. 6 d. 

Item à Souderon et ï Perrenet le Serrier pour un septier de vin pour 
l>oire à Pasques, après la réception du corps de Nostre-Seigneur, 4 s. 6 d. 

Item paie le mardi après Pentecouste pour vin pour les joueurs et souf- 
fleurs des orgues^ 3 s. 

Item paie pour les chappeaolx de roses le jour de Fette-Dieu, 15 d. 



IS4 NOiai^-DAHE pi VAUX DB c^ALOHs-sm^-Mâiaip- 

ont accordé et agréé ledict compte. Faist le iV jour de mois 
d'avnl 1445. 



J'ai gardé pour un chapitre spécial l,es vitraux anciens deNotre* 
Dame, parce qu'ils méritent une étudie particulière. Toutes les 
verrières de Notre-Dame appartiennent à peu près à la mêm^ 
époque^qui doitcommencer vers l'année 15 10 et s'arrêtera l'année 
i5o0 au plus tard. Les plus belles, sans contredit, {)ar ordre de 
mérite artistique, sont celles de l'Assomption de la sainte Vijerge, 
les fragments de la quatrième fenêtre autre que ceux de la Cène, 
enfin celle de la bataille où figure saint Michel. Cette dernière est 
très*curieuse à cause des costumes militaires, mais nulle ne peut 
entrer en concurrence avec cette Assomption de la sainte Vierge, 
l'une des |)lus belles verrières de cette époque que l'on puisse 
voir. Tous les vitraux de la basse nef septentrionale ont un fair^ 
analogue, une ornementation semblable, une dis])6sition dans 
les sujets qui indique que l'on a voulu suivre en quelque sorte 
un plan pour cette portion de l'église. Dans une feiiêlre, on 
reconnaît troi^^ signes de peintres verriers : l'un com{U>sé des 
hîltres DL et C entrelacés, l'autre d'un G, le dernier d'un siç'ne 
particulier formant une espèce de 4. Je n'ai pu retrouver à ce 
sujet aucun rea^ignemeot positif dans les comptes du XVt* siè- 
cle de la fabrique de Notre-Dame, — comptes, soitdit e« pssaot, 
assez curieux pour être publiés, — sinon ce passage qui pourrait 
se rapporter. à rnnlenr du vitrail de l'Assomption: «Payé à 
a Nicolas de Lassus, ▼crryer,pour avoir levé douze panneaulx de 
a verre blancq, tant à une forme devant les orgues que dessus 
« la -chapelle blanche, lesquels il a levez et ressoudez et remis 
a en plomb et mis des lyens et fait ce qui était nécessaire de 
« faire à raison de 7 sols iy^ par chacun panneau monté, ci A 
ff livres iO sols. » (Compte de dépense de l'an 1555-56) Archives 
i^e rHôtel-de Ville. 

Les verrières de la nef méridionale ont un tout ^utre cachet» 
quoique de ia même >époiiue; tes 4atfis ne laissent aucua doate 



lfamM)iklflt SN TAVIX ta GMAL0ff8-AfMl«lfA.ElfE. Iâ6 

k tel égard. Les sujets sont moins targeaient compris, les olrne- 
meiits plus travaillés ; il y a peut être plus de fini dans le dessin, 
maïs assurément moins d'effet. Il est iniitilo de faire remarquer 
que les deux scènes placées dans deux sortes de cartouches à la 
fenêtre au-dessus de la sacristie, proviennent d'une verrière 
aujourd'hui perdue : c'est sans contredit une de celles que nous 
devons le plus regretter, à cause d'abord de sa bonne exécution 
et aussi de la bisarre disposition du sujet. Nous ferons remarquer 
en finissant, à ceux qui pourraient s'étonner de voir à Notre- 
Dame tant de panneaux consacrés à Saint-Jacques, que Cfaàlons 
possédait autrefois une confrérie de pèlerins de Saint-Jacques de 
Compostélle, que même,en 1640, Monseigneur Vialard de Herse 
admit atlt processions et cérémonies religieuses : les membres 
célébraient leurs fêles à Notre-Dame qui« avant sa division en 
cinq paroisses, avait éfé la seule de ce côté de la ville. C'est évi- 
d'emment à cette confrérieque sont dues les vorrièresde la basse 
nef du sud ; et celle qui rap|v41e la fameuse bataille que Sainte 
Jacques fit gtigner aux Espagnols à LasNavas de Tolosa, en ^213, 
contre les Musulmans, doit avoirété pareillement offerte par les 
membres db l'&ssociation. 



I. — VITRAIL DE LA BATAILLE HE SAINT-JACQUES (XVl* fiJÈGLB). 

U occupe la première fenêtre de la basse nef du nordi». près de 
l'orgue. Fenêtre à trois baies ogivales divisées chacune en trois 
panneaux, et surmontée de m|neaux fiamboyants formant trois 
rosaces. 

Les six panneaux supérieurs composent un seul tableau, une 
bataille : au centre parait Saint-Jacques sur un cheval blanc, vêtu 
d'une veste violette, manteau et calotte rouge ; ses harnais sont de 
couleur bleu-clair^ il lève le bras droit armé d'un énorme cime- 
terre : auKlessus de sa têle,un soldat tient un fanon rouge chargé 
d'une croix blanche; à gauche, derrière le saint, un grand 
nombre de gens d'armes, la plupart achevai ; l'un d'eux renverse 
d'un coup de lauce un des ennemis sous les pieds du cheval de 
SainirJacques;, près de lui se tient un lansquenet habillé de noir 



126 NOTAB-DAME EN TAUX DE CHALONS- SUR-MARNE. 

et blanc; nn nuire cavalier déploie Tétendard représentant Taigle 
impériale; à droite, est une troupe d'ennemis, tous vêtus à 
l'orientale, et qui plie sous le choc des chrétiens ; le sol gazonné 
est jonché de morts et de blessés foulés sous les pieds des chevaux; 
dans le lointain, on aperçoit deux tourelles crénelées : la partie 
supérieure de chuque ogive est occupée par un dais richement 
ornementé et soutenue ou entourée par des animaux fantastiques ; 
une bordure où s'entremêlent des rinceaux et des anges sur fond 
jaune et rouge, séparent ce$ panneaux de ceux de la partie infé- 
rieure. 

Dans celui de gauche, la donatrice à genoux, coiffée en che- 
veux, robe rouge, écharpe brune, un livre ouvert sur son prie- 
dieu qui port(; un écusson parti d'or au besan de gueules, et 
d'argent eu chevron (ou bandes) d'azur charge, de besans (ou 
roTvi oré) de gueules ; dans la portion supérieure gauche du pan- 
nPriu, la sainte Vierge couronnée et assise dans un fauteuil doré, 
tenant TEnfant-Jésus; au-dessus, vers le milieu, sainte Anne, 
également assise, vêtue d'une robe verte à manches brunes, un 
livre à la main. A droite, le donateur^ pareillement agenouillé, 
vêtu d'une robe noire à capuchon; sur son prie-dieu, l'écu d'o' 
au besan de gueules; pièsdelui se trouve saint Jean-Baptiste, 
revêtu de la peau de chameau, tenant l'agneau nimbé sur son 
cou, la croix d'une main, et étendant l'autre sur la tête des do. 
nateurs. Ces deux scènes sont placées dans une somptueuse salle 
soutenue par de riches pilastres, avec plafond en chêne sculpté 
à compartiments, et des tentures violettes dans la première, rou- 
ges dans la seconde, supportées n^r des bâtons dorés. 

Dans le panneau central, saint Jacques est assis, le bâton de 
pèlerin d'une main, un livre noté de l'autre : il est nimbé et 
coiffé d'nn chapeau orné de coquilles; sa barbe et ses cheveux 
sont abondants et longs; il est vêtu d'un habit violet, d'une 
écharpe verte et d'un manteau rouge qu'il laisse tomber; son 
siège est placé dans une niche dessinée en forme de coquille, e^ 
tendue d'une étoffe bleue également semée de coquill* s. 

Les meneaux composent un t bleau unique : c'est la scène du 
Thabor que ous voyons fréquemment répétée dans les églises de 
Châlons. En haut, Jésus-Christ, couvert de vêtements a blancs 



NOTAB-DAMt; (N VAUX DE iiHALON&-SUR-MARNE. 427 

(omme la neige, » la tête, les pieds et les mains a brillants comme 
le soleil, » oceupele sommet de la montagne toute gazonnée. Au- 
dessous, On voit dans l'ordre suivant : Moïse, tenant les tables de 
la loi diviiie, et Élici saint Jean, vé u de blanc avec un manteau 
rouge ; saint Jacques, les mains croisées sur sa poitrine, couvert 
d'un habit à dessins jaunes, avec un manteau bleu ; saint Pierre» 
en brun, avec un manteau rouge et tendant les bras vers Notre- 
Sei^neur. 

II. — VITRAIL DE L* ASSOMPTION (xvP(8IÂGLB). 

Cette verrière est pincée dans une magniflque fenêtre ogivale 
flamboyante et divisée en quatre baies, séparées au milieu et for* 
m int ainsi huit panneaux. Le premier compartiinent du bas, à 
droite, représente le donateur, vêtu comme un bourgeois, age- 
M uillé devant un prie-dieu cù est posé son livre d'heures; l'é- 
• i S5Î0 ! est effacé. Derrière lui, saint Nicolas, ayant à ses pieds le 
baquet avec les tr: is enfaf.ls symboliques; ikius ferons remar- 
\|uer que sur la chape du saint est brodé une Annoncialioui 
détiil assez curieux et que nous croyons même assez rare. A 
l'autre coiri est la donatrice é^^lement agenouillée^ comme son 
mari ; Técusson plaré sur son prie-dieu port ; de .... rai chevron 
de .. .accompagnées chef de denx molettes d'éperons et en pointe 
d*unerose; au-dessous d'elle, une s iinte, richement habillée 
foulant aux pieJs un dngon mo.sirueux, et vers laquelle vole 
un Saint-Esprit. La dédicace de ce vi'rail à la mère du Christ ne 
nous semble pas devoir laisser de doute à cet égard. Le tionateur 
et \\ dooatrice sout tous deux plicés sons on riche portique re- 
naissance ; on a; erçoit derrière chacun u/j j.etit p^iysi^^e ; à gau- 
che u.i cbâte w à tours, uitC rivière vers laquelles'avance un per- 
som.ageet un chien. 

Au-dessus du panneau de la donairice est reiTéseiitée,sous un 
riche cuuronnemeol, la nuissanct^ lie Marie. Sainte Anne est cou- 
chée ; uii angeageiiouillé, prêt à recevoir l'enfant dans uu linge; 
debout près d'elle ^e tient la mère de mainte Anne,et Juachim, son 
mari, se présente à la porte de l'appartement. 



La iiiort de itf i^aiote Vierge occupe les deux panneaux ceutraux 
du bas : Marie est couchée dans un lit à ballaquin en clièae 
sculpté, autour d elle sont raugés les ouze apôtres, pdimi lesquels 
on remarque saint Pierre qui tient un aspersoir, saint Jean à côté 
de lui, et un autre ayant un encensoir ; devant le lit un ange ; à 
la YoûK^du ftortique, un candéUbre à deux bras; dans le fond à 
droL-e, on voit un petil paysage, on aperçoit l'ange qui vient ap- 
porter ia robe de la siiUc Vierge à saint lliiefonse, évéque de 
Tolèilt (vu'S'ècl), <;n récompense d'un ouvrage que ce prél»t 
avait éorii sur Marie. 

Le panneau du haut, à droite, est consacré aux obsèques de la 
sainte Vi^^rge: son cercueil porté par quatre apôtres, suivis des 
autres disciples de Jésus-Christ; sur le premier plan gisent les 
deux soldats, dont les main^sont restées attachées au drap mor- 
tuaire pour avoir voulu y toucher; dans le fond, une troupe de 
soldats. Au milieu du compartiment supérieur, dans les deux'pau- 
neaux, l'Assomption : la sainte Vierge, le pied sur le croissant, s'é- 
lè\^ portée par des anges; à droite le Père éternel la bénit avec 
les deux doigts, à gauche le Christ la couronne; au-dessus le 
Saint-Esprii rayonnant ; celte magnifique scène est entourée 
d'une gloire de rayons remplie d'anges et au milieu de laquelle 
apparaît rarc*en-ciel. 

Ces deux é'ag s de compartiments sont séparés par un cordon 
de mascarons assez grotesques, mais finement tracés: au-dessus 
de chaque panneau du bas est un cartouche où on lit; Sancta 
Maria réj»été deux fois. 

Les meneaux flamboyants de la fenêtre ne sont pas moins or^ 
nés. Au premier éla^e, quatre médaillons représentant: un lîôn. 
avec ces mots: saint Marc; un ange, saint Mathieu; un aigle» 
saint Jehan ; un taureau, saint Luc; au-dessus des deux premiers, 
dans deux cartouches, Roma Faastitia ; à droite et à gauche de 
l'étage supérieur, quatre anges, deux priant, <)eux encensant. En- 
fin, dans l'ogive centrale, quatre grands compartiments; en bas, 
le Saint-E-prit; au<1essus deux anges tenant la colonne à la- 
quelle fut attichée Jésus-Christ et la lance qui lui ouvrit le flanc; 
— deux anges lenaiit la croix et les verges, — deux anges enfin, 
ayant aux mains la couronne d'épines et le linge de Notre*Sei- 



NOTRK-DAMB IN VAUX DB CHAIONS-Sim-IIAENS. It9 

gnear, puis des anges qui encensent ; un petit médaillon nous 
donne le monogramme du peintre yerrier, un L. et un G. 

La légende est complètement mutilée, on 7 retrouve seillement 
h date de la verrière x. v. c. xxvii. 

Nous aurions voulu pouvoir donner quelques détails sur les 
pieux personnages qui ornèrent Notre-Dame en-Vaux de cette 
magnifique verrière qui jointe la beauté d'un tableau le charme 
d'un de ces poèmes que nos artistes du Moyen-Age savaient si 
bien peindre en traits éclatants; nous nous voyons dans Timpos* 
sibiiité de leur rendre ce légitime hommge. L'écusson du dona- 
teur est perdu et celui de la donatrice inconnu; les seules armes 
qui:aient quelque rapport avec celles que nous avons sous les 
yeux sont celles des Beschefer, bonne famille de la bourgeoisie 
chilonnaise, revêtue dès le xvi* siècle des principales charges 
municipales. 

III. — légihdb db la siniTB vibbob' (xvii* siicu.) 

Cette verrière, moins belle que les précédentes, est plus consi- 
dérable : elle se compose de quatre baies ogivales divisées cha- 
cune en trois panneaux, et les meneaux flamboyants forment 
en outre quatre petites roses et six autres fragments principaux. 
Elle est consacrée à la légende de la sainte Vierge. Je commence 
par le panneau inférieur de gauche, mais je ferai remarquer que 
les tableaux ont été dérangés. 

L'Annonciation : La Vierge est agenouilléej les mains croisées^ 
un livre ouvert devant elle ; à l'angle supérieur de droite appa- 
raît l'ange, étendant la main droite vers Marie, et tenant de l'au- 
tre un bâton auquel est attachée une banderolie avec ces mots : 
Ave Gratta^ Pkna. Au-dessus de la tète de la Vierge descend le 
Saint-Esprit ; à ses pieds, un vase dans lequel fleurit un lys. 

Visite de Marie à Elisabeth^ pour lui annoncer la grâce qui 
vient de lui être faite : les deux femmes sont ensemble sous un 
épais bocage ; en arrière, deux autres plus jeunes ; à côté, ani- 
maux divers ; au fond, une ville ; ou sait que c'est en dehors de 
sa demeure que la sainte Vierge rencontra la femme de Zacharie. 
TOMS XY. 10 



^bout, Uènua onde ae rane.sur l«auel ait as8ue,Marie,:,Jli ann- 
Vém du! portes de fe ville ou ^^l^"§îy Jjp.^ij4ï^^||ï^^^j4«;^ 



'i< 
l»fiit iit(4 

I oTie lient reniant, une autre apporte un berceau ot.§fj|[;fi;{MiMi 
t«te. 

Présentation au Temple : La Vierge, en robe rouge, aux che- 
veux b^fl«MHtiaag>,»mt6 MSiMgMIs ?«i#«aM^fe gfailÂ'- prêtre 
l'attend ; en bas, sainte Anne ; près de l'escalier est un bomi^e 

&\^hib 89lc/ixo «-*''•■*' •JihwM- ;.l.'.«...|((i<nfK.II'. :;.ldr.-iaL 

lnWfV^^j4ft#rtmHPaim-,;}iibeigBiii(l»p]^e!>«rti!ân«M->4ét^ MWc' 

^WK^^ ^!9/f^i^ -.tnii.if fil •)!) '.I.ii'j:;!»! fl n yèixî^no'. «>!'.ail3 

9 Jt^HteX^«/W»t#lWOÏ» ^8atogB^f oMtet-wart v il»«MMW|j({si^ 
est habillé en violet. .«;)^l1ln!»l) àlà Jiio /iji;'iI<1iJ "M 

uff»fa^tti«ml9qy«lkiftaii«vutitittak t»m «bliidM^'i>pg^a^''iiit;'' 

cette ,iB^rQWsM«ad)lb)inMftiiBDbefw« MtaëtmiMt^ ëri UHt^jJH^' 
ql)^t,i^-^e|i(Ô)dfi(Mtfeniiite;iBt>4ed^it#irtJ^illtK'^it*J^-^^^^^^ 
ll^itfd8>^«àl»BM>lfti9iDtiMidièftotièiie «A ^ifl^^H'^ i^i}! i""'" 

^lï<WKÂ# ffViMtoliaftJîluJlJMjàuuîidlfcifc^igWié.'""^ '"• ;-='"■'> ^'"•"' 
aiiiiil-.r.X al. '.iiiiii-.l lil t.ilno)ii'n •.-rjiy-.ldux r.l :iii|> viii'.ui'.l. ix 

01 ''" ■""" 



ton attitude est triste : elle est agitée par l^i?p^))pÇi^-àH|4^9)^ 

i{isfi,p<r9«wt.QHe8i/i)Hfm^p!m<>iefl^^rfl^'§aM^ ; ,,,1,,^ 

sable ; le seçm^Mvt^t^^y^ff^^tiWmimi^M^lti^^iii]» 4iWt 

mmifiçttmfiM tfmrnif^MtàA^mri, «^t ^^^,^v^^}fffs\,yme 

répétition dijt[^<in4)^,gn«V}e0.,4pui(l^« <}'r1>r.Wi«"WWr,fn..l. 
•.jftM"fe*eqirosft9i(ift «jnJH»»»-,;, Mihîwwsprjfl^^iiw, gl#v<çt, ^Tfs- 

ti»§«Ute«|l||inmm WRSld(9^[^())a:eMf^i„nl9ip.lB Vlge.ndR)n^i»lA 
>>9^fti^9in«(M^lfK#V({)9rji^Mr^Vt(^l«p«9i(lAil«lS«ifli)(^ii^SWa(} 

douze anges ÇH«m»«{itâii 9»r.iAHMtjiidi|fiimtr4mwt9iflt|T<^l4fi 
diverses couleurs. 

VI. — TrrKAU DI LA HAI8SANCI DE HOTU-SBIGHim (XTI* SliCLl). 

.^•iir.il .'viJniii) II') /.iir.'iniir.(| Jiir) 
"^iMJr.iioli r.l.'iltri^'VKJV'i 'iiluLj.^x-ic'irnliii ni.-iiuic.i' Tiini-tK' «kI 

Quatre baies . Ogivales en nuit panneaux avec meneaux nam- 

■"•(rr^iini /Flriiiri*'^i.M:imii-: i'ii( TdiiV! iiii ,'tri't «•lOiiTtli : •^Wtlll'l\^^^F, 
v{A(| '(jr»!.! Il" <iiii': liiij 'il ; i)l".-t,iiii JniuT)) .h'U iM'.'il(i:m .•ill'>l 




nïerparineàu. où paràîsseriiùn homme etuneiemmea nest pas 
^Yantagc i.sa place en ce lieu. Dans la. Rortion supérieure, lea 
tableaux tiennent chacun deux nanneam. sûmonfés (Tun riche 

7i<.>7nM mnr.«| [/aw) /TpTl»liîruK7-^n-'a ')ir»;;I.Mfr}n(> (un /mm-) ;ît»7 



132 NOTRK-DAME EN VAUX DK CHALONS SUR-llAKNE. 

sur là paille ; de chaque côlé, Its bergers l'adorant, leurs cha- 
peaux attachés au dos. 
Le second est TAdoration des Mages : La sainte Vierge assise^ 

Têtue, comme dans la scène précédente, d'une robe rouge et d'un 
manteau bleu, les cheveux couverts d'un voile, présente TEnfaût 
Jésus, debout sur ses genoux, aux Mages, tous trois richement 
vêtus ; le premier seul est prosterné en offrant ses dons, le der- 
nier a le visage noir et les yeux très-blancs : Joseph se tient près 
de Marie, en robe brune et manteau vert à bordure rouge ; toute 
cette scène est placée sous un portique monumental. 

Au-dessus des dais de ces quatre baies sont ces mots, chacun 
dans un cartouche simple : Josep. Nati. Moice^ Jaspa. 

Bans les meneaux, Jésus-Christ occupe le centre; il est placé 
dans une gloire, drapé dans un manteau violet, couronné d'épi- 
nes, les pieds sur le monde et montrant les plaies de son côté, 
de ses pieds et de ses mains : tout autour sont disposés neuf 
anges jouant de divers instruments, et, dans les intervalles, les 
principaux instruments qui servirent à son supplice et quelques 
Attributs de travail des tonneliers, corporation donatrice de ce 
vitrage : deux médaillons reproduisent sfvécialement l'une^la 
doloire, l'autre un moulin à vent dans un écusson. 

V. — BASSE !fBF NORD (XVl* SIÈCLE), VITRAIL DE LA PASSIOll. 

Huit panneaux en quatre baies. 

Le premier panneau inférieur à gauche représente la donatrice 
agenouillée ; derrière elle, un saint personnage nimbé, robe vio- 
lette, manteau vert, tenant un calice; le tout sous un riche por- 
tique avec teinture rouge et des dalles historiées. 

Les deux panneaux suivants sont consacrés à ui]e scène de la 
Passion : Marie-Madeleine, nimbée et vêtue avec luxe, s'essuyaut 
les yeux d'une main, et de Tautre tenant une cassolette, s'avance 
vers ceux qui ont détaché Jésus-Christ de la croix; parmi eux on 
reconnaît saint Jean, avec un nimbe rouge perlé en robe vio- 
lette, sous un portique semblable au précédent; saint Jean- 
Baptiste est debout derrière lui^ tenant une croix à banderolle et 
un prtit agneau • il est vêtu de sa peau de chameau et d'une robe 



ROTKE'DAME BN VAUX DE CflALONS-SUR-MARNS. 133 

bleue; sur une autre bauderoUe on lit : Sanctissime. Ikan. Orat. 
Deum. Pro. Me. 

Les quatre panneaux supérieurs représentent le cruciQement : 
' . diable surmonte la croix du mauvciis larron, un ange celle 
d : bon ; deux soldats, sur une échelle, attachant Notre-Seigneur 
i ! sienne, tandis que Marie, Harie-Hadeleine et Jean pleurent 
en s ; à gauche, un grand personnage, Hérode ou Pilate peut- 
être, cheval et paraissant gesticuler avec animation, entouré 
de soldats, dont Tun porte une éjchelle, un autre un drapeau 
chargé d'un dragon, rentre à Jérusalem. Le fond de ce tableau 
est d'un bleu assez foncé, senié d'étoiles faites en consenrant à 
leur place le verre au naturel. 

Le même fond est reproduit dans les différentes parties du 
tjmpan parmi lesquelles on distingue quatre médaillons repré- 
sentant des bustes en grisailles, des anges en prières, saint Jean 
consolant la sainte Vierge. Dans le bas : ••. Eosteh'er de fescu de 
France etJ... sa femme, ont donné ceste. , . 

VI. — AU-DESSUS DB LA PORTE DE LA SACRISTIE, BASSE NEF DU SUD 
(XYI* SIÈCLE), VITRAIL DE l'aRBRE DE JES8É. 

Huit panneaux en quatre baies, le dernier de chaque étage 
détruit : comme on va le voir, les scènes renfermées aujourd'hui 
dans cette fenêtre n'étaient pas destinées originairement à être 
placées ensemble. 

En commençant par le premier panneau inférieur à gauche : 
la sainte Vierge, vêtue de bleu et de violet, agenouillée sous une 
espèce de dais rouge ; au-dessus de sa tête, le Saint-Esprit ; elle 
tourne la tête vers l'ange de l'Annonciation qui vient à elle, un 
lys à la main. 

Sujet rapporté : Dans un cartouche à dais arrondi en forme de 
cœur, une femme, vêtue de violet, s'avance, une caisse à la main, 
tandis que, dans un lit drapé en rouge, reposent un homme et 
une femme. Légende : Cornet, La Châbr. remit la vaisselle dedans 
sa maktte, secrètement, quand il dormit. 

Sujet rapporté, analogue au précédent : dans un cartouche 



iW 



tient debout dans un foyer ardent près duquel esta^i^'Wi fëûl^ 

"lÉtWM"de'-J6ili^&ikt-'^''a^ÀHiWé'i'lif ^^'>tki^: îmâ lét 

'"aisil{ii^'vVé'r^k'iik''ilÂn'(^àm'^iii l«bë'^rïàfactie;"bit)aée^ d'o^-! 

Père bénissant Marie, et autour dié''iUi''ftulé'!]|liUèfrdléf'J«Vè(?e«i 

devant une table. •■"'"" ■"*'"^' '"''' -'"""''A '*'• •••^- ^■' '•''*'^'^ 

Dans les meneaux flamboyants, on lit d'abord répété deux fois 
totale ^àvilée ;,sar!baut, Noti»SeigMi»n gi«T'mi^(^i^tiàief^ 
à gauche, attndflasttaMtoflJliH:4a wiAtaryfWifKi^ Joseph le 

priant ; à l'entour, des anges jouant de plusieurs instruments de 




!)ilf> j; Jii'jin i)ii,iii;|i Hj >'j'i'iil--')!i -r.i| Jii.ict'i'ii • -itfV.'d yil-ci >iii;h 

VII. — TRSAIL OK SAINT JACQUIS {xn*'^i!i»tl!llf:' ^ '"'l'I 
; ■)(hiir:j il •iii'iifiliii iii.;iiiii,;<| i.ir.'.i., >l ii.i )iu.')ii.,tiii,io;> (iH 

^l<Trolë><bâet»>ëtt^^kfiàtyb«Bial; Moettb-rrsrrièi«<>6stidhaëi Bib<ftet 
Wpfitfttbie'MéK ^t0<<[t6H0«rvé8/8l>ot d'wi'lbeaa dëteid foltUtiÈa 
coloris brillant ; elle parait comme la suivante dsstinéaiiàiinql- 

»t)elt#''l«l 6tnitt>M«'âe|:i«ii»t4hd4ile«:i le'bauUdélobiiqaeifcjaië est 

. >{jét»tiii'>b%iW'if<è(s»i4eb«*0f9itèteei4iP«n^^ 

l%ûWW«ritttlitiai8l"i''' ."•^ij^n i;: à-,,.!.'- til u„ .'.r.i.i, ,:)ij|. ^iliiif,! 

'"»Vkri^iê)'^pariàe)m'^gau)JM'^ajtéHeur> ; ^madè-immiuaieslale 
à travers laquelle on voit>'>«né^ ^itanle^t *i^iet^^iaa>elr^>^ itww — - 
'Éàljjfet ■'■•'-' ''" *"' '' • '"•-»'<'i'jyi<| nii !«â)jj«ili;iii> ,àJii>(|()in in'iui'. 



r 

dorée, vêtue de violet et renv^hJé? sHëtW.'»''»'' r"'"''^''* »"" «'"'•' 

Cfan9t;uÉ|ooté!«aP(4«»âltte.^liI9M f^ûblëtt c 'èë>Vbibi,''(iiVWfM» 

ceiqinto |ïW9à|«i^Hiitf?i6BI«§flfHAilB«i«blétf?'»''-"« î^'^^'^no» 

Quatrième panneau : Pâtres à longues barbes, entoun^'ffil^ 

-U»4i0iârabtKé8iNiWtiëi6<t ïsiyMlliMi^'ifaifiléifil&^bti'iiV-'' 

Ddiiltll'<dtfrftt«iàn^t>Mii<W'«#ti«itbl>tM«lfi;'4^0M'^«Stl' 

d'arabesques entre lesquelles sont de noiirfiiH^U!&'%<$^lffll^.''*< ^^ 

sb %'nJén'>î «;jilH6 7i)!)b aal tri'j^aiinfijj a'imaliOHi aoiéirio» «9(1 

-anti vi\ ,8'jlf,bi=!d6 è;tll'»(|r.il»«3l aatiioJ ab ?,alla:) ,' alIa<jcilo aiiaa 
39l. nn'l ,îinolBil3 ab 7ijjiV-na-anu;a-an)oH aarljàM J?9 olIaT 

iiIwiihtie$)tea0iitfifiào»auidillf]émBS(fp*É»RÉ9i^ taitdii9^ 
qMii6li^MpitBii6(ieUbf|i»rtaéb diailA|^adcB<{nBteâëii£fe«g4i9èilq 
itietQiKiikiute IkliîsâeMrdcn^h »a iiriinunoin al 9up l'Jiiaèb é isd II 

si4^MOU)«iû|tto»k fi»giitenlifi9iqi|lqii4iqb&sghdataB^puto«B^ 

hoii\«Mjlâb^d^'|)liiii|i(i)âiitâfiAi^te V^<iârq^l(de«U[ 

^eili»HitelHMl»l»1ir§fl4to»Ai par terre. 
Hommes barbus arrivant à une ville, tandis' qu'un assez 

§J«ï»^|[Wlïbl^^*iflai«fau8'S6»t^^ '"^ ' 

croupie devant un oaquet. Ce. lyaquit. Jacques, le vran^^/i^^^^^gq 
Zébèdê et de Marie. Lalbane. 

Notre-Seigneur et saint Jacques ; nombreux fragments rap- 
portés : Cornent. Sainct. Jac ques, eut.., 

Notre-Seigneur au Thabor : scène traitée absolument comme 
dans la verrière n"^ 1 de cette église. Dans la dernière rangée, 



136 IfOTRE-DAMB BN VAUX DB GHAU>llS-SUR-]CARlfB. 

le panneau du milieu est seul conseryé : saint Jacques, nimbé, 
.dans une chaire, harangue la foule. 

Dans les meneaux» on distingue à gauche trois pàlerins groupés 
ensemble ; à droite, une table senrie et entourée de plusieurs 
convives ; au-dessus, saint Jacques avec plusieurs pieux compa* 
gnons. 

Enfin, dans ces derniers temps, Tabbé Champenois avait dé- 
couvert dans les combles de l'église six panneaux de magnifiques 
vitraux du XII* siècle, qui sont placés dans les deux fenêtres sep- 
tentrionales de la chapelle des Fonts. Chaque panneau forme un 
médaillon représentant une scène de la vie de Notre-Seigneur : 
la naissance, Tadoration des Mages, la fuite en Egypte, une lé- 
gende. Les vitraux sont d'une parfaite conservation et présentent 
les plus pures couleurs. 

Des verrières modernes garnissent les deux autres fenêtres de 
cette chapelle S celles de toutes les chapelles absidales, les fenê- 
tres hautes du chœur, de la nef méridionale et la grande rose '. 

Telle est l'église Notre-Dame-en-Vaux de Châlons, l'un des 
monuments, sans contredit, les plus intéressants que le Moyen- 
Age nous ait légués et qui a eu l'heureuse fortune de trouver un 
pasteur capable de réparer l'œuvre des vandales de la Révolution. 
Il est à désirer que le monument ne demeure pas inachevé et 
que les vœux du vénérable abbé Champenois soient exaucés com- 
plètement, quand des temps plus calmes nous auront rendu assez 
de prospérité pour que son respectable successeur, M. l'abbé 
Leroux, puisse faire continuer cette magnifique restauration. 

Edouard db Barthélbmt. 

^ Une cinquième fenêtre Tient d*être garnie par un vitrail représentant 
les baptêmes de S. Jean, du Christ et de Clovis, en souvenir du père de l'au- 
teur dt ce travail (30 mai 1872). 

> Dons de M^^** Godet, de Marson et Colin ; de MM. Joseph Perrier, de 
Ponaort, etc. 



SATAN ET SES OEUVRES 



OU 



DÉMONOLOCIE ARCHITECTURALE. 



Dwaxikta ▲bticlb. 



Les yies de nos Saints sont pleines d'épisodes où l'on voit 
un ou plusieurs diables exercer la patience d'hambles ana- 
chorètes, de faibles femmes, par des violences où les verges 
et le bâton jouent un rôle des plus importants. On sait la 
tentation de S. A.ntoine, immortalisée par le grotesque burin 
de Gallot, qu'avait d'ailleurs inspiré, sans qu'on le sache 
généralement, le récit de S. Athanase ^ Beaucoup d'autres 
revivent dans les souvenirs historiques, entourés d'attributs 
pareils; non qu'il faille regarder comme purement emblé- 
matiques ces réprésentations innombrables de bizarreries 
traditionnelles : on ne peut douter de certains faits sembla- 
bles racontés par des hommes graves dont beaucoup furent 
des saints; mais il ne faut pas oublier non plus que ces mille 
animaux^ dont chacun a sa signification particulière , ces 
innombrables lutins engagés en tant d'actions inouïes, ces 
étranges faintômes, répandus sous tant de formes diverses 
autour du saint solitaire, sont autant d'allégories contre les 
pins ou moins riches imaginations qui troublent la prière^ 
et y apportent des distractions plus ou moins importunes. 
C'est la le côté symbolique de la chose, auquel le moyen- 

3 

^ Voir Croitet. Bxercjcu àf piéU^ ^ctobre, p. 7^, ^'^?» X^KOn, 1745;. 
-^ BttUat, 31 octobre, p. 310^ Ui-4« ; 14 mai, p. 356. 



I 



i 38 DÉMONOLOGIE. 

âge avait visé dans les représentations de ces scènes ingé- 
nienses: car Callot, Breughel, Teniers et d'autres n'ont rien 

inventé ^Jp^ V'^^^^S® "^^^^^^T 3 ^'^('l^/^^/l^ ^^ ^^^* 
nion des richesses empruntées çà et là aux bas-reliefs des 

monuments, aux pages des mtfhuscrits de nos belles époques 

calligraphique^jj^Qi^glpjlja,^^^ On Ut 

dans les hagiographes les moins suspects, tels que le P. Croi- 

set et Baillet hii-même, que S. Antoine était troublé dans non 

désert par les împrovisaÉiûasrAltaapliiti inattendues : c'était 

tantôt des plaintes lamentables de petits enfants et des pleurs 

de femmes désolées assiégeant la porte de sa cellule; tantôt 

4w7l^9ili^to(>dei(j[9'ébki^fiiiéq miiei8taÉiiâut0(idd»1i«ni%^es 

ift^5^éMitj[mi«i>»bmis0é, lft« |t$t9iapfi)i7Miùibtf e .toonpil) 
iWPlil^f)en^Aftipoi^id'«ii(|iQnineIôi|^^^ imbà^ aïoi^iieda^ 
^ff-Aw A\ff^^>^!fHl ioq si(^lMMlfiaI£]b>qil0ÎlIAateBiiatDàtA)ÉQ^ 
t^mm^ ; if >èjl»^e«iJli4ip^|i^^;JbMrku6JiAeii)reidaTdâvpnJa^^ 
^fMflMfVl;. |m6ilttèJ{Un#4ûift^[ tià ctlaakaiit«sb()§aimitt/ iklmH^ 
B9Hfli4FM%<d$im»tow^^|4fi)glMiirfieiira 
cainnMbnm^rà^MSl pifilbif>bei|^ftiM)^*de UfijdoiUiop bKtféppltîttttq 
Y9t^itil(»)^ei4bz 44iUtilbffn€iicld:fS>ij6jieo{mj9deâp Hilapionfi 
eti^»0>9eU^4^btoui3aiiipIdWlicfciPièrp»duidés 
fM(ftlQ^^WtM«0^) JaiM()fes4tteila^4>nuM jûHfaièJ«flDpliqMld 

^/^i(ii iUii90iteiAu^éûoûiiagfiAa«i)M 
l'œil ardeut. L'air calme et tranquille de cet homme indique 

.ôcS -M ,i»ai H ; "l-nijOlC .q .sidoJoo lC.J»lli^ — 



iÊth^-h Hé»o»vilj6,<G«ik)»a(iflfi)fcft9ti»^eHpt i4v^()i>Pii4(wA 

relie? C'est pour eux, dit S. Hiluire, que le Sauveun^m^ 
* h jbii»efei^«ruflleti e$.,d oit/AI^WtQi^fWW? f WfW W ,sfllW¥ 

1^|»^illflKtb4i«lMii«r'»ii^^^ g.JÇ|ff H<jni^n^ &vM)f» WMH^ 
4*6) iémvm jttqiiroie»t4»iiid«» .4ivA^( $MiH>U6^|>^QWjl^)9f^ 

jii.) iiiioi iiiriii)>.iii l'i'it^)!!')! 




tWnbio;) •'.3(1 liiq no lo'ij fciiu^wT ssa im] ,8.1iiiu(i J-.al iiioq .tiuinji 



xiT, 114 et «uiv. I t t 



n 



IM DÉMONOLOGIE. 

un seul pied et la tête en bas. Qui n'a vu tout cela mille 
fois imprimé sous qos corniches et nos entablements ? 

Cependant, et en dépit de ces allures publiques et offi- 
cielles^ si nous considérons l'Ange des ténèbres à part-lui, 
et dégagé de tout rapport avec la créature qu'il poursuit de 
ses fureurs, nous lui trouverons des attributs qui font mieux 
ressortir ou sou caractère propre, ou les prétentions de son 
orgueil. 

Et d'abord, il affecte souvent la forme humaine^ par cela 
même que les bons Anges, qu'il veut singer aussi bien que 
Dieu, l'ont revêtue en plus d'un occasion que mentionne 
rÉcriture : témoins les trois anges qui apparaissent à 
Abraham sous le chêne de Membre^ le Raphaël du jeune 
Tobie, et bien d'antres. Toutefois, ce sont là des beautés de 
premier ordre ; sur ces faces célestes brillent la lumière et 
la sérénité ; ils ont des ailes, comme étant d'une vie tout 
aérienne, toute spirituelle; leur tête sépare d'un bandeau 
ou d'un nimbe, diadèmes exceptionnels qui convienneut à 
leur titre de prince de la maison du Seigneur. De légers 
vêtements flottent sur leur corps svelte et gracieux, sur leurs 
pieds nus qu'on voit bien ne tenir en rien à la terre et tou- 
jours prêts à reprendre la route du ciel ^ Satan, de sou 
c6té^ veut avoir tout cela, mais ce serait une usurpation ; et 
depuis que son crime lui a ravi sa gloire, s'il conserve quel- 
ques attributs de s(»n premier état, ce n'est qu'avec un mé- 
lange forcé de traits si différents, que personne un peu atten- 
tif ne s'y trompera. Lui aussi il aura donc des ailes, car 
elles indiquent sa nature spirituelle et son activité à tra- 
verser l'espace, à pénétrer jusqu'au fond du cœur insensé 
qui s'ouvre à lui. 11 porte un nimbe; mais le nimbe dési- 
gnant pour les Saints, par ses rayons d'or ou par ses couleurs 

^ Bull, numum., ibid.» p. 211; xiv^ 116, 68» 332; — Didron, Iconogr. 
ckréi. 



DÉMONOLOGII. 441 

▼ariées, «rbonorables distinctions tonjcurs .symboliques^ sera 
pour Ini un signe tout opposé d'opprobre et d'infamie. Nous 
verrons dans ia suite que cet attribut n'a pas été, seulement 
réservé à la sainteté, et que certains peintres des écoles re- 
culées, imités par les écoles suivantes, Tont donné même h 
Judas lacariote, dont le crime n'avait pu effacer le caractère 
apostolique: c'est pourquoi le diable lui-même uaa est pas 
toujours privé ; mais, par une ingénieuse idée qui tendait à 
ne pas le laisset* confondre avec les Saints, Hes peintres, qui 
pouvaient en cela mieux faire que les sculpteurs^ Tout 
nimbé de noir, couleur du deuil, du remords et du crime 
confondu. Observons néanmoins que les sculpteurs ont évité 
cette même erreur quand ils ont nimbé leurs dénions isoirs 
des formes animales ou avec des caractères diaboliques aux-* 
quels on reconnaît forcément de quel genre il est question. 
Il est assez rare que ce génie destructeur reste isolé sur 
nos uionuments et s'y voie réduit à un rôle solitaire'; le plus 
souvent, il s'y mêle à la vie de Thomme, il y épanche la libre 
expression de ses vouloirs pernicieux. Cependant si Ton re- 
garde bien, on le rencontre aussi séparé de lafoule^ s' exer- 
çant tout seul au mal, ou accomplissant quelque office labo- 
rieux sous des formes qui, d'abord, n'auraient pas semblé 
les siennes^ et toujours avec des apparences qui ne permet- 
tent pas de le méconnaître : tel on le voit, à Suint-Jean de 
Nantes, planté sur un piédestal d'où il tend, avec un mélan- 
ge d'efforts et de grimaces, un arc dont la flèche est dirigée 
vers le ciel. Orné d'une double queue dont l'une retombe de 
sa tète et l'autre d'ailleurs^ démesurément joufflu, griffé 
armé d'un ergot de coq entre le talon et le mollet, il n'a 
rien d'équivoque, pas même son nez de perroquet, ni une 
joie méchante que son visuge ne dissimule pas. Tel vous le 
verrez au tour extérieur des églises, soutenant, courbé et 
accablé de fatigue, le poids des colo:înes qu'il voudrait vai- 



AibopriMttSt^fAioQf it^vemaiàiÀ^w^ mf^iMm^^ll^.n^ïlefkHm^t 
ifhftlfkvài toipsim^Ue^ ^l«iilé^9'»â«'PQrsqnn^ge^fjmMtf te.<iî«if 

pointe étev^,4tfkni(iUiisidn,àji0()8 peiiplMi4<9 Sagi^fl^M^eag 

lj|MÎe Vfftl léA jcistel q^ntWrmée ^Boiii4àlK^ùlr^^^^^le{t)|f|f Vrtn/b 
Moi8sa«vjttI<v^l> f'iQàtluHniint4erfi»iide ((»il)fiMmPiil^iwr4i* 

UûE ^^xhtiems^jfttr)d^Ml» iMiAidBfâteii^rQ^^^ iCe 

- 1 Dm ipjagCf làlne^gaë) otbtièn ifbwis 4'i^îife>)ri^4eHi89Mh^i^!^t 
OQUeH(|uvdà»laff pi^eàrieif»;ténipSiikiieboifi(iAn^n^ ï^^Ui idu^ib 
tniléatH)Ii'^ét)ai)8i^^tqibtisi{efi i<|fibjQb'Ai n (pi;iliimp^:bt^9iantÀ'iAUi^ 
é*i Ickrisliiif iime^raei^wrajlatlff ntt qpf^i ^u4q9i ^ 
pftitias(|païeni)>ét»ie»tiapîméfiëi p«<rj;leAid4mon&» ^'^9Hi^.oeM 
firiuzf jàibuftiqite ile.Ilaaflmiste^ tnadrecfiinitiii^ii&iCrMtilBrJr^prprt 
Gbftlèid'imnwiev jhflqtila liaiiiteieef^tÂ^ & Pumlfiépè^jrafn^ 

deaaz, Pnncwes (Tarcnéologiê pratique, 2a part., chkp. iir. ' 

1» diUwélàvfi^MAiiMtlDguQS ^1 filial- «4a<r«laJdK0liMtL ii(#l. or^ 09i)f'^ 



juffmmm- '«» 



%WR)«1-j:P?éiiijI» ji*>-irtni ii'ji|)<iii iiit»IIiji inp •Jtiniirir) m[. ^JirMii 

* • Riiimot et nomen et formam. Sed illi debebant adorare statitn biforme 
Bnmeo. quia et caDino in leoniDo capite coromiatps, et de caprp et de arieta. 
coniQiSi, eta lumbia nircos, et a cruribus serpentes, et piano vel terEa-aUteik 




*^« iDstdiatur aper de siWa, et sîiiffuIariB ferus depascitiir:. lupus et^ursua.. 
ptrdbscneo. \,gA ei onager, CfOco<|i^,jet^grj^^,,^Ber^^^^ 
b-ilicu. et a.pl.^cerasta^et'tf^^^^^^^^ vjçe,;«,.,,,^,j,5^^ ç^.^lu- 



444 DKMOlfOLOOIB. 

Biei> antérieurement, S. Paul Tavait signalé comme 
rhomme de péché, le fils de perdition se révélant à chaque 
instant comme notre adversaire, s'élevant contre toute pa- 

• 

rôle de Dieu, opposant au culte divin son propre culte, et 
poussant IVudaee jusqu*à s'asseoir dans le temple de Dieu, 
comme s'il était Dieu lui-même ^ Quand le Livre de Job 
nous montre un juste en butte aux méchancetés de Satan 
à qui Dieu permet d'éprouver un serviteur fidèle pour faire 
éclater sa patience et encourager les faibles dans leurs tenta- 
tions; quand Tennemi soulève contre ce juste les tempêtes 
de la nature et les plus tristes événements domestiques, les 
chrétiens ont pu se persuader justement que ce même ennemi 
pouvait se changer toujours en instrument de supplice pour 
ceux dont il voudrait vaincre la fidélité, et, haine pour 
haine (il n'y en eut jamais de plus légitime), ils lui ont bieo 
rendu ce qu'il s'est plu à leur jeter. Si TÉglise, si les artistes 
qui l'ont secondée se sont plu h dévoiler ses laideurs et ses 
ruses dans sou iconographie universelle^ c'est autant pour le 
ridiculiser dans ses fonctions détestables, dont les justes 
n'ont jamais à redouter aucune conséquence éternelle^ que 
pour en inspirer l'horreur et la crainte. Il a pu rire aux dé- 
pens de la pauvre humanité^ qui lui fournit tant de victi- 
mes, et employer à loisir contre celles-ci, comme on le voit 
dans le vitrail du Mauvais riche de Bourges ^, des raffine- 
ments de cruauté qui aillent jusqu'à infuser, dans la bouche 
d'un avare damné, de l'or et de l'argent fondus ; on s'en est 



créa.... Scriptum est enim {DeuU, xxx) : Dentés bestiarum mittam in eos, 
eum furore irahentium super terram atque serpentium. s (InnocenUi papœlll. 
De Contemptu mundi, lib. I, cap. xviii.) 

* c Homo peccatiy fiUus perditionis qui adversatur et extoUîtur supra 
omne quod dicitur Deus, aut quod colitur, ita ut in temple Dei sedeat, oa- 
tendens se tanquam ait Deus. • (II TkesiaL^ m, 4.) 

Yoir Martin et Cahier, Vitr, de Bourg,, p. 236, note 3. 



nlifO^OLOGIK. I i5 

bien vengé, et ceux qui le conniiissent Vont chargé de rôles 
diversifiés h Tinfini, capables peut-être, et c'était probable- 
ment leur intention, d'ajouter par la confusion de son orgueil 
eUesa méchanceté au supplice incessant Je ses souflfrances 
expiatoires. 

C'est dans ce but qu'on l'a mêlé, comme suppôt forcé et 
de très-mauvaise humeur, à tout ce qui devait s'employer 
au service de Dieu, soit pour l'œuvre du Saint Sacrifice, soit 
pour les instruments des autres sacrements distribués aux 
fidèles depuis le baptême jusqu'à l'extrême-onction. .En pro- 
portion que la pensée du démon et de l'enfer est très-salu- 
taire pour interdire le péché à Tâme qui s'y abandonnerait 
naturellement, ou la prodiguait partout par des images tou- 
tes plus horribles les unes que les autres ; mais nulle part 
on ne la vit exprimée avec plus de prodigalité h la fois et 
d'énergie que sur les reliquaires où jaillissaient des émaux ou 
des nielles, ou au pied des croix dont un dragon vaincu mor- 
dait le pied de ses dents impuissantes, ou dans la composi- 
tion des beaux chandeliers en bronze où on le voyait con- 
tourné en mille façons et obligé, sous un châtiment qui pu- 
nissait son amour de la nuit et des ténèbres, à porter la 
lumière, toujours regardée comme un des symboles du 
Christ. Quelquefois ce ne sont que des pieds de dragon, de 
lion ou de bêtes hybrides qui servent de supports à un flam- 
beau de tout autre emblème ; mais cette simple indication 
suffit à exprimer la même intention, et ne doit pas être mé- 
connue ; sous ces apparences, c'est toujours la figure du ser- 
pent qui domine '. 

Et que dire de ce même serpent et de ses enroulements 
de si bon goût et de si riche exécution sur les crosses épis- 



* Voir les beUcs planches i, xiv, xxi, xxiii et xxiv «Ju premier volume 
des }[élan{jes iV archéologie des PP. Martin et Cahier. 

TOMK XV. Jl 



MO 



DEHONOLOGIE. 



copales des douzième, treizième et quatorzième siècles, 
aussi riches de travail que de pensées ? Là se représente, 
toujours avec une inépuisable diversité de ressources, la 
pensée fondamentale de la rédemption et du péché originel, 
deux dogmes inséparables que Tagneau n'exprime jamais 
seul, non plus que le cerf, mais qu'il oppose, dans sa placi- 
dite pleine de douceur, au dragon dont Taffreuse gueule s'ouvre 
vainement pour engloutir * ; quelquefois aussi le loup ra- 
vissant joint ses efforts contre les oiseaux inoffensifs à ceux 
que le dragon multiplie contre la Vierge Mère et l'Ëufaut 
divin, qui le regarde sans effroi. Le bronze, l'argent doré, 
l'ivoire ont prêté leurs surfaces à ces merveilles du ciseleur. 
Le moindre rôle que Satan y joue se borne à exercer sur une 
croix la rage de ses morsures : ou le représente aussi sur les 
nœuds de la hampe en Syrène, avec une tête de bouc ou de 
diable cornu. Le tau qui remplace parfois la crosse n'était pas 
moins remarquable par ses bizarres inventions zoologiques à 
l'endroit de notre personnage ; mais c'est surtout aux fonts 
baptismaux qu'il convenait de l'attacher comme un enclave, 



1 II ne faut pas confondre, dans ces images qui décorent la yolate de cer- 
taines crosses, le dragon, ou serpent foulé par l'Agneau, avec d'autres ser- 
pents solitaires qui alors sont toujours un symbole du Sauveur et un em- 
blème de simplicité^ de prudence et de vie retirée, tel qu'il convient à un 
évêque de les pratiquer^ à l'exemple du divin modèle. Cette attribution est 
bien plus sensible^ si le serpent tient une croix entre ses dents ou la porte 
comme un diadème bienfaisant au-dessus du front, et à plus forte raison si le 
reptile a reçu du l'artiste une tête d'agneau, comme on Ta cru de quelques 
spécimens. Une telle distinction, qui est d'une haute importance pour éviter 
toute erreur, n'a pas été négligée par M. le comte Auguste de Bastard dans 
son beau travail, déjà cité^ sttr la crosse abbatiale de Tiroti; non plus que 
par M. l'abbé' André qui, dans l'examen de ce savant ouvrage^ a fait juste- 
ment ressortir Vhabile perspicacité du docte antiquaire. — Cf. Bulletin du 
Comité de la langue , de l'histoire et des arts de la France, t, iv 1857, p. 
401 et suiv. 



DÉMONOLOGIE. iPl 

et nous savons qu'on ne lui a pas épargné cet honneur \ 
Les idolâtres mêmes, n'ayant de lui que des idées juste- 
ment acquises, préféraient pour leurs idoles des formes plus 
capables d'épouvanter leurs adorateurs. L'art païen,eii avait- 
il pris chez lesGrecset lesKomains, qu'on aurait moins soup- 
çonnés de cultiver le laid, toutes ces recherches demonstruO'- 
sites que tant de découvertes nous ont révélées dans les 
fouilles de leurs villes et de leurs musées ? Cette prédilection 
venait, à n'en pas douter, d'une tendance bien décidée à 
personnifier le mauvais génie dans toutes les occasions où la 
erainte des maîtres du monde était bonne à inspirer au vul« 
gairé; ainsi, les chaises curules, les trônes des empereurs 
ou des consuls, ornés de têtes hideuses de lion, de léopard^ de 
reptiles quelconques, tenaient la foule en respect en donnant 
nne sorte de caractère redoutable à la magistrature et à la 
royauté. L'Inde, l'Egypte, les différents Etats de l'extrême* 
Orient ne cultivent guère encore que de tels symboles. C'é- 
tait Satan, sous tel nom convenu, qui agitait ses ailes éten- 
daes et dardait sa langue perfide au-dessus des casques des 
guerriers, comme^ à Vépoque franque et mérovingienne, il 
figurait avec d'horribles contorsions de ses traits grossiers 
sur des agrafes militaires ou sur des ornements d'architecture 
destinés sans doute à des antéfixes, tels qu'on les remarque 
dans les recherches de quelques archéologues*. Si on le voit 
frappant S. Apollinaire d'une massue, aussi bien que S. 60- 
niface, on lui rappelle sa défaite par S. Michel, qui l'envoie 
aux flammes préparées pour lui et ses satellites ; on l'étend 
humilié sous les pieds de S^ Marguerite; ailleurs sa tête 
est écrasée par le talon de la Femme bénie qu'il ne peut évi- 
ter; il est vaincu sur le Calvaire, lorsqu'il épuise en vain ses 

^ Voir Mél. d'archéolog,f ubi supra, t. iv, texte et planches de la page 
185 à 256. 
' * Voir BuUet. monum*^ xxii, 487 et suiv. 



f48 DÉMONOLOGIE. 

derniers efforts sur la croix où Jésus va sauver ceux qu'il 
attirera h. sa Rédemption. 

Ces images étaient donc fort CMcourageantes pour les 
fidèles, car s'ils devaient redouter les assauts de leiir ennemi 
mortel, ils pouvaient aussi ranimer leur énergie en voyant 
que la foi leur devenait une force de résistance. De son coté, 
et tout près de ces démonstrations salutaires, l'Eglise avait 
pour ainsi dire placé sa liturgie, arsenal habituel où se gar- 
daient contre lui les armes de la prière et des sacramentaux. 
L'ignorance des gens du monde, celle même des chrétiens 
dont Tinstructicn religieuse n'a été soignée qu'à demi, rit 
aujourd'hui au seul nom de possédés et d'exorcismes, vieilles 
redites, prétendent-ils, d'époquesoù l'esprit de l'homme accep- 
tait tout sans examen et se laissait tromper par des supersti- 
tions... On serait moins hardi peut-être à dételles négations, 
si l'on savait que les protestants, qui ont abandonné en tant 
de points la croyance quinze fois séculaire de leurs ancêtres, 
ont nié ce dogme comme tant d'autres, etqueBecker, l'un des 
plus entêtés parmi eux, a vu son livre du Monde enchanté, 
savamment réfuté par Stakouse, dans son Traité sur le sefis 
Huerai de l'Écriture sainte^ où il n'emploie contre le protes- 
tantisme que l'Ëcriture même, dont Luther et Calvin font 
l'unique règle de leur opposition. Mais la foi antique, pour 
être dégénérée dans ces docteurs-là, n'en vit pas moins dans 
les dogmes que rien n'a changés, et les arguments logiques 
ne peuvent rien perdre de leur primitive valeur. 

Dès le commencement de l'Église, les énergumènes, c'est- 
à-dire les possédés qui ne pouvaient être délivrés du démon 
que par les exorcismes, apparaissent en grand nombre, pro- 
portionnellement aux efforts que l'esprit de mensonge oppo- 
sait plus énergiquement à la diffusion des saintes vérités. 
L'exemple avait été donné de les chasser par Notre- Seigneur, 
qui expulsait le démon du corps des possédés, et donnait ce 



DÉMONOLOGIE. 149 

même pouvoir à ses Apôtres. A Philippes, à Eplièse, S. Paul 
en use, et les Pères des quatre premiers siècles, qu'on peut 
interroger contre les protestants, puisque ceux-ci i)réteu- 
(lent que l'Eglise conserva pendant tout ce temps la vérité 
inaltérée, ces Pères, disons-nous, sont unanimes à constater 
lies faits analogues contre lesquels on ne pourrait que les 
accuser de mensonge en dépit de mille témoins qu'ils attes- 
tent. I.e quatrième concile de Carthage, si célèbre par ses 
canons de discipline, ordonna, en 398, que les énergumènes 
balayeraient le pavé de l'église '. 

Ne serait-ce pas ces personnages infortunés, soumis aux 
convulsions que le démon ne .manquait pas de leur imposer 
(innmt les exorcismes, et souvent, dans les intervalles de ces 
cérémonies, que nos sculpteurs auraient reproduits, entre 
! antres motifs, par ces figures si diversement caractérisées de 
I nos têtes démoniaques? , Tant de grimaces, de contorsions, 
de formes hybrides, d'horribles regards jetés sur la foule qui 

> Voir, pour preuves de toutes ces assertions : S. Mathieu, xii^ 26, 43 ; 
S. Luc, vMi, 27 ; IX, 1 ; x, 17 ; S. Marc, xvi, 17 ; Jetés des Apôires, xvi, 
16; XIX, 12 et 15; S. PauUn, VU de S. Félix de Noie; Salpice Sévère, 
Dialogue ui, ch. 6 ; Concil. Carlhay, iv, dans Labbe, ad ann. 398, ii, 1207. 
Voici le texte : « Pavimento domorum Dei energumeui verrant. » (Cant. 91}. 
— Beaucoup de faits plus récents, dispersés dans tous les siècles de l'his. 
toire ecclésiastique^ ne permettent pas de douter de faits semblables, repa. 
reissant à toutes les époques et se multipliaut de nouveau au seizième siècle, 
quand le démon se sentait réveillé en quelque sorte par les menées du pro- 
testaDlisme. C'a été une des plus perfides séductions employées par l'ennemi 
^'iToir persuadé à nos contemporains^ au moyen des iniques dérisions de la 
philosophie, devenue enfin l'athéisme, que la magie, la sorcellerie et tout ce 
<iaieQ résulte ne sont que des visions d'esprits rétrécis. Reste à prouver en- 
core par ces grands génies comment les tribunaux, les témoins et les hommes 
U'8 plus doctes de leur temps furent tous et partout assez imbéciles pour dé- 
noncer, condamner et exécuter des coupables qui, presque toujours, se dé- 
nonçaient eux-mêmes ; et comment, par conséquent, Tliistoire n'eût été sur 
et point qu'un tissu d'erreurs absurdes et de mauvaise foi. Ne serait-ce pas 
^ quelque chose de plus difficile à croire que tous les miracles du monde et 



^ 



150 D£MONOLOGI£. 

fréquente le temple, et qui semblent autant d'insultes h sa 
piété) tant d'expressions enfin qui peuvent être celles de leur 
désespoir, en se voyant forcés aujourd'hui de soutenir les 
pierres du sanctiuiire, ne sont*ce pas là des symboles encore 
vivants de tant de scènes antérieures à leur reproduction la- 
pidaire, et qui se sont continuées ensuite par elle dans Tliis- 
toire du monde spirituel? Le théâtre lui-même, qui, à son 
origine, eut pour but de former les mœurs sur la doctrine 
chrétienne, n'avait eu garde, à la fin du Moyen-Age, derefu- 
ser à la scène un si grand élément d'intérêtet d'émotions. Les 
diables y avaient le rôle incessant d'une méchanceté qui finis- 
sait toujours, il est vrai, par se voir déçue sous la puissance 
de Dieu qui triomphait. Ils y apparaissaient en plus grand 
nombre que possible, sous une forme humaine modifiée des 
appendices que nous savons, l'air farouche et rébarbatif, 
tout empreints d'orgueil et de désordres, déshonorés d'avance 
par les noms hébreux qu'ils ont dans la Bible^ Lucifer, 
Satan, Astaroth, Belsébuth, Bélïal, et même de quelques 
autres, tirés de la mythologie ancienne, tels que Cerbère, 
Jupiter, Proserpine ; sans compter certaines idoles figurant 
au milieu de cet intéressant personnel pour établir une fois 
de plus que les adorations païennes se reportaient bien aux 

anges infernaux '. 

L'abbk Auber, 

,Cli.inoine (le IVglise de Poitiers, Historiographe da diocèse. 
{A suivre). 

les enchantements les plus merveilleux ? Ajoutons encore que les savants les 
])lus sérieux, comme Martin ilel Rio dans, son traité des Controverses et He- 
cherches magiques^ ont écrit, sur la théorie et les moyens de la démonologie, 
des livres où rien n'échappe à leur attention^ et où tout force de conclure 
à l'existence d'une science occulte qu'il faudrait au moins étudier un 
peu avant de la itdiculiscr. 

• Voir Mnnahs archéologiques^ Mystères des Apôtres, xiv, 15. 



j 



REPRÉSENTATION 



DES MYSTÈRES AU MOYEN-AGE. 



Autrefois les mystères étaient la représentation naïve des 
scèoes religieuses^ tirées ou de l'Ancien Testament ou de 
i'ÉyaDgile ^ ; quelques-uns se rattachaient aussi à Thistoire 
païenne *, conservant presque toujours cependant une corré- 
lation avec la Révélation ou le développement du catholicisme ; 
quelques-uns encore, mais beaucoup plus rares, appartenaient 
eutièrement à la mythologie ai^ique ' ; d'autres enfin étaient 
ires de romans presque contemporains ^. 

Celui que nous allons choisir comme exemple et comme type 
(lu genre est, non pas le plus ancien, mais le plus complet. 
Cependant, on retrouve des traces de sa représentation dès Tan 
1402, et il est évident que cetta représentation n'était pas la 
première. 11 remonterait donc probablement aux premiers temps 
des mystères : mais l'auteur primitif et inconnu, ayant choisi 
pour son œuvre un fait aussi populaire et aussi sympathique 
que la Passion, les poètes qui le suivirent s'emparèrent succes- 
sivement du sujet traité par lui, donnèrent de l'extension à son 
premier canevas, corrigèrent Içs expressions vieillies, jusqu'à ce 

* Tels sont ceux d« la Conception, de la Passion ^ de la Réstirreclion 
et Ascension, de la Sainle Hostie^ de /o&, etc. 

•Tels sont ceux à'Octavien et de la sibylle Tihnrtine^ de la Ven- 
geance y etc. 

' Tel est celui de la DeslrucUon de Troye. 

* Tel est enfin celui de Greselidis, marquise de Saluée. 



|5i REPEÉSENTATION DES MYSTÈRES AU MOYEN-AGE. 

qifeiiflu Jean Miclicl, son dernier arrangeur, et le jaeul dont ie 
nom nous soit resté, parut, aux yeux de ses successeurs, avoir 
porté ce poème à un tel degré de perfection que nul n'osa plus 
essayer de l'embellir. 

Tel qu'il nous est parvenu et orné de ce titre splendide : — 
Mystère de la sainte Passion de Notice-Seigneur Jésus-Christ, avec 
des additions et corrections faites par très-éloquent et scientifique 
docteur messire Jean Michel, lequel mystère fut joué à Angers moult 
triumphantement, et dernièrement à Paris, l'an 4507, — il est 
composé d'un prologue et se divise en quatre journées. 

Cetle division en journées indique la manière dont le mystère 
était offert au public ; trop long pour être ouï tout d'une haleine, 
il se représentait par parties. Nous allons donner l'analyse de ces 
journées, avec quelques citations, ne pouvant offrir ici l'œuvre 
entière, qui ne compte pas moins de vingt-cinq à trente mille 
vers. 

Mais avant de passer à cette analyse^ et afin que nos lecteurs 
puissent la suivre, non-seulement comme œuvre lue, mais 
encore comme œuvre représentée, essayons de leur donner une 
idée de la manière dont était Construit le théâtre, afin qu'ils 
comprennent comment les transpositions de scènes, en différentes 
localités, pouvaient s'opérer à chaque instant, sans cependant 
nécessiter des changements à vue. 

Le théâtre, comme nos théâtres modernes, était fermé sur le 
devant par une toile qui ne se levait pas, mais qui se tirait 
ainsi que les rideaux d'une alcôve. En accomplissant cette 
opération, elle laissait apercevoir au fond plusieurs échafauds 
superposés, à la manière de ceux dont on se sert pour la bâtisse 
d'un monument; le plus élevé représentait le paradis; celui 
de dessous, la terre; un autre, en descendant encore, les mai- 
sons d'Hérode et de Pilate, ou toute autre décoration nécessaire 
à l'ouvrage qu'on allait représenter; enfin, ay rez-de-chaussée, 
la maison des parents de Notre-Dame, son oratoire, et la crèche 
aux bœufs. Sur le devant, et du côté gauche du spectateur, des 
rideaux formaient une espèce de niche, où l'acteur ou Tactrice 
entrait, lorsque devait s'accomplir une scène que l'on ne voulait 
pas exjjoser à la vue des spectateurs, telle que celle de rincarna- 



R£PAÉS£?(TATION DES tfYSTÈEES AU MOYiSN-AGE. 453 

tion de Noire-Seigneur, de raccouehementde la Viergeou de la 
décollation de saint Jean-Baptiste, tandis qu'en face de cette 
niche, et à droite, Tenfer était figuré parla gueule d'un dragon, 
qui s'ouvrait et se fermait, chaque fois qu'un ou plusieurs diables 
avaient besoin de faire par elle leur entrée ou leur sortie. Enfin, 
derrière cette niclieet cette gueule, au lieu de coulisse de côté, 
s'élevaient des gradins sur lesquels les acteurs s'asseyaient 
aussitôt qu'ils avaient fini leur scène. Une fois assis, on les sup- 
posait absents, et dès-lors ils étaient censés ne voir et n'entendre 
rien de ce qui se passait, quoique restant constamment sous les 
yeux des spectateurs : l'habitude que l'on avait de les voir ainsi 
était cause que cela ne nuisait pas plu$ à l'illusion, que ne le 
faisaient Ice jeunes seigneurs de Louis XIV ou de Louis XV, 
assistant de la même manière à une pièce de Raciuç ou de Voltaire. 

Cette digression terminée, passons à l'analyse. 

Le mystère de la l^assion était précédé, comme nous l'avons 
dit, d'un prologue. Ce prologue est une paraphrase de ces 
mots : Le Verbe a été fait chair. 

La première journée commence à la prédication de saint Jean 
dans le désert ; à la suite de son sermon, les principaux des 
Juifs s'assemblent en conseil et disputent sur le sens des prophé- 
ties qui promettent le Messie. 

Jésus vient trouver Jean, accompagné de Notre-Dame et de 
l'ange Gabriel i car il veut recevoir le baptême de sa main : 
Jean, confus de celte humilité, se défend de cet honneur en 
vers assez remarquables ; les voici : 

Pas reqaérir ne me devez, 
. Car, mou cher Seigneur, vous savez 
Qu'il u'affiert pus à ma nature; 

Je suis créature 

Et pour facture 

Do simple stature ; 

Humble viatcur : 

Ce serait laidure 

Et chose trop dure, 

Laver en eau pure 

Mon haut Créateur. 

Tu es précepteur, 



i5i RErRËSENTATlON DES XTSTÈBBS AU HOYK!f*AGB. 

Jesuu tervîlear: 
Ta es te pastear. 
Ton ouaille sais ; 
Ta es le docteur, 
Je sais raoditeor ; 
Ta es ledocteor. 
Moi le consécQtear, 
Sans qui rien ne puis. 



Malgré cette résistance, qui ne manque, comme on le voit, ni 
de rliyihme ni d'idées, Jésus insiste et Jean obéit : durant la 
cérémonie du baptême, on exécute un concert d'instruments, et 
les anges chantent. * 

Jésus est à peine baptisé, que la gueule de l'enfer s'ouvre, et 
que deux diables, nommés Satan et Berith, viennent raconter 
à Lucifer qu'ils ont vu au Désert un homme nommé Jésus, et 
que cet homme leur a paru au-dessus de leur puissance. Lucifer 
appelle alors d'autres diables, donne l'ordre de châtier vigoureu- 
sement Satan et Berith, et les fait entraîner dans l'enfer : un 
instant après, des cris épouvantables annoncent que l'ordre du 
diable est exécuté à la lettre. Après cette correction, Lucifer 
les renvoie sur la terre, et leur ordonne de s'assurer si Jésus est 
Dieu, homme ou autre chose. 

Pilate vient alors ; il publie à son de trompe un édit, par lequel 
il est enjoint aux Juifs d'honorer les images de César, et de payer 
les impôts dus à la République romaine : les Juifs murmurent 
contre cet ordre, et Judas, qui jouait aux échecs avec le fils du 
roi de Scariot, lui cherche querelle, le tue, et se réfugie auprès 
de Pilate, qui en fait son intendant. 

Cette scène terminée, le Diable se transporte dans le désert, 
sous le déguisement d'un ermite, et tente Jésus : cette première 
tentative échouant, il prend successivement les costumes d'un 
docteur et d'un homme riche, mais tous ses efforts sont vains, et 
il n'en retire que confusion. 

Cependant, saint Jean poursuit sa mission : il vient chez 
Hérode, à qui il reproche son amour pour sa belle-sœur, qui, 
se trouvant présente à la &/i:ènc, se formalise des reproches du 



llËPaÊSENTATlON DES MYSTÈRES AU MOYEN-AGË. 1.55 

Saint, et ne pouvant supporter la honte dont il Taccable, s'écrie 
en implorant la vengeance d'Hérode : 

Ha Dea !... ce méchadt papelard 
NouB rompra si loeshin la tête. 
Monseigneur, vous êtes bien bête 
De tant ouïr, etc. 

Ces reproches déterminent Hérode à envoyer saint Jean en 
prison : des gardes arrivent et l'entraînent. 

Cependant l'intrigue naît avec l'apparence d'une double 
action : Pilate et Judas vont se promené;* dans le jardin de Ruben 
et Ciborée ; Judas ignore qu'il est dans les propriétés de son père 
et de sa mère ; ceux-ci, de leur côté, croient que leur ûls a été 
noyé dans son enfance. 

Comme les fruits de ce jardin sont très«beaux, Pilate ordonne 
à Judas d'en cueillir quelques-uns; Judas obéit; alors, entre 
Ruben, qui vient en réclamer le prix ; Judas, loin de payer, 
brise les branches des arbres ; une querelle s'engage entre eux ; 
Judas tue Ruben. 

Ciborée accourt alors et demande justice à Pilate de la mort 
de son mari ; mais Pilate, qui sent que c'est à son instigation 
première que Judas a accompli un meurtre, veut le sauver, et, 
pour y parvenir, il propose à Ciborée d'épouser l'assassin de son 
mari ; celle-ci accepte ; l'affaire s'arrange, et, séance tenante, le 
mariage se fait. 11 y a cependant, au fond de ces scènes burles- 
ques, une pensée profonde ; l'auteur a cru devoir préparer le 
déicide par le parricide et l'inceste. 

Bientôt la Jocaste juive reconnaît son flls dans son époux, et 
s'abandonne au plus affreux désespoir. Judas lui-même est effrayé 
de son double crime et va se jeter aux pieds de Jésus, qu'il trouve 
à table chez saint Matthieu : les dix apôtres, choisis parmi les 
plus humbles et les plus pauvres pécheurs, sont autour de lui; 
Jésus pardonne à Judas et le reçoit au nombre des siens ; les 
deux intrigues se réunissent et n'en forment plus qu'une. 

La fin de cette journée est consacrée à la reproduction du 
miracle de Tcau changée en vin, à la scène des vendeurs chassés 
du Temple, à la conversion de Nicodème, à la résurrection de 



156» REPRÉSENTATION DES MYSTÈRES AU MOYEN-AGE. 

Tabile, fille de Jayrus, et au départ des Apôlres, qui se mettent 
en route, un bâton à la main, pour prêcher la religion nouvelle. 

Une fête chez Hérode succède à ce tableau : on y fait une 
course dont Florence obtient le prix ; elle demande pour récom- 
pense que la tête de saint Jean tombe et soit remise à Hérodias, 
que ce saint a insultée. La df:collation de saint Jean a lieu dans 
Tenceinte que nous avons indiquée. L'esprit du martyr descend 
aux Limbes, tandis que ses disciples ensevelissent son corps en 
chantant. 

Cette seconde journée commence par l'exorcisation du démon 
Astarotb, qui s'était introduit dans le corps de la fille de Cbanaé 
La dépossédée rond grâce au Messie, et Astaroth chassé redes- 
cend aux enfers, où il est sévèrement puni d'avoir quitté son 
poste. 

Madeleine parait, se met à sa toilette, et expose au [lublic, 
dans des vers où elle ne se flatte point, la conduite un peu scanda- 
leuse qu'elle mène. La guérison du paralytique et du lépreux, la 
transfiguration de Notre-Seigneur sur le mont Thabor, l'assem- 
blée des Juifsetleursopinions sur les miracles de Jésus, l'arrivée 
de la Madeleine, la multiplication des pains et des poissons, le 

• 

sermon de Jésus, l'emprisonnement des deux larrons, la conspi- 
ration des Juifs contre le fils de Dieu, le jugement de la femme 
adultère, le repas chez Simon Itî lépreux, le repentir de la 
Madeleine, le miracle deTaveugle-né, la résurrection de Lazare, 
la guérison du sourd et muet possédé du diable, un second repas 
dans la maison de Simon, à la fin duquel la Madeleine vient 
répandre sur les pieds de Jésus des parfums qu'elle essuie avec 
ses longs cheveux ; les murmures de Judas, qui se plaint qu'on 
n'ait pas vendu ces parfums à son profit ; enfin les préparatifs de 
Jésus, qui monte sur son ânesse pour faire son entrée à Jérusa- 
lem, suivent immédiatement et dans l'ordre que nous indiquons 
ce premier tableau, et tous les événements à l'aide desquels le 
[)oète mène à fin sa seconde journée. 

La troisième journée connnence a l'entrée de Jésus dans Jéru- 
salem : aussitôt arrivé dans la ville, il se rend au Temple ; ses 
prédications niccontenteitt au plus haut degré les Pharisiens. 
Mario prévoit les dangers aux«|uels Jésus s'oxposo, et veut vaine- 



REPRÉSENTATION DES MYSTÈRES AU MOYEN AGE. -157 

ment lui faire partager ses craintes ; Jésus est résolu de s'exposer 
à la mort pour accomplir sa mission. L'enfer vient alors en aide 
aux Juifs. Satan, que Lucifer a fait vigoureusement punir de 
n'avoir pu faire tomber Jésus dans le péché, est renvoyé sur la 
terre, afin qu'il essaye de nouvelles tentations ; plus rusé cette 
fois que la première, il s'adresse à Judas qui succombe et qui 
vend son maître trente deniers. Le marché fait, le traître infâme 
vient rejoindre les autres disciples, trouve saint Pierre et saint 
Jean préparant le festin ; bientôt Jésus arrive et fait la Cène avec 
les apôtres; à peine Jésus a-t-il offert le pain rompu à ses 
apôtres, et Judas en a-t-il pris sa part, qu'un démon entre et luj 
saute sur les épaules, sans être vu des autres convives. Judas, 
possédé, se lève et court avertir les Juifs, auxquels il doit livrer 
son maître. La Cène finie, Jésus se met en prières, les apôtres 
s'endorment, les soldats s'avancent. Judas, qui les conduit, 
•embrasse Jésus : les soldats reconnaissent le Sauveur au baiser 
du traître et se précipitent sur lui. Saint Pierre veut le défendre 
«t abat Foreille à Malchus, que Jésus guérit aussitôt ; alors les 
apôtres fuient, on mène Jésus chez Anne le pontife. Anne l'in- 
terroge et le renvoie à Caïphe. Saint Pierre renie son maître, le 
coq chante et la troisième journée finit au moment où Jésus, 
livré aux insultes des soldats, est conduit chez Pilate. 

La quatrième journée représente la suite historique de la 
Passion. Judas se repent et rend aux Juifs l'argent qu'il a reçu 
d'eux. Cependant, Pilate fait conduire Jésus au Prétoire ; à peine 
le Juste paraît-il, que les lances des soldats s'abaissent devant 
lui ; alors son interrogatoire commence, et tous ceux qui ont été 
guéris par le Sauveur viennent témoigner pour lui. Pilate lui- 
même fait tout ce qu'il peut pour le sauver ; mais les Juifs 
exigent que Jésus soit renvoyé chez Hérode.En le voyant paraître. 
Judas, déchiré de remords, invoque l'enfer, et Désespérance, 
qui lui apparaît, lui fait d'horribles menaces :I1 faut, lui dit-elle, 



Il faut que tu passes le pas, 
Voici dagues, voici couteaux, 
Forcettes, poinçons, allumettes; 
Avise, choisis les plus belles. 



158 REPRÉSCNTATlOiN DES .MYSTÈRES AU MOYEN-AGE. 

Et celles de meilleure forge, 
Pour te couper à cop la gorge : 
Ou si tu aimes mieux te pendre. 
Voici lacs et cordes à vendre. 

Judas ne se le fait pas dire deux fois, prend un lacet et se 
pend : Désespérance remplit près de lui Tofflce de bourreau, et, 
avec l'aide des autres diables, elle l'emporte aux enfers où Dante 
nous le montre avec Brutus entre les dents de Satan, qui mâche 
éternellement dans ses deux gueules les deux plus grands cou- 
pables du monde religieux, — le Régicide et le Déicide. 

Jésus cependant est renvoyé d'Hérode à Pilate : celui-ci le fait 
tourmenter, espérant que les tortures de l'homme juste satisfe- 
ront la vengeance des Juifs , et qu'ils n'exigeront plus sa mort 
quand ils l'auront vu tellement souffrir que la mort lui devien- 
drait un bienfait. C'est dans cette intention qu'il le montre san- 
glant et défiguré à ses ennemis, en disant ces paroles sacramen- 
telles : Ecce Homo. 

Tous ces supplices n'apaisent point la colère des Juifs: ils 
demandent à grands cris la mort de Jésus, et Pilate leur ordonne 
d'aller attendre son jugement ; les patriarches, qui prévoient la 
mort du Sauveur et la descente du Messie, se réjouissent dans 
les Limbes. L'enfer entend leurs cris de joie, frémit à l'idée que 
le dernier soupir du Christ brisera ses portes, et Satan, qui 
vient de réussir auprès de Judas, est envoyé de nouveau^ 
mais cette fois pour inspirer à la femme de Pilate le dessein 
d'empêcher ce grand événement. C'est l'instant de son sommeil 
que Satan choisit pour accomplir sa mission : un songe qu'il 
lui envoie la tourmente ; elle se réveille toute troublée, et elle 
conseille à son mari de ne pas prononcer la condamnation de 
Jésus; mais les Juifs, qui depuis longtemps soupçonnent Pilate 
de vouloir le sauver, redoublent leurs cris : Pilate se lave les 
mains, déclarant qu'il est innocent ()u jugement qu'on le force 
de rendre ; alors les Juifs en prennent sur eux la responsabilité 
et s'écrient: 

Tout son sang s'écoule et rcdonde 
Sur nous et sur tous nos enfants^ 



nEPRÉSERTATlON DES MYSTÈRES AU MOYE?(-AÛB 150 

Tant que nous serons en ce monde, 
Et fût-ce jusqu'à dix mille ans, 
Nous en serons participants, 
S*il faut que sa mort nous confonde. 

Alors Pilate condamne le Juste, et ordonne en même temps le 
supplice des deux larrons. Jésus porte sa croix, arrive au Calvaire, 
où toutes les circonstances qui précèdent sa mort sont rappelées ; 
enfin, il est crucifié, et le soir descendu de la croix et enseveli ; 
puis la pièce se termine par un court épilogue. 

La première journée emploie 87 acteurs ; 

La seconde, i 00. 

La troisième, 80 ; 

Enfin, la quatrième, i05 ; 

En tout, 372 acteurs, ce qui rend plus que probable la suppo- 
sition que plusieurs rôles étaient remplis par le même per- 
sonnage. 



L'ÉGLISE SAINT-LOUP 



PRÈS DE SABLÉ. 



11 y a quelques semaines, par suite d'une résolution prise par 
la fabrique de la paroisse de Saint-Loup-du-Dorat, des maçons, 
occupés à démolir des stalles sans valeur qui, de chaque côté de 
l'entrée du chœur, décoraient les deux petits autels de ce modeste 
sanctuaire, ont découvert deux anciens bas-reliefs encastrés dans 
le mur primitif. Tout indique que ces représentations avaient été 
placées là pour la décoration de deux autels dont on ne peut 
aujourd'hui que déplorer la ruine. 

Ces bas-reliefs sont en pierre blanche ; ils révèlent le ciseau 
d'un artiste non sans mérite. Probablement la peinture fut appe- 
lée à perfectionner cet ouvrage; aujourd'hui on ne la distingue 
plus guère, si ce n'est sur les chairs des personnages; la gran- 
deur de ces derniers est environ d'un tiers moins que nature. 

A gauche, du côté de l'évangile, le sculpteur a représenté la 
naissance de Notre-Seigneur. Sur le premier plan se trouvent : 
Jésus-enfant, Marie et saint Joseph, plus le bœuf et l'âne tradi- 
tionnels. Près d'eux, et comme regardant par-dessus une sorte de 
clôture, se tiennent les bergers; tout à fait dans le lointain, la 
campagne, avec une masure, au-dessus de laquelle brille l'étoile 
conductrice des rois Hages. Du milieu des nuages apparaît la 
figure du Père Éternel qui, par sa seule présence/ proclame la 
divinité de cet enfant, si humilié dans ses langes et couché dans 
une crèche. 



L*É6USR SAI2fT-U>IIP PRis DK SABLÉ. i6i 

De l'autre côté, la scène sculptée représente, tout à son sommet 
et distinct de Tensemble, Timage de saint Sébasiien, ce soldat 
martyr dont 1^ culte, parmi nous, a toujours été si populaire, 
principalement aux temps de pestes et de calamités. 

Le sujet principal retrace ce qu'on peut appeler la Conception 
de la Très-sainte Vierge Marie. En voici le détail: sur le premier 
plan existe une porte de ville, flanquée de deux tours crénelées. 
Tout près de là, un homme et une femme, déjà avancés en &ge^ 
mais dont l'opulence se remarque aux riches vêtements qui les 
rouyrent, semblent heureux de se rencontrer et s'embrassent 
tendrement. Le lointain nous représente le même vieillard cou- 
ché au milieu d'une riche campagne, dans Inquelle des pasteurs 
font pattre leurs nombreux troupeaux. Un ange, descendu vers 
lui, paraît occupé à lui transmettre un céleste message'. 

Si maintenant, pour vérifier notre affirmation, l'archéologue 
Teul étudier le thème qu'a voulu retracer sur ces pierres le ciseau 
de l'artiste, il n'a qu'à ouvrir les Bollandistes, au XXVI* jour 
de juillet, en la fête de sainte Anne, page 235; il y pourra lire 
qu'un certain auteur, nommé Eckius, dont lei homélies lurent 
imprimées à Paris en 1579, rapporte : • Que mainte Anne naquit 
i Bethléem, de Staton et de Emérentienne sa femme; qu'ayant 
épousé à Nazareth le vertueux Joachim, ils vécurent là dans l'état 
du mariage selon la volonté de Dieu. Leur coutume éiait, chaque 
année, de faire trois parts de leur revenu : Tune pour le temple 
et les frèires; Tautre pour les pauvres et les voyageur?:; enfin la 
dernière pour eux et leurs gens. Quoiqu'ils eussent fait vœu de 
consacrer au service du Seigneur leur premier-né, ils vécurent 
ensemble durant vingt ans sans avoir d'enfant^. Or, il arriva, 
qu'au jour de la Dédicace, Joachim, selon l'usage, se présenta 
|)Our faire s'on offrande, mais le prêtre Isachar le repoussa, parce 
qu'il n'avait point d'enfants. Joachim humilié se retira à la cam- 

(1) Uo grand nombre de miniatures des anciens manuscrits représentent 
ainn, principalement dans le Missel si remarquable conserTé à la bibliothèque 
dn Mans, la Conception de la très-sainte Vierge. 



\éi ' L'&LISE SÂlNT-LOUP PRÈS DE SÀBLÊ. 

pagne au milieu de ses bergers ; mais quelques jours après, ud 
ange lui apparut, et le consola par ces paroles :a Dieu a eu (tour 
agréable tes prières et ion offrande ; voiii que ta fetnme ¥a mettre 
au monde une flUe, que tu nommeras Marie, elle sera à Dieu, ef 
dès le sein de sa mère elle seva prévenue de t >utes les grâces de 
rEsprit-Sainl. » Pour témoigner de si véracité, Tange ajouta : 
« Et voici qu'en rentrant à Jérusalem, tu vas trouver ta femme 
tout près de /a por/e />ore«. » Ainsi qu'il lui avait été annoncé, 
Joachim rencontra Anne, et tous les deux se racontèrent joyeuse- 
ment les paroles que Fange avait dites, s 
Ce texte du XVI* siècle n'est-il pas à lui seul la description la 

» 

plus complète du bas-relief qui nous occupe ? 

Si maintenant nous recherchons qui a pu exécuter ces décora- 
tions dans l'église de Saint-Loup, le défaut de renseignements 
précis nous obligera à recourir à quelques conjecture-. Le voisi- 
nage de la riche abbaye de BoUe-Brancbe, comme aussi Fexis- 
tence,non loin de là, des splendides statues de Solesmes, auront 
pn, non-seulefnent propager dans la contrée le goût des belles 
sculptures, mais encore en rendre possible l'exécution dans quel- 
que^ sanctuaires. Il convient de remarquer qu'àla fin du XVI«siè- 
cle, plusieurs artistes plus ou moins habilts, tousv-niis d'ilalie, 
cherchaient dans nos vieilles abbayes et dans leurs prieurés une 
hospitalité, qu'ils étaient heureux de [tajer à l'aide' de leurs 
ciseaux. 

Les bas-reliefs de l'église de Saint-Loup ne sont pas datés. Leur 
ensemble indiquerait qu'il ne fkut pas chercher leur origine aviint 
la fin du XVI'' siècle. Et en effet, s'ils avait^nt existé avant cotte 
époque, comment au i aient-ils pu échappi^r aux affreux actes de 
vandalisme qui furent alors commis presque de toutes larts, 
dans hôs égliseç rurales ? 

La Satyre Ménippée nous représente l'église d'Arquenay toute 
ruinée par les Ligueurs, en l'année i889 : noM BdVotrsé'yulte 
pgriqiie d'a£Erei*x ravagea firent exâreéB v«r9 fEM itàiid tt \'ûj^ 
de Chemiré-le-Koy. On prllait et Ott frrcrefidfr il l'égt^se d.- S.nui- 



L'teLISE SAIMT-LOUP PR^S DE SABLÉ. i63 

Denys-du-Mnint", (k., etc. Après ces années Ce désolation géné« 
nie, il ist probable que de no'nbreux triyaux furent exécutés en 
plusieurs lie nos églises de campagne; pourquoi le prieuré de 
Saint-Loup n'auraiUii {as sni%i ce mouvement de rénoTaMoo? 
Le souvenir de ces bàS-reliefs s*^it, pàrah-it, cofnsèrvé dans 
le» traditions de la paroisse; mais, j'ignore à quelle é^^oque 
raiLOur du neuf aura fait mépriser ce que nos pères avaient 
admiré; un réiabled effet fui élevé -d^^vani ces sculptures. Toute- 
fois il nous devient plus facile de pardonner à cette passion du 
neuf son outrecuidance, puisque c'est grâce à ellts que noug 
devons la découverte des deux petits monuments qui font le 
snjet de cpt articir. a. d. g. 



L'HORTICULTURE AU MOYEN-AGE 



Quand on remonte à Tépoque du moyeu-âge, ou assiste au ma- 
gnifique spectacle du développement successif, sous les formes 
les plus diverses^ des créations du génie de riiouune. Dans les 
arts et dans Tarchitecture, on voit s^élever des réputations que 
les siècles suivants doivent solennellement sanctionner ; à celle 
époque^ la sculpture vient compléter tous les arts, par ses ou- 
vrages en pierre, en marbre^ en bronze, en bois, en ivoire ; 
la peinture, commençant par la mosaïque et les émaux, con- 
court à la décoration des édifices par les vitraux et par les 
fresques, enlumine les manuscrits et marche vers sa plus grande 
perfection, avecles Giotto, les Raphaël, les flemling et les Albert 
Durer. Puis, après des études sérieuses sur la gravure^ elle 
évoque tout à coup l'imprimerie, cette sublime invention des- 
tinée à changer la face du monde. 

Mais en même temps que s'accomplissaient toutes ces mer- 
veilles, les hommes de génie comprirent qu'une seule chose 
pouvait compléter le mérité de leurs créations, c'était de les en- 
fermer dans le magnifique tableau que fournit la nature j ce fut 
ainsi que prit naissance, dans le siècle où tout était en progrès, 
l'art des jardins, et que bientôt on put dire que dans une rési- 

(1) Nous sommes heureux de pouvoir reproduire l'intéressant discours 
que M. le comte t\e Gomer a prononcé dans la séance publique tenue à 
Amiens par la Société d'Horticulture de Picardie. 



L'HO&TIGIILTURÇ A.V MOTÉN-AGE. 165 

dence bien entendue, la magniGceace des jardins devait être en 
proportion de celles des édifices. 

Dans une autre circonstance, j'ai succinctement énuméré toutes 
les améliorations qui se sont successivement produites chez tous 
les peuples^ pour rembeliissement des jardins ; aujourd'hui, më 
renfermant dans un cercle plus sérieux et plus utile peut-être, 
j'entreprends de raconter ce qu'était l'horticulture alimentaire au 
Moyen-Age et déjà dans les siècles précédents. 

La tâche que je me suis imposée pourra paraître bien modeste, 
pour être traitée devant une nombreuse assemblée ; mais tous, 
pcut-être,ne partageront pas cet avis et se rappelleront l'histoire de 
l'empereur Dioctétien qui, descendu du trône le plus puissant 
qui fut jamîû's et réfugié dans une humble retraite, repoussait 
avec effroi ceux qui venaient le supplier de reprendre la pourpre, 
f Ab I s'écriait-il, si vous voyiez les belles laitues que je cultive 
dans mon jardin, vous ne me parleriez plus du pouvoir su- 
prême ! » 

Ed commençant l'étude des cultures qui étaient déjà admises 
dans la pratique aux époques les plus reculées, il ne sera pas 
inutile, peut*être, de consigner ici quelques réflexions qui sont 
de nature à restituer à l'horticulture la place qu'elle mérite dans 
la question si importante de l'alimentation publique. 

Pour obtenir ce résultat, j'appellerai Thistoire à mon aide, et 
je chercherai quel était, à Tépoque du Moyen*Age» le rôle de 
l'horticulture ; ces études me conduiront en même temps à 
toucher, en quelques mots, l'état de l'agriculture à ses débuts. 

Eu m' éloignant ainsi des temps modernes, j'aurai plus de 
chances d'établir la vérité et de répondre à certaines objectiods 
des agriculteurs qui seraient tentés de représente^ l'horticulturet 
coaiuie une science de fantaisie, et de traiter ceux qui s'en occu« 
pent aujourd'hui, aussi légèrement que s'il s'agissait de choses 
lutiles et à peu près inutiles. En effet, il semble souvent, à en* 
tendre certains agriculteurs qui ne prennent pas suflteamment au 
sérieux les travaux qui ne rentrent pas spécialement dans leur 
sphère, que, dans notre siècle principalement i on ne s'attache à 



riloriHUi^AUPe »que ipoiàr^sftciifier i la iuode et aè'O o a faimor à r«ii<» 
gouement général qui s'est déclaré ,pour la cuilure dos flâaos est 
d^s plantes .QrneD)entalê&. 

lia ^uBStioii est plus haute etpfais €oixiplexe« et Ttéttide des 
temps «pcieos nous iait voir que iccsque l'ugricultaFe était 
eooareà l'état d'enlsincet dé}i rhorticukiire était en bonneor et 
avait réalisé* pour ses l^ginnes et ses f ruits» des progrès incM«- 
testables. Ce sont là assurément deux catégories de produite ^qni 
tienneot uoe large place dans les ei^pérlences horticoles» et, diLDs 
aucun tempSt 4I n'a été perjoais 4e les laisser de o<^ soua peine 
de «se i^iver des ressources les plus utiles et même les plusindis^ 
peia^ahles il l'alioaeatatioo. 

JLes Gauloifii, qui habitaient .principakmânt des forêts épaisses 
et profondes, Qe nourrissaient d'herbes et de fruits! et soUtoat de 
f;lands ; on est même por^ à croire que le re^peût religieux ^ue 
ce peuple avait pour le chône, n'eut pas d'autre onigine* Cette 
nourriture primitive resta fort longtemps en usage» puisqu'au 
Xlll*;siècle» nous trouvons dans l'histoire qu'il y a disette,^, dans 
uuea^ée défavorable», le gland et la farine viennent à manquer^ 
£n iUÔ, sous le règne de François I'%Ilené du Bellay, évèque 
du Mans, vient encore exposer au roi que, dans une année de 
pénurie, beaucou|> de ses diocésains en étaient tristement réduits 
,à vivre de pain de glands. Le hlé noir ou sarrasin ne fut introduit 
en Europe qu'à Tépoque oà les Maures firent la conquête de 
rEspagne^ il se naturalisa promptement dans le Nord et surtoat 
dans les Flandres où sa culture facile et son rendement presque 
certain contribtuèreut puissamment à épargner beaucou^p de seul- 

r 

frances à des populations «^ns cesse menacées de famine par la 
rareté des autres céréales. Ce ne fut que plus tard que i'on fit 
entrer dans la consommation le maSa et le riz <; mais ces deux 
céréales restèrent plus spécialemei^ affectées, l'une à l'engrais- 
sement de la volaille^ l'autre à la fabrication de quelques g&teaux. 
Cependant, l'horticulture n'était pas restée iuactive, déji elle 
avait compris que, non content de trouver dans ce qu'il maoge 
le soutien de sa vi^ l'homme devait chercher À découvrir et k 



l'horticulture au motsn-a&s. 1Q7 

cultiver des {)roduits dont la saveur vint flatter son goût ; cela 
est devenue une science très compliquée, très étendue et qui, chez 
les nations civilisées» s'est placée parmi les plus importantes. 
C'est ainsi que, de tout temps^ les indigènes de çha(][ue contrée 
ont combattu la natu,re du sol qu'ils habitaien;;, ei;i le forçant 
pour ainsi dire, à leur fournir des produits qu'il semblait devoir 
leur refuser pour toujours. Sans sortir îjie la France^ si j^s 
examinons rhoriiculture telle qu'elle était pratiquée du temps de 
Charlema^ne, nous trouvons dans ses Capitulaires l'énumération 
(ies plantes utiles que l'empereur voulait voir cultiver dans ses 
domaines ; dè3 cette époque, la plupart de nos végéts^^x potagexs 
entraient dans la consommation, car nous y voyons figurejr, 
entre autres, le fenouil, le cerfeuil, l'ail, le persil, les échajptfes, 
les oignons, le cresson alénois, l'endive et la laitue, la betterave» 
les choux, porreaux, carottes, cardons ; enfin les haricots., les 
grosses fèyes, les pois chicbes d'italiç et les lenxilles. 

Au Xin* siècle, op désignait sous le nomjgénériaue d'aigrun, 
les plantes pota^ère9t p^roii lesquelles on comprit plqs tard les 
oranges, les citrons ei autrç^ fruits acides. Saint I^ouis ajoute 
même à cette catégorie les fruits à écorce dqre, comme les noix, 
les noisettes et les châtaignes. Et qi^and la comoiunauté des 
fruitiers de Paris reçut des statuts en 1608, ils étsuent encore dé- 
signés sous le nom de marchands de fruits et d'aigrun. 

Dès le XIIP siècle, on cultivait les melons que l'on nommai^ 
pompons. Les Languedociens alors étaient ^euls cités cpmme 
sachant produire les excellents sucrins, ainsi nommés, disent 
Charles Etienne et Liébaut, dans la Maison rustique ^ parce que 
les jardiniers les ÇLrrosaient avec de Teau sucrée ou miellée. 

Pour les choux, le premier rang appartenait au'fameux chou de 
Senlis, dont les feuilles, quand on les déployait, exhalaient une 
odeur plus agréable que le musc et l'ambre, dit un vieil auteur, 
et dont l'espèce s''est évidemment perdue, lorsque les herbes 
aromatiques qui étaient très-employées dans la cuisine de nos 
dieux tom1)èrent en discrédit et furent mises tout à fait à l'écart. 
Us herbes qui jouissaient plus paiticulièrement du privilège de 



468 l'horticulture âv moten âge. 

coromuoiquer aux sauces et aux rôiis leur excitaut fumet, étaient 
la marjolaine, le carvi, le basilic, la coriandre, la lavande et le 
romarin. 

Les concombres^ les lentilles étaient employés, mais infiniment 
moins recherchés que les petites fèves fraîches, qui entraient 
dans les repas les plus délicats, ainsi que les pois qui, au 
XVI* siècle, passaient en quelque sorte pour un mets royal. Le 
navet et les laitues étaient fort cultivés ; parmi ces dernières, 
on distinguait la romaine, qui devait son nom à cette circon- 
stance que la graine en avait été envoyée de Rome par Maître 
François Rabelais, lorsqu'il était en Italie avec le cardinal du 
Bellay, en 1537. 

L'Europe occidentale était originairement très-pauvre en 
fruits. Elle ne s'est enrichie en ce genre que par des acquisitioD& 
et des adoptions qui, pour la plupart, furent des emprunts faits 
k l'Asie par les Romains. On doit Tabricot à l'Arménie, la pis- 
tache et la prune à la Syrie, la pèche et la noix à la Perse, la 
cerise à Cerasonte, le citron à la Médie, l'aveline au Pont, la 
châtaigne à Gastance, ville de la Magnésie; c'est encore l'Asie 
qui nous a donné Tamande ; mais le grenadier viendrait selon 
les uns d'Afrique, selon les autres de Chypre ; le cognassier de 
Cydon, ville de Crète ; enfin l'olivier, le figuier, le poirier et le 
pommier furent apportés de la Grèce. 

Cette nomenclature, indiquant la provenance des divers fruits, 
est d'autant plus intéressante qu'elle fournit pour quelques-uns 
les motifj de la dénomination qui leur a été appliquée. Nous 
apprenons encore, par les Capitulaires de Charlemagne, que ces 
fruits étaient presque tous cultivés dans les jardins de ce mo- 
narque, et que plusieurs d'entre eux comptaient déjà certaines 
espèces ou variétés produites par la culture. Toutefois, parmi 
les prunes, ne figurait pas la célèbre Reine Claude qui doit son 
non) à la fille de Louis XII, première femme de François I*'; 
parmi les poires, le Bon* Chrétien fut apporté par S. François 
de Paule à Louis XL 

Le coing, dont la culture fut si générale au Moyen-Age, passait 



l'HORTICUITCHB au MOTElf-AOE. 169 

poor le plus utile des fraits : non-seulen)ent il faisait la base des 
fameases confiiares sèches d* Orléans, dites Gotignac,aiais encore 
il servait à l'assaisonnement des viandes ; les coings de Portu- 
gal étaient les plus estimés. Toutefois le Cotignac d'Orléans 
avait une telle renominée, qu'aux entrées des rois, reines et prin- 
ces dans les bonnes villes de France, on ne manquait jamais de 
leur en présenter des boites. Enfin, ce fut la première offrande 
des Orléanais à Jeanne d*Arc« lorsqu'elle amena des troupes de 
renfort dans Orléans assiégé par les Anglais. 

Au XIII* siècle, on criait dans Paris les châtaignes^ de Lom- 
bardie ; mais, dès le XV^ siècle, la renominée des marrons du 
Lyonnais et de l'Auvergne était déjà parfaitement établie. 

A Paris qui, daift tous les siècles, s'est montré la ville du pro- 
grès, les jardins fruitiers étaient particulièrement en honneur, et 
nous retrouvons encore aujourd'hui la rue de la Cerisaie qui 
rappelle la plantation faite par le roi Charles ; plus loin la rue 
Beautreillis qui doit son nom à la treille du célèbre hôtel Saint- 
Paul. 

Les Poitugais, de leur côté, revendiquent l'honneur d'avoir 
importé Forange de la Chine. Cependant, il est fait mention dans 
nn compte de la maison d'Humbert, dauphin du Viennois, en 
1333, d'un homme payé pour transplanter des orangers. Cette 
époque est bien antérieure aux voyages des Portugais dans les 
Iodes. 

Les compagnons de Brennus avaient acclimaté et propagé la 
vigne dans les Gaules, 500 ans avant l'ère chrétienne; elle n'a 
jamais cessé de donner d'excellents produits et de constituer une 
des richesses naturelles du pays. 

Le cadre» dans lequel je dois me renfermer, ne me laisse pas 
la latitude de parler des jardins d'Italie avec les développe- 
ments qu'ils méritent. Je me contenterai de relater que ces jardins 
artistiques atteignirent^ à l'époque de la Renaissance, un degré 
de perfection auquel le temps ne devait presque rien ajouter. 

J'espère que vous me pardonnerez. Messieurs, d'avoir fatigué 
îotre attenliou par les détails historiques sur l'iniroduction et la 



«i^O L'OORTICULTURi; AU MOTHI-AGE. 

culture des légufoes et des fruits» telles que la pratiquaient nos 
^'eux. J*ai pensé que cela présentait un iqtérftt véritable et rér 
pcaidait péremptoirement h ceux qui n'accordent pas ii Thorti- 
imUujve lliOfportançe qu'elle mérite à Xw$ les points de vue s il 
est bien remarquatxlet en effet, que dans les temps les plus re- 
culés on se soit sérieusement occupé de la culture des légumes 
et des fruits. 

Je n'ai pas besoin d'ajouter qne^ dans ce travaiU j^ Q*^ 
d'autre mérite que Ja patience d'avoir fait quelques recherches 
el d'avoir réuni les faits qui (pouvaient offrir un Inténéi réel à 
ceux qui étudient avec soin les <}uealîons horticoles. Je n'ai 
qu'un but, celui d'en^eouragar les progrès de Thorticulture, qui 
doit non-seulement flatter nos yeux par la vue de nos ^rdins 
énmillés des fleurs les plus variées et .plautés de végétaux aux 
splendides feuillages^ mais aussi tenir un rang très- inxportant 
dans la question de l'alimentation publique^ .par la variété et 
l'excellence de ses produits. 

En terminant cette étude sur les jardins utiles, il me sera 
permis, peut-être, de considérer un instant l'horticulture à un 
j)oint de vue |)lus général, et d'établir .G[n'eu perfectiouuant, ea 
embellissant encore ce que la nature elle-même avait fait de plus 
i)eau, l'art horticole a réalisé la plus heureuse des .conceptionii^ 
en même temjps «qu'il a aj)pQrté son concours h riœuvre de la 
civilisation. 

L'immense n^ajorité des Parisiens canuatt à j)eine les monu- 
ments et les musées de Paris ; il n'en ni^ pas un ^qui n^affectionne 
son jardin. Chacun appelle ainsi celui ^ui est le plus prés de sa 
demeure. 

A Paris conune à Londres, dès qu'un rayon de soleil illunûne 
la viUe, les parcs et les «quares se remplissent d'une foule 
joyeuse^ enchantée de profiter de la verdure et des fleurs que 
l'édilité intelUgente a mises à sa portée. Il semble que si Paris 
n'av^ait plus de Champs-Elysées, son Luxembourg, son Jardin 
des Planteat ses squares , il deviendrait un séjour insupjior- 
table. 



L'HOItTlGULTURE AU MOTKN-AOE. 171 

Les jardins sont le luxe par excellence, le luxe universel» le 
inxe du pauvre et celui du ricbe, des simples citoyens et des 
potentats, des individus et des nations; ils sont encore bien plus 
le luxe des villes que celui des campagnes, et des peuples civi- 
lisés que des peuples^primitifs ; point de jardins chez les nations 
qui sont plongées dans l'ignorance et la barbarie. 

Je ttsiis qiielt|iie fiart que le nombre, l'étendue, l'arrange- 
tnent, la culture des jardins privés et des jardins publics, don- 
nent la mesure exacte du degré de prospérité d'un État, de la 
sagesse de ses institutions, de l'aisance et de la moralité des 
citoyens, de leur goût, de leurs lumières et du degré de faveur 
qu ils accordeat aux sciences, aux lettres et aux arts. En effet, 
01 peut montrer 'partout Tart des jardins progressant et se 
^(npageant avec lai^itilisaiion, avec la liberté, avec la riches&e, 
avec la paix au dehors et la concorde au dedans, en un mot, 
avec ce qui est vraiment la gloire et le bonheur des nations. 

Comte DE GoiiER« 



m * m » Il !■ < 






. CHRONIQUE. 



Il est rare de trouver une œuvre d'art qui satisfasse d'une maDière 
complète et au sentiment du vrai et aux loisdu beau. Tantôt Tldéal ne 
parvient pas à se dégager de la matière, tantôt, au contraire, dépas- 
sant ses limites naturelles, il en atténue par trop Tinfluence propre 
et inévitable. Faut-il dire par là que Tartiste ne puisse trouver ce 
juste milieu entre la beauté de la forme et Tidéal du type, et gaci 
dans le genre religieux, en particulier, aucun des modes de repré- 
senter la personne de Notre-Seignour Jésus-Christ ne mérite notre 
admiration? Telle n'est pas notre idée; mais lorsque nous songeons 
aux horreurs, sinon aux indéct^nces, que l'attrait du bon marché ré- 
pand à profusion dans les cercles même les plus pieux, nous ne pou- 
vons manquer d'applaudir à une production oil se trouve réalisée 
cette heureuse harmonie entre la matière et ]'id<^e, dont toute repré- 
sentation du Verbe incarné devrait porter Tempreinte. 

A ce titre, qu'il nous soit permis de féliciter les RR. PP. Jésuites 
deSaint-Acheu],à Amiens, d'avoir laissé connaître un morcesiu aussi 
remarquable qu'il était jusqu'ici inconnu au public. 

C'est un Christ en bois, peint avec un soin merveilleux, par un 
procédé dont le secret semble perdu ou du moins ignoré. Malbeu- 
reusement, il est impossible de connaître T&ge exact, l'origine de c^ 
Christ et le nom de son auteur. L'examen du bois, mis à nu sur un 
point, nous permet d'afQrmer qu'il est ancien , mais quelle date lui 
assigner ? La perfection de la peinture, d'une part, la position delà 
blessure du côté, d'autre part, ne semblent pas laisser admettre ni 
qu'il Foit antérieur au milieu du 1*7* siècle, ni postérieur au milieu 
du 18*. 

La peinture en est due évidemment à un homme versé dans la 
connaissance de tous les secrets de son art. La pâleur livide de la 
mort s'est étendue sur la figure et les membres. Mais la mort n'a 
pas fait disparaître le sang des plaies et des meurtrissures. Les traits 
de la face respirent encore la douleur: on sent tout ce que Notre* 
Seigneur a dû souffrir, et pourtant il y a sur ces traits une indéOoiS' 
sable expression de miséricorde divine. 

Au point de vue artistique, c'ebt une nature morte admirablement 



^ »«>• ^. ^ 



CHaONIQUE. 175 

réossie. Le maître qui l'a produite a dû beaucoup étudier Philippe 
de Champagne, ou peut-être suivre son école; qui sait même si 
l'œuvré n'est pas de lui? Mais ce qui frappe le plus dans la contem- 
plation de ce Christ, cVst que le spectacle de son état lamentable et 
la pensée des souffrances indicibles qu'il a subies pour chacun de 
nous ne présentent ni aux yeux ni à l'esprit rien de repoussant. 
Pour ma part, j'ai senti là mon Dieu, le bon Dieu, un Dieu bon au 
point de souffrir et de mourir pour moi. Je l'avouerai franchement, 
il m'a été impossible, en le considérant, de retenir mes larmes, des 
larmes de repentir et des larmes d'amour. 

L'action du temps et peut-être aussi quelques négligences, assu- 
rément involontaires, ont légèrement détérioré la peinture ; il y a 
même une phalange cassée au deuxième doigt de la main gauche. 

Avertis par Tadmiration des connaisseurs, les RR. PP. de Saint- 
Acbeul chercheront, sans doute, à faire réparer ces défauts. Puis- 
sent-ils découvrir un jour et nous révéler le secret de la peinture 
dont le Christ est revêtu. C'est une sorte d'émail. Mais comment 
peut -on le composer ? et surtout l'appliquer sur le bois ? 

m 

— On écrit de Rome à la Semaine catholique de Lyon : 

Je vous ai plusieurs fois parlé de M. Rosa et de la singulière façon 
dont il traite les monuments de l'ancienne Rome. Le Colysée a été 
complètement épluché (pardonnez-moi le mot). On a arraché im- 
pitoyablement tous les arbustes, toutes les fleurs qui couvraient 
cette ruine gigantesque et lui donnaient cet air gracieux et vivant 
que ne peut avoir un immense amas de pierres et de briques dessé- 
chées. Des vingtaines de tombereaux emportaient les décombres : 
encore quelque rajeunissement de cette sorte et il ne restera plus 
rien de l'amphithéâtre de Yespasien. 

Que dirait le patient voyageur anglais qui a étudié avec tant d'a- 
mour toutes les plantes qui s'étaient attachées à ces ruines aimées» 
qui en avait dresse la flore, qui avait trouvé là trois ou quatre cents 
espèces que l'on ne voit pas ailleurs dans Rome? 

On a gratté la pyramide de Caïus et deCestius^cn a soigneusement 
aussi n^mis à neuf l'Arc de Septime Sévère près de San-Giorgio 
in Valabro. Les sculptures sont blanches maintenant et le grattoir 
du magun en a rougé tous les dessins. Je vous ai dit que l'on fouil- 
lait le Forum ; que des cinquantaines d'ouvriers y étaient sans cesse 
occupés, même le dimanche. M. Rosa veut retrouver tout l'empla- 
cement de l'ancienne Basilica Julia. C'est une belle pensée ; mais 
malbeureosement le surintendant des antiquités commence set 



L 



U' ■ • 



171 



ghrokîoûe 



fônîlles avec an plan d^Jà complet de la basilique, avec ses colonnes, 
ses pottiqaes placée chacun au bel endroit. Mâlbeûreusetnent, il 
faut souvent de grands efforts pour que ce que l'on découvre ré- 
ponde au plan a priori. Hais un grand homme ne s^arrète pas devant 
un si petit obstacle : on met une colonne^ ôti construit nn pilastre 
là où il doit y eu avoir eu un^ on fait un pavé, enfin ou construit des 
ruines absolument comme on en fabrique dans un parc anglais ou 
su bois de Boulogne. M. de Ro^si di^it que si' Rosa reste longtemps à 
Rome, il sera désormais impossible de reconnaître rien des restes 
du Forum, impossible de faire avancer la science arcbéolôgique. 

Le prince BVéd£ric-GbarIes , quelque ami qu'il puisse être de la 
nouvelle Italie, s'est plaint hautement de cette barbarie. Vous le 
savec, les Prussiens sont à cette heure fort écoutés ici, et leà récla- 
mations du prince étaient si vives et paraissaient si raisonnables 
qu'on a dû y faire droit. Mais oiï trouver un homme? ![ y & 
parmi les nouveaux venus une telle pénurie de vrais savants quUl a 
bien fUilti s'aéfesser aux archéologues du Pape, On a prié le baron 
Yisconti d'accéjrtèr la direction 4es rouilles. M. Visconti a répondu 
qu'il accepterait volontiers pourvu qu'il demeurât associé avec ceux 
quil'ont toujours aidé, MM. de Rossi et Vespignani, et pourvu que le 
Pape lui permit de prendre la direction de ces travaux, a Je suis, 
a-t-il dit, l'homme du Vatican, et je ne veux rien faire contre le 
bon plaisir du Vatican. » 

On avait si grand besoin de ses services qu'on a accepté toutes ses 
conditions. Le Saint-Père a donné la permission demandée. « Nous 
sauverons ainsi, a-t-il dit, bien des choses qui seraient perdues pour 
jamais, » et M. Visconti devient de nouveau le directeur des fouilles 
archéologiques de Rome. 

-^ Une Gorieiise découverte vient d^étre faite à Jérusalem. L7/- 
luêtraied Ntws, de Londres, publie une gravure représentant une im» 
raense citerne qui se trouve immédiatement au-dessous des fonda-* 
lions de V Harem, nom moderne qui désigne remplacement occupé 
jadis par le temple de Salomon. Les eiplorations souterraines entre- 
ptisea par la société appelée Paksiine exphratien fund ont mis à nu 
une série immense de tunnels, de galeries secrètes, de gtDttes (iro* 
fendes et d'eicavations qui étaient restées parfaitement incolnnues 
jusqu'à ee jour aux habitants de léfusatem et qui se trouvent à ISS 
pieds au*do9BOU8 du sol aolueL 

La citerne dont il est question egf à 79 pieds au-dessous de la srn^ 
face ; elle est appelée par les indigènes : Ber-el-EeMr (la grande 




mefr). BUé at 150 pieds et hng dix nord aa satf et à peti prèà' k même 
la^r de Teôi à Tonest . 

La citerne est taillée de main d'bomme dans le rôc : elle est ali-* 
dteùtée parles 6iSLtig& de Salotiaon, situés datisla vallée de l'TJtras, à 
d(u mifles au sud d« Bethléem, et ôoûtlent enriroit V^^tnO mfetred 
eabes d*eau. 

L'aqueduc a huit milles de longueur. 

L'eau de cette citerne, creusée pour Talimentation des lévites et 
pour les besoins du service du temple de Salomon, est extrêmement 
limpide, au point qu'on aperçoit parfaitement le fond du lac et les 
pierres tonibées des voûtes. 

— On nous mdnde de Londres : 

€ Le monde archéologique est ici en grand émoi. On a découvert, 
ily a trois semaines, à la grande abbaye de Saint- Alban, à Saint-Al- 
ban, la ch&sse de saint Âlban, le premier martyr de la Grande-Bre- 
tagne. Elle rémonte à trois siècles. Elle était enfouie dans les murs 
(Tune maison d'école depuis la réforme du seizième siècle. Cette 
maison d'école avait été bâtie avec des débris de l'église de Pabbaye. 

<i Ily a trois semaines que leà ouvriers oùc découvert les preiliiets 
fragments, et on se taisait en cherchant toujours ; tt)aid comttfe on 
apporte sans cesse de nouveaux fhigments> le silence est devenu im^- 
possible. On reconstruit l'ensemble avec un art a digne du grand 
« Cflvier, n réflexion que j'entends faire ici, et ^ni est bien douce 
pcmr les Français. 

• Un bas'felief représente le martyre de saint Alban. Le saint est 
à genout, et sa tété vietit de tomber sous le coup du bourreau, qui a 
sod épée à la maiil. 

c La châsse parait avoir eu neuf pieds de haut sur quatre^ de large. 
Chaque côté était percé de quatre niches. LesVeux petits côtés n'en 
avaient tshaMiD que ddux. Ce» niches étaient pratiquées potirles 
fiiMesqui veaoieDt s'y agmouiller. Le sommet de la obâsse rciifermait 
daipetilea oichet finement eiseléèe et richenieM ornées^ sous une ad^ 
mirable comicb». 

• Le monuo^nt est en marbre de Purbeck, avec des degrés de 
marbre, usés par les genoux des fidèles. » 

— En démolissant l'arc ogival qui reliait l'ancien chœur â la ca- 
thédrale de Périgueux, on a mis à découvert les restes de l'ancienne 
akide byzantine. Ce sont quatre fortes colonnes, en pierre dure, 
surmoQtées d'énoftues cbapiteaux sculptée sur pierre douce. Lors de 



176 . CHRONIQUE 

la construction de la chapelle des Talleyrand, ces colonnes ayaient 
été laissées dans la maçonnerie, et enfermées dans un revêtement eD 
belles pierres de taille. Le problème est donc résolu : quoi qu'en aient 
dit plusieurs archéologues, la cathédrale de Saiul-Front avait été 
terminée et possédait une abside byzantine démolie et remplacée, au 
quatorzième siècle, par une chapelle ogivale. 

— Un don intéressant de cénimique vient d'être fait au musée de 
Sèvres par M. Brianchon, archéologue normand distingué. Ce sont 
des briques de la Renaissance ayant servi à décorer un manoir situé 
au hameau delà Mare-Barbet (arrondissement du Havre). Ces bri- 
ques représentant des mascarons, des feuillages, des grotesques, des 
.fleurs de lys, des médaillons d'hommes et de femmes, encastrés 
entre les charpentes de façade du bâtiment, sont un des rares échan- 
tillons de Tart de terre appliqué à la décoration des constructions au 
seizième siècle. 

Ainsi qu'il est arrivé en diverses circonstances pour la céramique, 
un potier parait avoir moulé ces briques sur quelque bahut en bois 
de répoque.. 

Les connaisseurs pourront voir au musée de Sèvres ces curieux 
spécimens, qui doivent prendre place dans le voisinage de la nom- 
breuse série de carrelages éraaillés que possède cet établissement. 

-— On vient de retrouver dans les caves de l'hôtel de la Monnaie 
six cent vingt-deux médailles phéniciennes et cypriotes qui y avaient 
été enterrées par les fédérés dans le but de subir une refonte. Ces 
médailles, en argent et en or, faisaient partie de la collection de M. 
de Luynes et apijartcnaient à la Bibliothèque nationale où elles vien- 
nent d'être réintégrées. . 

# 

— - Nous apprenons la mort d'un de nos collaborateurs, Mgr Voisin, 
prélat domestique de sa Sainteté, vicaire général de Tournai, doyen 
du Chapitre, docteur en théologie, chevalier de Tordre de Léopold, 
membre de la commission royale des monuments, etc. 

I. c. 



▲rrat. — Typographie A. Planqui et Cle. 



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W' CASTELNAU DE BRETENOUX 

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•jK-'t DXOIliXE ABTICLX >. 





II 



DESCRIPTION. 

# 

itjBliiau couronne le sommet d\ine colline, non point 
t'de tontes parts, comme on Ta dit à tort, mais formant 
iiière croupe d'une chaîne de montagnes, doi)t les nom- 
mniifications séparent le bassin de la Bave de celui 
ière. Le versant du nord, raide et abrupt, est ta[)issé 
■jÊ^ forêt de chênes dont le sombre feuillage sert très*hen- 
Uient <le ce côté l'aspect du vieux fort. Du côté 
\^ le terrain, chargé de vignobles, s'incline en pente 
iJQSqu'au niveau de la plaine. Quelques habitations s'y 
Pilpent en désordre : c'est le bourg, qui fut jadis, grâce 
iiifirs qui l'abritent, Tune des seize villes basses du 

» 

*-1Itoe profonde coupure, pratiquée dans un pli imturel à 

11 

j|i|ife oènl vingt-cinq pieds environ de l'enceinte, isolait la 

mW la Uvraigon de Jan^ier-Février 1872. 
YMkeCathaU-Ckiture, Hi^làvrû du Qnercy, 

Mai- Juin. — TOm XT. {3 



178 GASTELNAU DE BRETENOUZ. 

forteresse du plateau posé comme une menace sur son flanc 
oriental. Elle sert aujourd'hui de chemin. Entre un premier 
mur qui la commande et le rempart proprement dit, s'élè- 
vent réglise et les bâtiments de Tancien doyenné. Franchis* 
sons cet espace sur lequel nous devons revenir^ et nous voici 
au pied des murailles. 

Le monument que nous allons visiter est de ceux qui 
portent au front le sceau de plusieurs âges, et offrent, pour 
ainsi dire, à l'œil tout un côté de l'histoire de Tart. Depuis 
Tardente et féconde période qui suivit Tan mille et recouvrit 
l'Europe d'un long réseau de tours, jusqu'après ce milieu du 
XVII* siècle où l'on vit succéder aux fortes constructions 
d'un monde disparurélégantearchitecture des palais de notre 
temps, presque toutes les formes de l'art occidental, roman, 
gothique et moderne, se||nt donné le mot pour composer ce 
curieux édifice. Le passé féodal est là dans son entier. S'il 
ne nous est pas donné de l'y surprendre à son aurore, ni de 
le poursuivre jusque dans son dernier et funèbre rayon, 
nous saisissons pourtant l'ensemble de sa course, à 
ces murailles tour à tour massives et sombres ou légëi 
ajourées, suivant que la construction en fut contemporSI 
de Philippe P' ou de Louis le Grand. D'autres ruines impo- 
santes couronnent, aux alentours, des sommets riants ou des 
sites austères ; mais il n'en est pas d'aussi complètes, ni, pour 
tout dire, d'aussi bien conservées. Impossible de se défendre 
d'un sentiment de surprise et d'admiration en abordant ee 
rempart haut, par endroits, de quarante ou de ciifquanttf 
pieds, flapqué de neuf bastions ou tours, chargé de tilleuls 
séculaires; et enfermant d^ns sa vaste ceinture plusieurs 
milliers de mètres carrés. Point de brèches, à peine quel- 
ques rides 1 Lu noble muraille se dresse encore dans sa beauté 
native, n'empruntant du temps, qui la dore sans l'affiâsêer, 




CA8TBL1ÏAU DE BRETENÔUi. f 79 

qtte cette sympathique majesté dont nous revêtent toujours, 
hotnines ou choses, le deuil, la vieillesse et Toubli. Puis, 
par delà le mur s'élève la fottetesse, avec ses voûtes intactes, 
ses courtines sans déchirures, ses hautes tours colletées des 
restes de leurs mâchicoùîils, ses innombrables appartements 
dont le peuple, autrefois, comptait les ouvertures par le nom- 
bre des jôuïs. Pour la plupart^ ïei toits ont disparu : Tintérieur 
désolé est pluslqu'à moitié vide ; mais la pierre tient bon, et ce 
tfestpiis obéir aux impulsions d'un patriotisme aveugle, que 
de se demander si un gouvernement quia tant fait pour Pier- 
refonds, eût dû si absolument rebuter Castelnau. Construit 
Ters t590, achevé en 1405, Pierrefonds fût déuiantelé en 
1017 : soit le type d'une époque et deux cent vingt-sept ana 
de vie. Au^manoir quercinois, l'histoire et Tart ont un autre 
domaine: on remonte plus haut, on embrasse plus loin. 
Quand Pierrefonds s'élève, Castelnau, occupé lui aussi de 
s'agrandir, peut offtir déjà sa construction romane ; quand 
Fierrefonds s'abat, Castelnau se préparé à revêtir ses somp- 
ta6i)«es galeries. Mais le château de l'Oise est aux portes de 
Oottfpiègne, à peu de distance de la capitale, et qui ne sait, 
pour ee rayon, le? teùdresses de tous nos gouvernants ? Fors 
Paris y nul souci. 

Une poterne s'ouvre, et nous pénétrons par un étroit cou- 
loir dans rint^ieur des murs. La gmnde porte est plus bas, 
du côté dû midi. De&maehicùtilisen gardent le cintre, et Ton 
7 voit une double raifiure 6ù gliissaient autrefois deux herses. 
PréoMtions fort explictfblés qua/Ad on songe que eette parte 
ddnnait éttr une rampe assez large potir ouvrir aux équipages 
t'aceès du terre- plein. La poterne par laqiïelle nous venons 
d*e&trer était pettt-dtl^ mieiix gardée encore. Vous avez 
pu remarquer derrière la porte la coulisse d'une herse. Au 
bout de la sombre allée, l'assaillant se heùrtulit defechtf à Jeux 



180 GAdTiLNÂU DL BKIÛT£NOUX. 

autres portes défendues de la mèm^ façon. C'était uinsi une 
triple, ou plutôt une sextuple barrière, qu'il lui fallait abattre 
pour pénétrer dans cette enceinte, ouverte aujourd'hui si 
poliment. 

Libres de ces entraves, nous nous empressons de contour* 
ner les terrast^es pour jouir du coup-d'œil et mesurer de près 
la masse gigantesque qui, de tous les points de l'horizon^ sub- 
juguait nos regards. Des carrés de pommes de terre, des 
champs de trèfle ou de sainfoin occupent les riants jardins 
jetés par les châtelaines des derniers siècles sur les deux tiers 
de ce bayle etooérieur. Où pourraient manœuvrer des batail- 
lons, quatre hommes de front ne trouvent plus de place : 
force nous est de nous égrener le long des parapets. Çà et là, 
panui les ronces, de mystérieuses ouvertures se creusent sons 
nos pas. Ce sont les escaliers par lesquels l'arbalétrier du 
Moyen-Age descendait, le carquois sur l'épaule^ assaillir aux 
meurtrières des bastions Tennemi sous les murs. D^ voies 
secrètes, perdues dans les profondeurs du plateau, ouvraient, 
dit-on, des issues dans la plaine ; d'autres, visibles encore, 
reliaienti par le sol des fossés, les tours d'enceinte au corps 
des bâtiments. Mais l'obstruction règne partout : il faut se 
rr3signer à passer au château. 

Le château * se développe sur un plan triangulaire assez 
irrégulier, enfermant une cour intérieure. Trois tours circu- 
laires, d'inégale grosseur, s'élèvent aux angles ; trois autres 
sont en demirsaillie sur les côtés. De ces côtés, celui du sud 
mesure quatre-vingt-trois mètres; celui du nord, quatre- 
vingt-quatre; le plus long, qui est à l'est, quatre-vingt-six. 
C'est là que se trouve l'entrée, défendue par an fossé d'e^ivi- 
ron cent mètres de long, douze de large et huit de profondeur. 

* Voir U pUncht d-jointe. 



« 



, CASTP.LNAU DE BREÏENOtiX. 18i 

L'escarpe en est garnie ^e meurtrières et recèle un chemin 
couvert qui en rendait Tabord très-dangerenx. Un pont de 
pierre a pris la place de l'ancien pont-levis. Il aboutit anx 
débris d'une porte avancée,, dont les gonds se retronvent 
encore à qnelques centimètres au-de.ssus du sol. C'est de là 
sans doute que Ton faisait mouvoir le pont-levis : le chemin 
couvert, en séparant le fossé de la forteresse, avait dû né- 
cessiter cette petite toiistruction. Deux tours, qui l'enca- 
draient, avaient au suridus l'avantage d'augmenter la 
défense, et de faire, pour ainsi dire, fonction de barbacane. 
Aujourd'hui Tune est rasée jusqu'au niveau du pont, et la 
main peut atteindre à la hauteur de l'autre. On démêle à 
travers les décombres les degrés tout primitifs qui condui- 
saient dans leur intérieur et de là dans le fossé. 

■ 

Indépendamment de cette prennère défense, l'entrée 
du fort se trouvait encore couverte par deux tours ; l'une en 
saillie sur la droite, l'autre au-dessus dans la ligne des murs. 
La porte, toute bardée deft*r, était en outre fermée par une 
herse ; et si, malgré toutes ces précautions, à force de ba- 
listes, de mangonneaux, de bombardes, de projectiles et 
d'engins de tout genre, l'ennemi eût forcé cette seconde en- 
ceinte, restait pour les derniers défenseurs une dernière for- 
teresse : c'était le donjon. 

La porte sWvre : nous voilà dans la place. A notre gauche 
se développe la voûte cintrée d'une immense et double écurie 
QÙtiendraient cent chevaux. Quelqu'un a dit trois cents; 
mais c'est un écrivain des rives de la Garonne : ne le chica- 
nons pas. — La cour d'honneur est au bout du couloir. 

Du cadre des bâtiments qui l'enferment, se détache, par 
son caractère, sinon par sa situation, une construction de 
beaucoup plus ancienne que toutes ses voisines, et qui fixe 
tôutd'abord l'attention.Elleestde forme rectangulaire et fait 



1 82 GÀSTELNÂU DE BRETENOUX. 

face d'un côté aa vallon de la Bave, et de l'autre a rentrée. 
Le temps et Tiiicendie en ont rongé les murs, rouges comme 
du sang. Une petite porte, encombrée de débris, donne accès 
dans le rez-de-chaussée, vaste salle voûtée qui dut servir de 
magasin. La lumière du jour n'y pénètre que par un étroit 
soupirail percé près de la porte : approchez de sa large em- 
brasure, et votre œil plonge dans des caves profondes, qui fu- 
rent peut-être d'horribles cachots. Les appartements du 
second^ sans communication avec cette salle, ont perdu tout 
caractère intéressant. On les avait, au XV'' siècle, revêtus 
de peintures murales, malheureusement ensevelies aujour* 
d'hui sous un épais badigeon. Dans le haut du bâtiment s'éten- 
dait la grand'5a//a ou pièce d'apparat : c'est là que dut loger 
Henri Il,et là, nous dit-on, que se tinrentles Étatsdu Quercy • 
De jolies baies romanes, reliées par une élégante cimaise et 
composées chacune d'une séried'arcatures à jour inscrites dans 
un cintre commun, y répandaient, de part et d'autre, l'air, la 
lumière et la vie. Jusque-là peu ou point d'ouvertures : la 
prudence avait clos tous les murs. Du faîte de la façade 
s'élance un tuyau de cheminée, de forme conique, dontuu 
double étage de colonnettes trapues ménage les orifices et sup- 
porte le chapeau pyramidal. Sous les combles disparus, le 
regard ne retrouve pas ces mâchicoulis qui rehaussent ailleurs 
de leur saillie gracieuse le sommet des murailles ; à l'époque 
de cette construction, l'usage n'en était point connu : la cor* 
niche n'a pour supports que des corbeaux. 

Tout cet ensemble, suffisamment conservé pour l'œil de 
l'archéologue, constitue l'un des restes les plus curieux de 
l'art de bfttir sur la fin du Xl^ siècle. M. Lacoste signale des 
constructions faites par Hugues de Castelnau vers 1080: 
c'est Ih, croyons-nous, qu'il faut les chercher. Nous avons, 
dans cet édifice^ le château tel^ ou à peu près, qu'on le vit peu- 



CALTSLNAU DE BR£T£NOUX . 1 83 

dant trois siècles; car, on le sait, àTépoque romane, château 
ou donjon c'était tout un, à quelques dépendances près. Or, 
BOUS sommes devant le donjon roman. La tour carrée, venue 
bien après lui, lui a ravi son titre ; mais en le supplan- 
tant, elle Fa laissé debout, à ses côtés, comme un aïeul et 
UB témoin des choses d'autrefois. Tout ce qui Tentoure, 
lui est en efiet postérieur. 

£n préciser Tépoque n'est guère plus malaisé. Après les 
favautea œuvres de M. de Caumont, après tant de travaux 
écrits sur la matière, une observation minutieuse des diverses 
parties tant intérieures qu'extérieures, une simple vue d'en- 
semble même, suffisent à fixer Tesprit. C'est ainsi qu'aux 
murs d'enceinte, à la chapellei au donjon actuel, à tout le 
gros des bâtiments, nous assignerions pour période originelle 
celle qui s'étend du seuil du XIV* siècle au milieu du XV«, 
et comprend pour les archéologues la quatrième classe des mo- 
ûuments féodaux \ Cette pauvre chapelle, qu'on a datée du 
XI"* siècle et même du temps de Charlemagne et de Pépin 
le Bref, appartient nettement au XV* siècle. Son triple carac* 
tère architectonique, iconographique et épigraphique^ ne 
permet pas de remonter plus haut, si ce n*est peut-être à 
la fin du XIV% comme l'énonce M» Ciavet. La main de 
cette époque se trahit encore dans une foule de détails 
semés un peu partout^ et de la base aux combles de 
l'édifice. Il en est ainsi des formes de la poterne par laquelle 
nous sommes entrés -, de la plupart des portes basses de l'in* 
teneur, dont l'accolade affecte le linteau ; des plus anciennes 
fimètres, dont let unes sont un carré long coupé d'une tra- 
verse médiane ou d'une croix, et les autres entourées de ces 

1 Voir M. DS Caumont, Abécédaire d'Archéologie civile et militaire, 
3* édition, p. 376 et 560-607. — L'abbé Corblkt, Matml d^archéologie 
naiionàU, p. 322* 



i84 GÀSTbLNAt iiL B&ETKlNOIjX. 

baguettes prisinutiques qui sout un des caractère» saillants 
de la période ; des nmchicoulis, décorés entre leurs consoles 
d'arcatures trilobées, disposés sur trois et même quatre re- 
traites, et, dans la tour ou pavillon d'entrée, surmontés d'ap- 
partements ; enfin d'une uieurtrière déjà taillée pour armes à 
feu, déposent, en dépit de la massivité des murs et de la lour- 
deur générale des voûtes — car il est des exceptions pour 
appuyer notre avis — du travail de ces temps habiles mais 
malheureux, où de perpétuelles luttes avec l'Angleterre for- 
çaient les architectes à reléguer la grâce dans les égliseâ, 
pour conserver encore la vigueur dans les forts. Ajoutons 
qu'en certaines parties de 1 édifice, les consolc^^s destinées à 
soutcinir les poutres, sont sculptées aux armes unies des Cas* 
telnau et des Calmont, dont la fusion n'eut lieu, on se le rap- 
pelle, qu^en 1295. Un écusson de la chapelle la (irécise 
mieux encore. On le voit surmonté d'une mitre et d'une 
crosse, ce qui, mis en regard du style général de l'œuvre, 
reporte forcément la pensée à l'un des deux évêques qui 
ont occupé le siège de Cahors : ou à Bégon deCastelnau, dont 
répiscopat s'étendit de 1366 à 1388, ou à Jean de Caylus, 
qui siégea de 1435 à 1460. 11 y a tout lieu d'ailleui^ de pré- 
sumer que c'est vers cette époque de l'avènement des Caylus 
et d'une lutte désespérée avec T Angleterre, que le château, 
tout à la fois fort exposé et fort puissant^ dut prendre Tex- 
tension qui nous frappe aujourd'hui. Les deux forteresses les 
plus voisines, Tureone et Saiut-Céré, portent aussi la 
trace de ces temps ' . 

I^Yoila pour les parties de l'époque ogivale. Quant aux con- 
structions surajoutées par les derniers siècles à ces anciens 



^ Voyez-en la description et les planches dans l'ouvrage précité de M. de 
Caumont, p. o71-2-4. 



CÂSTELNAU UE BRfe.T£N0l'2C. 185 

travHuk : galeries de lu cour d'honneur, b.ilcon du nord- 
'ouest, terrasse supérieure et pavillons du midi, on y recon- 
•iiait sans peine le faire architectural et rornementatiou 
luxueuse de la jeunesse du grand roi. Des dates se rencon- 
trent d'ailleurs pour fixer toute incertitude. Dîins Tuu des 
appartements qui dominent la porte, se trouvent confondus, 
parmi les débris de tout genre dérobés à Tincendie, quatre 
bustes allégoriques représentant la Guerre, le Commerce, la 
Justice et la Paix, avec leurs attributs distinctifs etdos peu- 
nons aux armes de Clermont : Tun d'eux porté la date de 
1661. M. Calvet signale une autre inscription perdue qui 
' prouve qu'on embellissait encore vers le déclin de ce siècle : 

Louis, comte de Clermont, de Castelnau, de Caumont, de 
ViNES, et marquis de Seyssac, 168S. Ce Louis, maître de 
€aatelnau dès 1651, marié en 1662, mais décédé sans 
postérité eu 1692, avait uu frère de même nom et à peu 
près de même âge, qui recueillit sa succession et ne se ma- 
ria qu'après. De là, sans doute, les deux initiales que 
le visiteur remarque eu plusieurs points du château, et que 
nous regardons' comme deux lambda grecs entrelacés. Elles 
achèvent de déterminer l'époque, les auteurs et, pour ainsi 
dire, les circonstances de la restauration. 

Nous avous déjà dit que les travaux ne se finissent point. 
Entre la grosse tour du nord et le couloir d'entrée, s'étend 
une série d'appartements qui ne furent pas appropriés ; d'au- 
tres qui devaient les suivre ne furent pas construits. . On 
s'explique ainsi qxie la belle rangée de fenêtres percées dans 
le mur extérieur de Test, au-dessous du *pont, ne soit pas 
montée jusqu'au bout de l'immense façade, pour courir de ce 
point aux ouvertures plus soignées encore qui éclairaient la 
galerie du côté du couchant. C'est dommage sans doute ; mais 
depuis l'incendie nos regrets sont moins cruels. Moins de 



186 GASTBLNAU DE BRSTJSNOUX. 

sueurs, en effets ont coulé sur ces murs, prédestinés aux 
ruines, et la flamme d'un jour, en s'abattant sur l'ouvrage 
des siècles, a dévoré moins de trésors. 

Au sortir du couloir voûté qui introduit l'étranger dans 
la cour d'konnéur, se présente, sur la gauche, un escalier 
pratiqué dans la partie la plus moderne des bâtiments. C'est 
un des objets qui frappent le plus l'attention du vulgaire, et 
par le fait, c'est un de ceux qui respirent le mieus la ma» 
jesté du grand siècle. Il a dix pieds de large^ et la pente 
en est si douce qu'elle est à peine sensible. Le« degrés sont 
de'ce beau calcaire de Carennac qu'on a constamment em- 
ployé pour les ouvertures de l'époque. Les arceaux de la 
cour l'éclairent d'un côté : la paroi qui le soutient de l'autre, 
était revêtue de peintures à fresque, où nous avons cru re- 
connaître une marche de guerriers ou un départ de chasse ; 
des sculptures sur bois décoraient le plafond. 

Au bout des degrés, à droite, s'ouvrait la galerie. C'était 
l'orgueil de ce château. Que l'on se figure une pièce de qua- 
rante mètres de long sur six ou sept de large, revêtant toute 
la façade intérieure du corps de logis méridional ! Elle repo- 
sait sur dix arceaux, d'un travail sévère encore, mais somp- 
tueux, correspondant à autant de fenêtres, par où les 
rayons du soleil venaient ruisseler sur l'or des boiseries. Des 
tableaux, des glaces, des cadres aux riches sculptures^ or- 
naient les murs et couvraient les plafonds. Portraits de 
famille, tableaux d'histoire, peintures allégoriques, la plu- 
part d'une exécution très-soignée, s'y disputaient le regard 
et le charmaient tour à tour, jusqu'à ce qu'un balcon, ouvert 
sur la plaine, lui présentât les magnificences de la nature 
au bout des prodiges de l'art. Voilà l'idée que nous ont lais- 
sée de cette merveille les auteurs qui l'ont vue. 

Les orages politiques passèrent sans l'atteindre. Trois fois 



CASTJELNAU DE BBKTSIliOUX. 187 

h MarseiUaise avait hurlé dans les rues de Paris que le siècle 
çle Louis XIV semblait encore dormir dans cet appartement 
taillé à 8fi mesure. « On pourrait^ écrivait en 1850 M. de 
■ YaloQ, s'établir demain dans ces chambres dorées où l'on 
c surprend à l'imptoviste les usages d'un autre siècfe ; ou 
c est tenté d'y chercher dans la poussière la trace récente 
< des derniers habitants, d'écouter si le bruit de leurs pas 
« ne retentit point dans la pièce voisine. Un raffiné passe* 
€ rait tout à coup dans l'ombre avec ses bottes garnies de 
c dentelles, ses éperons d'or et son feuti*e relevé, on ea se- 
c rait peu surpris, et c'est sous cette forme que l'on se re« 
( présente les botes de Castelnau» r> 

Hais, depuis cette époque^ tout a péri, mêmç les ruines ! 
De cette oauvre grandiose, qui, en unissant ses arceaux et 
ses fenêtres aux ^O'ceaux et aux fenêtres de la façade oppo- 
sée, avait raieuni, sauf sur un point, tout le pourtour inté* 
rieur du château, il ne reste que deux carrés de pierres où 
ne s'étendrait pus un enfant. C'est là que prit le feu, 
et le feu sut choisir. Il ne choisit que le dernier : Tavarice 
et l'incurie avaient pris les devants. Vingt ans avant l'in* 
cendie, déjà M. Delpon signalait des ravages. Par suite 
du mauvais état de la toitiii:e> ou pour toute autre cause 
bon nombre de toiles avaieitt disparu des plafonds et des 
murs, et plusieurs, nous a-t-on dit, avaient pris le chemin 
de la marmite pour faire des torchons. TemptAS edaœ^ komo 
tiaciùrX Vieil adage, toujours jeune, qu'un écrivain de sens 
a traduit de la sorte : Le temps est aveugle^ • . et l'homme st»^ 
pHe ! Soit dit pour qui entend un bon français à défaut de 
latin. 

La bibliothèqueétait,en 1830, la seule pièce encore en bon 

* M. Delpon. 



i88 UASTELNAU D£ BUETLNOUK. 

état. « On voyait sur le plafond des peintures d'une fraî- 
« cheur admirable et du colorÎB le plus stiave. Le morceau le 
« plus soigné représentait Apollon euvironnédes Muses *, i 
Et là aussi cependant le vandalisme avait passé : depuis 
quinze ans, T.érudit cherchait vainement cette collection de 
troubadours en trente volumes ih-folio, manuscrits, sur par- 
chemin, qu'avait signalée Tabbé de Poidhac. Une main ra- 
pace avait pris le livre, et l'incendie se chargea du reste : 
ornements ni livres, aujourd'hui Ton n'y trouve plus rien. 

Non loin de la bibliothèque et sur le flanc gauche de la 
galerie, était la Chambre des morts. Elle donnait par une 
porto dans les tribunes de la chapelle. En s'asseyant un ins- 
tant sur le chemin de sa tombe, le gentilhomme chrétien re- 
cherchait la fraîcheur du saint lieu. « Une estrade sup{)or- 
c tait le lit de parade. Des peintures riches de couleur et 
c de dorure décoraient le plafond. Des trophées d'armes, un 
« écusson aux brillantes armoiries, ténioignaient de la 
€ puissance et d'alliances de la maison de Castelnau. Mais 
a une inscription était là qui maîtrisait tous ces ornements' 
<r elle portait : 

OMNIA MORTE CADVNT : 
MANET SOLA VIRTVS! 

» 

(La mort met un à tout : seule, la vertu reste.) « 

Heureuse la vertu qui en a cru ces lignes salutaires; car 
pour les ornements, ils ont eu le sort qu'elles leur prédi- 
saient : il n'en reste plus rien. 

Un corridor qui règne sous la chambre mortuaire, nous 
conduit sur la terrasse supérieure du midi, terminée à ses 

* M. Calvct. 



CVSTELNiU DK BRETENOUX. 189 

deux bouts par deux pavillons du temps Cette terrasse me- 
sure une longueur de trente à quarante mètres, sur une lar. 
geur variable de quinze à vingt-cinq pieds. Quant à la hau- 
teur, demandez-la au sacristain, qui en a fait naguère le saut 
périlleux. Ce n'est plus de son âge, et le brave homme vous 
dira quMl ne s'en fit pas un jeu ; mais il est des surprises 
dans la vie. Heureasement il tomba sur ses jambes et l'on 
n'eut, Dieu soit béni ! qu'une émotion h déplorer. 

A l'extrémité orientale de la terrasse est une petite pièce 
basse et voûtée abritant un orifice qu'eittoure une margelle 
de peu d^élévation. Ce sont les oubliettes^ si renommées dans 
le pays. La cavité a tout l'aspect d'un puits; «mais si on 
c l'éclairé avec une lampe, on reconnaît qu'elle ne renferme 
€ |K)int d'eau, qu'elle n'a jamais pu en renfermer, parce 
( qu'elle n'a que sept mètres de profondeur, et que le sol 
€ en est infiniment plus élevé que celui des fossés* On 
c remarque même qu'elle s'élargit beaucoup dans sa partie 
c inférieure. Ce qui confirmerait l'opinion où Ton était déjà 
t dans la contrée, que cette cavité servait de cachot, comme 
c semble le prouver le nom ^'oubliettes qu'on lui a donné, 
c c'est qu'un habitant du pays, qui s'y fit descendre en 1810, 
c y trouva sept squelettes, qui l'effrayèrent au point qu'il 
c ne sut pas .dire si ce cachot avait des communications avec 
c les autres souterrains du château, » 

Ce raisonnement de M. Delpon ne convainc pas M. Cal- 
vet: c Je garderai, dit-il, le plus prudent silence sur ce 
c que l'on désigne par le nom d'oubliettes, et qui, selon 
< moi, fut d'abord utte citerne dont les parois portent en- 
c core le sédiment des eaux. Les ossements humains aper- 
c çiis en 1819 et qui, sans doute, y reposent encore, ne 
c détruisent pas ma conviction. Montluc n'eut*il pas l'af- 
c freuse manie de combler les puits avec les cadavre^^ des 
« protestants! » 



1^ GâSTBtNiU tu BRStElVOTJX. 

Le temps nous ayant manqué pour TÎsiter la fosse, nous 
9Minies heureux de produire lé sentiment de l'estimable 
itpporteur. C'est faire ëdtè de patriotisme ^ue d*arradier 
le plus possible aux passions populaires ces vieux manoirs, 
monuments de notre histoire, poésie de notre ciel et débtis 
de notre art. Nous répugnons à croire qu'ils aient recelé des 
construction^ élevées à cette unique fin d'étouffer dans l'on- 
bli d'infortunéeà victimes. Qu'où examine bien. Souvent ces 
cavités serorlt des puits où des citernes destinées, en cas 
de sié^e, à Tappro vision nement intégral ou partiel du châ- 
teau. Les oubliettes dé Castelniiu avoisinent le donjon, et les 
auteurs rdtaetrquent que, dans la construction de Ces forte- 
resses, là question d'eau était posée. D'autres fois le terrible 
orifice ne sera qu'un lien nécessaire de communication entré 
deux étalas, dont on avait voulu, par l'absence d'ouverUré 
eittérieure, soustraire l'inférieur aux entreprises de l'eûnemî. 
Ces appartements quasi-^souterrains ont pu servir de maga- 
sins -^ comme iiussi de cachots -^ sans qti'on soit tenu pouf 
cela d'y rêver toujours les drames les pltis s(^mbi^s. Toutefois 
le double fait d'une appellatiod aussi répandue que celle 
àfoxAlieUet et d'une horreur auséi générale que celle que sou- 
lèvent ces td^Stérieusçs cavités, ne saurait être sdtis quel*^ 
que cause* A côté de la justice, dont le grand seigneur 2cmi 
à la fois le droit et le devoir, faisons la part de la nature, M 
part des teùips, la part des mœurs, et disons^^nous qu'aux 
maiùft de lA force, des lieux si propices purent bieii voir 
plus d'un abus. 

Le puits dés oubliettes n'est pas le seul que l'on vittife i 
il en est un. autre sous les voûtes de l'est dont on reniârqué 
lé diamètre et surtout la profondeur. Il nous fatnène du 66té 
des appsirtementd habitables. Malgl*é leui^ état de dégradatioui 
c'est là que nous potivous juget dei t>^rtés faites. De riches 



GASYKLNAt DÉ Bl(ET£l«Otn. 191 

parquets «'étenâènt ^om nos pfts.Des boiseries Jadis siirmon- 
tées de terittirés, présentent dans une série de médaflltond en- 
esdrés de feuillages, tantôt des bustes de personnages, tttutôt 
des vues de la nature^ tantôt des corbeilles de fleuri ou dé 
fruits, traitées en général d'UA pinceau délicat et vHfié. 
Fautres peintures tapissent l'embrasure des fenêtres, se 
jouent aux solives despkfonds. S'enroulent aux nervures dé- 
nouent leurs guirlandes joyeuses jusque dans le cadre sculpfé 
des alcôves, veuves de leurs^lits. Des bouquets de roses, dés 
quhitefeuîlles, des initiales, en saillie sur le chêne, dissimu- 
leat la massivité des poutres, ou rayonnent dans l'azur des 
lambris : et l'or biille partout. Mais ces appartements sont 
peanombreux. Les fermiei*sde la maison dp Luynes s'y trou- 
vèrent à l'aise, et le Sàhn des muses et la Chambre dircé fu- 
rent supprimés. Â l'époque de la première vente, ifs étaient 
à ciel ouvert. Nous les traversons pour monter au dorijon. 
Cette tour s'éiande du milieu des bâtiments qui forment 
Tapgle méridional du château. Elle est déforme câtrée, et 
d'une^haiiteur qu'on a grossièrement exagérée. Soixatite-trdii^ 
et jusqu'à soiamnte-sept mètres ! Nous avons lieu de croii*é 
que cent pieds font à peu près la mesure, même à partir du 
mamelon. Une pièce voûtée, à laquelle on accède par une 
porte busse, occupe la partie inférieure : on ne pénétré 
dans l'autre que par les appartements du premier. Nous y 
voici. Debout comme des sentinelles dans quatre anglêâ 
obseurs, quatre colonnes soutiennent les arceaux d'inné 
voâte d'arête qu'un regard obstiné finit par entrevoir. Déut 
fenêtres gothiques, dont une à demi-fermée^ projettent âur 
dea murailles grises Un jour terne et douteux. Une ligné dé 
consoles marquant la place d'un plancher qui n'est plus, 
quelques placards sans portes dans le flanc des embra- 
sures, sont Tunique ornement de la pièce. Tous cherches^ 



193 * CÂ8TELNAU SB BRETENOUX, 

l'escalier : le premier degré vous domine l'épaule. N'était 
réchelle qu'on a mise par là, il faudrait repartir Gros-Jean 
romme devant. Mais grâce à l'obligeante échelle, vous goûtez 
le plaisir de vous enfiler, comme escargots, dans un affreux 
colimaçon per Ju dans l'épaisseur du mur. Si jamais Don 
Quichotte monta cet escalier, c'est ce que l'histoire a omis 
de nous dire ; mais à coup sûr Sancho-Pança ne l'y a pas 
suivi : l'honnête garçon eût trouvé dans sa panse une raison 
plausible de se faire excuser. C'est un assaut, un véritable 
assaut que nous entreprenons. L'horrible vis tourne, tourne . 
encore, et nous jette dans un dernier étage. Ici l'on voit un 
peu plus clair. On remarque fort bien, par exemple, que l'ar- 
chitecte a varié le style de ses voûtes^ et substitué le berceau 
à la croisée d'ogive. Une porte ouverte sur le vide, permet 
aussi de mesurer la hauteur du donjon par-dessus les toits 
des autres bâtiments. Cette porte, ou, si l'on préfère, cette 
ouverture i\ fleur de plancher, ne pouvait servir d'issue: elle 
devait avoir pour but de faciliter l'observation. Pour le 
quart-d'heure, nous serions jaloux d'observer de plus haut : 
où donc a passé l'escalier? Voyez-vous cette porte qui bâille 
sous la voûte? c'est là qu'il s'est juché, h douze pieds de vos 
orteils.. . Une seconde fois, il faut prendre l'échelle et monter, 
doucement, nn à un, en se baisant trës-affecttieusement le 
talon l'un de l'autre. L'échelle montée, on gravit l'escalier ; 
au bout de l'escalier luit un rayon du jour, et enfin, victoire! 
la place est emportée! Dans la joie du triomphe, nous vou- 
drions bien sonner à toute volée la cloche autrefois suspendue 
dans cette arcade, vêtue de lierre, qui se penche sur les cré- 
neaux ; mais depuis 1827, elle chante d'autres victoires nu 
clocher de Belmont. M. Calvet déclare cependant sa forme 
antipathique' à toute autre destination que sa destination 
primitive. C'est possible, bien qu'un peu fort : mais nous ne 
Tavons point vue. 



CAfiTBLNÀU DE BBETBNOUX. 493 

Mais ce que nous avons ¥U, ce que nous voudrions voir en- 
core, et voir et contempler toujours, c'est le panorama.. . 
« Si vous vous êtes jamais amusé, cher lecteur, à visiter 
les lieux où les puissants d'autrefois plaçaient leurs de- 
meures (et j'avoue que c'est là une de mes plus grandes 
jouissances), vous avez dû être frappé de l'art avec lequel le 
choix en était tait. Parcourez tout le pays d'alentour, exa- 
minez l'horizon par tous ses points, vous vous convaincrez 
que celui où le château s'élèvera est le plus avantageux 
non* seulement sous le rapport de la force et du besoin de 
la défense, mais encore comme panorama, comme perspec- 
tive, comme agrément de la vie. Le gracieux ou le terrible, 
le sauvage ou le pittoresque, ce qui réjouit ou ce qui frappe, 
tout ce que la montagne peut avoir d'imposant, tout ce que 
la plaine a de fertile, tout ce que le torrent a de murmures^, 
tout ee que le fleuve a de majesté, tout ce que la vallée 
a de délices, tout, dis-je, converge vers ce but unique, se 
rattache h ce point culminant, comme les rayons visuels se 
réunissent dans la pupille de l'œil. Aussi, si vous voulez 
conimitrela France, la vraie France pittoresque, celle que 
Dieu nous a faite, ce n'est point par les chemins de fer ni 
par les grandes routes qu'il faut l'étudier : demandez les 
ailes de l'aigle, et allez vous poser sur tous les points 
où les temps barbares avaient construit leurs citadelles ; 
de là, laissez vos regards errer sur chacun des spectacles 
qui se dérouleront devant vous; observez bien, ne perdez 
aucun détail : recueillez les perspectives, ce qui est loin, 
oe qui est près, ce qui est en bas^ ce qui est en haut ; né- 
gliges surtout ce que la main de Thomme a pu faire ou 
défaire, renverser ou bâtir^ et dites que vous avez vu la 
France, la véritable France, un des plus beaux pays du 
monde, un véritable joyau de la main de Dieu. » 



Nous tenions a offrir ii.nog leç^urs qesJigpe&il'iiMQVi«v»Pge 
plurfconnu^ sanSi dQRte^ dç. ^ft j/Bu.iJf?s;s^ aitudieji^s^ <me/(|v 
monde arçhéolo^iai)^ : le Çhâlfo^ ^e if^tfil^, dfi. }f ^ V^W 
Dçvoilleu OfUçl^ufe enj^ou^jiaste qu'^ SQ^t le toip, lç,9pe<;t||c]« 
ouvert à no? regfurds s^ura le jijstifi^. Qv'w en. jug^,. 

Du sommet d,^ la* tipiif qui \\(^ sçi;t d'ob^^v^t^îre, 1^. vue 
s'égara dans; les replis d'une iinqtçQ^^ vAUéfe frangéet d'u9 
cercle de montagnes, doQti le^. cimes. iJiij^t4)S|| yopt,^ ç^ ch% 
vauchapt les unes sur leç aut^res, s^q p^vdjre d^^s iw hqdj^o^ 
de vingt lieues. Des ip^^elo^? égç^yésjdfi yigpoblesi, de gf^udij 
murs.de basaltç tapi^séi^. dçins lei(i;s crevasse^, de cfiêi^s^ rar 
bo^gris, des promontoire^ quis^^lenjl;ljutterd^l;i^di.e9s?|ejt 
s'^j^rapher mutuellement Iç yallpn dont ils sont aiw^ui;eufs ; 
par-dessus, ce, preçiiev pl)»M> d'un qôté les. to.rridfis.pJii^t^^u:| 
du Causse oh i^e croit qja'une hç^be rare ^t o^iiei^ue, 4^ Ifautre^ 
les, mélancoliqjg^e^ sommets du Ségalat 4pn.t Ij^a. :^^9fi9. s^ 
décl^irent poui; laisser passer les cours, d'ec^^ (m'i|& pourris- 
sent ; en^n,, ai; bout de It^ perspect;îve,, ce^ ondu}ationA.bli^âf 
^e^ oii flottent ind^oisea Les limjit^. dj^ la tecre, et du, ciel : 
voilà le; cadre. L^. i^laiue est le tableau. X^.voyez:V,ous,, sou; 
un rayon d'ayril,, épanouie,, ];iant^9 e udimanphée,, plonger se^ 
b):aa mutins dans le^ plis des côtea^ux, fuir leur étreintefolle,! 
et dérouler, d'uu borizon à. rautrq, son frai9 manteau, dç 
fleurp ? Vêtue de ^a rob^ d'émeraujde que, doit. dQi;er le bl^nd 
soleil de juiB, elle ^aonte ^?. Qhauta d^oiseaux, elle, respire 
Sii^paf.fums de charnps ei^eineY^çés,^ elle étçde eutr.ç deu^ bAJe^ 
de maisonnettes blanches et de seules, fleurûs ,, ses. co.ujtes 
croisées et; ses rivièrea butées Tune v,er« l'autre. Q'^t la Bave 
qui baigne Saiut-Céré, lu Gère qui visite en pa^^^^Mt I^ umrq 
de Bretenoux,, la Dordogne qui accourt de Beaulieu,. Ce.tte 
belle Dordogne^ si grondeuse,, si coureuse entre le& deus;; 
murs de granit; qui,. resserrant son cours, ne promène, plu^ 
que des eaux nonchalantes dans cet Ëden de la fécondité. 



CASTEUfÂU DB B&KTCNOUX. 105 

« 

Beine magnifique, elle donne, elle reçoit : elle donne sa pa- 
rure, elle recueille celle de ses rivales. La Gère vient expirer 
dans ses eaux, sous les tours mêmes du manoir, et la Bave 
loi porte le^irîtiut dtflKsileniies, à quelques 'flotid plu^lo^n ; puis 
elle s'en va, triomphante et heureuse, enlaçant vingt ilôts, 
comme pour porter à Tocéau qfselques parcelles de ce sol qui 
a fait son orgueil. Mais l'homme le lui dispute ; car l'homme 
est là pour aniiM) cm lâTdâv VhottllHâ^ û\ ffMè^ l'homme si 
beau, quand il sait comprendre, quand il lève le front. 
Ce peuple a su comprendre ; il a levé le front. Comptez les 
autels. Cinquante clochers jalonnent cette, plaine, découpient 
ces hauteurs» se mirent dans cm eaux ; et mille souvenirs se 
pressent à leur ombre. C'est Tarchiprêtré de Gagnac, le 
doyenné de Biars, la» celle dç Çpnneviolle, le prieurà de 
Félines, la prévôté de Vayrac, et cette petite et monumental^ 
abbaye de Carennac qui abrita quelques années l'immortçl 
Féoelon. Comptez les (ihàteau^. Au midi les tours dç Saipt- 
Géré, au nord le donjon de Tufenne, et dans le cerclç 
qui les unit, Estresses, Queyssac, Loubr^ac^ Taillefer. Bé- 
taille, dans parler decepuy dlssolud (l'antique Vœellodumm) 
où la 6aulë expirante jeta son dernier çri^ et attendit son 
dernier coup. Né craignez daïis ce vaste tableau ni tons 
heurtés, ni couleurs disparates : tout se lie,t(),ut s'harmonise, 
fout sid fond. L'ensemble respecte le détail, lé détail s'aligne 
dans Tensemble; la nature explique l'histoire, l'histoire 
agrstndit la nature, et de cet enchanteur et mélodieux m^ 
lange; de cette intime compénétration de l'action de l'homme, 
et de f'celuvre dé Dieu, résulte, sur cette frontière du Li« 
mouflin et dti Quercy , Tun des plus beaux spect^les que Tœil 
de l'étranger puisse goûter sur notre sol. 
Oh ! oui, ces bons vieux temps savaient choisir ! 

J.-B. ^^OÙLBRIÈBE, 
Professeur aa petit séminaire de Senrières. 
{La fin prochainement). 



SATAN ET SES OEUVRES 



ov 



DÊMONOLOCIE ARCHITECTURALE. 



TB0I81ÈMK KT DKRHIBR ARTICLB. * 



Une autre cause dut multiplier, en les variant, les repré- 
sentations de supplices éternels. Des passages de la Bible^ 
entre autres de Jérémie etde TÂpocalypse, avaient persuadé 
à quelques iuterprètes qu'il fallait attribuer aux réprouvés 
des supplices en harmonie avec leurs passions dépravée9 de 
la tefre; ils étaient donc punis, soit parles mêmes appétits 
du corps, dont la privation leur était continuellement impo- 
sée puisqu'ils n'étaient plus que des esprits, soit en gardant 
^n eux-mêmes, pour leur propre tourment, le caractère bes- 
tial par lequel ils s'étaient avilis ; et comme il y a toujours, 
d'après de savants observateurs, une certaine ressemblance, 
que nous avons reconnue nous-même, des traits de quelques 
personnes à ceux de certains animaux dont elles acceptent 
les instincts ou les habitudes, o:\ s'était facilement persuadé 
de représenter les vices par les masques ou la portraiture 
complète des bêtes dont les âmes humaines avaient imité les 
penchants : c'est de la sorte que Vincent de Beauvais dé- 

* Voir la livraiBon précédente, page 137. 



DÉMONOLOGIJS. 197 

peiiifc les genres si iiouibreax et si divers des supplices infer- 
naux K II s'agit ici des révéiatious, faites à quelques Saiuts, 
de ces habitudes d'outre-tombe et de ceux à qui elles sont, 
éternellement imposées : c Làse trouvaient diverses person- 
nes religieuses, moines, nonnes, évêques, prêtres et autres 
clercs dont les uns riaient pendant que les autres pleuraient ; 
ceux-ci s'accablaient de reproches, ceux-là dévoraient sans 
cesse les aliments qui ne . les rassasiaient jamais ; d'autres se 
livraient à toutes les passions, non pas sans doute qu'après 
la mort il soit encore loisible de les satisfaire : ce n'était 
qa^me détestable représentation de leurs crimes passés, à 
laquelle ils étaient contraints parles démons, en punition des 
excès qu'ils avaient commis. Quant à ces démons, ils 
étaient noirs comme des charbons ; leurs yeux lançaient, 
comme autant de lampes, des feux ardents ; leurs dents 
étaient plus blanches que de la neige ; ils avaient des queues 
comme des scorpions, leurs ongles étaient des crochets très- 
aigus, et ils portaient des ailes de vautour. » 

Ce morceau n'est- il pas une exacte reproduction des œuvres 
artistiques, et ne dirait-on pas que les artistes s'entendaient 
avec le dominicain de Beau vais ? 

Quoi qu'il en soit, l'Église, qui fut toujours la dépositaire 
des vérités éternelles, s'appliqua^ dès le berceau de sa reli- 
gion, à protéger par elle ses enfants contre les malignités de 
leur ennemi et de ses suppôts ; car la magie avait reçu une 
étonnante activité parmi les païens, et, soit par des pactes 
formels entre quelques-uns d'eux et le démon, soit par les 
croyances superstitieuses qui les portaient à vénérer son 



^ Vincent de Beauvais, Bibîiotheca mundi : De Inferno^ j| De Revela- 
tioiiibus, cité par M. Lecointre<Dupoat dans le même seul que nous ici, 
Mé9i. des cmH^. de VOueêt, z, 456. 



108 SÉlKmOIMIB. 

crédit, ils persécutaient les chrétiens pour les porter au mal 
OH'à l'apoetfisie, et ils allaient jusqu'à attribuer & des enc)»an« 
tements lesiqiracles dont s'entourait si souvent la mort des 
niartyr9.G?est contre ces attaques du démon, on indirecites 
ptr les kemm^, ou divcctes par ses propres et personnelles 
iaditadiioiis, quiB TÉgUse, appuyée sur la parole même du 
SMfveur, établît des iriinistres ayant charge ex|>resse et pou- 
voir spintilel dis conjurer par des prièMsapéciales^ son ftctioto 
momentanée sur'les fidèles, action manifeste, sdit par i'tflN 
seftsion qui agit au dehors et par des moyens extérieurs, ëoit 
ptfr^Ia poeeeddim qui ,' is^exerçan^ sur ^intérieur, reste invisibte 
dans Boû^principeet ne se trahit que pttr des effets dodt ota 
n^erçett pas la cause sensible. Ceux qu'on honote de ce 
pouvoir 'reçoivent le troisième des Ordres mineurs; dès le 
principe, ils étaierit appelés Exorcistes, et devaient appren- 
dre datfs le livre des e^orcismes les formuleis donft il leur 
fallftlt user dans leurs fonctions. Les fresques, tes vitraUx, 
les manuscrits et aussi les sculptures sotit pleins de sujets 
puisés dans cette idée, et le style même des imprécations 
sacrées, telles que les gardent encore nos rituefat et'nos pontifi- 
caux, montre assez quel mépris fait 1 -Église de l'Ange rebelle 
soumis à sfa 'jouissance, et quelle autorité elle s- attribue Aur 
ses efforts criminels^ 

Mais elle n^emploie pas ces adjurations seulement ' contre 
la personne ' de Saton ou de ses complices; elle leis adaprte 
aussi à toutes tes créatures dont elle veut user pour la 
sanctification des fidèles. Le sel, T^au, Thullie, qin devien- 
nent la matière ou Tacoompaguéinent ohligé de ses sacte- 
ments, sont tout d'abord, avant de les y employer, exorcisés 
con(inie eïitj\jché^^ depuis le p^cb^ origiDiçl^ d'uq priwMpe 
m.imvais quji fi'empaira alors de la matière et doot il faut la 
purifier préalablement. Ou exorcise iiussi avant du les béufr^ 



et par la nième taiBon, la premiëre pierre des églises, le mé-r 
tal qui doit 06 changer en diodhe, ie Ut 'nuptial dont lapro- 
fanatàdu aMm de Bi terriUes châtiments, comiM oa lé Tdit 
danftile Livre de Tobie ; les animaux eux-ttômes^ dont cei^- 
UisM maladie» seiyt justement attribuées à uue invasioû du 
dénmif comme on 6)i toit des eiEemples dans TÊTa&gile ; eu* 
&!> les maison^ habitées par l'Esprit infernal qui Ài'effotoe 
d'yjetir Tinquiétode dans um famille, d'y attirer Tattentioii 
m son pouvoir chimérique, et de soulever toujours ami^i 
parmi les incrédules des discussions qui n'ont pour réftuHat 
que de les rendre pliA coupables, comme on le voitpbr le 
litre si complet et si concluant de M. de IfirViHe sut lea 
manislBStâttio^s des etrj^ti * . 

Mois rien autrefoii^ ii'it rendu plnis tiveimnt cette ghmde 
eJBeomnnnication jetée par l'Église sur FAtigé détesté, que 
06S dittgoud mbnstrtaefudt, coimud soi» léê noms de gaiv 
goulUe, àt tmasque^ de gràtid^gueule^ et autres non moins 
significatif donnés à cette illustre Bête qui précédait leê pio* 
cessions Bolennelies, s'at&nçant devant la tàroa dont elle 
aflnon<^t la marche triomphale, et qui semblait la pousser 
conme un vaincu destiné à lui servir de trophée; e-étaitsur> 
tout à la fête de l'Ascension et aux Rogations qui la précè- 
dent, icai- c'était la dernière victoire de la Croix et du divin 
GrociAé. Â Rouen, à PoilÀers, àTavascon, et bien ailleurs, 
cette grosse vermine avait, aux yeux du peuple, un rôle 



^ Des Sspriti et de leurs Manifestations diverses, 6 vol. in-8^, Paris^ 
18K. — ' Ce Ittré û'i pa, étt dépii de toolet weê pféttveilei plui étideatet, 
aiTtck6r:à l'Acadétoîe dm Bcicnces, que l'auteur conjura plna d'urne foit de 
i'ea occuper, aucuae explicatiou de ces fatta, qu'eUe s'obstine cependant à 
regarder comme naturels. — Voir encore Tobie, vi» YM et yiil, puis le Mé- 
lAi^ à TAeMnik (armant l'at>peddiee du premier yolftibe 4e H. de Mir - 
fme. 



!00 DÉKOROIOaiB. 

très-important ; car elle gardait ses traditions, variant selon 
les pays, et représentait réellement le gain de quelque grande 
bataille gagnée sur le paganisme par les premiers mission- 
naires de la contrée ; c'est ce qui avait sans doute frappé 
l'habile dessinateur des gravures du Bréviaire de Poitiers, 
édité en 1765, lorsqu'il donna au dragon que terrasse et 
foule aux pieds le grand vainqueur de Tarianisme, des traits 
et des contours presque identiques à ceux de la grand'gueule 
rééditée à neuf, en 1677. Ce symbole a disparu avec tant 
d'autres parce qu'on avait fini par en oublier le seps, faute 
de notions écrites ; de longues interruptions firent surgir né* 
cessairement des erreurs et des superstitions que TEglise fit 
sagement d'abroger \ Ce que nous avons à conclure ici^ 
c'est que des faits pareils, qui se rattachent à cet ordre 
d'enseignements théologiques, se réitèrent très- fréquemment 
dans l'iconographie chrétienne, et qu'il faut tenir compte de 
l'opinion et des pratiques de l'Église, si l'on veut en avoir le 
sens et pénétrer les mystères prétendus inexplicables de ces 
curieuses manifestations de Tart. Et comme les formes de 
notre héros infernal, prises par lui en maintes occasions^ ou 
inspirées à ses iconographes, sont toujours bonnes à reoon«- 
naître, finissons ce chapitre en analysant un des plus curieux 
tableaux qui puissent nous mettre sur la trace de sa physiono- 
mie et nous le signaler sûrement au milieu de nos laborieuses 
recherches. 

Les livres de niagie ue sont pus rares; les grandes biblio- 
thèques ont encore tous ces vieux traités de sciences oc- 
cultes dont la plupart, en se faisant l'interprète de supersti- 
tions ridicules, étaient cependant plus coupables qu'on ne l'a 

* Voir notre H\zL de la ealhédr. de Poit. , ii, 50 et luiT., où iioqi 
flTOi^s tracé Tliistorique de cet usage. 



DÉMONOLOGIE. SOI 

voulu croire et méritaient l'indignation publique, autant 
que la sévérité des magistrats. Le catholicisme, qui ne 
semble plus mériter aujourd'hui ni la protection des souve- 
rains ni le respect des légistes, était aloi*s la loi fondamentale 
de toutes choses. Jésus-Christ était le Roi des rois, et Ton 
n'entendait laisser le droit de Tinsulter^de le nier, à aucun de 
ses ennemis qui, par la profession ouverte deThérésie, atta- 
quaient les racines mêmes de Tarbre social depuis si long* 
temps fécondé par Lui : à plus forte raison, ne pouvait-on 
permettre à la raison humaine de pactiser avec le hideux an* 
tagoniste de Dieu et du bien. 

Tant que TÉglise suffit à cette tâche au milieu des popu- 
lations dociles et confiantes, tant qu'elle ne se vit pas des» 
tituée du bras séculier institué d'En-Hautpour seconder sa 
mission, ce qu'on savait du démon et de ses menées, ce qu'en 
crurent les peuples fidèles se borna aux notious nettes, préci- 
ses et purement théologiques, recueillies de la chaue chré- 
tienne et des enseignements écrits des Docteurs. Mais vin- 
rent les temps de foi moins vive, d'hérésies anti-sociales, 
comme celles des Albigeois, des Vaudois et autres illustres 
devanciers de nos illustras démagogues du temps présent, 
si dignes de leurs ancêtres, et qui ne les justifient si bien 
dans leur congrès de progressistes que parce qu'ils se défen- 
dent eux-mêmes en les justifiant. Â ces époques fatales, on 
vit s'augmenter la tourbe de ces esprits égarés qui ne mi- 
rent plus de honte ii s'ériger eu sectes rebelles, et qui pré* 
tendirent à une résistance dont les fruits devaient être si 
amers. 

C'est surtout à la renaissance des lettres antiques, et à 
partir de la fin du quinzième siècle, que le génie des innova- 
tions, nous l'avons dit, plana sur le monde avec les hypocri* 
^ figures dea deiuç grands patriajrohes de la prétendue Ré- 




201 IMllMIOLOUft. 

tomse. On fit toutes Im erreurs diaboliques faire aesatit de 
hardiesse cotitre l'Église. Trompeurs ou i^rompéB) des esprits 
pert^rtismiégairés s'adOQUèi^nt aux pratiqpies démekiiaqMB) 
et ce devint le jeu de leilM «deptes dé mer audmieu^emeiit 
leur partic^ptltion réelle aux trames de Téufer/péndaut que 
Texauien sémeux de leur leonduite, leurs awux mèuie déter- 
mitMient À des condàmuatious capitales des jfttgee tipii n'a^^ 
▼ûeut irr«é)4t;qù% coniMAtre et à pttvfir d^howibles ^éritéSi 
{Autét '<|lei^ de6 invro^nts QtA uéte«r ^ient conuufi d^ueuft^ 
autrepart. La getft^rtirte^ doutla tête érapoiée aimebee!a«- 
coup plus les passious sans frein que le calme Aes études âé- 
rieuses^ue «uaâq>aa pas w& antagonistes de TÉgiise; etteiéur 
v4m eu aide au moyendeseft piuoeatix'Mde sesburius^comiAe 
tes Lettres par<le meâtonge et )a satire*; eUe^'efferga, eu de» 
pag^ ardentes^ 4 dénalku^er h^^rtui eu Ve&agérant, et le ilé^ 
pi^tt 60US ks Biâk formes d'aJbsurdités tneroyables ; de là 
ees fivres fAh> diable feignit dese véfuter lui-même, ces grsp^ 
Yores àk le crayon^ en exagérant les grosses besHàKtéi de 
Sataoi et en forçant île type'de ses traits sôus celui* des mon^ 
tm ka pluiâmpossibles, parvint à ne vieu laisseor dans w 
peuple frivotede ce que laibiiy avait^mie. fin tout delà porn^ 
tant, Satan ^s'était fait le plus beau Jeu ; on n^avait plus peut 
de lui dàs^otti quW se le représentait comme une simptô 
image de ftmtaîsîe, et^atnsi^ plus on semoquaitdekii, i^vâ 
il'taiomphait. 

Une de ces images le» plus forcées fut composée au seiziè- 
me lEiN^le par un arti&te inconnu, mih dont le travàft fat 
évidemment inspiré par un génie satirique disposé à cet ei- 
ces 'd'imagination qui calcule se)s effâtd et compté sur leurs 
conséquences ^ Il avait voulu repré^uter ùnë de* ces ééH* 

^XMà^ùéH ^tiairei ^ k'Wfiottè^ RlélieHëa.Oa It MaVé'idi^ 



DiKOROItOaiX. 9Û3 

monies cabalistiques nommées le sabbat^ et il a groupé, pour 
cet effet, diverses scènes, toutes plus bizarres les unes que 
les feutres, n^ais fort insti'uctives pour nous. Nous j retrou* 
?ons tous nos animaux symboliques déjà connus., ayeo toutes 
les singularités de leurs s^llures, avec toute l'excentricité 
des plus drolatiques modèles. Au «premier plan, deux sorciè- 
res, dev^mt une chaudière profonde d'où s'élève une double 
ooloDue d'épaisse fumée, s'occupent à confectionner un. 
pMkre; ellçs jettent dans le liquida bouillant des .poignées de 
serpents, des crapauds qu'elles écartellent, pendant qu'une 
troisième active d'un énorme soufflet, sous la chaudière ma- 
gique, le feu qui s'entretient par des t^es et des membres 
disloqués de jeunes enfants. Su arrière, un homme nu, cou- 
ché sur le flanc, barbu, éohevelé, semble attendre le port qui 
l'appelle à subir la même opération, et déj^ il en regoU; un 
présage dans l'attitude mena^nte d'uft certaiin reptile arrêté 
80U8 ses jçux et lançant vers sf^ .personne uudard wa mpins 



rej^nMte tiaptécmr tolttme da ÉÊoyen^^/égeM ta Remiêêmée^ ^ftlM^râg^ 
doit ki ptadiw nontfavt îotâremtotet, «s^ dont le toito» 4 oôté d'nao 
éradiUon «oufei^t ^oateua» qna^d il a'og^t de» wt», rey^lQ Au-de«K)!w de 
rignortnce permise trop souvent quand il s'agit de dogme^ de morale, de 
croyances ^ou de pratiques chrétiennes. On dirait que les' écrivains de cette 
gitade er^À^e^eètoptlMIoD^ont vottln cré^r une èUcydopédlo à rosage>d«ii 
d««i|^Tl«»ta^ E«fl0ri«eiltHi);4iif» Ursquéfi^Ue dw dix-builîMie «Me vooHit 
le laice une renommée, elle confia sa partie théol^ique à un estimable 
théologien qui ne manqua guère à sa mission. Nous protestons, pour notre 
compte^ à Tégard de cette encyclopédie nouvelle, contre les systèmes et lés 
fiiiiiÉêtés Jétéa par M. PanU Ladrolx et IWr4iaand Deiiyi- dsttt les mt^hm 
npmlUiQm^ mmceA oamtta^j «k» Nous en citen0ns«biendraut)rfls.vr; mais» 
ea conscience, c'est atta^r des noms capables de mieux s'honorer à un 
li?re qui devrait être plus digne, et qui n'a pour lui ni l'ordre^ ni la mé- 
thode, ni la vériUble érudition. U est imposdMe de digérer ^e teHèréeude», 
qui, en<déAiiittve, «'apportant «aotta f roftfc à Ymi^ime fCfi««t4âeraiien(à Qa 



304 DÉMONOLOGIE. 

foriuidftble que toute sa nature visible, formée du lézard par 
sa longue queue squammée, par ses reins dont une suite d'é- 
normes vertèbres partage le double hémicycle, et qui a, dans 
sa tête, du crapaud et du serpent. Deux scènes correspondent 
à cette première ; le spectateur y voit à sa gauche un étang 
fort rapproché de la marmite, où de jolis enfants debout ou 
assis au bord de l'eau semblent préposés à la garde des gre- 
nouilles ou crapauds qui y fourmillent. On devine leurs 
fonctions à Tusage que chacun d'eux sait faire d'un bâton 
dont on les a armés, aux gestes par lesquels ils montrent fort 
bien que les animaux groupés sur le rivage ne doivent pas 
s'en éloigner, puisqu'ils sont l'ingrédient nécessaire de l'o- 
pération principale. Par un raffinement de perfidie, ces en- 
fants aux jolies petites poses, et qui semblent prendre avec 
une charmante naïveté le rôle qu'on leur donne, sont desti- 
nés eux-mêmes à devenir bientôt les victimes de ces horri- 
bles maléfices ; car, à droite, autour d'une table dont les plats 
contiennent encore la tête et d'autres restes d'un enfant de 
leur âge, cuisant pour ce détestable festin,siége à l'aise, dévo- 
rantces mets impie6,un pêle-mêle de diables et de gens desti- 
nés à le devenir . Femmes de toutes conditions dans le costume 
de leur ordre, depuis la grande dame au col monté,au riche ver- 
tugadin, et dont les cheveux s'élèvent sur le sommet du front 
comme deux cornes indubitables, jusqu'à l'humble bourgeoise 
aux grossières étoffes, sont là attablées et goûtant avec un 
air de satisfaction visible les délices de ces ossements déchar- 
nés qui paraissent aux mains de tous, et que la plupart su- 
cent encore dans l'extase de leur infernale gourmandise. 
Une conversation animée semble unir d'étranges propos aux 
autres mérites d'un tel repas. 

Pas un homme ne s'est adjoint à cette réunion féminine. 
Est-ce une malice à l'adresse du sexe, toujours admb de pré* 



DÉMONOLOQIE. S05 

férence dans ces réunions sataniques? Nous Tignorons, mais 
il faut que ces femmes qui se rassasient ainsi de jeunes en- 
fants ne songent guère aux leurs, surtout en voyant près de 
la table^ dans Tattitude d'une créature fort occupée, un chien 
dévorer sa part de cette monstrueuse viande. Mais si les 
hommes sont absents, les diables ne manquent pas ici. Grâce 
à la rotondité de la tablo, le peintre nous les montre de tous 
les beaux côtés : hoiribles faces de boucs sur des corps de fem- 
me, corps velus, queues de vache ou de porc, ailes de papil- 
lons nocturnes ou de chauves-souris, visages hagards où Thu* 
manité s'allie au diabolisrae parut) choix d'oreilles et de cor* 
nés qui accusent dans chaque individu le caractère de la bête 
dont il tient : voilà qui peut donner au premier plan une 
idée préliminaire de ce qui va se passer à tous les autres. 

Le milieu du second plan s^enveloppe des nuages asceu- 
dantq d'une fumée épaisse qui s'échappe de la chaudière 
inférieiure. Cette fumée se divise en trois colonnes de spira- 
* le^ dont l'inégalité et les divagations laissent des espaces 
vides que remplissent à l'en vi soit des sorciers et des sorciè- 
res, soit des personnes ensorcelées, les unes transformées 
en diablotins qui s'amusent à faire voler au.bout d'un fil des 
papillons, lesquels, on le qait, sont le symbole de. l'âme; les 
autres traversent seuls les airs qu'ils fendent avec une indi- 
cible rapidité, où montent des chimères qu'ils fouettent avec 
des nœuds de serpents ; d'autres enfin ont enfourché le balai 
traditionnel, se livrant sur cette étrange monture à des 
voyages aériens dans un costume plus ou moins échaufi*ant. 
De ça et de là, traversent l'atmosphère, en retombant sur le 
sol, quelques-uns de ces ossements que sans doute, dans la 
rapidité imprévue de leur départ^ les adeptes avaient empor- 
tés de la table où ils participaient à l'exécrable régal. Quant 
au balai que nous voyons figurer ici, on l'attribue u une dé- 



S06 nÉkoiroLoon. 

généimoeiice) créée par des esprits petr respectneul; en 
tiiyr8e> de. Bnechns^ jusqa'Mqael on fiiit remonter Torigine 
du sabbat» Ce nom, «m reBtejViîeiidhMit d^* Sse&çnç, nom pliry- 
peu dw dieu Sabax {^àjbazius)^ atec teqael' le BbccBûs dé» 
Greee et ^es Latins trotrre dans' la mythologîe antlqoe de 
firappants rapporta d^ideûtité K 

MailBce(t(e*équital!ibn excentrique n^bst pas^hi seule qd 
étonne dans^ cette paige dévergondée. Au-dessous et à cdté 
de 008 eavaliers dise dfeux: sexes enfôurcBant tout ce qui' leur 
rtBste du sceptte pritaitirdti dteu dto orgies, voîcl d'&utt^ 
vwtiges dé ces désordres où Ite mœurs étaient' néisessaire- 
m«nt^ compromises' autant que lise raison. Â dh)fte, et dfalis Ib 
paiptie>laiplta'éle*réede notre estampe, figure Satan assib 
dans mue' sorte d% trfine qui ne lui' laisse* montrer' que sdfi 
buste^ e€ au dtevant d^iquel pendënf ses deux jamberde 
iKmo; sa tôte db chèvre est parée db quatre cornes et* sur- 
npontéed'un globe aux rayons lumineux. lï est assisté paf 
deos femmes; assises chacune d'un côté, tenant un 
ftiteeeau de serpents; Tune est couronnée conlitte une'reine, 
l'autre a uu simple voile qui couvre sa tête eS se répand sut 
ses épaules; tou4 deux gardent une attitude qui ne manque 
pas d^ine certaine dignité ; nous • craignons bien que l'une 

l'En liiaait ràrticle qve Mi Pàrltot a contacré' à Skbai dans 'sa partie 
iit9flwlegi4«B>de )tk^Biograpkk^ uidoertêih {U hn 4C|0); odî reeottlM<qQ'èii 
«Sét ces aif0i9bl^ dci^oiMaqaaa mme^é^r^nàé àfk loBgtem^ VèK9 ' chré^ 
tienne^ et qae, poar ariiver jvaqa'à qoivi, elles ont dû traTerter lea oig^ 
da paganisme et prendre l'empreinte de ses impuretés. Les daines lascives, 
mettttMinées dans 1er assemblées des païens adbrateurd dé Bacchus^ se repro- 
duisent^, oq le > voit, dans kMscèâeaidttla'BeniiBaaoe, et*mnw«aif<Mi|^'ti^ 
pertinen^men^ qu'elles ne sont pfis étraag^Fea aux.moMintafiiiflleside'cef- 
taines assemblées de libertins où,^ sans invoquer le diable^ auq^^el ces aveugles 
ne croient plus^ on cède à ses seules inspirations en mêlant dans les orgies ce 
que la débauche le plu» dégoûtante peut allier à la plur révoltante impiété* 



.". I • 



^'■*^^.iM^ 



] '. 



itoQNOMin toi 

4*«Ue0, a/» soit uiv^uidigner poro^! d' iirii des plus niagQifii{iim 
p«B8iigfi9 dtt LkiNfi* saintSi. où la sagifias dkiiae exalte' ses 
propnes teautiis eo. terme d'iuna aaa¥ité ehaïaiiante eid/^ne 
iloqiKiieei iaimitaMe ^ ; L'autre noua semble meias dIfBoUe 
à^enifierw Quoi qu'il ett soit^eoidirait <|iie( tooJlea deuas repréu 
g^ateot, dana lai difféoenoe de leiur* eostamt^ au tpèst-iuibaioii 
umn aimple^ etuae! reine^etmua&iiunediecQndiAioq plue 
qodeala, lesquelles, feraient encone: là e0ntIibue]^ les deu» 
ixliiêBiies} de l^ société buAiakie m& haareura da «ea abantt*- 
BaUas aoroeUîBiQee* Eu effet,, a» pâed da^ trône^ «d petit ei^ 
fiDt teufe rm est préatnté. à Sataiir pan uAeifennie ^ pas u» 
iémi^ «ua QoauB« lui;; d/un» maûi Uaibûitienneuir abaqoe 
biaa» et da l?autre kii montreuft le prétendu dâeo auquei iii 
est ivideqt^par lear pofie>qu'ila yieulentdéterxniiiep la panTw 
petit à asi eeaaaer^r^ pour devenii; bieatfiit rallmeiib da Vho^ 
HÛdderepaaqiie oom aicausvu. ILa: ittalheuHniae ovéatupe 
leiable, du reste, oeicéder queimalgcé efie: une foroe< irvé^» 
tistàblala maintieut; maia ou; voifcbieu, k lia; totumum* de- sa 
têta^baisaée, qulelle ne- peut, aa défendve et .prévoit aao soit; 
Seaiarquojis qu'une toqsttca fork appamite'eouronBele>8onw 
met de sa tète, ce qu4 semble indiquer asaea claipemea* 
euane ooiiaéoration' dérisoire au ouâtoe cruel qui lia can*^ 
èavie, oUi une alluabn: am qleif^iqite tes^ ¥aiidoîa aimaieiitf 
sipeuk 

Quoi qu'il en soit, cette infàmcioéréma&îé va se^ranouve»* 
1er. car de tels sacrifices appellent dea: victime» namlnreuaes, 



* Voir au ch. viii des Proverbes, où^^se révèle toale la science des choses 
physiques et sumatureUes^ telle que TEsprit de Dieu la donnait à ses pro- 
phètes plus de mille ans avant Jésus- Christ. Jamais langue humaine n'a 
proléi^ ttB< langage empreiiHi d'une- amisâ hautes majesté* et' d^wne doo^-tne 
«Qsnisûre. Onisait q«o rEgliaa m reeoBaq^la: saisjta Vâerge- symbolisée dans^ 
cette aagasse du 



208^ OÉHONOLOAIX. 

et en voici d'autres qu'un messager de malheur entraîne vers 
le tribunal oà on les attend : c'est une femme échevelée, les 
mamelles pendantes, se crispant h cheval sur une chèvre 
dont elle serre les flancs de ses jambes et les cornes de ses 
deux mains. L'animal est lancé à toute vitesse au milieu 
d'un de ces nuages de fumée fourni par la chaudière du pre- 
mier plan ; il porte en croupe deux petits enfants dépcaillés 
de tout vêtement, dont l'un passe ses mains autour du corps 
de la sorcière, et l'autre s'enlace à celui-ci. Ce petit couple 
est sans doute de ceux que nous avons vus faisant la garde 
de l'étang aux grenouilles ; et, en effet, si l'on se reporte 
vers eux, on les trouve espacés au bord du gouffre de façon à 
laisser devenir vide la place de deux ou trois autres 
qui 7 manquent. L'un des absents est donc celui qui figure 
au plat du festin infernal; les deux autres s'acheminent sur 
la chèvre vers la même destinée. Observons ici que ce crime 
(l'infanticide fut très commun de la part des sectes qui 
vouaient leur haine à l'Église ; la pensée d'un Dieu-enfant 
leur était hostile, et ce n'est pas sans j trouver une grande 
force contre les philosophes, toujours prêts à nier les crimes, 
alors qu'ils sont le fait de leurs amis, qu'on voit ce signe 
de guerre au christianisme apparaître si fréquemment dans 
les récits les plus authentiques, aussi bien que dans les légen- 
des populaires. Les annales judiciaires n'en ont pas moins que 
la Chronique de Nuremberg * . 

Revenons à notre sabbat. 

Comme dans toutes les affaires où le diable a ses entrées 
libres, l'immoralité devait s'y classera côté de l'assassinat. 



1 Cf. Chronieamm Liber cum fignria et imaginibui Michaelis Wolgftnroth 
et Willelmi Pleydenvrart, per magistrum Harman Schedel^ doctorem Pata- 
?inuiD, Nurebergensem, p. ccu et ccu. — In folio, Nuremberg, 1493. 




DÉVONOLOGTE. HM 

Rien n'y ressort mieux que ce nouveau caractère de la plus 
basse corruption. Yoilà, à l'angle supérieur du tableau et à 
gauche, un groupe de quatre musiciennes» les unes assises, les 
aatresà genoux, jouant de la flûte, delà harpe,de la viole et 
d'une sorte de basson, et que préside une cinquième aux che- 
veux encouleuvrés et dont les doigts s*exercent sur une gui* 
tare. Tout ce monde là, évidemment, est encore de conditions 
différentes^ très-reconnaissables à la variété des costumes fé- 
minins; ces femmes mènent une de ces rondes infernales con- 
nues chez cette nation sous le nom de grand-mezcle, et dont la 
condition unique, mais essentielle, est pour elles d'être en* 
tièrement nues et d'exprimer le plus éhonté libertinage. 
Elles ont pour pendant, à droite et non loin du tribunal de 
Satan, indiqué naguère, une autre danse du même carac* 
tèreoà des femmes, alternativement habillées ou non, sont 
mêlées avec aussi peu de retenue à des démons ailés affec* 
tant la forme humaine ou celle des satyres ; enfin, en reve- 
nant aux premières danseuses, nous remarquons au-dessous 
du plan qu'elles occupent une sorte d'assemblée fort«nom- 
breuse où les deux sexes conservent toutes les convenances 
de leur costume habituel et complet ; seulement ou voit bien 
s'élever au-dessus de la foule quelques paires de cornes et 
certaines poitrines découvertes qui témoignent assez que le 
diable s'en mâle et que les conversations qu'on écoute de lui 
et de ses su[)pôts avec une complaisance visible, se rappor- 
tent à des choses de haute importance. La princesse^ avec 
»on luxe d'atours recherchés, la paysanne, coiffée de sa sim- 
ple cornette, la bourgeoise eu robe retroussée, sont une fois 
déplus convoquées à cette réiinion, destinée peut*être par 
le peintre à démontrer que toutes les classes participent avec 
plus ou moins d'entrain à ces funeste^» œuvres de la magie 
noire. Il n'est pas j usqu'aux jeunes enfants signalés plus haut 

TOMB XT. is 



SIO DÉHONOLOOIB. 

dont les vêtements ne trahissent ou Thumble état ou Taisan- 
ce des parents auxquels stin.< doute on les a ravi». Il y a plus: 
des costumes indiquent parfois, au milieu de ceux qu'alors 
on portait dans la France de Charles VIII, de Louis XII et de 
François P% d'autres modes qui rappellent des peuples étran- 
gers: ainsi on voit en première ligne, parmi les rangs de 
cette assemblée profane qui nous semble figurer le monde 
avec son plus ou moins de participation à Tceuvre diabolique, 
on voit, disons>nous, deux personnages, homme et femme, 
dont le costume espagnol trahit nettement dans le peintre 
une intention arrêtée. Ainsi, on ne peut dontt^r qne cet en- 
semble d'épisodes si divers, mais tous parfaitement reliés à 
ridée principale, ne soit un programme complet de la dénio- 
nomanie à l^usage de tous les peuples et de toutes les condi- 
tions sociales. 

Il n'en résulte pas moins, quant à nos études, que celle qui 
nous occupe dans ce chapitre a de fortes racines dans la 
croyance catholique audiable,dans ses manifestations person- 
nelles et dans l'enseignement théologique des temps chrétiens. 
Cette bizarre représentation que nous venons d'analyser en 
ses moindres détails n'est que la reproduction évidente de tant 
de scènes démonologiques de nos églises qui, pouf y être écri* 
tes moins largement, n'en sont pas moins les fréquentes re- 
dites de ce que la foi apprenait à nos pères sur le purgatoire 
ou l'enfer. Si, dans ces siècles profondément religieux, le 
peuple avait su lire ; si les grands, qui ne le savaient guère 
mieuxqaelul,eu08entpu chercher ailleurs la science des choses 
étemelles, nous ne la verrions pas aujourd'hui au nombre de 
celles qu'on étudie à grand'peine et que tant d'incrédules dis- 
cutent encore. Toujours est-il qu'on ne devra jamais confon- 
dre l'origine de ces deux catéchèses, dont l'une fut longtemps 
très*populaire au profit du bien, l'autre ne lui succédant si 







DÉM0N0L06IE. 211 

généralement que parce que, semblable en tout au génie fatal 
qui rinspirait, elle tendait à patroniser son pouvoir au 
moyen d'une usurpation. C'est pour avoir méconnu la pre* 
mHvpe-q^ie la secmitle* pègne seule^ anjourd'èur sop lerramide,! 
&çonné par la main des factions impies. 

En réfléchissant sur ce taUeciUrde la Renaissance, on y voit 
le germe des maux qu'elle nous a laissés : les princes qu'elle 
avait corrompus abandonuèreut la. piété catholique en abdi- 
quant la pureté des mœurs ; en faillissant à TÉglise^ils appri* 
rent aux peuples à ne l'aimer plus autant, et de jour en jour 
ils en sont venus à ne pas valoir mtciix les uns que les autres. 
OtBiaaM iémtàÊtmèeiÇi <tefi>imaivité«iinpieé;<{AK'lfMit1(il(le 

dâp ftliiës'Aatk«4«Jp@^fHié<'(lë!i «uAiytei- ^^ttVbtéV^ cMà«' 

pA^r; cte"iÂolfttr!ëi^<»i"(H(<U 'Sfôtitii 'qiié' ràPv'èiilf et ^\it'' 
géfit àn^itVl- lë^'é^cérirétlà'db't>bttVbri> dit laf&iiHi'stti^tifé'qUt' 
les imite, tout cela n'était-il pàS'ctfitQtn^'iinVsdil'tëHlI'iii'd^tf^'' 
ti^où se reflétaient davanCeles habitudes sensueuesi lesiiu* 
dfies systématiques, lés lubriques plaisirs, la perversion oié- 
thodiq^ie,et gpuvernementale des esprits et des cœurs Z On ! 
grands philosophes de notre siècle, vous faites le mal eu niant 
q^'il e^iâté; vous n'aspirer qu'à une vie da Oiaténalisme et 
de péchés capiitauz ! Vous riea des esprits mauvais et de leur, 
eheffr doirtrvous aieuves^'atttaut p)usl^ triomphe l C.'est>q^e^ 
TOUS ne savez rien ou que vous avez tout oublié I Endorme»*' 
Tossndana^ccft aitpDêiÉ^iir^bon&ewrs déHirdifFéitoacrf^tldh? mé* 
prisi(iîiaqii'it> ea qde ces^^pieiméir »iBpitfàileif4Lï'v«A<taBHMa «fe? 
il^i^liVOUfWfuMtiUh -hiâ^ag^,' i>retfi(èu(^titfe VtflXnpIRll^ ti^ 
eMAbdWtet%*âbffiMetft'pdUi* vbU3'pth)llr !' 

L3ab&é AustR^ 

Clnnobie de L'égifwr-d» Poitiers, Historlo^pke dtt dlocètté^ 



LA CHAIRE DE L'ÉGLISE SAINT-LAURENT 



A PARIS. 



L'art industriel, malgré d'incontestables progrès, a trop rare- 
ment encore l'occasion de faire valoir ses droits auprès de la cri- 
tique sérieuse. Si l'on aime les belles œurres à notre époque, on 
poursuit aussi les œuvres faites à bon marché, et difficilement les 
artistes soucieux de leur réputation peuvent satisfaire à la fois 
leur propre goût et leurs clients. 

J'ignore absolument en vertu de quel compromis la nouvelle 
chaire de Téglise Saint-Laurent, que viennent d'exécuter BIH. 
Moisseron et Ruault, d'Angers, a été faite ce qu'elle est, mais on 
peut dire sans crainte que c'est une œuvre de grand mérite.Svelte 
et sévère tout ensemble, cette chaire est conçue dans le style da 
quinzième siècle. Deux escaliers légers et gracieux de forme y 
conduisent. Elle aura sa place entre deux piliers de la nef princi- 
pale et se dégagera parfaitement de l'architecture gothique de 
l'édifice. 

Le pédicule est surmonté d'une frise où je remarque une vi- 
gne entremêlée avec beaucoup d'art, de plantes et d'animaux de 
petite dimension. C'est une partie très-fouillée. Des consoles 
partent de cette frise et forment cul «de - lampe à leur jonc* 
tion. 

La cuve de forme hexagone est ornée dans ses panneaux, 
qui sont eux-mème terminés en accoladesdu quinzième siècle, de 



, 



LA CHAIRE D£ L'ÉGLISE SiEf NT-LAUAENT . SI 3 

trois élégantes statues en haut relief taillées dans l'épaisseur du 
panneau.' 

l'Adam représentant la loi de nature. Il est pris au moment 
terrible de la tentation. Le fruit symbolique est dans sa main, il 
regarde et il hésite, tandis qu'à côté de lui le serpent tentateur 
s'est enroulé sur l'arbre de la science pour atteindre à l'oreille du 
premier homme. 

S* Hoîse représente la loi ancienne. Sa tête est empreinte d'une 
expression de gravité mêlée d'inquiétude. Sa longue barbe très, 
habilement brossée, pour une sculpture sur bois, ajoute singu- 
lièrement à la beauté de cette figure. Moïse porte les deux tables 
de la loi, et l'artiste Ta montré descendant du Sinaï. 

3"* Enfin. Notre-Seigneur Jésus*Christ occupe le panneau du 
milieu, et il est ici la figure de la loi nouvelle. Calme et confiant 
comme la toute puissance, il est représenté bénissant. Dans Vatti- 
tode, dans le geste et dans les traits, il y a entre les deux statues 
que nous venons d'analyser et celle du Sauveur une différence 
qui montre suffisamment que l'artiste s'est préoccupé de vepté* 
senter un Dieu après avoir peint Fhomme. 

De la cuve, l'cBil remonte à Fabat-voix : quatre colonnes liii 
serrent d'appui. Des accolades à jour relient ces colonnes avec 
beaucoup d'élégancoi L'abat-voix, divisé par des moulures qui 
toutes convergent vers une rosace placée au centre, répond à l'en- 
semble du travail, et le plan uniforme de cette pièce est sans mo- 
notonie. J'en dirai autant du dossier sur lequel l'artiste a dispo- 
sé ses ornements avec une sobriété qui est de bon goût. 

Aux angles de l'abat-voix, qui bien entendu est hexagone 
comme la cuve, les culots des clochetons qui le surmontent sont 
terminés par deux petits angelots ou des chimères que le seul* 
pteur a pris soin de ne point faire grimaçantes, comme un trop 
grand nombre de celles qui ornent nos monuments du dixième 
au seizième siècle. 

Dix-huit clochetons du plus fin travail dominent l'abat-voix. 
Des arcs-boutants surmontés d'un aqueduc simulé^ absolument 



jusqu'aux gargouilles qui terminent les contreforts» atl^^ftt^^ 
^ppj^Yfi?^rJout4p 8pip:^e)'^teiar:|i frire wwfflWjP^^^Ci^tji^. 

fJfjB^/^-bPli^afits retisB]a^.lep Aiguilles^ecoj»4«iïïW*Aa ^ 
^^^i^iflf4fi. A sa ba^ ^tm^ iftftteroe à jwr fl'up gi^w 
^^V iW42«WfA^P^iPWée l*,ftgwsB4e fiaipt UuFfint iU4i«Qt.ui^ 
palme et son gril ; sa tête, légèrement penchée, respjvre^fi^isfi^ 
^^^(^^.^f^ jaune;; M plls.de sa ip)»e de4iacr^ opt jp^Rfe^ 
*WÎ4JP WgWftlfluj «pirte# ïfi^»«Htp#yàiP ^c^t^ «IffW.ji 

une flèche biirdi9^dQgn«)e4W>ftuiTOmiteia «mK- 

jm»$ ^\iié^w9imnmià «iDeiobaire.j60t inné #i»rre^'artiste.etiM^ 
4liM.l4i|5ciA»ce.ettejgKtoe, la fimm^^HidmwA, te «herotenr 
«t to4ioete e» ionl lait tm ^dimil .^'adrchMogie 4t^ sa ihhvm 
imo^Mr d^flltiifaine *ks moins iwAuàgffOti. iM mMvneatoKte» 
4M^tiM0^pite MfacAftrisentffiB()pi^efeit «u iiiilBar Itetàrieqr 
de Notre-Dame, du côjédn dit^éL» aamncua qBoove, cstte^Dét 
âîtîgiNUM i9t de tMprelles léUganles que iiea atotoiD^ datiaîilte- 



LE CHOIX DU TITRE 



DAMS LES ABBAYES t<ORBBKTmE«. 



'■^M 



iii II 



Mlh n^ert jAis jiiltdresqte, 'plus gracletit, ^fuè d£gfànt que le 
titre choisi par les premiers Pères de TOrdi^e de PréiâtJnirë fioûlr 
rappeURtion Ses Abbayes Norberflries. 

Soutent le Èom du lieu, quel qn^il fût, pourvu qu'il fût révétù 
de la consécration du passé, sufOsàit à dénommer rëtàblié^ineiil. 
Bhis presque toujours, quand remplacement, eùcore inndtkmlié, 
deTait recevoir les honneurs du baptême^ une inspiration qui ti- 
rait son origine de la nature ou du ctel, ou du paysage^ bu dé 
rbfskAre, et qui était tout nn drapeau pour Tavenir, présidait au 
choix du titre que devait porter la fondation nouvelle. L*abbayè 
reposait-elie dari^ Tun de c«>s frais et fertiles Vallons qui prodi- 
guaient lanx maisons relijçieiise^ la richesse et l'ombrage» les Pères 
l'ippelalrnt Viillèe-Secrèle, VaHée-Sereine, Vallée-Chfétienhe, 
V;;llée-Célèbrt», Valïét^^e-la J(»ie, Vallét»-des-Lys, Vallée-Douce, 
VdllétvRoyiile, Vallée-Ste-Marie, Vnllée-des-Nonnes, Val-dés Mb^ 
niales, Val admirable, Val-Dieu, Ville-Dieu. 

La ^sence des eaux vives, trésor si ehvîé et vraSi^ent si indîs- 
pensaMe dans tout grand établissement, servait fré>{uemmént à 
fournir Tidée recherchée: ainsi furent créées nos abbiyes de Fou- * 
taine-€haude (fons calidiis), Fontaine- André . Sept-Fontaines, 
Neu^Fontaines, Aasse-Fontaine, Étang- Vert, Bel-Étang, Lac^de- 
ioux, BèMwpi^iti;, Bfeàti-P(Art, Ile-Dieu, Ile-Ste-Mariê. 



"^ 



9i6 ABBATkS ^OBBBBTiN£S. 

Les Abbayes se trouvaient-elles assises sur le sommet des moa> 
tagnes, elles s'intitulaient les trois-Montagnes, le Hont-des-Oli* 
Tes, le Mont-St-Micbel, Belle-Montagne, Beaumont, Mont-de-la- 
Justice, Justemont, Mont-Dieu, Montdaye, Moutagne-des-Aigles, 
Montagne-des-Humbles. 

L'ordre, étant consacré tout entier à Marie, ne manquait pas de 
donner le nom de la Divine Vierge à quantité de nos maisons. 
Quoi de plus doux que ces titres Ste-Marie-des-Jardins, Ste-Ma- 
rie - Ville - d'Or, Ste - Marie - des - Ermites, Ste - Marie - d'Amour, 
Tombeau-Ste-Marie, Cour-de-Marie, Ue-Ste-Marie, Vallée-Ste- 
Marie, Ëtoile-de-Marie. 

La couleur de neige du costume de l'ordre servit aussi i fixer 
plusieurs dénominutions célèbres, Blancbelande, Blancbe-Mai- 
son, Dames-Blanches, Blanche-Cour, etc. 

La belle nature en général, que nos Pères ont toujours goûtée et 
chérie, leur a founii mille noms délicieux : Le Domaine, le 
Verger, la Chesnaie-du - Bonheur, Étang- Vert, Forêt- Sacrée, 
Grand-Gouffre, Vigne-du -Seigneur, Bocage-Impérial, Pleioe- 
Forêt, Château- d'Espérance, Jardin -des -Fleurs, Champ -des- 
Boses, Champ-Boy al, Rose-de-Marie, Lyre-Impériale, Lumière- 
du-Monde, Belle-Campagne, Belle-Zone, Beau-Lieu^ Beau- 
Repairey Jardin-Fermé, etc. 

Les Norbertines n^^taient pas moins bien inspirées ; leurs cou- 
vents prenaient pour titres : Grange-des-Dames,Courtil-de6-Dames, 
Forêt-les-Dames, Val-des-Nonnes, Val-des-Moniales, etc. 

Il faut se réporter un instant par la pensée en plein XII* siècle, 
pour comprendre avec quelle flamme de ferveur, quel enthou- 
siasme céleste, ces multitudes de jeunes filles s'arrachaient du 
joug tyrannique d'un siècle d'airain, d'une société servile pour se 
réfugier dans ces suaves asiles de l'innocence qui portaient gravés 
à leur frontispice : a Cbamp-des-Roses, Chesnaie-du-B(mbeur, 
Chftteau-d'Espérance, Écrm-Neuf , Belle-Ceinture, Montagne-des- 
Prinçes, Joyeuse-Vallée. » Là op trouvait le Ciel sur la terre, la 
patrie dans l'exil. F. Louis bb Goi?u.6IUi. 



ÉVOLUTIONS DE L-ART CHRÉTIEN 



PBBKIKB ARTICLE. 



l'art bibliqub et l'art chrétien. 

Le premier temple de Dieu fut le temple de la nature ; Dieu 
lui-même en fut Tarchitecte. Dans ce temple, le sanctuaire est 
partout; il a pour colonnes les grands arbres, et les rochers pour 
autels ; les fleurs des champs en sont la parure, le soleil et tous 
les astres Téclairent de mille et mille flambeaux. 

Lorsque la noble simplicité du enlte patriarcal ne suffit plus 
aux besoins des générations accumulées, Dieu Toulut bien que 
la main de Tbomme lui élevât un temple. Tl fit plus, il lui promit 
d'y habiter ; et, jusque-là, seul artiste, il se chargea d'ouvrir la 
première école où l'art fut enseigné selon toute la grandeur de 
sa légitime mission. Il ne dédaigna môme par d'en être le pre- 
mier maître. 

« Voici, dît-le Seigneur à Moïse, Béséléel, flls d'Uri, fils de 

• Hur, de la tribu de Juda ; je l'ai rempli de l'esprit de Dieu, de 

• sagesse, d'intelligence, de science pour concevoir ou exécu- 

• ter tout ouvrage qui peut se faire en or, en argent, en airain, 

• en marbre» avec des pierres précieuses, et toutes sortes de 




218 ÉVOLUTIONS DB L*ABT GHRÉTfER. 

c bois. Je lui ai associé Ooliab, fils d'Achisamecb, de la tribu de 
• Dan ; je les ai instruits de tout ce qu'ils devaient savoir ; j'ai 
c mis dans leur cœur tout ce qu'il faut posséder pour faire les 
« ouvrages que je t'ai . commandés : le tabernacle de l'alliance, 
€ l'arche du témoigûage, le propitiatoire, tous les vases àtbrés, 
« les autels, le candélabre, les vêtements sacerdotaux *. » 

Béséléel et Ooliab, guidés par l'inspiration divine, accompli* 
rent avec une perfection qui a mérité les louanges de l' Esprit- 
Saint, l'œuvre qui leur était confiée. 

L'art, élevé dès lors à une si haute dignité, ne devait cepen- 
dant prendre, ni dans ce premier temple du vrai Dieu, ni dans le 
temple de Salomon qui lui succéda, les développements aux- 
quels il était appelé dans les églises chrétiennes. 

Dieu unique, dans un temps où les hommes voulaient se faire 
autant de .dieux qu'ils avaient de temples, qu'ils se fabriquaient 
d'images, il voulut n'avoir qu'an seul temple, et n'y avoir pas 
d'image. 

Dieu invisible, il voulut dans ce temple, à la place qu'i^ avait 
choisie \ionT y habiter spécialement, par un privilège ineffable, 
et précisément parce qu'il se l'était i éservée, qu'aucune image 
n'y manifestât sa présence sur les lames d'or du propitiatoire. 

C'est un besoin cependant île notre nature de nous représen- 
ter sous des formes sensibles les choses qui, accessibles à notre 
intelligence, ne le sont pas à notre vue. 

Dieu tient compte de tous nos besoins. Dans l'ancienne loi elle- 
même, il eut égard à celui-ci : on le voit par les figures de ché- 
rubins qui, fdacées au-dessus deTarche, l'ombrageaient de leurs 
ailes ; par les figures du même genre qui, «n grand nombre, 
ornèrent le temple de Salomon. Avec un peuple aussi enclin que 
l'étaient les Juifs à suivre la pente générale qui entraînait tous 
les hommes vers ridolfttrie. Dieu trouva prudent de ne pas per- 
mettre de multiplier parmi eux les images, indépendamment de 



Évoi^moifs us l'aat ghbétif.n. 919 

la défense absolue de représenter la divinité sous des formes v> 
fiibtes. Il yottjjait ceipendant que sob peuple le seuttt préside luj, 
et, aftq 4'^aa être plus faeHement compris,, à défaut ëe ces images 
peiDtcis Qu sculptées, il ne lui épargna pas Ie8 figures de langage: 
lui-même il a4es yanx. il eûtend comme s^il ayak des o^^eilles^ 
il parle comme s'il ha a uae booehe» son bras se lève, sa main 
f'^pesiaiiUt. Aans it» visians de ses proplièies, ces figures pren- 
o«at une apparence eosporella» et il se moudre à eu comne un 
majestueiw vieilland* 

1a poésie -des Livres saisis contient les germes d'un art qui 
l'îMifait esaporté^ s'il lui eût été loi^lile de «e dérvelopper, sur les 
cb^IM-^BUime de i'art grec, de toute Ja supériorilc iyii'e«Teat 
y^seM Oaivid sur.Qcmièoe et Pindare. 

Ce que lûs Juiié ne ifirent pas« >les ctirétiens, hnirs )l»ërjtters, 
étaient destiaés à ie faire^ Disciples d'un Dieu tait bomme, 
|iOur eux devaient être enlevées toutes ies entraves qui, «ous 
rmpire de l'ancîemie loi, aidaient tenu l'art . enebalné. U leur 
HiarleDait de Caire jailbr du sein des livres sacrés, selon fex*- 
pn»iJoa de Joseph de Haistre, un beau célt*sie, destitué à faire 
pftlir tout ce que la Gnèce avait enfanté de pins idéal. 

Avant d'abprvler l'étude des règles et des représentations«onsa- 
uie& par Tim^c, qui doivent servir à diriger l'art chrétien, nous 
ivoni jugé utile d'offrir un résumé historique de ses développe- 
mviê et de ees vicissitudes. On ne saurait, en effet, avancer dans 
G«tteétoide sans recoouatlre bientôt que k manière d'entendre 
cis règles £t ces reipféseatatioiis a singulièrement varié sutmat 
les temps. 

L'art cbrétieu «eut d'abord à se dégager des errements de l'art 
tout impréff^é de paganisme, au sein duquel il prit jQaîssance„ 
mnine l'I^se au milieu des gentils. 11 eut aussi alors besoin de 
cacher, du uiaijis 9m profanes» les pensées ineffables qu'il aivaii 
cepi^ndaot mission d'exprimer : pensées de vie, de salut, de déli- 
naaçe,/^ ralimanteuttout entier pendant «es (Nremièras pério* 
4«fb Ces fwspes cflnsanrent (une coulwr de douceur et de paû 



2iO ÉYOLUTIOS TE l'art CURËTIKN. 

que nous pourrions appeler pastorale, et qui, en effet, ont pour 
type l'image du Bon Pasteur pendant l'ère tout entière des persé- 
cutions. Après la conversion de Constantin^ elles prennentuntoa 
de victoire» de triomphe, qui trouve sa plus haute et sa plus ha- 
bituelle expression dans l'image du Christ triomphant. 

Uu trait commun aussi à ces premières périodes, c'est la prédo- 
minance des idées sur les sentiments ; des vérités fondamentales 
sur leurs applications. Cette sorte de suprématie ne leur est se» 
rieuscment disputée qu'au cœur du Moyen-Age. Au xiii* siècle, 
à cette époque de vie et d'épanouissement, la pensée se conceutre 
moins et s'épanche beaucoup plus ; la sève chrétienne est vive, 
abondante ; ses produits sont plus variés ; l'imagination s'y mêle 
davantage. Puis, l'on veut moins admirer, pour songer un peu 
plus à s'attendrir ; c'est le moment où le Christ souffrant, le cro- 
ciflx, conçu dans le sentiment de la douleur,deviendra le type ca« 
ractéristique de l'art chrétien. 

A cette époque de transition, le passé et l'avenir se donnent la 
main : le passé est un ancêtre consulté, écouté avec un souverain 
respect; et voilà déjà l'avenir qui demande à prendre son essor, 
à s'élancer avec un vie pleine d'indépendance. 

Deux enfants, si on peut le dire, naquirent bientôt, au sein de 
l'art, du travail des esprits : le naturalisme et le mysticisme. Liés 
d'abord par des rapports intimes, ou plutôt entremêlés en des 
œuvres qui leur furent longtemps plus ou moins communes, ils 
ne commencèrent à se séparer qu'aux approches de la Renais- 
sance. Leur réparation, consommée alors, aété trop jugée d'après 
ce qu'elle fut depuis. 

Dans la nature il y a les affections et les sensations : le natura- 
lisme tendait à faire trop descendre l'art dans la région trop hu- 
maine de celles-ci ; le mysticisme le relevait sur les sommets où 
s'idéalisent celles-là, dans une atmosphère toute divine. 

L'affaiblissement de la foi et l'affranchissement des traditions 
coïncidèrent, au XVI* siècle, avec le plus parfait développement 
de l'art sous le rapport purement plastique. L'art put faire des 



ÉVOUmOirs DK L'aBT CHBiTIEN. 221 

ŒUTres chrétiennes, et les revêtir de tout Téclat q u'il avait acquis 
mais il n'était plus Fart chrétien. Tandis que, dans les régions su- 
périeures de Tart, la poursuite trop exclusive des satisfactions sen- 
suelles ou seulement de l'imitation naturelle aboutit à ce résul- 
laty les sentiments de la piété chrétienne arrivent facilement, 
dans les régions inférieures, à n'avoir plus pour expression qu'une 
imagerie alambiquée, sans naturel et sans goût. 

L'art chrétien avait besoin de se relever. Il s'est relevé de nos 
joors, et il s'est soutenu avec l'appui des études archéologiques. 
Nous obéissons nous-mêmes au mouvement que nous constatons, 
en essayant d'éclairer sa marche. ^ 

Telle est, en peu de mots, l'histoire des évolutions de l'art 
chrétien. Les.proportions de ce travail ne nous permettent pas de 
les approfondir ; mais nous recueillerons quelque lumière sur 
chacune d'elles, pour bien apprécier les œuvres, qui leur appar- 
tiennent. 



II. 



ORlGniB PE l'art CHa&TIEll. 



Réduits aux seules conjectures sur l'origine de Tart chrétien, 
nous dirions : les premiers chrétiens, même dès les temps apos- 
toliques, peignirent et sculptèrent. Us le firent par cela seul qu'il 
ne leur était pas défendu de le faire : ils le firent parce que 
l'usage des images, conforme à notre nature, s'adapte on ne peut 
mieux à la religion d'un Dieu fait homme. Dès lors que nous ne 
nous mettons pas sur le terrain de la controverse avec ceux qui 
n'acceptent pas les décision&de l'Église, il nous suffit de ces déci- 
sions mêmes ; et, puisqu'il est de foi que l'usage des images, loin 
d'être contraire à l'essence du christianisme, est utile aux chré^ 
tiens, comment croirions-nous, sans preuve positive, qu'ils se 
soient jamais absolument privés de leur secours 7 



1 



fS2 tvtjumon M L'Air cHftftmN. 

i49 pIUBiancien dbB peintres cbvéMeiiis> si Toq en «Mitteftliklër 
âadili9m^^a(ttnises dans l8 caâcile même' où-fut- tFSitckëe iâf 
question ;de lai légitimiiédes^^imifigés'etdu culte qu'on' leuî^mid). 
aurait été saiinl; Luc. Saint Luc était médecin ; iMis un médecbr 
de pfofes9îon peu! parfaiiemeiii avoir, comt*e amateur, quislqai 
talent- en^çetnitiiiFe; et la- supériopitt de-son inteUigenenyaeoonla^ 
mée à recevoir lesi inspirations du Saiat^Ëspmt^.a^ipv'Supptéfir il 
œ^quiaiffiiiiiinanqué à son savoir artisliquei. Rien^dtac neis'op- 
pGS€ià!cequel8> saint évaDgéUste soti; eat«flki^ Tdoteitt d^utt 
ourde pkisieuusc po rferaiU: det la Mère i de^ Dieu^ dont, seraient ^prdve^ 
nues, par vo^b d'imitation, les meiUeuns^ dw* atailqul»! itÊ»g» 
qnà portent son nom. Ces images: sont empruntes d^illeursi d^lin 
caksbet d^e- faeautè peu r^fuarquée de la plupart des'liom4b0B;'pai^ 
(fOLe rélévation' du ty^ie et la saveur extraordinaire do TeMpression^ 
n'y sont, pas aseez mises eo relief par la vigueur êà- pmCéAtaf^ 
mais selon nous, et nous espérons pouvoir ju^ti Ht cette* petfMë|' 
il n'est pas de modèles plus convenables pour apprendre à peindre 
Marie d'une manière digne d'elle^ i autant, du moins, qu'il appar- 
tient à notre intfrmité de le faire. 

Sans prétendre déterminer, la. valeur des. .traditions qui s'atta- 
chent aussi à Nicodème, nous ne le repousserons pas non plus ; 
et il ne nous partît nullement invraisemblable que le saint doc- 
teuv iqm, d'abor«l disdpie ti inide^! cachée dm <Saa9Suivse<inôalÉ^ 
plus tard si)eoiirageuK<qutuidr il fallni eaBbauoieù:! sonitaorfB'eti 
iVusewlir, ait employé ia le râpuéseirt^ sur la croix um coisiiîe' 
pratique de la sculpture qu'il aurait cultivée eraime délassement;: 
Tout ce que nousavons puireoueiUirrelâlÎTemefntaiiiiSafi/O'FoM' 
de Lucques,!qu'<ùDlui attribua, eûtfiltti fttfQrabla que cootiaiie- 
à ces traditions; 

Ce n'est point cependaint par lès images de ed gente^ eoceitr 
moins par celles qui» f(A*méea miraculé usemeot» ne seffaienipar 
dues à la main des hommes» que nous femns c(»nmenoer> l'iiis^ 
toire de l'art chrétien dont nous nou& proposons de tracer nn^ 
aperçu. Les traditions quise rapportent à ces images ont à tm- 



É^OIhUSIOlll^ DE l'A»T GHUÉTIEN. SI3 

jeaib use gvaDde iinportanee> et nous y reviendrons^, maie nous 
poBiWMis prendre comme' poiatide départ une base mcon,te8tablé. 
AnxteoDes^lelaxriUqtielapkis rigoureuse, on peut affirmer 
qê», parmi les peinlupe& chrétiennes des Catacombes, il en est 
qui remontent certainement au commencement du second siècle 
éê noire ère, et prebablem'ent même>au premier. 

Déjà d^Agincourfc avait, établi; par la seule comparaison' des 
tkfie^ qiM diirepses peintures olif étientios étaient contemporaines 
de celles des thermes de Tftus^et du sépulcre des Nasens ^ Mliis 
nous, nous prévalons surtout des' nouvelles découTert sdeM. 
le chevalier de Hosei ; de l'enéemble de ppeu<ves, Traiment déci- 
sives^ qai résultent cbez lui de l'étude combinée des caractères 
iconographiques^ de Tépigraptaie^t de )a succession des fouilles, 
|H>ur assurep cette antiquité aux premières peintures des Cata- 
combes ; notamment aux deux <:bambres sépulcrales de la crypte 
de sainte Lueine-, raMacbée aujourd'hui au cimetière de Saint- 
Odiite'. 

Itn'étaii' pas dans 1» natove des choses humaines -que -cet^ art 
Dussent acquit instantanément sa perfection ; mais dès^ses pre^ 
miersess^is, on y voii jaillir une sufiérioritédepenséequil^MèTe 
bien au-dessus de tout ce quUt était possible d-exéouier ou 
de -concevoir sous l'ebipiredu paganisf»e. 

Pour étaUir cette supériorité^ il n'est pas besoin de rabaifper 
fart antique. Cet art fut véritablement grand par la perfection 
des fermes, et plus encore par l'^évation des idées. Au service 
même des^ passions, il conserva f>resque tondeurs une empreinte 
denotdesse etderetenuequi mérita de passer au service de la vé- 
rité et'de la vertU) lorsque l'art chrétien reeueillit son héritage. 
Entre les deux, e& effets ks^rapports^le filiation ne sont>pasdQu- 



> D'Agincourt» NUL de V art par Z^smontmen/i^ C.yol. grand ia-fol. Pa- 
riB, 1823, t. II, p. 20; t. m, p. 4, t. v. Peinture, pi. vi. 

1 De RosBÎ, Roma soUerranea^ gr. iD-4^» Roina, J864, t. i, p. 34C, pi. 
XX, z ettoiv. 



224 ÉVÛLQTIOMS PK l'art CUliÈTIEN. 

teux ; mais ce ne fut pas au moyen des chefo-d'œuYre de la 
Grèce que le lien s'établit. Appelé à tout régénérer, le christia- 
nisme ne rattacha même pas l'art qu'il allait fonder aux sommi- 
tés de Tart contemporain : il le prit plus bas pour l'éleyer plus 
haut 

L'art chrétien eut à subir d'abord toutes les conditions sociales 
où se trouvaient les fidèles eux-mômes. Gentils convertis, renou- 
velés selon l'homme intérieur par la grâce du baptême, ils con- 
tinuèrent, en toutes les choses où la conscience n'était pas di- 
rectemoDt engagée, à vivre conformément aux usages au sein 
desquels ils avaient vécu jusque-là. Leurs artistes, quant aux for- 
mes, aux couleurs, à la manière et au style, ne devaient pas, i 
leur point de départ, se distinguer» ou, du moins, ne pouvaient 
se distinguer que faiblement des écoles qu'ils venaientde quitter. 

On a cru pendant longtemps que les chrétiens s'étaient princi- 
palement recrutés dans les classes inférieures de la société, par- 
mi les déshérités de ce monde. Aujourd'hui, au contraire, on ne 
peut douter, après les études de M. le chevalier de Rossi, qu'un 
grand nombre de familles |>atriciennes du plus haut parage 
n'aient été à Rome, dès le principe, conquises à la foi ; et ce fut 
sous le puissant patronage des Pudens, des Cornéliens, des Ceci- 
liens, des Fiaviens, Ti.ême de la famille impériale, à la faveur de 
leur situation territoriale etde leurs privilèges sociaux,que l'Eglise 
dut, en grande partie, de pouvoir vivre au milieu des persécu- 
tions, de s'assoir puissamment sur le sol, et d'y prendre dès lors 
une organisation d'une consistance extraordinaire. On ne voit 
point cependant qu'elle ait compté aussitôt dans ses rangs quel- 
que artiste de renom. Ces hommes à grands succès, enivrés des 
applaudissements, accoutumés aux jouissances, mal disposés 
embrasser une vie d'humilité et d'abnégation, étaient, plus que 
d'autres, rivés aux vieilles superstitions, occupés qu'ils avaient 
été, en forgeant des. dieux, à trouver là fortune et la gloire dans 
l'art même où, une fois chrétiens, ils ne devaient plus avoir en 
perspective que la ruine ou la mort. 




VOITK DK LA CRYl'TE DF. SV l.lJflNE. 



ÈVOLUtlONS DE L^ART CfiRÉTIEN. 2S5 

Aucun compromis, en ce temps, n'était possible entre les dis- 
ciples de Jésus-Christ et une mythologie foncièrement impure, 
qui, alors même qu'elle ne favorisait pas l'idolâtrie, couvrait 
d'un voile religieux cette sorte de culte que l'on rend au démon 
par la corruption des mœurs. 

En fait, parmi les nouveaux convertis, l'on compte de grands 
écrivains, des orateurs, des sav«ints, des philosophes : on ne cite, 
aucun chrétien du même temps qui ait mérité d'avoir un nom 
dans les arts. 

Quelques martyrs sont connus pour avoir été artistes ; mais on 
ne dit point qu'ils aient élé artistes distingués ; on ne voit point 
surtout qu'ils l'aient été au profit de leur nouvelle croyance ; il 
semblerait plutôt qu'ils lui ont fait le sacrifice de leur talent et 
de leur vie. 



III. 



GOMIIBIIT l'art CnÉTlBN SE DiCAGE DE L'aRT DU PAGANISME. 

Au moment où le christianisme s'introduisait dans le monde 
pour le renouveler, l'art était entré dans une période de pra- 
tique abondante et facile. Elle est jugée aujourd'hui, l'anti- 
quité étant mieux connue, bien inférieure à la sève vigoureuse, 
au génie créateur qui caractérise l'époque de Phidias. 

Nous avons admiré, nous admirons toujours l'Apollon du 
Belvédère, le Laocoon. Là, nous ne voyons pas seulement la 
noblesse un peu théâtrale de la pose, la grâce et la souplesse du 
modelé ; ici l'habile tension des muscles, l'horreur d'un sombre 
désespoir: nous y voyons, d'une part , une élévation surhumaine, 
de l'autre, sinon le sentiment et l'idée de la vertu, tels que l'édu- 
cation chrétienne nous les a fait comprendre, du moins quelque 
chose de grand par la dignité dans le supplice. Et, dans leur 
nudité, les plus belles Vénus du même temps n'ont-elles pas 

Tom XV. 16 






226 ÉVOLUTIONS DE l'ART CfiRÉTlSN. 

^lûm^nt une pôdeur dont sont bien éloignées leurs imitations 
modernes 7 

Pour apprécier cependant le niveau religieux et moral auquel 
s'est éleyé Tart antique de la Grèce au siècle de Périclès, on ne 
peut plus s'en tenir à ces œuvres dont Rome fut peuplée posté- 
rieurement au siècle d'Auguste, œuvres, non de décadence, 
mais d'un art à son dernier terme d'épanouissement. Dans sa 
phase la plus grande, nouvellement dégagé de l'enfance, l'art 
antique alliait, sans parti pris, plus d'énergie juvénile à la plé- 
nitude de sa virilité. Moins sobre de mouvement dans l'action^ il 
était plus hiératique quant à Tidée; et dire qu'alors ses 
Vénus étaient vêtues, n'est-ce pas faire comprendre suffisamment 
dans quelles régions il avait recherché le beau ? 

Né en Grèce dans les temples, comme il est né partout, l'art 
s'y était élevé, autant que pouvaient le permettre les ombres du 
paganisme, à la conception la plus haute de la perfection et de 
la grandeur dans les images de la divinité : formes accomplies, 
noble modération de mouvement et d'impression, sobriété dans 
les détails, puissante concentration quant au trait décisif : voilà 
encore ce que l'on observe, même aux époques postérieures, dans 
les meilleurs des marbres qui peuplent en si grand nombre nos 
musées, tant fut profonde l'impression primitive. 

Il ne nous est rien parvenu des chefs-d'œuvre de la peinture 
antique qui nous permette d'en juger au même degré. Cepen- 
dant les témoignages de sa perfection ne nous manquent pas, et 
les peintures murales d'un ordre secondaire que l'antiquité 
romaine nous a transmises en très-grand nombre, et qui en sont 
probablement des imitations, nous en peuvent faire connaître la 
manière. 

Les grands peintres de la belle époque grecque avaient généra- 
lement peint sur bois des tableaux de petite ou de moyenne 
dimension destinés à être offerts et suspendus dans les temples. 

Lorsqu'ils en sortirent par la conquête pour venir s'accumuler 
à Rome dans les riches demeures des patriciens, ces chefs-d'œu- 



ÉVOLtmONS DE t/aRT CHRÉTIEN. ÎVt 

m de Part ^rdireât de leùt catacftèrè sacré pour dévenir des 
objets d'ostentation et de luxe. 

Bientôt, au lieu de Mspendre des tàbleaifbc 1^ Ï6ng dès mùts, 
on trouva plus sin)ple de peindre les murs eux-mêmes, et la 
peinture devint presque uniquement un moyen de décoration : 
Pline le déplorait. 

Cest cependant à cet usagé que nous devons foiït ce qui nous 
est parvenu de la peinture dés anciens. Tandis que leurs ta- 
bleaux ont disparu sans retour, les murs de Pompéï sont encore 
tapissés de peintures. Leur profusion^ dans une ville de second 
ou de troisième ordre tout au plus, nous donne à coihprendre 
quelle dut être la vogue obtenue alors par ce genre dé luxe. A 
défaut même de ces importantes découvertes, les spécimens n'en 
seraient pas d'une grande rareté. On en retrouve des débris par- 
tout où s'étendit l'empire romain. Il y à peu d'années, fusque sur 
les bords de la petite rivière dont notre Vendée a tiré son nom, 
on a découvert, dans les ruines d'une antique villa gallô-romaine, 
des restes de peintures, et lé tombeau d'une femme peintre, 
ensevelie avec tous les ustensiles de sa profession ^ 

Œuvres de praticiens qui voulaient aller yité autant qu'ils 
tenaient à bien faire, ces peintures toutes décoratives ont souvent 
une touche aussi lâche que facile, dont on he se ferait pas une 
idée si on les jugeait, par exemple, d'après les gravures de Bar- 
tholi ; et aucune d'elles ne justifie mieux cette observation que 
la plus célèbre de toutes, connue sous le noin dé ffœès Aldobràn- 
dmet^ si Ton considère l'ong^inaL et non sè^ ilnitatiôiis. Mais soùs 
cette exécution rapide, on reconnaît, en général, et dans la fa- 
meuse composition dont nous parlons, tout (iartibùlièrement, 
une telle grandeur de style, une si sérieuse élévation d'idées, que, 
très-probablement, lorsque ces peintures ont été féales, des mo- 
dèles, en tout points supérieurs; n'étaient pas éloignés. Ils ont dû 

^ B* Pillbn, DncH^iidh de ta vitîà et àii tombeau d*une femme arMè 
h. id^''* Fontenay, 1849 



228 ÉVOLUTIONS M L*A&T GfilUfenEM. 

être imités, sinon copiés ; il a suffi de raffermir les lignes des 
copies qui nous restent^ de leur donner plus de correction, pour 
les mettre en état de soutenir le parallèle avec les plus beaux 
marbres antiques : n'est-ce pas la preuve que, par ce moyen, on 
s'est effectivement rapproché du caractère qui appartenait aux 
véritables originaux ? 

De même il n'est pas improbable que les premiers chrétieDs 
aient eu des tableaux sur bois d'un mérite supérieur à tout ce 
qui nous est parvenu de leurs œuvres, et que tous ces tableaux 
aient péri sans retour, comme tous les monuments du même genre 
de l'antiquité païenne. Hais, nous ne nous arrêterons pas à des 
conjectures qui seraient sans objet ; et nous devons d'autant mieux 
nous en tenir^ pour apprécier leurs premiers essais dans les arts, 
aux peintures des catacombes, que nous y trouverons éminem- 
ment ce qui leur donne tant de valeur: la supériorité delà 
pensée. 

Considérées dans leur physionomie superficielle, on voit que 
ces peintures procèdent directement, quant au style et au mode 
d'exécution^ des écoles de peintres décorateurs dont nous venons 
de parler. Dans leurs dispositions elles s'assimilent, à s'y mé- 
prendre, avec l'agencement des arabesques et des scènes mytho- 
logiques en usage pour décorer l'intérieur d'un tombeau païen, 
ou une salle d'établissement thermal. Les sujets purement 
chrétiens eux-mêmes y sont choisis et rendus avec une telle 
réserve qu'il faut en pénétrer le sens pour en saisir toute la 
portée, et, pour le pénétrer, il fallait d'avance être chrétien. 

Hais, pour les initiés, quelle supériorité dans la pensée chré- 
tienne 1 Elle est incommensurable de pensée à pensée, partout 
où l'on en voit une dans les représentations païennes ; et, chez 
les chrétiens, elle est plus grande encore peut-être, si Ton consi- 
dère le rôle bien déterminé fait à la pensée dans leurs représen- 
tations. Les scènes mythologiques et héroïques, dans l'art 
antique, n'étaient pas assurément de pure fantaisie ni jetées anx 
yeux uniquement pour les amuser. Sous ce rapport et sous bien 









EVOLUTIONS DE l'ART CHRÉTIEN. 229 

d'autres, elles étaient moralement au-dessus de nos arts moder- 
nés, quand ils se séparent du christianisme. Mais comment, au 
milieu des fluctuations de l'esprit humain, auraient-elles exprimé 
arec précision ce que nul ne savait penser avec fixité, ce que 
nul ne pouvait croire comme lui étant enseigné avec certitude ? 
Du vrai au faux, du bien au mal, la pensée» dans l'art^ jusque-là, 
demeurait flottante. 

Le chrétien croit et il sait ; il sait d'où il vient, où il va ; il sait 
ce qu'il est, ce qu'il veut. A l'origine même du christianisme, 
la situation apparaissait bien plus tranchée qu'elle ne l'a été 
depuis, entre les ombres d'où sortaient les fidèles et la lumière 
où ils venaient d'entrer. L'idée du salut et de la régénération, 
ridée d'une vie nouvelle dominait toutes les pensées du chrétien. 
Non-seulement il avait en vue cette vie nouvelle qui consiste 
dans un usage mieux réglé des choses de ce monde ; mais 
surtout cette autre vie qui, acquise par le baptême, se continue 
sans interruption pendant toute l'éternité : la vie de la grâce, en 
nn mot, dont la vie de la gloire, qui en est le complément, ne 
lui paraissait point séparée. La mort, n'étant plus qu'une porte 
ouverte pour mener de l'une à l'autre, sans solution de continui- 
té, était volontiers passée sous silence, et Tobservation que nous 
en faisons est d'autant plus remarquable que les monuments 
sur lesquels elle s'appuie sont tous des tombeaux. 

Les sujets le plus anciennement adoptés et le plus constam- 
ment maintenus dans l'art chrétien pendant toute la période 
primitive sont le Bon Pasteur portant sur ses épaules la brebis 
égarée, et la femme en prière, debout, les bras étendus et levés, 
connue sous le nom d'Orante. 

Ces deux sujets avaient, plus qu'aucun autre, l'avantage de. 
pouvoir passer facilement inaperçus ou incompris aux yeux des 
profanes, à une époque où les fidèles étaient tenus de s'envelop- 
per des voiles du mystère. 11 n'est pas sans exemple que l'on 
trouve, parmi les scènes pastorales en usage sur les monuments 
pcofanes, un berger chargé d'un chevreaut d'une manière qui 



230 ivoLirrioKs db l'art çB$inm. 

n'est pas sans rapport extérieur avec le sujet tout chrétien da 
Bon Pasteur. D'un autre côté, aux quatre angles d'une voûte des 
thermes de Titus (reproduite par d'Agincourt * et rapprochée de 
diverses peinture» contemporaines des Catacombes, précisément 
pour mettre en évidence leur similitude, quant au mode d'eié- 

• 

cution), Ton vojt quatre figures de nymphes ou de femmes, tou- 
tes de fantaisie, qui ont beaucoup d'analogie avec les Qraates 
chrétiennes. Levant Içs bras pour soutenir des guirlandes, eUes 
ressemblent sui:tout aux deux Orantes entremêlées de deux Bons 
Pasteurs, que l'qn voit également aujf quatre angles de la voûte, 
dans le cubiculiim de la crypta de sainte Luciqe \ (V. la, planche 
ci-jointe). 

Considérez d'ailleurs. Tensemble de ce pieux JnoQuqn^t : qu'y 
yerrez-vous çifsuite ? Quatre Géx^es représei^tant ^s qui^tr); 
saison^, légèr^ipent jeté^ enf re les figures dea angles ; p^^ uni- 
quement des. tleui;s, des oiseaux> des, arabesques^ des. tètes de 
fantaisie, doi)t l'intention, s'il y en a une, ne va pas au delà, eii 
dehors de le.i^r emploi tout décoratif, d'une pensée générale de 
grâce et d^ fraîcheur; tout cela s'agen^ant autour d'une figure 
centrale du Bon Pasteur. 

Dans la position correspondante, la voûte des thermes de Titus 
montre la figure d'un beau jeune homme, élevant d'une de. ses 
mains une corne d'abondance ; il soutient de chacune d'elles les 
extrémités d'une draperie qui ondule gracieusement derrière luii 
sans rien dissimuler de sa nudité ; autour de lui rayonnent» outre 
les quatre figurer de nymphes debout dans les angles, quatre 
autres figures de. femmes, demi-assises, demi-couchées avec non 
moins de grâce,* dans les compartiments intermédiaires, où elleis 
correspondent aux génies des quatre saisons de la peinture chré- 
tienne : elles pprtent pour attributs un vase^ un thyrseou un 
sceptre, un miroir et une flèche. Que ce soient des bacchantes ou 
qu'elles se rapportent à d'autres allégories, on ne peut nier 

« D'Agincourt 9 Peintures^ t. v. pî. vi. 
* Da KoMf Borna iêtUraMea^ U u pU x. 



ÉYOLUTIODS BB L'ART CHRÉTUU». 231 

qu'elles n -aient dans leur attitude rien que de convenable» et Ton 
peut croire qu'elles expriment cette juste modération dans le& 
jouissances qui constituait la Tertu^ selon le système â*£picure ^î 
Elles concourent, dans tousles cas, avec lafigure principale et tous 
les accessoires qui les entourent» à représenter la vie temporelle 
et sensuelle sous ses couleurs les plus riantes. .Et que pourraii» 
ou de mieux, après Favoir envisagée ainsî^ que d'oublier sa fin 
prochaine, ou de souhaiter voir la vie renaître toujours la même? 
Que ces pensées sont loin de celles des chrétiens ! Ici, au 
milieu aussi d'un riant entourage, que ne dit pas cette simple, 
cbaste .et touchante ijnage de la brebis perdue et retrouvrée 1 
L'humanité s'était égarée loin des sources de la vie ; le divin 
Pasteur la porte sur ses épaules et l'y ramène : idée de renouvel-* 
lei^Bt et de paix, avec laquelle s'associe parfaitement le souve- 
nir allégorique des saisons, car là est le rétablissement de Tordre 
daos la nature ; là, est la vie encore; non plus la vie d'illusions, 
dont les douceurs si fugitives glissent des fleurs d'une sage jouis* 
sauce, aux fanges du vice insatiable; mais la vie véritable, la vie 
pure et qui ne doit pas finir. Et voulea^vous savoir en quoi elle 
consiste ? Voyez les autres figures, liées par des rapports si étroits 
avec celle du Bon Pasteur, que leur association est pour ainsi dire 
touiiours sous-entendue quand elle n'est pas formellement expri- 
mée : ces Orantes ont, avons-nous dit, quelque ressemblance avec 
les figures de femmes qui, dans la peinture des thermes de Titus, 
soulèvent les bras pour soutenir des guirlandes : mais au fond 
quelle différence 1 Non^seulement elles prient, mais elles sont en 
eu quelque sorte la prière même et l'union avec Dieu person-» 



1 Lea esprîta étaient alors toornés à tel point ver» cette sorte de morale 
que tous les livres trouvés à Pompéï et déchiffrés avec tant de soUicîtude, 
d'sdresse et de persévérance, dans l'espoir de retrouver quelques-uns des 
ouvrages perdus de la haute littérature grecque ou romaine, n'ont offert 
jusqu'ici que des traités de ce genre. Ce n^est pas Tépiciiréisme tirant ses 
deroièfiSf cirnséquences, mais luttant infractaeiitemeiil peur les éviter* 



232 ÉVOLUTI02tS DE L*ABT CfiEÉTIBN. 

niflées. Et si vous étudiez quels sont les emblèmes associés le plus 
volontiers aux figures d'Orantes, vous verrez que ce sont la co- 
lombe et Tolivier qui correspondent aux brebis et aux palmiers, 
attribués au Bon Pasteur. L'ftme est réconciliée avec Dieu, elle 
est rentrée en paix avec lui, elle lui est unie, et l'union avec 
Dieu... c'est la vie. 

La mort était entrée dans le monde par la faute de la première 
femme. L'Orante, c'est la nouvelle Eve ; comme Jésus, personnifié 
sous la figure du Bon Pasteur, est le nouvel Adam. Elle est la 
femme^ l'épouse, par excellence, et^ en conséquence, tour-à-tour 
' la Très-sainte Vierge, TÉglise personnifiée, la vierge cbrétienne 
en général, ou une vierge chrétienne vouée à Dieu, prise en par- 
ticulier, ou l'âme chrétienne prise plus généralement encore ? 
Ces diverses significations sont applicables préférablement les 
unes aux autres, suivant les points de vue auxquels l'Orante est 
considérée, points de vue quelquefois déterminés par les termes 
mêmes de la représentation ; mais souvent aussi laissés dans une 
sorte d'indécision, qui permet à l'esprit, dans un même moment, 
de les choisir à son gré, de s'en tenir à ce qu'ils ont de commun, 
ou de s'attacher à ce qui les distingue. 

Ces figures du Bon Pasteur et de l'Orante, pouvant être prises 
pour une profession de foi, pour une exhortation, pour un mot 
d'ordre, pour une invocation, on comprend qu'elles aient été ré- 
pétées dans une même composition, comme les invocations d'une 
litanie. L'image de la miséricorde divine, représentée par le Bon 
Pasteur, équivalant à ces mots Miserere nobis^ l'Orante peut, 
jusqu'à un certain point, correspondre à ceux-ci : Ora pronobù; 
surtout si on le considère comme représentant la sainte Vierge 
d'une manière plus spéciale. 

La répétition seule des figures d'Orantes pourrait s'entendre, 
et doit s'entendre dans certains cas, de la commémoration person- 
nelle de plusieurs vierges, de plusieurs saintes réputées en union 
avec Dieu ; mais celle du Bon Pasteur ne pouvant se plier à une 
pareille interprétation, leur répétition simultanée a évidemment 



ÉYOLUnONS DB l'ART CHRÉTIEN. 233 

OQ la signification proposée, ou une signification analogue. 
Si nous Toulons maintenant nous rendre compte du ciaractère 
de ces peintures sous le rapport des formes et de la touche, nous 
Terrons qu'il s'accuse précisément dans les figures d'Orantes.Sou^ 
kur lacture rapide et négligée, on reconnaît une main formée 
à une école pleine encore du bon style de l'antiquité ; et, dans 
lears formes élancées, leur dessin presque vaporeux, joints à leur 
tenue si chaste, est-ce une illusion de voir, comme élément nou- 
Teau, un parfum de pureté et un certain élan qui tend à spiri- 
toaliser l'art 7 



{A suivre) Grimouaed de Saint*Laursiit. 



BIBLIOGRAPHIE 



LE TRÉSOR DE L'ABBAYE DE SÂINT-MAURICE, par V. Edouard 

AcBKRT, un vol. iii-4*. Paris. Morel. 



Au wevwpjt oii ifiient de S6 tormUDer la publication d'oa oiiTnige 
d*Dne importance capitale pour Fétude de Fart religieux au Moyen- 
Age, nous croyons devoir donner aux lecteurs de la Revue un rapide 
aperçu de ce livre que M. Aubert a consacré à la description du trésor de 
Saint-Maurice en Valais, Tune des plus ricbes réunions d'objets d'orfè- 
vrerie chrétienne restées intactes à notre époque. Mais avant d'aborder 
ce sujet qui forme la partie la plus importante de cet ouvrage^ je crois 
devoir suivre Tauteur dans le résumé historique qu*il a donné des vi- 
cissitudes de cette abbaye^ aujourd'hui peut^tre le plus ancien des 
établissements monastiques de l'Occiddnt. 

C'est à Agaune^ au pied de la Dent-du-Midi, sur les bords du Rhône 
et à l'endroit même où la tradition s'accorde à fixer le lieu du martyre 
de saint Maurice et de ses compagnons de la légion thébaine, que^vers 
le milieu du IV* siècle^ Théodose, évêque du Valais, réunit quelques 
religieux sur lesquels, jusqu'au commencement du VI* siècle, nous 
n'avons que très-peu de renseignements et que nous voyons seulement 
travailler et vivre en communauté. A cette époque (517), Sigismond, 
roi de Bourgogne, fait construire une basilique pour y déposer les corps 
des saints martyrs, réunit les évêques et les comtes de son royaume 
et, donnant une règle aux religieux, y établit la psalmodie perpétuelle. 
Au VII1« siècle, l'abbaye déjà ravagée précédemment par les Lombards, 
Test de nouveau par les Sarrazins; en même temps, la règle primi- 
tive se relâche, le désordre s'introduit dans le nouveau monastère que 
Charlemagne vient de réédifier. Pendant les trois siècles qui suivent, 
Saint^Maurice devient la proie des abbés commendataires, cadets le 
plus souvent des maisons de Bourgogne et de Savoie. Enfla« en iW, 



BlBLLOGBAfHIB. 985 

iia demande de & Hugues, Amédée 111^ coiûte do Savoie, substitue 
aux séculiers des chanoines réguliers qui y sont encore aujourd'hui et 
dont i'&bbé, jouissant des prérogatives épiscopales» administre, sous le 
privilège de Texemption, un certc^in nombre de paroisses des envi- 
rons ^ 

Par un hasard, que l'on serait tenté de qualifier de providentiel» mal* 
gré les désastres et les révolutions qui a'ont pas manqué de fondre sur 
l'abbaye, comme nous le montrions plus haut, les chanoines de Saint- 
Maurice ont pu conserver intact le trésor dont presque toutes les piè- 
ces rappellent d<;s faits historiques et sont des dons des souverains et 
des princes qui, depuis l'époque mérovingienne, se sont montrés les 
protecteurs de l'abbaye, ou des souvenirs d'illustres voyageurs» de 
pèleriJOS couronnés qui s'y sont arrêtés en aJllaat à Rome ou en Pa- 
lesUne. 

M. Aubert a dessiné et décrit chacune des pièces de cette collection, 
mais i uotne regret, nous ne pouvons que les signaler rapidement : 
D'abord la grande châsse de S. Maurice, beau monument du XII" siècle, 
dont quelques remaniements pp^téri^ur^.ii'ont que faiblement altéré 
le caractère ; celle des enfants de S. iSigismond remarquable par ses 
représentations de costumes militaires ; une autre châsse doiinée par 
l'abbé Nanlhelme et datée de 122^ ; un coffret mérovingien en verrote* 
ries cloisonnées et avec inscriptions, considéré â tort jusqu'à ce jour 
comme un don du papa Eugène 111 à l'abbaye. Nous voudrions tout 
indiquer dans les dessins de notre savant confrère de la Société des 
AoUq^aires de France, et pourtant nous sommes oblige de choisir daoa 
ces quarante belles planches et de ne parler que des pièces les piqs 
importai^tes : d'un vase en sardony};: gr£^yë,.dit vase de S. Martiç et 
qui doit être attribué â quelque artiste grec du temps de .Constantin ; 
d'une aiguière en émaillerje cloisonnée de travail oriental et qu'une 
tradition, justifiée par l'examen de cette œuvre d'art, fait considérer 
comme un cadeau fait â Gharlemagne par un calife arabe. Notons 
encore deux reliquaires donnés par S. Louis, les bustes de S. 
Candide et de S. Victor, le bras de S. Bernard Me Menthon, plu- 

^ naos la dernière partie de sonUyrp, M> Aubert a con^pUt^ l'hi^^plfe.de 
SimUAUQrice en retraçant soii état^ actuel et en do^na^t aveiC, la de^gripr. 
tion de cet établissement rénumération de son personnel et la liste de. b$|i 
poss^iona. joutons que plus de çiqqfiiiiji^e cba^rteSi copiées poiiK..h|^plApArt 
dans les ajrc|^|reçi,4e V(ikbba|fe.^ seryp^t de, pièces jastj[%atÂyes^^ <^t>«iPI?rçii, 
lûstorlqae. 



236 BIBLIOGRAPHIE. 

aieurs ciboires et la statae équestre de S, Maurice donnée par Em* 
manuel-PhilJbert en 1557. 

Les aquarelles et les dessins de M. Âubert sont reproduits aTec une 
grande fidélité en chromo-lithograpbie et dans des graYures dues k des 
artistes de talent attachés à la maison Morel ; le texte, qui sort des 
presses de Jouaust, est orné de nombreux bois reproduisant principa- 
lement des initiales et des motifs empruntés à des manuscrits de la Bi- 
bliothèque Mazarine. 

Déjà connu comme historien, comme dessinateur par son grand 
ouvrage de la Vallée d*Aost«, couronné, il y a quelques années, par 
Tinstitut, M. Aubert vient, par cette dernière et splen^ide publication, 
de se placer au premier rang des archéologues qui se sont consacrés à 
l'étude dos arts et de l'industrie au moyen-âge, et son nom sera toa« 
jours cité désormais à côté de ceux de MM. de Lasteyrie^ Labarte, de 
Linas et Darcel. 

A. DlXABST. 

LA CHARTREUSE DE BOLOGNE. 

L'éminent architecte de S. M. le roi de Portugal, M. lb Csbvalier 
DA SiLYA, vient de publier à Lisbonne, mais en langue fraDçaise,une 
étude éditée avec grand luxe typographique sur le Congres interna- 
tional archéologique tenu à Bologne en i87i. Nous empruntons à ce 
nouvel ouvrage, que recommande à l'attention de tous le zèle de son 
auteur pour le développement de la science archéologique, les lignes 
suivantes consacrées à la Certosa (Chartreuse) de Bologne ^ : 

a Pour arriver à la Chartreuse, il faut traverser plusieurs quartiers 
de la ville. Sur la gauche de la route, se voit une longue file d'arcades 
murées sur une de leurs faces et servant pendant trois milles * de 
chemin couvert pour se rendre à la Madonna délia Guardia '• 

t Bâtie en 1335, la Chartreuse de Bologne perdit sa destination primitive 
en 1797 et fut convertie en 1802 en cimetière. 

* Environ dnq kilomèlres. — Ces portiques, suivant parfois une ligne in- 
fléchie comme le sol sur lequel ils sont éleyés, datent de la fin du XYII* 
siècle. 

* La Madonna délia Guardia^ du Monte délia Guardia, situé aux portes 
de Bologne, est aussi appelée Madonna di San Luca^ d'une ancienne image 
byzantine de la mère du Sauveur, attribuée à S. Luc. 



filBLlOGRAPfi». 237 

• La constraction de ces portiques est due à la dévotion des babi- 
tants, chacun d'eux faisant b&tir un certain nombre d'arcades, et 
ron a gravé sur le marbre, les noms des personnages qui ont eu 
cette générosité. Quoique ce chemin couvert ne soit pas en ligne 
droite, sa perspective produit néanmoins une singulière impression ; 
on est étonné de voir tant d'arcades isolées à cet endroit et ce por- 
tique, que Ton ne supposerait jamais avoir appartenu à une cons- 
traction religieuse, a plutôt Tair d'un aqueduc abandonné. 

« La disposition de la Chartreuse est assez semblable à celle des 
autres Chartreuses que l'on voit en Italie. Tous ces édiQces sont 
grandioses, simples, et d'un caractère austère. 

« De beaux tombeaux modernes, se trouvent placés sous plusieurs 
nefs voûtées, qui se croisent en tous sens. Ces monuments sont ornés 
de sculptures de différents artistes de mérite et, posés au milieu, ou 
adossés au fond de ces nefs, recevant à peine un demi-jour qui en 
augmente les dimensions imposantes, ils causent dans l'âme du 
visiteur un sentiment quelque peu pénible, mais qui ne diminue en 
rien le respect et la vénération pour la mémoire de ceux qui reposent 
sous le marbre, dans ce lieu de silence et de recueillement. Outre 
que ce sentiment serre le coeur, il donne une leçon à la vanité 
humaine. » 

Gh. Lucas. 

LE BEAU DANS LA NATURE ET DANS LES ARTS, par l'abbé P. 
Gabobit, profeiflcur d'archéologie aa Petit-Séminaire. — 2 vol. — 
Paris. Lecoffre fils et Comp., éditeurs ; Nantes, P. Maxeau^ libraire. 

La lecture de ces pages sur le beau, sur ses principes et ses règles, 
sur les applications multipliées qu'il en fait, nous révèle dans l'écri- 
vain qui a pu composer un tel ouvrage, une âme élevée, droite, déli- 
cate, impartiale, qui habite des régions sereines, qui se nourrit des 
idées les plus justes, les plus pures. On aime à monter avec elle à ces 
sphères lucides et radieuses, où l'on contemple le vrai, le bien, le 
beau dégagés de nuage, dans toute leur splendeur. On se plail à plon- 
ger comme elle^ dans ces vastes horizons^ à embrasser les rapports 
harmonieux des choses de la nature avec l'homme et de l'homme 
avec Dieu. On rencontre au milieu des considérations les plus 
graves, une foule d'observations pleines de finesse, de goût, et de 



338 AlBLtOORAPHU. 

charaie qui Fdposent et rafriiichisaeiit l'atlention.VtHis respiree, fl*an 
bout à l'autre de Touvrage. un air de vérité, de simplidté^d'hoDiiétett, 
de distinction, de haute moralité, de piété même douce et snave, qui 
vous pénètre presque h votre insu ; rien de pédant, d'affecté, c'est 
comme un parfum qui vous enveloppe, s'insinue en vous et vous em- 
baume. Si, pour suivre et bien comprendre la théorie du beau exposé 
d'abord par l'auteur ; si, pour saisir et goûter les applications qu'il 
offre dans le premier volume, il faut une attention soutenue, on est 
amplement récompensé par les notions claires et précises qu'on ac- 
quiert, par les jouissances élevées et nobles que procurent les aperçus 
si frappants et si gracieux que l'auteur y jette à pleines mains sur sa 
route* 

Le second volume, qui a pour objet le beau dans les arts, pirésente 
un autre genre d'intérêt, à la portée peut-être d'un plus grand nombre 
d'esprits. H. l'abbé Gabcprit y a réuni sur la littérature, la musique, la 
peinture, la sculpture et l'arôhitecture, un ensemble de données qu'on 
trouverait peuUêtre difficilement ailleurs, condensées dans un si court 
espace. Il expose la nature de ces cinq arts, les principes qui déte^ 
minent la beauté dans leurs œuvres, leurs procédés j il cite leurs plus 
célèbres productions et retrace leur histoire, il indique la marche qu'il 
y aurait à suivre en ces jours àleur égard. Sans doute que ces notions 
pourraient être plus développées ; mais elles sont suffisantes pour 
mettre à même d'apprécier, de raisonner, déjuger, en matière d'art, 
d'une manière juste et convenable. Ce qui nous plaît, surtout, c'est 
l'énergie avec laquelle l'auteur flétrit Tabus qu'on a fait des arts ; c'est 
la franchise avec laquelle il proclame les sainéd doctrines sur les arts; 
c'est la conviction qu'il montre de leur noble destination ; ce sont les 
efforts qu'il fait pour les rappeler à leur mission première, si haute 
et si belle. 

M. l'abbé Gaborit a rendu un immense service à la jeunesse, et 
nous pourrions ajouter, à tous, en donnant un traité du beau bien 
pensé, bien écrit, qui comprend à peu près ce que doivent connaître 
sur les arts ceux qui ne peuvent pas approfondir de semblables ma- 
tières. 

Si les artistes et les gens du monde prenaient pour guide de leurs 
inspirations et de leurs jugements cet ouvrage sur le beau, les arts y 
gagneraient à tous les points de vue ; ils se relèveraient de l'espèce 



BIBLlOGRAt'HIfi. 239 

dtdJjgradaUon oà trop «ou vent ils tombent ils se ragproGhenient de 
plus ea plus de Tidéal de la souveraine beauté, qtii doit être leur type 
étemel ; aa lieu d'être corrupteurs, ils deviendraient éminemment 
eJTilisateurs. 

Toujours est-il, que M. rabbéOaborit aura gra&dement mérité par 
le livre si reoomma&dable qu'il a publié ; il aura essayé de remédier 
la désordre inteUectuel et moral qui a envahi le monde ; il aura 
ooatribué, pour sa part, à populariser des notions saines èl vraies sur 
le beau ; il aura travaillé à faire remonter les arts à leur dignité ; U 
aara servi de son mieux, sous un rapport plus étendu qu'on ne l'i- 
magine, k sooiété et la religion elle-mêine ; et c'est ainsi que chacun 
de nous doit devenir, daùs la mesure de ses forces, un ouvrier dé»- 
votté des grandes et saintes causes de Dieu et des hommes* 

OBSERVATIONS CRITIQUES SUR LA LÊGÈNÛE DE 

S. AUSTREMOINE, par M. l'abbé Aubkllot. 

H. l'abbé Boucassé et M. l'abbé Chevalier, auxquels on doit d'ex- 
cellents travaux d'histoire et d'archéologie» ont nié dans de récentes 
publications» l'authenticité de la légende de S. Austremoine où on lit 
que S. Gatien, fondateur de l'église de Tours, a reçu sa mission de S. 
Pierre. Us rejettent ce document, œuvre de S. ^riest, mort en 
674, V parce qu'il serait question de Pépin et de Charlemagne, pos* 
teneurs d'un siècle & S. Priest ; S"" parce que cette légende est en 
prose et que S. Priest aurait écrit en vers la passion de S. Austre- 
moine jS"* parce que S. Priest, au dire de son ancien biographe, au- 
rait composé la passion de $• Astrebode, et non celle de S. Austre- 
moine ; 4® parce que cette légende est rejetée après l'an 1197 par les 
auteurs ieV Histoire littéraire de la France; 5^ parce que, d'après les 
savants les plus autorisés, cette légende renferme beaucoup de choses 
fabaleuses. M. Arbâllot nous parait avoir victorieusement réfuté 
toutes ces objections. U en sera de même, nous en sommes persua- 
désy pour celles qu'on tire des trois légendes de S* Saturnin 
et sur lesquelles M. Arbellot prépare un travail comparatif. 



210 BIBLIOGRAPHIE. 

MONOGRAPHIES HISTORIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES DE BI- 
VERSES LOCALITÉS DU HAINAUT, par M. Th. Lejetob, Mom, 
iB70, tomes ii et m. 

M. Lejeune, d'EsUnes-aa-Val, vient de réunir en corps d'ouvrage, 
un certain nombre de notices historiques et archéologiques qui, la 
plupart, ont paru en tout ou en partie dans divers Recueils. Le tome 
premier qui est sous presse contiendra : i* une notice historique sur le 
Hainaut ; 2" une histoire du village des Estines, et 3* des recherches 
historiques sur Tancienne abbaye de Lobbes. Le second volume com- 
prend deux notices sur le village de Familleureux^ l'ancienne abbaye 
de Saint-Feuillien, à Rœulx, le rétable gothique de Té glise paroissiale 
de Buvrinnes, la vierge miraculeuse de Gambron, l'ancienne abbaye de 
rOIive, à Morlanwelzje village de Bray, l'ancienne abbaye'de la Thure, 
le village de Boussoit. Ce volume est orné de dix-sept planches et de 
deux Vignettes. Le troisième, accompagné de deu^ gravures, est con- 
sacré tout entier à l'histoire de Soignies. L'auteur recherche les ori- 
gines de cette ancienne ville, retrace la vie de son patron, décrit ses 
divers établissements, étudie les transformations de son commerce et 
de son industrie, expose l'influence de ses corporations, raconte les 
principaux événements dont elle a été le théâtre et signale les hom- 
mes de mérite qu'elle a produits. 

Dans ce mémoire, comme dans les précédents, M. Lejeune a mis 
en œuvre une foule de documents inédits et a tiré un excellent 
parti des riches archives de la Belgique. 

Quand l'occasion s'en est présentée, l'auteur s'est montré aussi 
sagace archéologue qu'il est consciencieux historien. Aussi, considé- 
rons-nous son recueil comme un véritable modèle du genre mono- 
graphique, et nous souhaitons que toutes les provinces de la Belgique 
soient étudiées avec autant de zèle et de talent. 

J. CORBLBT. 



Armoiries Fcclésiastiques 


BASILIQUE MINEURE 

Pavilon a bandes rouges et jaunes 

sur l'écusson 


2 

CARDINAL 
CKapeau rouge avec cinq raagsde houppes 
de même couleur 


ARCHEVÊQUE 

peau vert quatre rangs de houppes de même 
Iku timbré d'une double croix en or. 


4. 

EVÊQUE 

Chapeau vert , trois rangs de houppes de même 
Croix d'or à une seule branche. 


loMOTAIRE APOSTOLIQUE PARTICIPANT 
1 OU NON PARTICIPANT 

lapeau violet, trois rangs de houppes roses 


6. , 

PRELAT DOMESTIQUE CAMERIER 

DU PAPE 
Chapeau violel, trois rangs de houppes demème 


AKûlNEDE BASILIQDE.ORDRE MONASTIQUE 
ttlTONOTAlRE APOSTOLIQUE TITULAIRE . 

apeau noir, trois rangs de Kouppesdemême 


8. 

ABBÉ GÉNÉRAL D'ORDRE MONASTIQUE 

Chapeau noir, trois rangs de houppes de même 
LaMître précieuse enpeRdantdelaCrossesur écu. 


IBBEDE MONASTÈRE .CHANOINE, 
BÉNÉFICIER DE BASILIQUE 

kpeau noir , deux rangs de houppes de m?£ 

1 — 


10. 

CURÉ, BÉNÉFICIER 
Chapeau noir , un rang de houppes de même 



LES ARMOIRIES ECCLÉSIASTIQUES 



D'APRÈS. LB DROIT COMMUN * 



Dans l'ordre civil, les armoiries sont un signe de conven- 
tion qui sert le plas ordinairement h indiquer et à représen- 
ter la noblesse '. J*ai écrit à dessein^ cette restriction le 
plus ordinairement^ car si toute personne noble a droit par 
cela seul à des armoiries propres^ les armoiries par elles- 
mêmes ne désignent pas exclusivement une personne noble '. 
C'est ainsi qu'avant la Révolution, en France^ on voyait 
beamtoup de bourgeois, par fantaisie ou pour un motif quel- 
conque, se créer un blason et le transmettre à leur postérité, 
sans préoccupation aucune d'idées de noblesse ni pour le 
public, ni pour eux-mêmes. Cet usage s'est maintenu en 
Italie, où il se pratique sur une vaste écbelle; car il n'est 
pas de pays où la vanité ne soit plus prononcée et où le be- 
soin de paraître de toute façon ne soit plus systématiquement 
affiché. 

Dans l'ordre ecclésiastique, les armoiries ne sont même 
pas accidentellement un signe de noblesse. Elles n'indiquent 



* Les notes sont mises en appendice à la fin de l'article. 
JniUet-Août, — tome xy. 



17 



S42 LES ARMOIEIES EGCLÊ81 ASTIQUES 

qu'une dignité ou charge ecclésiastique, en sorte que tont 
dignitaire, noble ou non, par cela seul qu'il est en chargera 
le droit et le devoir de s'en constituer de personnelles pour 
servir au besoin. Bien entendu, si par lui-même le personnage 
en fonction a déjà des armoiries de famille, il les conservera; 
mais, s'il n'en a pas, il est de rigueur qu'il s'en compose, 
conformément aux règles de l'art héraldique. 

Les armoiries eciolésiastiques sont donc appelées à jouer 
un rôle véritable dans l'art, aussi bien que dans l'usage habi« 
tuel, et en conséquence il est nécessaire que tous^ artistes ou 
autres, aient à cet égard des notions précises et exactes. Les 
armoiries, se substituant au clergé qu'elles nomment et dési- 
gnent, acquièrent, par là même, une importance journalière 
que personne ne peut contester. 

Jusqu'à présent les traités de blason ont seuls parlé,et assez 
vaguement eiioore, des armoiries ecclésiastiques. Je crois 
oppartuu d'en traitée plus au long et de faire connaître ea 
détail les principes qui régissent cette branche de lu science 
héraldique. Je n'envisage psis la question dans son passé an 
point de vue archéologique, puisqu'il y a eu, suivant les 
époques, des variations qu'il peut être utile de signaler et 
non d'imiter; je m'attache tout particulièrement au côté 
pratique^ c'est-à-dire à ce qui se fait actuellement à Borne, 
sous lés yeux de l'autorité, là où le clergé est en plus grand 
nombre et agit, soit en vertu de principes irrécusables, soit 
sous l'empire d'une coutume qui a maintenant force de loi. 
Je n'ai donc qu'à constater des faits et à les grouper ensem- 
ble, de manière à en déduire des conséquences pratiques. Il 
sera facile ensuite à chacun d'y reconnaître ses droits et 
privilèges, tout aussi bien qu'aux artistes d'y trouver un 
guide sûr pour leurs travaux. Rien n*est plus fréquent que 
de voir des hommes de talent faire sur ce sujet les erreurs 



d'à rais IB DROIT cûliîÈCfi 243 

les pins grossières et intervertir les rôles^ faute de tenir 
compte des insignes spéciaux de la hiérarchie. 

Non-sealeraent il n'est pas permis d'inventer, quand ce qui 
existe déjà suffit amplement, mais encore il est bl&mable de 
modifier à loisir ou plutôt presque toujours par ignorance, les 
traditions reçues. Citons quelques exemples poui* mieux dé- 
terminer Terreur, Rien n'autorise h mettre sur Técusson d'un 
simple prêtre une barette noire, ornement tout-à-fait inso- 
lite, pas plus qu'on ne peut tromper le public en augmentant ' 
le nombre des houppes du chapeau, ce qui fait qu'on trans- 
forme un évêque en archevêque et un archevêque en car- 
dinal. 

Mais comme il ne suffirait pas d'indiquer ce qu'il faut 
faire, je me permettrai h l'occasion de signaler ce que Ton 
doit éviter. 



I. 



Aucune règle ne détermine les armoiries eu elles-mêmes. 
Quand ce ne sont pas des armoiries de famille, qui restent 
nécessairement telles qu'elles ont, été transmises^ celles que 
l'on crée ne doivent pas s'écarter ni pour les pièces qui meu- 
blent l'écu, ni pour les couleurs, des règles fixées depuis des 
siècles. 

L'écusson n'a pas non plus de forme rigoureusement 
déterminée, et chacun peut le faire, à sa guise, rond^ ovale, 
oglvé, en pointe ou taillé à pans, suivant les différents usages 
des siècles ou des pays dont on s'inspire. 

Mais récusson est entouré d'insignes particuliers qui expri- 
ment clairement de quelle fonction ecclésiastique est investi 
le dignitaire. Ces insignes multiples sont : la tiare et les 



24i LES 4HlfOIRIB8 EGGLAsIASTIQUES 

clefs, le pavillon, le chapeau, la mitre, la crosse et la croix. 

Je les passerai saccessivement en revue et j'y ujouteini 
quelques mots sur les couronnes, les ordres chevaleresques, 
les supports, le cimier, les branches d'arbres, la devise et 
le bourdon^ toutes choses qui autrefois ont eu leur vogue et 
qui, pour n'être plus en usage, méritent cependant une men- 
tion à part. 

Ces insignes ont chacun leur couleur propre, et les déter- 
miner d'une manière rigoureuse sera l'objet de mes soins. 
Afin qu'il n'y ait pas confusion, je joins ici une planche 

lithographiée qui fixera mieux que mes paroles ce qu'il 

« 

importe de savoir et de retenir à cet égard. 

Je ne puis oublier, dans cette étude consacrée aux person- 
nes, les basiliques, chapitres et ordres religieux qui forment 
une personne morale et, comme telle, ont droit à des armoi- 
ries. Je leur consacrerai donc quelques lignes, afin que l'on 
sache qu'eux aussi ont des insignes et quels ils sont. 



II 



La tiare et les clefs conviennent à la fois au souverain 
Pontife et aux basiliques patriarcales^ qui sont à Sonie : 
Suint-Jean de Latran, Saint-Pierre du Vatican, Sainte-Marie 
Majeure, Sain tPaul-hors-les- murs et Saiiît-Laurent-hors* 
les-murs. 

La tiare est k coiffure que porte le pape dans certaines 
cérémonies^ où il est moins considéré comme évêque que 
comme roi. Sa forme est ovale, et sa calotte en soie blanche 
ou en drap d'argent est rehaussée d'un triple cercle d'or serti 
de pierres précieuses. Le sommet s'amortit en une petite croix 
posée sur un globe. Derrière, pendent deux fanons semblables 



D'APHÈS LB droit GOHIfUR 245 

à cens des mitres et marqués aux extrémités soit d'une 
croix pattée, soit des armoiries du pape. 

Les clefs pontificales qui symbolisent le double pouvoir 
donné à saint Pierre d'ouvrir et de fermer, sont Tune d'or et 
Tautre d'argent, liées ensemble par un cordon rouge avec 
glands, ce qui exprime l'unité et l'indivisibilité du pouvoir 
spirituel. 

L'éou appuie la partie supérieure sur les deux clefs passées 
en sautoir et renversées, c'est-a-dire disposées en croix de 
Saint* André, et la poignée en bas. La clef d'or tient la place la 
pins honorable, qui est le côté dextre.. La tiare est placée 
horiiontalement entre les deux pannetons des clefs adossées 
et ses fanons s'enlacent dans les tiges de ces mêmes clefs« 



IIL 



Les clefs reparaissent aux armoiiies des basiliques sacro- 
saintes et majeures^ ^mme est la basilique cathédrale 
d'Anagni, mais alors elles sont accompagnées en pal du pa- 
villon qui remplace la tiare, et on timbre Técusson de ce 
double insigne. 

Ce même privilège a été concédé à toutes les familles qui 
ont fourni un pape à l'Église. 

Le pavillon appartient en propre au Saint-Siège et c'est 
l'insigne du gouvernement temporel. Aussi chaque fois qu'au 
ch&teau Saint-Ange l'on arbore, pour les fêtes solennelles^ les 
bannières pontificales, l'une offre les armoiries du pontife 
r^ant et l'autre celles de TÉtat pontifical. 

Le pavillon forme un cône légèrement concave, à bandes 
alternées d'or et de gueules ; les pentes des mêmes couleurs 
sont à nuances contrariées, c'e6t«à*dire que la bande de 



346 LIS ▲HMtJliUlS EGCLÉSUSTIOUKS 

gaeulea de la peiite correspond à la bande d'or du c6iieet 
réciproquement. Le pavillon est supporté par un mauche 
d'or vertiaal 6t termiué pur une boule surmontée d'une croix 
également d'or. Cette croix serait à double branche si k 
siège d^ la basilique était un siège archiépisoQpal ou du 
moins eu ayaut les pri sièges, comme est celui d'Anagoi. 
Les basiliques mineures timbrent leur écusson du pavillon 
seul, qui se pose en }>al derrière Técu qu'il iurmonte oomplé* 
ien\eut de sou cône. £n France, nous avons plusieurs basili< 
ques mineures : je citerai pour mémoire Notre-Dame de 
Paris, la métropole d'Avignon, les cathédrales d'Amieas» 
d'Orléans, de Valence et de Montpellier, et les églises de 
Saint-Pierre k Saintes et de Saint-Eemy à fieims. 



IV. 



Le chapeau se met au*dessus de l'écu, et les houppes qui 
pendent à sescordons retombent symétriquement à droite et 
à gi^uchot La couleur et le nombre des houppes varieut m^ 
vaut la dignité. 

Les houppes se comptent par rangs et elles se suivent eu 
nombre pair ou impair alternativement. Chaque rang aug- 
mente sur le précédent d*une houppe. Toutes ces houppes 
sont reliées entre elles par un réseau de même eouleur 
qu'elles. Le nombre des nceuds de chaque côté est propor- 
tionné au nombre de rangs de houppes. 

Le pape ne porte jamais de chapeau sur ses armoiries et 

c'est à tort qu'en France on lui en a fabriqué un de fantaisie 

avec ui^ rang de houppes do plus que celui des cardinaux. 

Les cardinaux ont un chapeau rouge ' duquel pendeut 

* 

cinq rangs de houppes rouges, disposées une, doux, tr<âS| 



d'après le droit commun S47 

quatre et cinq, ce qui fait en tout quinze pour chaque côté* 
La sacrée Congrégation du Cérémonial, tout en déclarai^ que 
ce nombre de quinze est moderne, ce qu'il est facile de véri- 
fier sur les monuments» ?eut qu'on s'y arrête, sans augmen- 
tation ni diminution, quel que soit le titre du cardinal, évo- 
que, prêtre on diacre ^. 

L'archevêque, primat ou patriarche, « un rang de moins 
de houppes que le [cardinal, ce qui fait dix de chaque c6té, 
disposées sur quatre rangs. Le chapeau et les houppes sont 
de couleur verte ^. 

Le vert est également adopté pour les évêques à l'exclusion 
de toute autre couleur ^, quoi qu'il me soit facile de citer 
des exemples étranges, od de simples évêques ont été récem* 
ment, en France, sur des monuments publics, inconsidérément 
gratifiés de chapeaux rouges. 

L'évêque porte un rang de moins de houppes que l'arche- 
vêque, car ce sont les houppes qui déterminent la hiérarchie. 
Ces houppes, au nombre de six, s'étagent sur trois rangs. 
Tel était l'usage, dès le commencement du XYI* siècle, ainsi 
que le montrent deux tombeaux que j'ai remarqués à Borne, 
l'un à Sainte-Marie de Monserrato, d'un évêque espagnol mort 
en 1506 ; l'autre à Sainte-Marie-sur-Minerve, d'un évêque de 
Burgos, mork sous le pontificat de Jules II. 

Les prélats de Fiochelli qui sont au nombre de quatre, à 
savoir : le Majordome du palais apostolique, le Trésorier 
général, le Gouverneur de Borne et Vice-Camerlingue de la 
sainte Église et Tauditeur de la Bévérende Chambre aposto- 
lique, ont droit au chapeau prélatice de couleur violette avec 
houppes rouges. Ces houppes, comme celles des archevêques, 
sont disposées sur quatre rangs ; j'en ai même vu sur cinq 
rangs. Ces prélats occupent des postes que l'on nomme car- 
dioalices ; il est donc tout naturel qu'on les fasse participer 
par avance aux privilèges de leur future dignité. 



248 LES ABMOIRIES ECCLÉSIASTIQUES 

Les protonotaires apostoliques, qui sont au premier rang 
de la prélature, ont, comme les évèques, trois rangs de hoiip 
pes. Mais leur chapeau est violet, tandis que les houppes 
sont de couleur rose, pour les distinguer des prélats infé- 
rieurs ^ 

Le même nombre de houppes est attribué aux prélats de 
la ip^ison du pape, et aux camériers secrets et d'houneur 
Les houppejs sur trois rangs sont violettes comme le chapeau 

Les chanoines de basilique majeure ont un chapeau noir 
avec trois rangs de houppes également noires. L'usage s'est 
introduit, depuis plus de cent ans, d'ajouter des fils d'or à 
cette couleur. 

Le même chapeau est attribué aux dignités des chapitres, 
si le Saint-Siège les a reconnues comme telles ^. 

. Les chanoines de basilique mineure jouissent également du 
même chapeau, mais entièrement noir. Les houppes sont aussi 
, au nombre de six sur ti*ois rangs. 

Le même chapeau est attribué aux armoiries des ordres 
monastiques, tels que Bénédictins, Cisterciens, etc. , uux abbés 
généraux de ces mêmes ordres et aux vicaires généraux des 
évêques, aux vicaires forains et aux protonotatres titulaires, 
plus connus sous le nom de protonotaires noirs *• 

Quant aux abbés ordinaires des monastères, ils n'ont droit, 
comme les bénéficiers des basiliques majeures et mineures^ 
qu'au chapeau à deux rangs de houppes, le tout de couleur 
noire. 

Les généraux des ordres mendiants, comme sont les Domi- 
nicains et les Augustins, quand ils font usage d'armoiries, 
abaissent leur écussou sous le chef de l'ordre et le somment 
d'un chapeau noir à trois rangs de houppes. 

Le chapeau noir à deux rangs de houppes noires se donne 
aux chanoines des cathédrales et des collégiales, 



d'après lb droit gommun 249 

Enfin les simples prêtres constitués en bénéfice ou office 
quelconque, comme curés, béné&ciers, portent le chapeau 
noir, mais avec un seul gland, également noir, de chaqu 
e5té. 

Tous ceux qui n'ont qu'un titre précaire, comme chapelain, 
^m6nier, vicaire, etc., ne peuvent se prévaloir d'aucune 
distinction honorifique. 

On aura déjà remarqué par ce qui précède que le chapeau 
hénldique, qui est maintenant de pure fantaisie pour le 
Dombre des houppes, quoiqu'on Taie ainsi porté autrefois, 
répond par sa couleur au chapeau prélatice dont les prélats 
se coiffent à certaines cérémonies pontificales, et que Ton 
nomme à cause de cela chapeau pontifical ou semi^ponlifi-' 
co/. Ainsi le chapeau rouge est identique à celui que le pape 
donne aux cardinaux lors de leur création et qui demeure 
ensuite suspendu au-dessus de leur tombe. Le chapeau est 
Tert pour les archevêques et les évêques qui se servent d'un 
semblable quand ils font leur entrée solennelle dans leur 
ville épiscopale ou se rendent à leur cathédrale pour y 
officier; c'est encore le même qui se suspend sur leur sépul- 
ture. La prélature se pare de chapeaux violets à glands 
rouges ou simplement vioIets|, lors des cavalcadea ^^ 
qui se font pour la prise de possession du souverain Pontife, 
à Saint-Jean de Latran ^^ Enfin le noir est la couleur ordi- 
naire du clergé séculier et régulier^ 



La mitre compte au nombre des pontificaux de l'évêque 
qui s'en sert aux solennités de l'Église. Il la reçoit des mains 
de l'évêque consécrateur, qui la bénit préalablement et la 
lui pose sur la tête ^\ 



250 LES ABMOiaiBS BOCLÉSIASTIQUfiS 

La mitre se retrouTe sur les armoiries épiscopales dès la 
fiu du XV' siècle. £Ue somme Técu, et ses fanons sont relefés 
de chaque côté. Je la trouve ainsi sur ,1a tombe d'un évêque 
espagnol à Saiute-Marie-sur-Minerve, en 1 485 et 1488 ; siirle 
monument funèbre de deux évêques espagnols^ à Ste-Mtirie 
de Monserrato, en 1504; sur celui d'un évêque de Césène 
à Sainte-Marie in Ara Cœli et, en 1655, sur la tombe 
d'un évêque d'Assise, & Saint-MarceL 

Cette coutume ) qui régnait en France également à la même 
époque, ne parait pas s'être maintenue, et elle est tellement 
tombée en désuétude qu'aucun évêque italien ne timbre ses 
armoiries de la mitre, qu'ailleurs on pose, au moins depuis 
deux siècles, à l'angle supérieur et dextre de Técu pour faire 
pendant à la crosse. 

£n Italie, la mitre n'est portée que par les abbés généraux 
d'ordres et les chanoines qui en ont le privilège, par conces- 
sion expresse du Saint-Siège^ ainsi que les y autorise un 
décret de 1752 '^. Les abbés la placent à l'angle de Técu 
en face du bâton pastoral, et les susdits chanoines, isolée, 
au-dessus de leur blason. Quant aux chanoines et dignités 
qui n'ont l'usage de là mitre qu'à titre de pontificaux j ils ne 
peuyeut en timbrer leurs armoiries, la Congrégation des 
Bites l'ayant prohibé^ en 1822, par un décret que confirma 
Pie VII, le 12 juillet 1825, par la constitution Decet Bo* 
tnaiios Ponlifices **. 

Mais il importe d'observer que pour les évêques, comme 
pour les abbés généraux, la jnitre représentée est toujours la 
mitre précieuse, c'est-à-dire à fond blanc, avec broderies et 
orfrois d'or, le tout semé de pierres précieuses. La mitre 
canoniale^ au contraire, est entièrement blanche, sans bro- 
deries d'aucuue sorte et avec des franges rouges aux extré- 
mités des fanons ^\ 



o'APftis i,s MiOHr oùMunrx 251 

Eh France, avant la Bévolutioo, les abbés ordinaires de3 
monastères et lès doyens ou premières dignités des chapitres 
^ paraient leur écu d'une mitre. Abus ou non, il suffit de dire 
ici que cet usage n'a plus sa raison d'être, et que, même auto- 
risé et légal autrefois, il a subi, en compagnie d'une fouled au- 
tres choses, les atteintes du concordat qui a supprimé tous 
les anciens privilèges. 



VI 



La crosse est un des insignes pontificaux que reçoit l'évê* 
que dans la cérémonie de sa consécration ^^. Elle se compose, 
ainsi que le prescrivent à la fois la tradition et le symbolisme, 
d'uue hampe terminée par une pointe, divisée par des nœuds 
et teruiinée par une volute. Dans le principe, que la crosse fut 
tournée à dextre ou à senestre, en dehors ou en dedasis, 
cela ne tirait pas à conséquence, comme le prouvent sura**- 
bondammeut une foule d'ëcussons et de sceaux depuis le 
XIP siècle. Eh France, les évêques avaient modifié cet ordre 
de chose en enjoignant aux abbés de ne porter la crosse 
que tournée en dedans, ce qui exprimait que leur juridiction 
était toute intérieure et limitée aux murs mêmes de leurs 
monastères. Puérilité et vanité que toutes cesvaiMesprécau* 
tioDs que Bome n'a jamais sanctionnées et dont le temps a 
fait justice. 

A Sainte-Marie-sur*l!kIinerve^ le XV* siècle me fournit un 
écusson d'évêque appuyé sur une crosse posée en pal et tour-» 
née à dextrè. L'usage passa vite, car il ne se retrouve pas 
plus tard, et aujourd'hui il serait impossible d'en suivre la 
taice oblitérée. 



252 LES ARMOIBIBS EGGlisUSTlQUBS 

En Frnnee, du milieu de reçu, la crosse, dès le XVI? siè- 
cle, s'est retirée à Tangle gauche, où sa mission était de 
s'harmoniser avec la mitre placée à Tangle droit. Telle est 
encore de nos jours la crosse sur Técusson des abbés généraux 
d'ordres. 



VII. 



A défaut de crosse et de mitre^ les évêques italiens portent 
une croix d'or à haute tige, semblable à nos croix procès « 
siounelles. La croix domine Técu et la pointe se distingue 
à la partie inférieure. Cet usagé a pour lui une louable 
antiquité, car je le constate, en 1495, à Sainte-Mane*8ur- 
Minerve, sur le tombeau d'un évêque de Nicosie, et, en 1 504, 
à Sainte-Marie in Ara Cœli^ sur celui d'un évêque de Ce- 
sëne. 

L'archevêque, primat ou patriarche^ occupant dans la hié- 
rarchie un degré supérieur à l'.évêque, pour se distinguer de 
lui, double le croisillon de la croix, croix purement de fan- 
taisie et usitée seulement dans l'art héraldique, car celle 
que l'archevêque fait porter devant lui aux fonctions ecclé- 
siastiques est une croix simple, à une seule traverse. 

Suivant la même progression dans le même ordre «ridées, 
les artistes ont fréquemment attribué au pape une croix 
à triple croisillon. J'ai déjà protesté ailleurs contre cette 
innovation anti-liturgique et anti-héraldique. Espérons donc 
qu'à force de le redire l'on finira pur nous entendre et que l'on 
débarrassera l'art chrétien de cette superfétation monstrueuse 
et inepte. 

Je sais bien quç^ certain prélat, auditeur de Bote, a timbre 
son blason d'une croix d'or, eu qualité de sous-diacre apos- 



d'après le droit comiON 253 

toliqueetdecnicigèredupape;mai8 ceci ne constitue qu'une 
exception qui, en aucun cas, ne peut avoir force de règle, 
jusqu'à ce qu'il en ait été décidé autrement en haut 
lieu. 



VIIL 



. Les ordres chevaleresques décernés par les puissances 
civiles s'ajoutent à la partie inférieure de Técusson. La 
croix pend h son ruban, dont il faut exactement observer 
les couleurs, et la plaque abritée sous l'écu ne laisse aperce- 
voir que l'extrémité des pointes de la croix. Je puis citer 
à l'appui la pratique constante des chevaliers de Malte. 

Ces mêmes chevaliers ont renoncé au chapelet dont autre- 
fois en France ils entouraient leurs armoiries. 



IX. 



Je grouperai ici mes observations sur des faits ou vieillis 
ou d'un usageTrestreint. 

îiepallium caractérise la juridiction archiépiscopale. Cer- 
tains archevêques, non contents de leur croix à double tra- 
verse, croient encore nécessaire d'ajouter le palliuni pour 
mieux les faire reconnaître, soit sur le champ même de l'écu, 
soit en dehors. 

Tout au^plus pourrai t-»on, afin de constater le privilège, 
le tolérer sur les armoiries de certains évoques qui, comme 
ceux de Marseille et d'Autun, ont le privilège de le porter 
aax cérémonies pontificales. 

Quant au pape, c'est réellement un abus que de le mettre 



254 LtS ARVOTHreS ICCLÉSlASTfOUES 

sur ses armoirieS) ainsi que ToRt fait plusieurs fois des gra- 
veurs français. 

la couronne répond à un titre de Tordre civil : prince, 
duC| marquis, comte, vicomte et baron. Autrefois que dos 
évêques avaient des titres attachés à leurs sièges, nous com- 
prenons jusqu'à un certain point qu'ils aient pu adopter les 
insignes de leur dignité purement laïque. Mais les choses 
ayant été modifiées par la révolution, nous rentrons forcé- 
m«ntdans le droit commun. Or, ce droit est qtie les ecclé- 
siastiques renoncent à tontes les couronnes civiles auxquelles 
ils pourraient prétendre en raison de leur naissance ou de 
leurs fonctions de Tordre temporel. De là découlent dans la 
pratique ces deux applications que le titre de comte romain 
ne suffit pas pour autoriser le port d'une couronne analogue, 
et que ceux qui ont rang au Sénat ne sont pas autorisés 
pour cela à prendre une couronne et le manteau qui l'ac- 
compagne. 

Toute armoirie complète a ses tenants ou supports. 

Comme tenants, on donne quelquefois au pape deux anges 
(Pie VI) ou saint Pierre et saint Paul (Benoît XIV), 

La Congrégation du Cérémonial a décidé que les armoi- 
ries des cardinaux n'auraient d'autre distinction que lecha* 
peau rouge, à Texclusion de tout autre insigne nobiliaire, 
quel qu'il soit, parce que la dignité cardinalice prime toutes 
les autres ^^. Les évêques, prélats et dignitaires, tant de 
la cour romaine que de l'Etat pontifical se sont modelés snr 
ce décret, en sorte que l'écusson est toujours seul et dégagé 
de tout côté. Cependant, si l'écusson n'avait qu'un seul 8np« 
port qui lui servit de fond, cette particularité serait tolérée^ 
ainsi qu'on a pu le voir pour les cardinaux Piccolomini et 
Cagiano de Âzevedo qui faisaient enserrer leur ëcusson par 
un aigle à deux têtes. 



D'APBAs LB droit GOMIION SS5 

I 

Cette concefidîon me conduit naturellement à parler d'une 
autre qui oonoerne le cimier. Ou le remarque sur les armoi* 
ries du cardinal Fatrizzi, qui a un négrillon soutenant la 
devise Sola fides^ et dans celles du cardinal Barnabe qui porte 
un taureau. 11 y a peu de temps, feu le cardinal Simonetti 
avait pour cimier un pélican avec sa piété. 

La devise s'est généralisée parmi nouj>, depuis le concordat 
seulement, car auparavant, si elle existe, ce n'est qu'à l'état 
d'exception. En Italie, elle est inconnue* La devise est faite 
pour les contre-sceaux et, à ce titre, elle figure sur les bulles 
pontificales que souscrivent le pape et les cardinaux. 

£n France aussi, c'est l'usage de mettr% sous l'écusson 
deux branches en sautoir de châne, d'olivier ou de lys. Sans 
Uâiner formellement cette manière de faire, je me conten- 
terai de dire qu'elle est nouvelle et ne procède que très- 
vaguement du passé ; car sur les anciens monuments où ces 
branches se constatent, elles n'ont aucune valeur héraldique 
et ne sont motivées que par le seul désir d'ornementer da- 
vantage les armoiries. 

Encore un usage disparu, celui du bourdon que les prieurs 
réguliers ou les préchautres des cathédrales dressaient en 
pal derrière leur écu. 



Pour résumer tout ce qui précède et en rendre l'applica- 
tien plus facile, il ne sera pas inutile d'envisager d'ensemble 
ce que nous avons étudié au détail. 

Beprenons suivant l'ordre des dignités : 

Le souverain Pontife timbre ses armes de la tiare et de 
deux clefs en soutoir, qui, par concession, deviennrt.t l'in- 
digne des basiliques patriarcales. 



256 LES ABMOIRIKS EGGLési ASTIQUES 

Les basiliques sacro-saintes et les familles papales timbrent 
avec le pavillon et les clefs en sautoir; les basiliques mineures 
conservent le seul pavillon. 

Les cardinaux somment] leur^écu d'un chapeau rouge à 
cinq rangs de houppes. 

Les archevêques ont droit à une croix à double croisillon 
et au chapeau vert à quatre rangs de houppes. 

X'évêque prend une croix simple et un chapeau vert i 
trois rangs de houppes. 

Les abbés généraux timbrent Técusson d'une mitre 
et d'une crosse et le sonnnent^d'uu chupeau de sable à trois 
rangs de houp[]#s. 



XI 



Tout dignitaire du clergé régulier qui accepte des fonc- 
tions ecclésiastiques dans le clergé] séculier joint à ses 
armoiries personnelles celles de Tordre auquel il appartient. 
Il les met h son gré en parti ou en chef. Pour ne citer que des 
exemples. récents, Benoit XIII mettait l'écusson des Frères- 
Prêcheurs au*des8us du sien, Clément XIV abaissait ses 
armoiries sous le chef de l'ordre de Saint-François, et Pie VII 
et' Grégoire XVI faisaient un mi-parti,|run des Bénédictins 
et l'autre des Cnmaldules. Cette règle s'observe seulement 
pour les dignités épiscopale, cardinalice|et papale, et jamais 
pour les dignités conventuelles. 

Jamais on ne doit s'aviser, ce que j'ai pourtant vu en 
France, de superposer ses propres armoiries à celles de Tordre 
ou de l'institut auquel on appartenait par sa profession. 



d'après le droit commun 9Jn 



XII 



Les armoiries ayant pour but immédiat de faire reconnaître 
les personnages dont elles précisent la dignité, ont pour cela 
même une destination éminemment utile et pratique. Voie 
les règles les plus ordinaires relativement à leur emploi. 

Les armoiries se placent en tète de tous les documents 
officiels, manuscrits ou imprimés ^ afin de faire voir au pre- 
mier eoup d'œil de qui ils émanent. 

Elles se gravent sur le sceau, afin de donner un caractère 
d'authenticité aux pièces sur lesquelles on l'appose. 

Elles reparaissent sur les panonceaux en bois peint que 
Ion dresse, en signe de juridiction, aux portes des églises, 
monastères, séminaires, hôpitaux^ oratoires de confréries et 
autres lieux pies. C'est ce qu'observent à Rome et ailleurs le 
pape, les cardinaux et les prélats^ ainsi que les évêques dans 
leurs diocèses respectifs. 

Tout lieu exempt et relevant directement du Saint-Siège 
portera les armoiries du souverain Pontife. Le cardinal met 
les siennes sur les établissements dont il a été établi le protec* 
teur par induit apostolique. Enfin les prélats ou dignitaires 
chargés à titre quelconque de l'administration spirituelle ou 
temporelle ou môme purement honorifique d'une confrérie, 
ne négligent pas de constater leur prééminence par un 
écusson placé au-dessus de la porte de l'oratoire, de la con- 
frérie ou du lieu pie confié à leurs soins *^. 

Les armoiries sont un signe de propriété ^^, ou de dona- 
tion sur les vases sacrés, les ornements d'église et les ten- 
tures dont on pare le lieu saint ^. 

Pour les vases sacrés^ la sacrée Congrégation des Rites' ne 

16 



La présence des armoiries sur les vêtemeats sucrés et les 
oruements d'église soulève une question pratique que je ne 
veux pas éluder, h savoir si leur apposition est permise et 
convenable. 

Non-seulement je ne connais aucune loi canonique qui s'y 
oppose, mais je constate que la sacrée Congrégation des 
Bites a donné raison h l'Eglise romaine, qui suit cet iisnge, 



253 LES ABHOIHIEd ËCCLÉSiASf IQUES 

fait pas difficulté de les autoriser^ laissant au goût de chacun 
le soin de les placer où bon hii semble. 

Four les vêtements, il y a un ordre traditionnel que Ton 
ne pourrait changer ni modifier sans de graves motifs. Ainsi 
récussoû se brode sur la chasuble au bas de Torfroi 
de la partie postérieure ; sur la chape^ en avant, au bas 
de chaque orfroi ; sur la tunique et la dalmatique, au bas du 
dos ; sur Totole, de chaque côté et à hauteur de la poitrine ; 
sur la tiare et la mitre, aux extrémités des fanons ; sur le 
devant d'autel, au milieu ou de chaque côté de la croix ; sur 
le dais, tant de l'autel que du trône et des processions, aux 
extrémités des pentes. 

Les cardinaux jouissent du privilège d'avoir dans leur an * 
tichambre un dais surmontant une espèce d'autel à gradins 
et entouré de bancs. Les armoiries s'étalent sur le dossier 
du dais et sur les bancs ; on eu orne aussi les portières de 
leurs voitures. Les évêques peuvent avoir un dossier armorié, 
mais sans dais. 

Les basiliques ont leurs panonceaux à l'extérieur de 
rédifiee, et leur écusson sur les banquettes du trône et des 
chapiers. 



xni. 



d'apbès lb droit GomuN 250 

aa moins depnis lé XIII« siècle, sans parler 4e la coutame^ 
qui a maintenu cette tradition jusqu'à la Bérolution ^^. 

Quant à rinconvenance de ce droit, je ne puis la coiqpren* 
ii6 et me permets, en conséquence, de ranger parmi les 
ficuses exagérations les paroles un peu trop égalitaifes et 
exclusives que je lis dans les Mémoires de la Soeiété des 
Antiquaires de Picardie ^ t. YII, p. 50o : 

« L'usage de mettre les armoiries d'une famille sur leg 
ornements servant au culte, a été généralement répandu 
dans le XI V% le XY* et le XVP siècle. Il ne faut pas cepen* 
dant croire que cette coutume ait été admise par les lois de 
rÉglise. Pour s'en convaincre, il suffit de lire les critiques 
qu'en ont faites plusieurs écrivains sacrés, tels que Jean 
Tiuler, savant dominicain, mort en i561 ; Gabriel Paleota, 
arche?êque de Bologne au XVP siècle, l'ami de S. Charle^ 
Borromée, qui a publié un ouvrage contre l'usage des armoi- 
nes de l'Église ; enfin M. Bourdoise, dans son livre des Senti- 
ments et Maximes^ où on lit ce qui suit : • Ceux qui font 
porter leurs armes sur des chasubles à des prêtres célébrant 
la sainte messe, comparent ces prêtres à des mulets, puisque 
'es uns comme les autres sont couverts des armes de monsieur 
et de madame. Chose infâme, toute remplie de superbe pour 
ks messieurs et les dames, et de bassesse de courage pour les 

très. Tauler, savant dominicain, dit que ceux qui mettent 
ies armoiries ou des noms sur des présents faits à l'Eglise 

lerchent leur récompense sur la terre. Un vassal aurait mau- 
tiise grâce à mettre ses armes sur un présent qu'il veut faire 

son seigneur. L'autel et le prêtre, qui représentent Jésus- 

'hrist, sont-ils moins estimables qu'un écuyer, qu'un valet de 
mbre ? Faut-il les mettre au rang des chars et- des laquais, 
n faisant porter leurs livrées aux uns et aux autres ". • 

Collet^ dont le jugement avait été faussé par le gallica- 



160 LES ARMOIRIES BGCLÉSIASTIQUES 

nismei hésitait à accepter les armoiries. Gepéndaût il n'é- 
tait pas sur ce point aussi absolu que les écrivains qu'il citait. 
Sou opinion mérite d'être reproduite : 

c C'est une question , dit*il, de savoir si un curé ou toute 
autre peiBonne en place peut recevoir des ornements ou des 
oalloes^ sur leaquels le donateur a fait mettre ses armes. Le 
père AleSLandre ^S et Fauteur des Obligations ecclésioi' 
tiques le ii>iiâut. Quelques autres l'ont fait devant et après 
eux ; et il s'en est trouvé d'un zèle plus ardent, qui ont dit 
sans détour que les armoiries d'un seigneur vont bien sur la 
housse d'un mulet, et tiès-mal sur la chasuble d'un prêtre. 
Il y a en tout cela plus de feu que de raison. Écoutons ce 
qu'eu dit uu homme très-pieux et trè^-éclairé ; je ne ferai 
que transcrire ses termes. < Je demeure d^accord de trois 
« choses que le père Alexandre et l'auteur des Obligations 
€ ecclésiastiques ont fort bien remarquées : la première* que 
c ceux qui font sans éclat et en secret des libéralités aux 
« églises^ par un véritable esprit d'humilité, en recevront 
« de grandes récomi)enses devant Dieu, et c'est à quoi 
€ l'Écriture nous dit de cacher notre aumône dans le sein 
« du pauvre. Conclude eleemosynam tuam in corde pauperis. 
• (Ëccli. XXIX, 16) ; la seconde, que ceux qui, par vanité^ 

< font mettre leurs armes sur les ornements qu'ils offrent à 

« Dieu, sont des imitateurs de Caïn ; et qu'on peut dire d'eux! 

< ce que S. Ambroise a dit de lui, et ce que le père Âlexaii-| 
« dre leur a appliqué : Bene obtulerunt^ sed maie diviserunt, 
« et en ce cas il est vrai, selon Toracle prononcé par Jésus- 
« Christ, qu'ils ont reçu leur récompense en ce monde : Rece- 
c perunt mercedem suam. Enfin je conviens qu'il y a plusieurs 
€, personnes qui font mettre leurs armes dans les églises, 
« sur les vases sacrés et sur les ornements, d'une manière 
« ridicule et tout à fait indécente; et c'est pourquoi il est 
« juste de s'y oi)poser, coumie je le dirai dans la suite. 



I>*APRJ» LE BROIT GOMM^IV 261 

€ Hais comme le saint Évangile qai | nous défend de faire 
le bien par ostentation et par vanité, nous exhorte auiasi 
de faire éclater notre justice devant les hommes, aûn que 
Dieu soit glorifié, et que notre exemple excite les autres à 
nons imiter, j'estime qu'un donateur peut avoir un très 
bon motif pour faire mettre ses armes sur les ornements 
qu'il donne à l'église, et qu^on ne peut sans témérité con«» 
damner cette action, puisqu'elle peut être bonne ou mau- 
vaise^ selon les différentes intentions qu'on se propose... • 
€ On ne saurait donc trop blâmer le zèle outré des ecclé- 
siastique s qui arrachent les armoiries des ornements qui 
ont été donnés à l'Église ; car les prélats les plus sévères 
ont permis par leurs statuts l'usage des anciens ornements 
timbrés des armes des donateurs et ont seulement défendu 
d'en accepter de pareils à l'avenir. Les ecclésiastiques 
n'éviteraient pas sans doute la punition d'un tel empor- 
tement, s'ils étaient entrepris pour ce sujet, comme il fut 
jugé contre le sieur de Bacqueville^ seigneur en partie de 
la paroisse de Garge, près de Saint-Denis en France, par 
arrêt du Parlement de Paris du 21 mars 1652. Le seigneur 
ayant 6té par violence les armoiries qui étaient sur une 
bannière que M. Hust, secrétaire du Roi, avait donnée à 
oette église, fut condamné par corps de la restituer en l'état 
où elle était, lorsqu'elle avait été donnée, 
c Je connais une famille où l'on s'est fait, depuis plus d^ 
deux cents ans, une loi d'entretenir d'ornements une 
église paroissiale. Les enfants de cette maison voyant les 
armes de leurs ancêtres sur les ornements et sur les chan- 
deliers d'argent qui sont dans cette église, se disent les 
uns aux autres : Voilà ce que notre bisaïeul, ce que notre 
aïeul et ce que notre père ont donné à Di^u ; suivons 
leur exemple, et inspirons ce même sentiment à nos en- 
fants. 



2$2 LIS i^MOIRIBS EGGLÉSliSnOUBS 

c Pour moi comme je ne pénètre point dans le secret des 
c cœurs, je crois que les seigneurs de cette famille ont fût 
c mettre leurs armes sur les ornements qu'ils ont donnés à 
c cette église, comme une marque de la protestation iaté* 
c rieure qu'ils ont faite en les donnant, que leur famille, 
c leur noblesse, leurs biens et leur autorité viennent de Dieu 
c et lui sont entièrement soumis. 

€ Quoiqu'on ne se lasse point d'entendre un écrivain si 
sage, si judicieux, nous dirons pour abréger, qu'après avoir 
solidement répondu aux objections, il fait quelques remar- 
ques qui méritent de trouver place ici. La première, que devant 
Dieu il n'y a point de différence entre les armes d'un prince 
et celles d'un simple gentilhomme^ d'où il laisse à conclure 
qu'on ne voit pas pourquoi le catéchisme de Montpellier, eu 
permettant les unes, a défendu les autres. La seconde, qu'il 
y a beaucoup d'armoiries indécentes qu'on aurait honte de 
voir sur les ornements sacrés ; telles sont celles d'une femme 
échevelée, d'un Bacchus nu, d'un pourceau, d'une chauve- 
souris ; la troisième^ qu'il y a des seigneurs qui placent leurs 
armes dans des lieux où l'on a horreur de les voir, par exemple 
au-dessus du tabernacle et des images des saints, c Elles 
c doivent, dit notre auteur, être placées, d'une manière 
« simple et modeste, au bas des chasubles et des autres 
t ornements, sous les pieds des images des saints patrons des 
« églises. On ne doit point les graver sur le pied des 
« calices, par-dehors, mais par-dessous^ parce qu'il ne doit 
c y avoir rien de gravé par-deâsus 'qu'une croix, au lieu de 
c laquelle, dit TertuUien^ ou mettait autrefois l'image du 
c bon Pasteur portant une brebis sur ses épaules ^. 

c De tout éela il suit deux choses : l'une qu'il est plus 
loiinble à un seigneur de s'abstenir de mettre ses armes sur 
les ornements qu'il donne à l'Église que de les mettre; 



B'APRis LK DROIT GOMMUN 263 

Tautre qu'aii curé peut absolument recevoir des ornements 
timbrés d'armoiries, lorsqu'elles n'ont rien d'indécent, et que 
les statuts du diocèse ne le défendent pas. L*auteur que nous 
avons suivi jusqu'ici le prouve par le fait d*un bon nombre 
d'évèques d'un mérite distingué. Il n*eût pas manqué 
d'ajouter, s'il l'eût su, que dans le séminaire de Saint-Fir« 
min, où j'écris, il y a, grâce à la pieuse libéralité de l'illus- 
tre et respectable cardinal Denhoff ^, une chasuble de S* 
Charles Borromée, sur le bas de laquelle sont ses armep. Et 
quel homme aima jamais mieux les bonnes règles et aima 
moins h s'en écarter ? ^. » 

Le droit canonique se prononce pour la légitimité de Tu* 
sage des armoiries dans les églises. Le docte Ferraris, s' ap- 
puyant sur plusieurs décrets de la sacrée Congrégation des 
évêques, résume ainsi la question. Je ne puis mieux tewinçr 
que par cette importante citation : 

c Hac stante communi consuetudine, ac pêne universali 
asu, insignia, arma seu stemmata ponendi in altaribus, 
capellis, parietibus, turribus templorum, et in aliis locis 
ecclesiarum, seu etiam in ecclesiasticis ornamentis, cande- 
labris, lampadibus, calicibus, planetis, etc.; dicimus licitum 
esse, si quis id facit légitime jure et justo fine agat, aut ut 
alias exemple suo ad templa et altaria construenda, restau* 
nnda vel adornanda attrahat, vel ut armorum et insignium 
suorum appositione fidem tituli patronatus firmet et probet, 
et sic clare colligitur ex sequentibus Sacr. Congr. Episc. et 
Regul. declarationibus a Pignatello, tom. vili, cons. 25 re* 
latis. Episcopus non débet nmovere arma seu insignia et 
monumenta seumemorias suorum prsddecessorum ab ecclesia 
vel palatio episcopali, maxime si fuerunt constructa propriis 
ipsorum expensis; Sacr. Congr. super episcopis, inMessa- 
uen6i,9 martii 1S93^ et alibi 21 novembris 1603, 26 ja- 



264 LES ARHOmiBS ECCLÉSIASTIQUES 

Duarii 1604) 1 8 septembris lôOô^et 50 aprilis.1609.. Neque 
de paramentis, nou obstante concilio provinciali, si in métro- 
politana tôlerantui, ^ januarii 1604. Unde coactus fuit per 
censuras Baro, qui eraserat insigiiia episcopi a quibusdam 
paramentis factis ab archipresbytero, et suit substituerai, 
ad restituendum omnia in. pristinum, 27 novembris. 1615. 
Nec. fundatorum ecclesiœ vel monasterii, 9 oçtobris 1618. 
Et si fuerunt amota, restitui . debent ut prius., II ftogusti et 
6 oçtobris 1645. Armaque ejus qui nihil contulit, vel eu 
fuit erogata pecunia restituta, debent amoveri ; IS.octobris 
1601; .mas ime si eM laicus^ 28 septembris 1596, «et 20 
martli 1600. Attamen patron! debent mauu tenere in 
quasi possessione tenendi in ecclesia sua insignia; 17 sep* 
tembris 1601 et 4 septembris 1602. * (FfiaRARis, t. i, col, 
810-811.) 

Je crois que cette citation, un peu longue, suffirait, à la 
rigueur pour éclairer et détromper M. Graisson, qui dans ses 
Elementa furis canonici (Poitiers, 1866, in-12, p. 501), 
enseigne aux séminaristes qu'il n'est pas décent de placer des 
armoiries en évidence sur des vêtements sacrés : « Non decet 
tamen ut donatorum nomina et stemmata in loçi^ apparenti- 
bus sacrarum vestium depingantur.]> Mais l'ancien professeur 
pourrait m'objecter que les décrets invoqués remontent tous 
aux XVP et XVIP siècles et que, par conséquent, ils ont pu^ soit 
êÉre périmés, soit tomber en désuétude. Heureusement la ques- 
tion a été portée dans ces derniers temps à la Congrégation 
des Eites, et le décret qu'elle donna à cette occasion prouve 
quis loin de condamner Tusage admis, elle ne veut pus qu'on 
y porte atteinte. 

Sébastien Ricci avait offert h la cathédrale deRieti (État 
pontifical), dont il était chanoine, un ostensoir et plusieurs 
autres objets destinés au culte, sur lesquels il avait fait placer 



d'après ib droit commun 265 

à 

ses armoiries de famille. L'évèqueen ordonna la snppressioni 
sous prétexte que le saint Sacrement devant être exposé 
dans la cathédrale avec une grande solennité, la présence 
d'un écusson nobiliaire était irrespectueux. Le chanoine, 
offensé dans ses droits, en appela à la Sacrée Congrégation des 
Rites, qui, le 7 décembre 1844, rendit un décret affirmati^ 
dans le sens de la demande et dont tous les termes méritent 
d'être pesés. 

Aucun décret n'interdit de mettre des armoiries sur les 
vases sacrés, les ornements ecclésiastiques et les ustensiles 
du culte. Si la chose en soi n'est nullement mauvaise et dé- 
fendue, il s'en suit rigoureusement qu'elle est, sinon per- 
mise, tout au moins loisible et tolérée. S'il y avait la moindre 
indécence à ce faire, Rome n'eût certes pas manqué de le dire 
en termes formels et précis, car nul n'est meilleur juge en pa- 
reille matière. Bien plus^ la Congrégation repousse à cet égard 
toute înovation, c'est-à-dire qu'elle se prononce pour le main - 
tien de Tusage. D'où découle que Tévêque est débouté de ses 
prétentions arbitraires et le donateur maintenu contre lui 
dans Texercice de ses droits. 

J'ai publié ce décret au tome vili, page 106, des Décrets 
de la Sacrée Congrégation des Rites. (Voir ma Collection des 
décrets authentiques des Sacrées Congrégations Romaines.) Je 
le reproduirai néanmoins ici, parce qu'il apporte une preuve 
irréfutable dans la question et que sa conclusion, quoique 
limitée à un cas particulier et à un diocèse déterminé, fait 
loi en tous lieux et pour tous les cas analogues. 

« Reatina — Precibus sacerdotis Sébastian! Ricci, ca- 
nonici cathedralis Reatinœ ecclesiœ, exquirentis an removere 
debeatstemmagentilitium familiœ suœ impressum tamosten- 
sorio, quam nobilibus aliis suppellectilibus a se donatis ca- 
thedrali ipsi ecdesiœ, ut expositio S. SaCramenti in cathe- 



S66 LES laMOIRIES EGGLiSUSTfOUJCa D'APRÈS LE DROIT GOMMUH 

drali ipsa solemniori apparatu fiat^ quaia quidem remotio- 
nem indixit Bev. Episcopus? Sacra Bituum Cougregatiu, 
omnibus maturo examine perpensis, respondeudum censuit : 
« Quum noa obstent décréta, aihil esse Ixiaovandum. » Die 
7 decembris 1844. > 

Far un décret, en date du mois de janvier 171 S, la Sacrée 
Congrégation des Évêques et Réguliers n'autorise la vente 
de l'argenterie pour la réparation d'une église qu'à la condi- 
tion expresse qu'elle ne porte ni inscription ni armoiries des 
bienfaiteurs. Le décret, rendu pour le diocèse de Poseo 
(Prusse) est sous forme de lettre adressée au nonce de Ber- 
lin. Il est ainsi conçu : c Fosnanien. Alienadonia. Nuutio 
Apostolico. La Sacrée Congrégation, étant supposée la 
pauvreté de Téglise collégiale et paroissiale de Kamtolus, 
qu'atteste Févêque de Fosen^ et la nécessité où elle se trouve 
d'être réparée, remet uu bon plaisir de Votre Seigneurie, 
qui constatera de l'une et de l'autre et qu'il n'y a pas de 
moyen plus facile, ni personne obligée de jure à faire ces ré- 
parations, de permettre la vente de l'argenterie, joyaux et 
autres choses précieuses du trésor et aussi la quantité de 
calices qu'elle jugera superflue pour les besoins de l'église, 
pourvu que sur ladite argenterie^ joaillerie etoaliceset autres 
choses à vendre^il n'y ait ni inscription ni armoiries des bien- 
faiteurs et que les ventes se fassent peu à peu et en propo^ 
tion des besoins ^. i^ 

La question des armoiries à apposer sur les objets du cuke 
est donc tranchée par Borne dans le sens de la tradition 
ecclésiastique, et il serait au moins téméraire de s'insurger 
contre des décisions qui portent avec elles un tel degré d'p- 
torité et de respect pour le passé. 

X. Barbier de Montault, 

Ctmérkr d« Sa Sainteté. 



NO TES. 



* c Videntar arma et insignia esse propria nobiliam (Tiraquell. 
de Nobiltiatey c^p. yi, num. 8), undearmoram delatio inservit pro 
medio et sigoo ad probandam aobilitatem (Rota, pars xyii, decis. 
130, n. 4). Et guamyis etiam ab igaobilibus deferantur et eorum 
delatio non reddat eos nobiles^ ut notât Rota, ibii. n. 5, tamen in 
Dobilibos arma et insignia requiruntur ad probandam eorum nobi- 
litatem: Rota, decis. ]64,*n. 13, 17 et 19, ubi docet nobiles neces- 
sario debere babere insignia et arma. » (Fbrraris, Prompta biblio- 
tkeca canoniea, 1. 1, col. 809). 

* M. Edouard de Barthélémy s'exprime ainsi à ce sujet dans la 
Renue des Sociétés savantes^ 1868, t. viii, pages 393-395 : a On 
laissa les bourgeois et les marchands se décorer d'armoiries à kur 
gré, pourvu qu'elles ne reçussent aucun casque ou aucune couronne, 
mais moyennant que tous se soumettraient à un enregistrement gé- 
néral. (Ordonnance du 4 novembre 1616.)... Quant à la prétention de 
prêter un sens nobiliaire à l'inscription d'une famille dans le grand 
Armoriai^ sa fausseté est démontrée, du reste, par cet article de Tédit 
de novembre 1696 : c Les brevets d'enregistrement d'armoiries sur 
lesquels elles seront désignées, peintes et blasonnées, ainsi que dans 
les registres de l'Armoriai^ ne pourront en aucun cas être tirés à 
conséquence comme preuve de noblesse. » 

* « Innocentiuspapa(iY, an. 1252) constituit ut omnes cardinales 
romans curiae portent in capite capellum rubeum dum dquitant, 
ut discernantur et cognoscantur ab aliis secum equitantibus. » 
(Guillaume de Nangis.) 

Le pape, en remettant |Ie chapeau rouge aux cardinaux, leur dit : 
c Ad laudem omnipotentis Dei et sancts sedis apostolicae ornamen- 
tam, accipe galerum rubrum, insigne singularis dignitatis cardina- 
latus, per quod designatur quod usque ad mortem et sanguinis effu- 
sionem inclusive pro exaltatione sanctœ fidei, pace et quiète 
populi Christian!, augmento et statui sacrosanctsB RomanaEcclesisû^te 



S68 LES ARMOIRIES ECCLÉSIASTIQUES 

intrepidaoi exhibere debeas. In nomine Patris et Filii et Spiritas 
sancti Amen. » 

*a Quum... lemniscorum namerasiamsignibasdifformiter auctas 
interdum deprebendatar ; eadem s. Gongregatio [Cmremonialis) ad 
uniformitatem debitam restituendam enunciatis die et mense (9 fe- 
bruarii 1832) bsc super iis decrevit :... « Lemniscoram qui circam 
insignia Eminentissimorum Patrum coUocantur numerus adquinde- 
cim utrioque non multis ab bine annis invectus retineri valeat, ma- 
jore quolibet numéro omnibus interdicto. n (Haine» la Cour romaine, 
1. 1, p. 121» 122; Ferraris, t. ii,col. 1694.) 

* Le PontiGcal Romain, qui a pris sa forme actuelle et définitive 
sous le pontificat de Clément YIII, en 1596^ parlant de la consécra- 
tion d'un évoque, ordonne dans les rubriques préliminaires, de pré- 
parer pour l'offertoire deux pains et deux barils aux armes du consé- 
crateur et de l'élu : « Duo panes magni et duo barilia vini ; panes 
et barilia ornentur ; duo videlicet videantur argentea et duo aurea, 
hinc et inde insignia consecratoris et electi babentia, cum capdlo 
vel cruce vel mltra pro cujusque gradu et dignitate. » 

La même prescription est faite pour la bénédiction d'un abbé: 
c Duo videantur argentea et duo aurea, hinc et inde, insignia Poo- 
tificis et monasterii seu electi babentia, cum capello, vel cruce vel 
mitra pro cujusque gradu et digoitate. » 

De ces deux textes, il résulte que les armoiries de Tévèque coosé- 
orateur^ de l'évèque consacré, du monastère et de l'abbé doivent 
être sommées du chapeau correspondant à leur dignité et à leur rang 
dans la hiérarchie et de plus ont droit, au choix, ou à la croix, simple 
pour les évoques et double pour les archevêques, ou à la mitre, la 
seule évidemment qui convienne à l'abbé, car, malgré le vague de la 
rubrique, je ne pense pas qu'on leur ait jamais attribué la croix. 

? Le Cérémonial des Évêques distingue pour l'évèque deux sortes 
de chapeaux : l'un de cérémonie, entièrement vert et l'autre ordi- 
naire, noir avec un dessous vert. Â tous les deux le cordon et les 
glands sont de couleur verte. Le premier chapeau est seul en usage 
maintenant; les évêques espagnols se servent encore du second. 

(( Tam praesentes in Guria quam absentes utantur, cum opus erit, 
galero nigro laneo, viridi serico ornato, cum cordulisac floccis 
coloris viridis. » (Lib. i, cap. i, n. 3.) 

(( Promoti vero ex régula ri ordine non clericali... galero tamen 
Tiridi, j^rout supradicti clerici, utuntur. » {Ibid,, n* 4.) a Galeram 



NOTES 269 

ponUBoalem, cordulis ac floccis sériels coloris viridis ornatam. » 
(/({'(/,, c. n.) 

« Omnes aotem, tam sœculares quam religiosi, Episcopi^ galero 
utuntur a parte exteriori DÎgrOt cui ab interiori sericam coloris viri- 
dis suffulciatur^ cordulis pariter et floccis sericis viridibus, ab eo 
pendentibos. Galerus quoque duplicis form® babendus est, alter, qao 
ia solemnioribus equitationibus utuntur ejusdem forme (prêter 
eolorem) quo Eminentiss. Cardinales pontiticaliter êquitantes uti 
oonsuevernnt : alter simplicior, uterque ex lana, ac serico viridi 
exornati. »(Lib. i, cap. m, n. 5.) 

Les statuts de TUniversilé d'Aix-la-Chapelle, qui datent de 1489, 
attribuent au vert la signification symbolique de chasteté et doc- 
trine : • Flocum ex filo serici viridis in signum castitatis et doc« 
trios. » 

Le prévôt 4e la cathédrale de Livourne, ayant été élevé à la dignité 
épiscopale, mais n'ayant qu'un siège in pœrtibui infidelium et jouis- 
sant du titre et des fonctions d'administrateur du diocèse, consulta 
la Sacrée Congrégation des Rites pour savoir si dans les cérémonies 
il pouvait faire usage du chapeau pontifical^ avec cordons et glands 
verts. Il lui fut répondu négativement, le 23 septembre 4848 : 

« An babeat (prœpositus in cathedrali Liburnensi ecclesia, modo 
ad dignitatem episcopalem assnmptus ac renunciatus episcopus 
Milten. in partibus, administrationcm obtinens diœcesis Libumen.) 
asum galeri cum chor^ulis et floccis viridis coloris, ac hujusmodi 
colore possint ornari equi currus ? 

« Sacra Congregatio respondendum cansuit : Négative ad primem 
partem et quoad secuudam recurrat ad Sacram Gsremonialis 
Congregationem. » 

^ « Protonotarius titulis non participans potest apponere pileum 
super insigniis. Sacr. Congr. Rit. in una Comaclen et Neocastren. 
21 aug. 1601. » (Ferrâris, tbid. col. 845.) 

c Urbù. Protonotariarum. -^ Cum in Romana curia primum, et 
aatiquissimum sit coUegium protonotariorum apostolicorum de nu- 
méro participantium, a S. Clémente papa I, ut creditur, institutnm, 
in quo semper Illustrissimi viri, et ex serenissimis Italia principnm 
familiis adscripti fuerunt, ac ex eo numéro quamplurimi ad S. R. E. 
cardinalatus dignitatem promotî, nonnuUi etiam summum pontifica^ 
tnm adept) sint. Qui etiaro ante annos centum quinquaginta, epis- 
copis prsrerebanlur. Ut tam insigne et antiquissimiim collegiura et 



S70 LES ÀRMOIRIIS ECCLÉSIASTIQUES 

qui in illoadscripti sunt dignoscerentur, precibus super hoc Sancds- 
simo D. N. Paulo papa Y porrectis, et de ipsius Sanctissimi D. N. 
papoB ordine in Sacra Rituum Gongregatione propositis^ et mature 
discussis, maximo cum ipsius coUegii laude et honore, omnes Illus- 
trissimi et Heverendissimi DD. cardinales in Gongregatione praesen- 
tes, unauimi voto, et consensu (si ita eidem Sanctissimo D. N. papa 
plncuerit) in peculiare signum et prserogativam ipsorom DD. proto- 
notariorum de collegio, et numéro participantium, privative quoad 
omnes alios praslatos, et etiam privative quoad omnes et quoscum- 
que alios protonotarios, qui de diclo collegio^ et numéro participant 
tium non sunt, censuit, videlicet, concedendum dictis prolonotariis 
de collegio et numéro participantium tantum, ut pileum nigrum 
cordulis violaceis circum ornatum et etiam serico violaceo suffultum, 
cum floccis, et ornamentis ejusdem coloris déferre possint, et valeant. 

a Et Sanctissimus D. N. Papa, audita Congregalionis sententia, 
annuit, et dictis prolonotariis de collegio, et numéro participantiunii 
gratiam, signum et praarogativam praedictam concessit et induisit. In 
quorum omnium et singulorum fidem présentes per infrascriptnm 
ejusdem Congregationis secretarium Qeri fecimus, manu nostra pro- 
pria subscripsimus et solito nostro sigillo muoiri jussimus. Die 
17 Pebruarii 1607. » (Sac. Rit. Congr.) 

c Protonotarii participantes... habent in pileo, privative quoad 
alios praalatos, floccum rosacei coloris, necnon pileum prsiatitium 
nigrum cordulis violaceis circumdatum, cum floccis dicti coloris 
rosacei. (Sac. Rit. Congr. in causa Urbis Protonotan'orum.) 17 febr. 
1617. » Ferraris, Biblioth. prompta, édit. Migne, t. vi, col. 842.) 

a Collegti protonotarzorum de numéro participantium, — Insletil 
collegium protonolariorum de numéro participantium prohiberi 
Claudio BernaB, déferre pileum cum cordulis et floccis violaceis, cum 
sit hoc concessum privative quoad omnes alios in signum prœmi- 
nentiffi collegio DD. protonolariorum de numéro participantium. Et 
Sacra Coûgregatio annuit, et mandavit scribi nuntio apostolico Nea- 
poli degenti, necnon Ëpiscopo sanct» AgathaB Gothorum, ut faciant 
omnino abstinere prsedictum Glaudium a dela^one supradicta. Die 
12 Januarii i636. » (S, R. G.) 

« Ëpiscopas Minervien. Sac. R. G. supplicavit ei facultatem attri- 
bui, ut possit impellere Arcl](îpresbyterum Gorignolae nullius Diœ- 
eesis ad deponendum cingulum violacei coloris, quem uti ProtoDO- 
tarius de numéro non Participantium defert in pileo. 

« Et Eminentissimi DD. responderunt, « quod etiam auctoritate 



fi. 



ifows 271 

GODgregationis pradictnm Arcbipresbyternm eogaft, nisi infra ter- 
minam a die prsBsentationis hujus Decreti ei assignandam docuerit 
de speciali Sedis Âpostolicae indnlto. » Die 8 Junii 1658. 

c Ëj^scopus isemien postulavit : An liceret CanoDico I^tonotario 
ufi habîtu Prslatitio in Cboro, et in Gapitnlo : extra vero Eeolesiam 
adhibere or namenta violacea ia pileo? 

Bt S. G* j assit : Ad Bpiscopnm litteras dirigi, qaibns idem ad- 
moneatur ne permittat Canonicum Protonotariornm uti omamentis 
viobceis in pileo, neque Pralatitio habita indutam Capitalo inte» 
Ksse. In Ghoro antem provideat, ut idem Canooieus, si velit Diyinis 
adesse, vel sedeat nltimus omninm habita prslatitio indntus, neqae 
distribationibus gaudeat ; aut suo loco habita Canonicali saffultus 
maneatj si velit fructas saos facere. Die 28 Feb. 1660. o (S. R. C) 

« In congregatione particalari.. fuit propositam votum an colle- 
gio BD. Protonotariorum participantium concedenda sit facaltas 
Titt» argenteœ in pileo, attento qaod vitta violacea ex concessione 
apostolica fuit convenere auditoribus Rots et clericis camer» Apos- 
tolics... Omnes convenere posse concedi vittam coloris rosacei. Die 
eaogasti 1674.» {Ibid,) 

c CoUegii protonot(u*torum de numéro Participantium. — Protono- 
tarionim coUegium, cujus initium providentia S. démentis paps 
primi tribuitar, vetustate conspicaum, claroram virorum nomine 
propagatum, cardinalium qui ex eo quamplurimi prodierunt omatum 
fasdbos, imo et aliquot summorum pontificum in minoribus ei ad- 
scriptorum majestate insignitum, fe). rec. Paulus papa Y plenis votis 
S. Rituum Gongregationis (ubi rei periculum fieri volait) eo speciali 
camulavit honore, ut omnes et singuli protonotarii participantes in 
hoc coUegium relatif pileum nigrum cordulis violaceiscircamornatam 
et etiam serico violaceo suffultum cum floccis et omamentis ejasdem 
coloris déferre possint etvaleant privative quoad omnes alios prtela- 
to8^ e etiam privative quoad omnes et quoscamque alios protonota- 
nos qui de dicto coUegio, et numéro participantium non sunt, et ita 
hamanissimus princeps prarogativam illam qus ante annos cenfam 
et qainqoaginta hujusmodi protonotarios prsferebat epissopis et 
jam e more deflexerat compensavit, ut videre osf ex regesto S. Ri* 
tonm Gongregationis sub die f 7 februarii 1607. Y^nm quia felic 
record. Alexandro Yll placuit facultatem gerendi pileum cuim vio- 
lacée cingulo circamcinctum communem facere S. Rota Romans 
Auditoribus, quod privilegium Sanctissimus D. N. Clemens papa X 
etiam ad R. Camerae Apostolicae clericos extensum volait, prsfatam 



2T2 LES ARMOIRIES ECCLÉSIASTIQUES 

colkgium noper faumiUimas eidem Sanctissimo D* N. démenti 
papiB X porrexit preces, ut Sanctitas Sua dignaretur aliud decernere 
sigDQin quo singali protonotarii de numéro participantium ab aliis 
prœlatis distinguerentur ; idem Sanctissimus, commisso negolio 
Ëminentissimis et Reverendissimis Dominis cardinalibus Brancatio, 
RaspoDO^ De Maximis, Garpineo Prodatario, et Casanate S* Rituam 
Congregationi prspositis ad idem specialiter deputatis, ac malare 
discusso die 6 augusti 1674 in œdibus prsBfati Eminentissimi Bran- 
catii, omnes fuerunt io yoto^ quod omnes et singuli protonotarii 
apostolici de coUegio et numéro participantium, privative quoad 
omues et siugulos alios praelatos, et etiam privative quoad omnes 
alios protonotarios qui de dicto coUegio et numéro participantium 
non sunt, déferre possint et valeant Roms, et ubique loeorum pi- 
leum nigrum serico cingulo rosacei coloris cadentibus floccis serico 
subsuto, et extremitate plicivulgo Cajarello^ ejusdem rosacei coloris, 
si eidem Sanctissimo D. Nostro visu m fuerit. Et facto de praBdictis 
omnibus verbo cum Sanctissimo per secretarium, Sanctitas Sua 
nedum sensum eorumdem Eminentissimorum cardinalium approba- 
vit et confirmavit, verum etiam et hoc ia signum singularitatis et in 
prserogativam nemini ex praBlatis et protonotariis extra dictum colle- 
gium competentem concessit perpetuo valitura sanctione. Die 29 
augusti 1674. (S. R. G.) 

Lorsqu'un protonotaire ad instar a été nommé par le souverain 
Pontife, il reçoit du secrétaire du collège des protonotaires partici- 
pants une pancarte qui lui fait connaître ses privilèges et ses droits. 
L'article 10 est ainsi conçu: c' Jus habent insuper pileo pontifical! 
ac semipontiGcali, cordulis floccisque et cajarello rosaceis sericis 
etiam circumornato, et ferunt quotidianum pileum cum cordulis 
ipsis et cajarello. » 

La Sacrée Congrégation des Rites a été consultée par plusieurs 
prélats au sujet de ces deux chapeaux. La réponse se trouve dans le 
votum de Monseigneur Cataldi, maître des cérémonies apostoliques 
(Rome, 1869)» page 26 : 

c Rem divinam solemniter factnrus, cum ad ecclesiam carrn pro- 
tonotarius accédât, vigore art. 10 de Prtv. uU ne potes t pileo pontifi- 
cali, et proprie quid pileus semipontificalis ? 

c Protonotariis, quemadmodum ceteris inferioribus prslaiis, pon- 
ttficalis vel semipontificalis pilei usus largitus est iis, solummodo in 
functionibus et equitationibus quae in Romana curia celebraotar. 
Prieter has funcliones et extra urben), prsiatis inferioribus adeoque 



NOTES 273 

et protOQotariis, nuUibi sane licet alio^ dcmplo communia cam suis 
omamentis^ uti pileo. Négative ergo rescribendum sentio in casu, 
pippe quod ex eodem art. 10 de PriviL haud liquet utrum extra 
cnriam pradicto galero uti possir.t. 

cPontiGcalls autem protonotariorum pileus, cordulis rosaceis cir« 
camomatus, niger existit, ac eliam serico suffultus cum lemniscis 
ornamentisque rosaceis coloris. S. R. C, 7 febr. 1707. 

a ScmipoQliGcalis vero^ qui ex S. R. C. decreto 16 aprilis 1644 
Apostolicis cum Rcfereodariis tumCsBremoniarumÂntistibusiribui- 
ter, eamdem babet pontiGcalîs pilei formam^ minoris vero latitudi- 
nis, eademque ornamenta, violacei tamencoloris,RiGANTi,(/e Proton. 
opoiL^ diss. Yiii» num. 8 ; Dâbbos. Jur. eccL univ,^ lib. i, de Proton, 
apo$t, 

* Le prévôt et l'arcbiprètre de l'église collégiale de Saint-Michel,au 
diocèse de Faenza, qui portent le mantelet noir et le rochet, deman- 
dèrent à la Sacrée Congrégation des Rites s'ils pouvaient mettre sur 
leurs armoiries le chapeau prélatice et, en cas d'affirmative, de 
quelle couleur il devait être. 11 leur fut répondu par décret du 
2i juin 1855 qu'ils le pouvaient, mais que le cbapeau et les houppes 
devaient être de couleur noire : Nigri coloris pileum cum lemnisciis, 
stemmatibus tmponi posie. (Y oiv tome viii, page 321 de mon édition 
des Décrets de la S. C. des Rites.) 

• La Sacrée Congrégation dus Rites, le 27 avril 1818, a rendu le 
décret suivant, confirmé par Pie VII, le 13 décembre 1819, dans la 
Constitution Cum innumeri : « Usus coUaris et caligarum coloris 
violacei omnino interdicitur ; item et vitta, seu cordula in pileo co- 
loris violacei, seu etiam, quo nonnullorum audacia crupit, rosacci 
ant rubci, qus nigri dumtaxat coloris esse poterunt : ejusdem coloris 
sil pariter pileum cum lemnisciis stemmatibus imponendum. » 

** Aux calvacades, les chapeaux prélaticcs sont noirs en-dessus et 
violets en-dessous, avec des houppes de cette dernière couleur. 

^* Benoit XIV, par le bref Maximo du 13 septembre 1740^ accorde 
rasage du cordon violet au chapeau aux abréviateurs du Parc ma- 
jear, même lorsqu'ils ont résigné leurs fonctions : « Eisdem majoris 
Prssidentis in Cancellaria Nostra Apostolica abbreviatoribus prœsen- 
Ubas et futuris ut ipsi omnes et singuli Redimiculujn galeri^ cordone 
I valgariter nuncupatum, la quibusvis functionibus et actibus pubii- 

J9 



[ 



27i LES ARHOIRI£S ECCLÉSIASTIQUES 

cis ac privatis, ubique, etiam dimisso ofGcio huJQsmodi, déferre et 
geslare libère at licite possint et valebant. n 

*• « Consecrator, depostta mitra^ surgit et benedicit mitram, sinon sit 
benedictùy dicens : 

a Domine Deus, Pater omnipotens, cujus prsBclara bonitas est, et 
virtus immensa, a quo omne datum optimum, et omne donum pe^ 
'ectum totiusque decoris ornamentum, bene f dicere, et sancli f fi- 
care^dignare banc mitram bujus famuli lui antistitis capiti impo- 
nendam. Per Christum Dominum Nostrum. a. Amen. 

a Et mox eam aspergit aqua benedicta ; deinde sedens cum mitra, 
adjuvantibus ipsum assistentibus episcopis, imponit eam capiti consi' 
crati dicens : 

• Imponimus, Domine, capiti bujus Antistitis et agonistœ tai 
galeam munitionis et salutis, quatenus decorata facie et armato 
capite cornibus utriusque testament!, terribilis appareat adversariis 
veritatis ; et, te ei largiente gratiam, impugnator eoram robustas 
existât, qui Moysi famuli tui faciem ex tui serroonis consortio déco- 
ratam, lucidissimis tu» clarilatis ac veritatis cornibus insignisti ; et 
capiti Aaron Pontiflcis tui tiaram imponi jussisti. Per Christam 
Dominum nostrum. r. Amen. » fPontif. Roman, de consecr. Electi 
in Episcop.J 

«Mitr» usus anliquissimus est, et ejus triplex est species; una, 
qua pretiosa dicitur, quia gemmis et lapidibus pretiosis, vel laminis 
aureis vel argenteis contexta esse solet ; altéra auripbrygiata, sine 
gemmis, et sine laminis aureis, vel argenteis ; sed vel ex aliquibus 
margaritis parvis composita, vel ex sericoalboaurointermisto, vel ex 
telaa ureasiroplici sine laminis et margaritis : tertia,quaesimplex vo- 
catur, sine auro, ex simplici serico damasceno, velalio, aut etiam li- 
nea, ex tela albaconfecta, rubeis laciniis seu frangiia et vittispen- 
dentibus.» Cerem, Epist. lib.i, cap. 14, n* 1 ) 

l' Benoit XIV, dans son bref /n throno justitix du 28 février 1752, 
cite le décret delà Congrégation des Rites qui permet aux chanoines 
de la métropole d'Urbino de timbrer leurs armoiries de la mitre seule, 
sous le chapeau. 

c An in insigniis et armis suaâ familia appositis vel apponendis ia 
paramentis sacris aliisque rébus ecclesiam concernentibas, loco mi- 
trae vel una cum ipsa, pileum apponere valeant? 

a AfQrmative quoad mitram tantuol» et amplius. t Die 29 janna- 
rii 1752. 



' 



NOTES 275 

a In Insigniis seu stemmatibus familiaB mitra oon âpponatur, 
nisi solo in casu quo expresse concessum sit in literis apostolicis. » 

" La Congrégation des Rites répond, le 22 avril 1684, aux cha- 
Doiaes de Palerme que leur mitre ne peut pas être en damas ni en 
soie, mais simplement en toile : 

« An mitra debeat esse, uti bactenus, ex serico damasceno an ex 
oloserico ormisinio cumque frcgiis aureis? S. C. respondit :Ex tela.» 

La Congrégation des Rites enjoint au prévôt de Sainte-Agatbe, 
delà ville de Cômc, de ne pas se servir de la mitre précieuse : nonposse 
uii mitra prectosa. 14 juin 1687. 

Les chanoines de Bari ayant demandé à continuer Pusage de la 
mitre de drap d'or, la Congrégation leur répondit, le 23 décembre 
1829: (( Canonici licite uti valeant .pontificalibus... excepta tantum 
mitra auro contexta. )> LeFb^umdu consulteur concluait qu'ils n'a- 
vaient droit qu'à la mitre simple : « Simplici ex tela alba cum serl- 
cis laciniis. » 

La Congrégation des Rites> consultée par Tabbé d'une collégiale : 
aAnabbas coUegiatae ecclesiœ, gaudens usu mitrsB, baculi pasto- 
ralis... uti possit mitra auriphrigiata et baculo episcopali, vel potius 
alterius formas et ab illo distincto ? » répond le 27 février 1847 : 
• Négative, sod mitra tantum ex tela simplici et baculo abbatiali cum 
vélo. 9 

'• « Consecrator.,. benedicit baculum pastoralem^ sinon sit benedic^ 
tus, df'cens : 

i Sostentator imbecillitatis humanae, Deus, bene f die baculum 
islam; et quod ineo exterius designatur, interius in moribus bujus 
famuli lui, tu» propitiationis clementia operetur. Per Christum Do« 
minum nostrum. i^. Amen. 

fiDeinde illum aspergit aqua benedicta, Tum sedenSy accepta mitra^ 
iolus tradit illum consecrato coram eo genuflexoj çapienti ipsum inter 
indices et medios digitos, manibus non disjunctis, consecratore di' 
cente: 

« Accipe baculum pastoralis officii ; ut sis in corrigendis vitiis pie 
saviens, judicium sine ira tenens, in fovendis ^rtulibus auditorum 
animos demulcens, in tranquillitate severitatis censuram non defe- 
rens,^. Amen. » Pontifical. Roman. De Consecr. Elect. inEpiscop. 

'^ Innocent X, dans le bref MiUtantis Fcclesix, en date du 19 dé- 
cembre 1644, ordonne d'enlever des armes et sceaux cardinalices les 



276 LES ARMOIRIES ECCLÉSIASTIQUES 

iasignes et marques séculières pour n'y laisser que le chapeau rouge 
ennobli par le sang de Jésus-Christ. 

La formule du serment des cardinaux contient ce passage : aEgo... 
promitto et juro me ab hac hora deinceps et quamdiu vixero.... mo- 
tum proprium Innocentii Papas X.... super expunctione coronarum 
aliarumque notarum ssBculariuma genlilitiis eorumdem cardinalium 
insigniis, sigillis seu armis.... juxta tenorem mihi plene cognitum, 
me ad unguem observaturum, neque quidquam quod ejusdem car- 
dinalatus honori et dignitati quovis modo et ex quavis causa repu- 
gnet, aut diminuât, acturum. » 

Yoici un fait récent qui confirme cette règle : Un cardinal fran- 
çais fit peindre^ pour les suspendre à la porte de son titre, ses armoi- 
ries telles qu'il les portait en France, avec la couronne ducale et le 
manteau de sénateur. Le maître des cérémonies apostoliques qai 
l'assistait crut de son devoir de faire descendre le panonceau poor 
y effacer ces deux insignes insolites. 

*' c Anconitana. — Prior conventus, et Ecclesiae S. Dominici Ânco- 
nitans Diœcesis valde dolenter conquestus est de confratribus socie- 
tatis Rosarii posit» in eorum Ecclesia, quod propria auctoiîtate, et 
répugnante dicto priore, ausi fuerint supra januam Ecclesis in pu- 
blico exponere insignia Protectoris dictas confra te rnitatis, aliaquefa- 
cere in dedecns, et prsjudicium libertatis sus Ecclesiae, supplicans 
declarari : an ha&cliceant? Et S. Rituum G. respondit : «Non licere 
supra januam Ecclesis in pablico, bene tamen posse permitti, ut po- 
natur supra Gappellam confraternitatis intus Ëcclesiam. » Die 9 De- 
cembris 1628. » (S. R. G.) 

^* «Arma et insignia soient apponi in operibus publicis ad acqui- 
rendum et demonstrandum jus in illis. Rota, pag. xiv, decis. 337, 
n. 9. Hinc eorum insculplio demonstrat rem esse de dominioet 
pertinentia illius cujus sunt arma et insignia. Rota, pars xtii, 
decis. 139, n. 5. » (Ferrâris, t, i. col. 810.) 

'* c Hune morem magis in dies servari videmus nostris Uisce tem- 
poribus ut sepulcris arma et insignia defunctorum nomen et lami- 
liam referentia afGgantur. » (Febrabis, 1. 1, col. 810.) 

« Yidemus.... in sedilibus, scamnis et scabellis templorum 
signum fieri, nomen imprimi, arma pingi vel sculpi, ne loco mo- 
Teantur vel aliorum usui pateant per traditionem. Et insignia, ste- 
mmata seu arma sculpi vel pingi in parie tibus, portis, turribos 
Gcdesiarnm, in] cap^Uis, altaribus, ûno etiam quandoque in fonte 



I 



NOTES 377 

Imptismalii ut observât Rota, pars ix^ decis. 115, n. 5. » (Ferrabis, 
1. 1. 60l. 8iO.) 

'^ Revue des Sociétés savantes, X. ii.p. 87, 218. — Bulletin du Comt- 
té historique^ 1851, n® 1, p. 14 et suiv. — Revue de tArt chrétien^ 
1859, p. 453 et suiv. —Revue d'Anjou^ 1858, p. 162. 

Citons quelques exemples pour mieux afQrmer la tradition : 

« Ung vaze de cristal, tourné en cy boire, garny d'ung sobassemenf , 
ayant quatre griffes tenant chacune une pomme d'agathe, les quatre 
vertus d'or émailléau mfllieu du dictvaze, un couvert aussy d'argent 
doré, ayant ung escu au-dessus aux armoyries de Nevers et Bourbon, 
le tout sizellé de demy-tailles et quelques pierres faulces. » Inven- 
lairede Fr. de Clèves, duc de Nevers, en 1566 {BulL de la Soc. Ni- 
vemmey 1858, p. 29.» 

a La cbasuble de Brienon.... est faite d'une étoffe italienne désole 
blanchâtre.... l'orfroi façonné à l'espagnole tombe uniformément de 
chaque côté sans apparence de croix : seulement la face antérieure 
est ornée d'une espèce de pectoral ou tau, analogue à)celui que j'ai 
vu sur la chasuble de S. Pierre le Dominicain, à Toulouse, et le dor- 
sal est accosté, à la hauteur des épaules, de deux écussons armoriés... 
Les écussons brodés en or sur fond de soie portent parti : 1* Semé 
de France ; 2* Conpé de Navarre et d'Evreux, armoiries qui ne peu- 
vent s'appliquer qu'à une seule reine, Blanche, flUe de Philippe 
d'Evreux, roi de Navarre, seconde femme de Philippe de Valois, ma* 
née en l349f morte en 1398. » Revtœdes Sociétés savantes fUri. deCb. 
deUnas, t. ii. p. 87.) 

M. de Linas signale un fermail ou monile armorié sur une chape 
donnée par le pape Clément Va Sainl^Bertrand de Gomminges, dont il 
fat évéque de 1295 à 1300. c C'est un rectangle d'étoife orné de deux 
moitiés d'écusson armoriés en losange, cousues horizontalement bout 
à bout et pouvant se blasonner ainsi : 1® Ecartelé en 1" et 4*, d'argent 
au bàlon de sable ; au ^^ et 3", de gueules fretté d'or, le tout orné 
d'azur semé de losanges d'or ; 2"^ d'azur à trois léopards contournés 

d'or, à Torle de gueules semé de losanges d'or Je le crois 

ajusté après coup; ces armoiries, peut-être fantastiques, neconvien- 
aent nullementà Clément V.... Sur les anciennes chapes^ le monile 
se remplaçait au besoin par un tassel d'étoffe. 

c Item une cappe de soye...... au lieu duquel est un tassiel de 

soyebroudé de ung lion noir, a Inventaire de la collégiale de Saint- 
Amé de Douai. 1423. » [Revue des Sociétés savantes , t. ii^ p. 218.) 

« Cinq chapes à fond de salin rouge, à rosettes de velours rouge, 



278 LES ABMOIRJES ECCLÉSIASTIQUES. — NOTES. 

entourées de lauriers d'or filé aux armes du chaphre sur la bille, 
qui sont une chemisette. — Plus une chape à fond d'or..... ayant sur 
la bille une chemise de Chartres; le chaperon chargé de Thistoire 

des Innocents, au-dessous duquel est un écusson écartelÊ 

Donnée par M. le doyen Nantier^ servant à M. le doyen aux grands 

solennels d'hiver. — Plus une autre chape sur le côté droit de 

l'orfroi il y a des armes... sur l'orfroi du côté gauche sont six autres 

écussons posés alternativement. — Une chape les chaperon et 

orfroîs d'or nué ayant les armes de feu M. Tbiersaut, grand chantre 
de l'église de Chartres. — Une chape,.... 3ans le chaperon est une 
Assomption et au-dessous sont les armes d*Illiers. — Une autre 
chape.... les orfrois.... aux armes de Louis de Bourbon, comte de 
Yendôme.— Une autre chape.... dont la bille chargée d'un écusson. 
— Deux chapes.... -aux armes de M. Guillard, évèque de Chartres 
sur les billes. — Deux chapes.... semées d'écussons aux armes de 
France. — Une chape.... et au bas du chaperon un écusson. — Une 
chape.... sur le chaperon en pointe un couronnement de la Vierge 
et au bas un écusson. — Une chape.... et au bas du chaperon un 
écusson. (Invent, de la cathédrale de Chartres^ en 1783 — Revue ar- 
chéologiquCy 1859, p. 37 et suiv.) 



Il 



Nat. Alexander, lib. II deEuckar, cap. vu, art. 3^ n" 8. 



^' Résolutions de plusieurs cas de conscience^^iQ.^^ds messire André 
Roger de la Paluelle, etc., part. % lettre 6, p. 241, édit« de 1714. 

'^ Jean Casimir, cardinal Denhoff, évèque de Césène, dans la Ro- 
magne, mort en 1697. 

« 
*' Collet, prêtre de la mission. Traité des saints mystères, édit. de 

1823, p. 31S-3i9. 

** Analecta juris Pontificiiy 95. livr., col. 380, n** 105. — Le dé- 
cret est cité en italien; j'ai dû le traduire. 



^.f e .- s *\ .■ tjn. 9— 



PRÉCIS 

DE L'HISTOIRE DE L'ART CHRÉTIEN 

En France ù en Belgique . 



VINOT-CINQUIÈMB AITICLB * 



CHAPITRE IX 

XV* SIÈCLE 

Article IF. <— Sculpture. 

Si le XV* siècle est supérieur aux époques précédentes, pour 
l'expression des passions, le progrès du modelé, la perfection 
de certaips détails et de certaines statues tumulaires^ elle leur 
est bien inférieure sous le rapport de Tinspiration religieuse et 
delà conception artistique. Les draperies lourdes, tourmentées, 
prétentieuses, ont des plis épais qui se rompent à angles 
saillants. Beaucoup des statues des grands portails accusent le 
mauvais goû tou la négligence par leur maigreur, leur manque de 
relief et leur attitude peu naturelle. Les bas-reliefs, en général, 
échappent à ces défauts ; les figurines sont supérieures aux 
grandes statues. Ainsi, on ne saurait trop admirer la clôture de 
N.'D. d'Amiens où se trouve représentée l'histoire de S. Firmin 
le Martyr. Les physionomies sont fort variées, et il y a beaucoup 
d'animation dans leç groupes. Quelques compartiments datent 
du siècle suivant, et sont dus à un autre artiste, moins original, 
mais d'un ciseau encore plus habile. 

La pierre et Tivoire' avaient obtenu la prédilection des 
sculpteurs dans les siècles précédents. Au XV*, le bois devint 

(*) Voir le numéro de janvier-février, page 66. 



280 PRÉCIS DE L'HISTOinE PK l'aHT ClinËTIEN 

la malière en vogue. On lit non-seulement des réfables et des 
crédences, mais même des statues en bois. 
Autels. — Quelques-uns sont encore soutenus par des colon-' 
nettes ou des arcades détachées; 
mais le plus grand nombre n'a pour 
Support qu'un massif de maçon- 
nerie , 
Jusqu'au XV* siècle, tes espèces 
Aniei d« Foigaoi consacrées étaient conservées, soit 

au-dessus de l'autel, dans une tour ou une colombe suspen- 
due, soit dans une armoire {armarium ou cortditoritim) pra- 
tiquée dans un mur, près de l'autel. On commença alors & 
construire quelques tabernacles fixes en pierre, en forme de 
tour ou de chapelle, et analogues à ceux dont l'usage s'est 
complètement généralisé au XVII* siècle. On eir connaît 
plusieurs qui sont remarquables par leui' dimension, par la 
délicatesse de leurs pinacles et la richesse de leurs sculptures. 
Il n'y eut point de retables avant le XUl* siècle, parce qu'ils 
auraient caché le trône de l'évêque, qui, jusqu'à cette époque, 
resta placé au fond de l'abside. Aui XIII° et X1V° siècles, ils 
furent très-bas et ornés de petites figures sculptées. C'était 
quelquefois une réunion de diptyques encadrés dans des marque- 
teries : on ne les plaçait sur l'autel qu'au moment du saint sacri- 



fice ; c'est au XV° siècle que les rétables fixes deviennent nom- 
breux et qu'ils prennent des proportions considérables. Ils ran- 



iXl\a'V 



EN FRANCE ET EN BBLGIOUE 28i 

dissent encore sous les règnes de Louis XI, de Charles VIII, de 
Louis Xllt et deviennent * parfois des chefs-d'œuvre de fine 
sculpture, qui représentent diverses scènes de la vie et de la 
mort du Sauveur. Ils sont plus ordinairement en bois, et même 
en albâtre, rehaussés de dorures et de peintures. On en voit de 
fort beaux à la cathédrale de Nevers, dans les églises de 
Marissel (Oise) et de Saint-Malo^ dans les musées de Compiè- 
gne et de Cluny, à Paris. A la fin du XVP siècle et surtout au 
suivant, les contre-rétables adossés au mur des chapelles se 
composent d'un entablement complet, avec fronton soutenu par 
des colonnes ; le fond est occupé par une vaste toile peinte. 
A côté de Tau tel, on voit des crédences, moins grandes qu'au 
siècle précédent, décorées de dais évidés k jour, de 
consoles, de culs-de-lampes, de clochetons à crosses 
végétales, etc. Elles se fermaient quelquefois à clé 
et pouvaient servir de trésor. Les crédences ont 
souvent été remplacées par de simples armoires, par 
des coffres sculptés ou par des piscines pédiculées, 
semblables à celle dont nous donnons ici le dessin. 

Stalles. — Dans les grandes églises, les stalles 
comprennent la miséricorde, Tappui, la parclose, 
l'accoudoir, le haut dossier et le dais: 1*^ la miséricorde 
ou patience est une sellette mobile qui peut servir 
également de siège quand on est assis ou debout 
et dont la partie inférieure est souvent sculptée ; 2"* l'appui est 
la partie intérieure de la stalle disposée en prie-Dieu ^ 3** la 
parclose est la séparation d'une stalle d'avec une autre stalle ; 
à^ L'accoudoir est le bras de la parclose sur lequel on peut 
s'accouder ; 5^ le haut dossier est le lambris, plus ou moins 
haut, contre lequel s appuient les stalles; 6<> le dais en est le cou- 
ronnement. Les figures des miséricordes et des accoudoirs, les 
dessins courants des dossiers^ les clochetons et les pendentifs 
font parfois, des stalles, de véritables chefs-d'œuvre. Les plus 
remarquables des XV** et XYP siècles sont celles des cathé- 



fp 



m 



382 PBtciB DE l'bietoirb £E l'âht chrétikn. 

drales d' Amiens, de Rouen, de Pwtiers, de Eodez ; des églises 




" CaibMrals d* Roavn. Siinl-BenoU-ini-Loire. 

de Riom, de Salins, d'Orbais, de Mortain, de Saint-Martîn-au- 
Bois (Oise) , de Saint-Benolt-sur-Loire, etc. 

Buffets d'orgues.— On prétend que les orgues étaient connues 
en France bien aDtérièurement Ji l'envoi de celai que Constantia 
Copronyme donna à Pépin le Bi-ef, et qui fut placé, en 777, k 
Sûnt- Corneille de Compiègne. Quoi qu'il en soit, il est certain 
qne l'orgue eut d'abord une destination toute profane et qu'on fut 
longtemps à l'admettre dans l'église, oii nulle place d'ailleurs 
n'était préparée pour le recevoir. Ce n'est 
qu'au XV'siècle que les buffets d'orgue furent 
construits dans les grandes églises, au détri- 
ment des barmonies arcbitecturaks. C'est 
de cette époque que datent ceux des cathé- 
drales d'Amiens, de Strasboui^, d'Autun et 
de l'église de Gonesse. 

Sëpdltdbes. —L'ornementation des pierres 

tumulaires est tantôt très pauvre et tantdt 

très compliquée. Les titres honorifiques se 

ToBib. d> Rob«rt d. multiplient : quelquefois les pieds et la 

S(^°™.' " """' tête, en marbre ou en cuivre, étaient incras- 



EN FRANGE ET EN BELGIQUE. 283 

tés dans la pierre. On ne remarque plus dans la largeur de 
la pierre la diminution vers les pieds qui avait presque toujours 
lieu au XVIlb siècle. La langue française devient d'un usage 
beaucoup plus fréquent dans les inscriptions, et les lettres 
ODciales sont remplacées par récriture gothique. 

Parmi les grands tombeaux quadrilatères décorés de la statue 
du défunt, nous citerons ceux d'Agnès Sorel, à Loches^ de Jean 
Sans-Peur, à Dijon, de Robert deBoubercb, au musée d* Amiens. 

f A suivre.; J. CORBLET. 



CASTELNAU DE BRETENOUX 



TROISIÈME ET DEIIMEK AUTICIE. * 



Plusieurs fois nous avons passé, sans y pénétrer, devant 
la chapelle [qui fait suite à la construction romane, et se con- 
fond comme elle dans la masse des bâtiments. Nous laréser- 
vions pour un dernier examen, eu vue d'y unir la belle col- 
légiale bâtie sous le château, par le château. 

Cette chapelle décrit un parallélogramme allongé, de douze 
mètres de long, partagé en deux travées égales, don tTun fai- 
sait office de sanctuaire et l'autre de nef . Une clôture en bois 
sculpté marque la division : deux petits autels s'appuient à 
l'arc qui la domine. Le maître-autel, vide aujourd'hui des 
châsses qu'il enfermait autrefois, présente encore son dressoir 
gothique, avec sa^rète à jour, son dais en quart-de-rond et 
ses panneaux décorés de peintures, dans un cadre d'azur 
fleurdelysé d'or. Les bancs du clergé revêtent aussi la paroi 
du sanctuaire : au fond de la nef est suspendue la tribune 
des barons. Le feu, si violent dans cette partie de l'enceinte, 
s'arrêta sur le seuil du saint lieu. La pauvre chapelle n'en a 
pas moins beaucoup souffert. Ce qui attriste IJétranger qui la 

* Voir la livraison de*mai-jaiQ, page 177. 



CASTELNAU DE BRBTENOUS. 285 

visite, ce n'est pas seulement la nudité de ses autels, la de- 
gradation de ses boiseries, la disparition de son pavé sous des 
monceaux de pousssière et d'éclats de cbaux. Vingt années 
ont suffi pour la dépouiller de cette robe diaprée de peintures 
murales qui donnaient au monument féodal son plus haut in- 
térêt iconographique, et faisaient de ce recoin du vaste édi- 
fice un sujet d'étude a introuvable dans plusieurs départe- 
ments ^. Le peu qui en reste ne saurait suffire a la restitu- 
tion de l'ensemble : il faut le second rapport de M. Culvet 
pour rendre à Tesprit ce que l'œil a perdu. Ce. travail nous 
servira de base dans la rédaction d'une partie de cet article. 
Décrivons jusqu'aux ruines, recueillons jusqu'auxsouvenirs: 
la science et l'art trouveront & glaner dans cette poussière, et 
la poussière serait-elle inféconde, les regrets tombés sur une 
feuille morte auront du moins pour efficace de sauvegarder 
les monuments restés debout. 

Nous ne citerons pas intégralement : nous aurions un peu 
trop à reprendre. Textes de l'Ecriture, attributs des saints, 
morceaux d'histoire ecclésiastique ou sacrée, sont assez sou- 
vent, dans ce rapport, tronqués, incompris^ défigurés. On a 
besoin du petit mot qui guide, de l'humble détail qui remet 
sur la voie. Sur ce terrain de l'iconographie religieuse, 
M. Cal vet avait, on le sent, le tort d'être un peu neuf. Ce n'est 
pas le cas, nous le savons, d'un bon nombre de laïques qui ser- 
vent avec autant de distinction que de zèle la cause de notre 
art religieux. Mais avant tout et par^dicssus tout, au clergé, 
appartient l'honneur et le devoir de commenter cet art chré- 
tien, « sa chose propre, » comme dirait notre é vêque de Tulle : 
art si grand à Tesprit, si délectable au cœur, né du sein de 
l'Église, grandi sur ses genoux, mort pour l'avoir quittée, 
mais appelé de nos jours à reprendre vie dans ses bras mater- 
nels. Si des voix laïques ont donné le branle, si elles s'offrent 



S88 GASTELNAU DE BIETINOUX. 

Jésus comparait devant Caïphequi déchire ses vêtements : 
nous sommes en pleine passion . 

Dans le compartiment voisin, a deux soldats ont b&ndé les 
c yeux du divin Maître et s'amusent à le frapper. l-.e Sau- 
« veur est couvert d'une robe rouge. Les soldats sont en 
a pantalons collants, avec liauts-de* chausse et jiiste-au- 

corps. 9 

Nouvelle comparution, cette fois, devant Pilate. qui se lave 
les mains: seul morceau conservé. Les personnages s'y dé- 
tachent sur un fond. mosaï cal. 

Enfin Todieuse scène du prétoire : Jésus est couronné d'é- 
pines, et armé d'un roseau. 

Le tableau du crucifiement se trouvait sur la paroi 
septentrionale du sanctuaire. L'arc qui l'abritait et qui, 
opposé, faisait suite à celui des apôtres, est encore revêtu d'un 
chœur d'anges, tenant en mains divers instruments de mu- 
sique : ils préludent au triomphe dont les cieux vont être té- 
moins. 

En face était la descente de croix. 

Nous eussions aimé h trouver la résurrection sur le mur 
du chevet. La disposition, jusqu'ici fort heureuse, semblait 
l'exiger impérieusement. Mai» le rétable gênait. L'artiste 
s'avisa de la loger sous les tribunes au fond de la nef, qu'elle 
partage même avec une scène de la vie des saints. Il était 
difficile d'être plus malheureux : mieux valait une suppres- 
sion. Du reste, le tableau était, parait-il, très remarquable, 
c Après avoir subi toutes les conditions de l'humanité, le Fils 
c de Dieu reprend sa puissance et s'élève avec majesté. Dans 
< ses mains brille la croix qui sera désormais le signe de la 
«c rédemption des hommes. :» On distingue encore la tête du 
Sauveur et le signe glorieux : mais c'est à peu près tout. 

Kevenons ausanctuaire que nous n'eussions pas dû quitter. 



GASTELNAU DE BRETËNOUX. 289 

• 

Oportuii Christum pati, et ita inlrare in gloriam suam (Il 
fallait que le Christ souffrît, et fît ainsi sou entrée dans la 
gloire) : « Les quatre tableaux de la voûte sont consacrés à 
> la gloire de Dieu le Fils. Au-dessus de l'autel, les cieux 
» sont ouverts : Jésus porte encore sur son corps la trace 
» des souffrances qu'il accepta ; mais en lui, comme dans ce 
» qui l'entoure, tout révèle la majesté divine. 

m 

» 11 est assis sur l'arc-en-ciel ; les nues sont h ses pieds, 
» Sa croix est d'or, la terre qu'il habite est d'or ; sur sa tu- 
» nique de lin est un manteau de pourpre, attaché par une 
» agrafe d'or. Auprès de lui les quatre Évangélistes écrivent 
» la divine histoire : chacun d'eux est accompagné del'attri- 
» but qui le caractérise, et leur nom brille sur des bande- 
» rolles: c'est un ange qui déploie celle de saint Mathieu *. 
» Vêtus de longues robes blanches, quatre archanges portent 
» dans les cieux les instruments de la passion : leurs ailes se 
» déploient et semblent éclairer l'espace. i> 

Le tableau qui partageait avec la résurrection le mur du 
fond delà nef, était sans rapport avec cet ensemble, a Dans 
i> une enceinte fermée par une palissade en bois, àcôté du don- 
■ joiiy est un homme de haute taille, h la physionomie sévère : 
» il tient une épée nue à la main ; à ses pieds est une femme 
7> qui rimplore. Tout annonce que ces deux personnages sont 
» dans une position solennelle et terrible. C'est bien une 
» danie de haut parage : voyez ses vêtements, leur forme et 

1 11 faudrait dire un enfant^ et ne pas oublier que toutes les figures du 
tétiamorphe sont ailées, en signe de la vélocité de la Bonne-Nouvelle. Les 
deux prophéties auxquelles se rattache ce quadruple emblème, sont formelles 
sur le signe donné à S. Mathieu : Elvuîlus eorum faciès hominis,», (Ezéchiel) 
/énimal,., tertium simile hom'mis ,.[Jpoc], On connaît le motif de cette atti-i- 
bution : S. Mathieu débute par la généalogie de Notre-Seigneur et le récit 
de la Sainte- Enfance; puis^ dans son ouvrnge, écrit pour les Juifs^il s'atta,che 
de préférence aux réalités de l'ordre humain en Jésus-Christ. 

TOMK XV. 20 



290 GASTELNAU DE BRETBNOUX. 

]» leur richesse. Tout en elle est douleur et soumission... t^ 

i' 

Inutile d'aller plus loin. M. Calvet veut nous dire que cette 
femme là est la comtesse d'Armagnac, demandant grâce à ce 
c Jehan de Castelnauqui, missionnaire de mort, veut exécu- 
> ter les ordres de Louis XL ]» Commeiit un tel tableau dans 

i 

pareille chapelle ? Le rapporteur propose de deux mobiles 
Tun : oc le repentir, qui veut donner à Texpression de ses re- 
9 grets toute la durée du souvenir de la faute; l'orgueil, 
9 toujours habile à se faire illusion sur les actes qui peuvent 
i> accroître la puissance. » 

£t nouS| sans aller chercher midi à quatorze heures, nous 
voyons là dedans le martyre de Ste Barbe, dont M. Cal* 
vet a déjà trouvé l'image sur deux des trois autels, sans ja» 
mais la reconnaître. Dans le sanctuaire, c une sainte à palme, 
c tenant une tour » . Sur le petit autel de droite, « une sainte 
» dame, à nimbe en champignon (?j, portant une palme, prd- 
» sente un château consacre par de petit es «croix : serait-ce 
.> la fondatrice de Thospice, mentionné dans le pi*emiér rap- 
» port 7 » Une fondatrice d'hôpital sur un autel, avec nimbe 
et palme !... Oa conçoit déjà que l'interprète du tableau ait 
bien pu se tromper. Mais voici qui n'infirmera pas l'hypo- 
thèse. Ce sont quelques lignes de Bibadeneira dans sa Biogra- 
phie de Sle Barbe^ au 4 décembre : 

« Le pi*ésid€nt la condamna d'avoir la tôte tranchée. Dio- 
» score, son père — qui l'avait précédemment enfermée dans 
» une tour devenue son attribut — requit le juge qu'il le lais- 
È sât être son bourreau, et qu'elle mourût de sa main. Ou la 
7^ mena hors la ville, sur une montagne, où Ste Barbe, s'a- 
» gefvmitlant^ fit une dévote prière iiDlmj le remerciant de ce 
» qu'il Tavait réduite à ce point, et te suppliant d'accorder 
^ toutes les grâces que les chrétiens lui demanderaient pour 
» l'amour d'elle. Alors une voix descendit du ciel| qui l'apr 



CASTELNAn BË BRBTBNOUX. '{^1 

» pela pour recevoir la coiironneiet lui promit .que ça qu'çll^ 
:» venait de désirer serait accompli. Elle tendit le col à soi| 
» père qui le lui coupa de son épée, », * . . , 

Que le lecteur veuille bien se reporter au texte de M. Cal- 
vet^et ces quelques lignes lui suffiront sansdoute : au surplus^ 
e*est tout ce que nous pouvons pour décider le cas : despeiu* 
tnres, il ne reste plus trace. 

Nous sonimes plus heureux au maltre-autel. Là^quatre pau^ 
iieaux relativement bien conservés. Le premier, du coté de 
l'Evangile, représente Timpression des stigmates, ce cemiraclft 
3D biefi connu. Jésus-Christ apparaît à un moine : le sang jaillit 
» de ses plaies, et va frapper les parties correspondantes du 
» corps de ce moine, » Le moine est S. François d'Assise, 
l'amant passionné de la crQix. S. Jacques occupe le panneau 
suivant, et Ste Barbe le quatrième. Le troisième est consacré 
A uue nouvelle représentation de la descente de croix. 

« La voûte du dressoir est remplie par un tableau de VJixu 
» nonciation. L'auge prononce à genoux les paroles ain/si éçri-^ 
X» tes : ÂV£, 6RATIÂ PLENA, DOMiNUS TECUM. La Vierge est en 
]» rdbe de damoiselle et prie. Uu nimbe décore satêtç* À cô^ 
9 te est un vase qui contient un pied de lys fleuri ; sur le 
» corps du vase est gravé en lettres majuscules rinscriptioii : 
» AVE MA. » / 

Le i^etit autel de drçite, ou plutôt de gauche — la drftitfl 
et la .gauche étant dans une église celles de Notre-Seig^eui; 
trônant sur l'autel — était consacré à ^ojarituv 6atrvt fntioU 
^vec l'image de Ste Barbe, on y voyait de^ peintures 
à demi- effacées en 1844. L'autel opposé avait ^nserv^ 
lin petit tableau sur tQile représei)tant la légende dç 3- Hur 
bert. Tout a disparu. - ' 

Mais, si l'étranger ne peut plus aujourd'hui flécliir le ge- 
nou devant ces protecteurs du vieux manoir enruine^ iln'ou» 



292 GASTELNAU DB BRETSHOUZ. 

bliera pas déporter le regard sur le Christ qui, depuis qua- 
tre siècles^ ombrage de ses bras la séparation de la nef et du 
chœur. Jadis il iliumiuait de ses regards le front des morts 
couchés sur leur lit de parade dans la chambre voisine : il sera 
bientôt la seule forme vivante de ces lieux abandonnés. O 
muette prédication des choses ! l'immense Coiysée de Rome 
n'a de place aujourd'hui que pour une croix. Tout croule, 
tout se meurt autour de ce gibet, et ce gibet reste debout 
pour consoler la mort et vivifier les ruines; et que la mort serait 
âpre, et que les ruines seraient dures, si ce gibet pouvait 
périr ! 

Nos lecteurs n'ont sans doute pas oublié ce prélat généreux 
qui, poursuivant l'œuvre inachevée de Bégou de Castelnau, 

m 

réunit à ses frais les Etats du Quercy et finit par chasser les 
Anglais de la province. C'est à lui, c'est à Jean de Caylus 
que la paroisse doit la belle église dont elle jouit en ce mo- 
ment. Cet évêque avait aussi fondé un chapitre à Bretenoux. 
La nouvelle église édifiée par lui sous les murs du château, 
fut pareillement érigée en collégiale par un autre Jean de 
Castelnau. Avec le temps, les deux chapitres réunis n'en fi- 
rent plus qu'un seul, composé, vers l'époque de la Révolution , 
d'un doyen et de huit chanoines. Ce fut a Castelnau qu'eut 
lieu la réunion. Le presbytère actuel et son jardin plus que 
modeste occupent l'habitation, partiellement détruite : l'é- 
glise, devenue paroissiale, est restée intacte. 

C'est un édifice à visiter. Ne nous arrêtons pas aux dehors : 
des contreforts massifs, une tour informe, des murs à moitié 
enfouis dans un terrain en pente, prédisposeraient peu le 
visiteur, si les réseaux des fenêtres ne faisaient déjà pres- 
sentir quelque richesse à l'intérieur. Mais qtmnd ou a des- 
cendu les degrés qui relient le pavé à la porte, et embrassé 



. 



CASTELNAU DE BRETENOUX. 293 

d\in coup (l'œil ce vaisseau modeste d'étendue^ mais d'un 
style si pieux, d'un aspect si grave, d'un jour si recueilli ; 
quand on s'est donné le temps de remarquer les vitraux et 
d'entrevoir les stalles, on n'hésite pns à saluer, sur cette 
cime affectionnée des arts, un monument de plus, et qui du 
moins nous restera. 

Dire qu'il fut l'œuvre de Jean de Caylus, c'est lui assigner 
le milieu du XV* siècle. On reconnaît l'cpoque aux formes 
prismatiques des nervures comme au dessin flamboyant des 
réseaux. Ce ne fut pas une époque de progrès : ce ne fut pas 
non plus la pleine décadence. Voûtes et fenêtres ont passa- 
blement conservé de l'élan primitif, et l'ossature, sobre en- 
core, laisse prévoir plutôt qu'elle n'étale cette excessive com* 
plication qui, pour surprendre l'œil, n'en fut pas moins un 
pus de plus vers la chute. Autre mérite rare : le badigeon a 
respecté ces murs ; c'est tout au plus s'ils ont gardé quelque 
trace de la litre funèbre de leurs anciens patrons. 

L'édifice, divisé en quatre travées, plus une abside, qui 
est à pans coupés, ne prend jour qu'à Torient, au sud et au 
couchant. Des vitraux tempèrent partout l'éclat de la lumière 
et la teignent de ces douces couleurs qui font rêver au ciel. 
Malheureusement ils ont subi de graves mutilations : on les 
voyait naguère & l'état de fragments. Un vitrier deClermont 
s'est chargé, pour une faible somme, de réparer le dégât. 
Comme on le pense bien, l'œuvre n'est point parfaite, et de 
plus la foudre l'a dévastée Tété dernier. Il est bien h souhaiter 
qu'une main généreuse s'intéresse h sa restauration. 
. L'unique ouverture d'ouest est une rose, dont les souples 
découpures n'enferment qu'un dessin d'ornementation. Par- 
tout ailleurs les verrières sont h personnages. La première, 
en montant au chevet, représente S. Louis recevant les 
pieuses leçons de Blanche de Castille : on croit entendre à 



S94 GASTEUfAU DE BREUNOVX* 

travers les âges comme un écho de cette voix héroïque qui 
préférait pour son fils la mort même au péché. Dans la se* 
conde,^nous contemplons Ste Catherine et Ste Agnès, aimables 
martyres -particulièrement chères à nos aïeux. Ces deux Yi-» 
traux occupent le milieu de la nef. La première travée 
n'a point de jour ; la quatrième est flanquée, au midi> d'une 
chapelle ; au nord, d'une sacristie ménagée dans la tour. 
Entrons donc au sanctuaire. 

Là trois fenêtres, nombre symbolique que les derniers 
temps ne pouvaient respecter : aussi ne manquèrent*ils pas 
à leur œuvre habituelle. Un menuisier vint un jour dans cette 
abside, porteur d'un rélable au goût du moment, et Ton était 
en 1663'. Sans respect de Tart, sans souci des convenances, 
le' massif autel fut dressé pièce h pièce devant la verrière 
centrale^ grande et belle verrière qui représentait la Descente 
de croix. Fuis, comme, après T installation, la fenêtre, aux 
trois quarts masquée, devenait aux trois quarts inutile, 
l'honnête menuisier prit son maillet, fit voler en éclats le 
v^rre colorié, jeta dans les meneaux je ne sais quel ignoble 
torchis, et) la besogne faite, chacun put venir contempler 
par*dessu8 le ré table... un bout de croix et quelques têtes 
sans tronc. Que de sanctuaires ainsi déshonorés ! que d'é- 
glises privées du seul regard que des mains théologiennes 
leur avaient ouvert sur le mystique Orient ! Âh ! si des consi-^ 
dérations d'art ou de pénurie nous imposent la patience, sa- 
chons attendre et nous résigner ; mais si rien ne retient 
notre bras, donnons du poing dans ces ineptes blocages, et 
rallumons à l'autel la lampe éteinte du symbolisme chrétien. 

Les verrières latérales représentent deux époux en prière 

' C'était sans doute le cadeau de noces de Louis de Clermont et d'Ânne- 
Marguerite de Saint-Baussan, mariés depuis peu. On y voit en effet les 
armes de Clermont mêlées à divers chiffres. 



GASTELNAO DB BKETBNOUX. 295 

BOUS régide de leurs patrons. D'un côté, S. Jean ; de l'autre, 
oftté, SteÂnne; d'un côté, Técu de Castelnau; de Vautre, les 
armes de Culant: point de doute possible, les deux époux nous 
sont connus. Ce baron qui prie, casque à terre, sur le velours 
armorié, est le neveu de l'évéque qui fonda cette église, le do- 
tateur présumé qui fit de cette église une collégiale^ et s'il faut 
tout dire, le bourreau de Jeanne de Foix, Jean II de Caylus- 
Castelnau.Ses traits sont ceux d'un homme jeune encore : peut- 
être son bras est-il encore pur? Priez, priez, messire, que Dieu 
legardede tout mal! La jeunefemme agenouillée dans le vitrail 
de gauclie,était la fille d'un maréchal de France, de Philippe de 
Culant. Les armes de la famille sont au bas du tableau : d'azur 
seméd'éUriles d^or,au lion de même brisé, sur V épaule d\m lambel 
de gueules. Nous avouons n'avoir qu'une médiocre sympathie 
pour cet étalage de l'orgueil, pour ces exhibitions de person- 
nages vivants. On peut y défendre un bon côté, l'expression 
de la religion et de la foi ; mais, en somme, croyons-nous, 
l'histoire y profite plus que la piété. Dieu, la Vierge, les 
anges, les saints : voilà les images que notre cœur désire dans 
ces tableaux traversés de rayons, qui ne devraient appa* 
raitre aux fenêtres du temple que comme des visions d'un 
monde supérieur. La grande époque avait ainsi compris le 
but élevé de l'art : souhaitons que notre siècle s^inspire de 
son esthétique si profonde et si haute. Un autre reproche 
s'adresserait h la couleur : elle a pâli. Que sont devenues ces 
verrières aux tons puissants et chauds, ces mosaïques trans- 
lucides dont l'ingénieuse combinaison tamisait la lumière 
comme les dômes de nos bois ? Le dessin a gagné, maisl'eiFet 
a perdu. A côté de morceaux d'une belle coloration, des 
teintes grises, des chairs pâles, des fonds clairs, une peinture 
inégale enfin qui perce la muraille, au lieu de ces œuvres 
savantes qui retenaient l'œil dans les lignes de l'édifice, sans 



296 GASTELNAU DE BRETENOUX. 

étouffer Tessor de Tesprit ni du cœur. I/artiste a voulu se 
soustraire au joug de rarchitecte et se mettre à la remorque 
du peintre : c'était deux fois méconnaître les conditions de 
Tart. Or, quand les principes s'en vont, il faut que la mort 
vienne, et la mort n'est pas loin. 

Du sanctuaire à la troisième travée il n'y a qu'un pas : 
faisons-le. Là, sont alignées deux rangées de stalles, dont 
l'extrémité inférieure, repliée en crochet, sert d'appui à deux 
petits autels. Il est probable qu*une élégante clôture fermait 
autrefois ce chœur monumental. Monumental ! il est permis 
de le dire, non pour le nombre des stalles ni pour leurs di- 
mensions, mais pour l'exquise beauté de leur travail. L'art 
délicat du XV® siècle semble avoir épuisé toutes ses grâces 
dans l'ornementation aussi légère que variée de ces baldaquins 
aux fines dentelures, de ces dossiers aux suaves réseaux^ de 
ces colonnettes aux mille enroulements. Les sculpteurs du 
pays doivent une visite à cette œuvre du passé. Jamais 
ciseau ne rapprocha plus de souplesse et plus de sûreté, plus 
de caprice et plus de correction : c'est le dernier gothique 
dans sa fleur. Sur le rampant des parcloses, des accoudoirs, 
formés en général de statuettes d'un travail moins heureux, 
présentent la suite originale des divers états de la vie. Un 
pêcheur vous offre ses poissons, un chapelier bat son feutre, 
un apothicaire fatigue son mortier, le cardenr joue du peigne, 
la religieuse est à ses heures, le moine dit son chapelet. — 
L'art sécularisé s'abandonne h ses fantaisies. — Peu de bas- 
reliefs : quelques statues de saints. Nous distin^ons les 
quatre grands docteurs de l'Eglise latine, et les patrons des 
châtelains du temps : S. Jean-Baptiste , avec l'Agneau 
couché sur le livre aux sept sceaux, S. Jean l'Ëvangéliste 
avec son calice d'où s'échappe un serpent, S te Marguerite, 
à genoux sur son monstre, et plusieurs autres qu'on recon- 



CASTBLNAU BS AEBTBNOUX. 297 

naît à leurs attributs. Ingénieuse langue qui, renfermant 
l'histoire dans un signe, nourrissait Tesprit en même temps 
qu'il le axait ! Lui préfèrera-t-on des inscriptions maussades 
au bas d'une imagerie sans caractère comme sans édification, 
parce qu'elle est sans symboles comme sans souvenirs ? 

A part ces restes d'autrefois, l'église est pauvre, et nous 
pouvons borner là notre examen. 

L'étranger, qu'intéresseraient encore les localités mention- 
nées dans cette étude, peut d'abord, en descendant h\ colline, 
visiter, sur son chemin, ou la petite église romane de Bonne* 
violle^ brutalement écourtée par la révolution, ouïe modeste 
sanctuaire de Notre-Dame de Félines, dont une dalle tumu* 
luire ne manquera pas de l'arrêter. 

Nous lui signalerons dans Bretenoux une régularité, 
comme aussi une particularité de construction, qui révèlent 
a nos yeux, dans-cette petite ville, une de ces curieuses 6as- 
iides du XIII* siècle, dont regorgeait la Guyenne en général et 
la vallée de la Dordogne en particulier. Un archéologue, cité 
par M. de Caumont, « les croyait exclusivement anglaises. 
Il en est beaucoup, dit le savant antiquaire normand, que 
l'on doit h des princes français, et ce sont justement les plus 
anciennes. 7> M. Calvet vient à point nommé nous apprendre 
que Bretenoux s'appelait Villa-franca de Orliendâ quand il 
reçut sa charte communale,, eu 1277. Cette dénomination, 
nouvelle sans doute, puisqu'un nom de date plus ancienne 
l'a étouffée depuis, apparaissant, avec une commune égale* 
ment nouvelle, juste au moment où surgissent du sol toutes 
ces cités neuves qu'on appelle des bastidesy ne semble pas 
faite pour desservir notre sentiment, quand on a vu les lieux. 

Quoi qu'il en soit^ de Bretenoux le touriste peut descendre 
à Saint-Céré, et visiter, en même temps que les tours Saint- 
Laurent, ce précieux bijou de la renaissance qu'on appelle 



398 CASTELIKAU DB B&ETBRODX. 

lo cliftteau de Montai. On lui répétera une légende stéréo- 
typée oii se tronTe mêlé le nom de Castelnnu, qu'il s'en défie. 
Beanlieu Rappelle au nord, avec sa vieille abbatiale et 
son portail que nous avons décrit. Il en trouvera un autre à 
quelques kilomètres plus bas, dans cette petite localité de 
Carennac, qui possède à la fois une belle église, un beau sé- 
pulcre et les restes bien maltraités d'un beau cloître ogival. 
]loc-Amadour,qu'il suffit de nommer, serait un peu plus loin; 
mais tous les autres lieux ci-dessus indiqués sont à faible dis- 
tance et nijonnent, pour ainsi dire, autour de Castelnau. Â 
Tarchéologue qui voudra les visiter, nous promettons jouis- 
sance, et souhaitons bon vent. 

J.-B. FOULBRIÈRE, 

Professeur au petit séminaire de SerTièr«s. 



LA LITTÉRATURE 



AU COMMENCEMENT DU XIII^ SIÈCLE* 



Nos lecteurs se souviennent peul-ètre des Études que nous 
avons ici consacrées à l'Art du XIII" siècle. Nous avions pris 
pour base de notre classification la « théorie des types. » En 
d'autres termes, nous nous étions proposé de répondre à celte 
importante question : a Quels sont les types artistiques auxquels 
» on peut ramener toutes les œuvres de la fin du XII* siècle, et 
B du commencement du XII1^ » 

Nous allons aujourd'hui procéder de môme pour la littérature 
de la France à la même époque, et en ramener toutes les œuvres 
à un certain nombre de types nettement déterminés. 

Nous essaierons d'être élémen|taire, bref, et surtout clair. Mais, 
dans un sujet si complexe et si délicat, nous avons besoin de 
toute l'attention de nos lecteurs. 



I 

Quels sont alors les types de la poésie liturgique ? C'est 
l'Hymne, c'estle Trope, c'est la Prose, c'est le Mystère. Leur ori- 
gine est à la fois latine et chrétienne : latine quant à la forme, 
chrétienne quant au fond. Ce sont presque partout d'anciens 
mètres romains qu^on a voulu rendre populaires et trajisformer 
en rhytmes. Le syllabisme, l'assonance et l'accent y ont peu à 
peu remplacé l'antique mesure ou quantité : au commencement 
du XIII* siècle, celte révolution estdepuis longtemps consommée. 

* Voir le n* de janvier- février, page b. 



300 LA LITTÉRATURK 

• 

Deiiuis cent vingt ans la rime a remplacé Tassonancc, et c'est le 
vers septenarius Irochaïque qui, avec l'iambique dimèlrc et le 
dactyliquc trimèlre, est la base de toute cette versification déci- 
dément syllabique et somptueusement rimée dont, suivant nous, 
noire propre versification est issue. 

Voulez-vous un type particulier de l'Hymne? c'est VAurora 
diem nuntiat d'Adam de Saint-Victor. Du Trope? c'est une de ces 
interpolations du K^jrie qui sont restées en usage jusqu'à la fin 
du Moyen-Age. Du Mystère ? c'est celui des Innocents, dont le 
texte a été plusieurs fois déjà publié. De la Prose enfin ? c'est une 
de celles que nous cbanlons encore aujourd'liui et qui est véri- 
tablement un chef-d'œuvre: c'est le Veni Sancte Spi'rùm, si plein 
de feu, si colore, si parfait, et qui a fait la consolation de tant 
d'âmes désolées. Celte œuvre remonte à l'année 4215 environ, 
d'après l'opinion de D. Guéranger, et quelques liturgistes pen- 
sent que cet admirable cbant fut entonné parfois autour des 
bûchers où Ton jeta les Albigeois. Ce cbant ne résonne plus 
aujourd'hui que très-pacifiquement et joyeusement au jour de la 
Pentecôte, sous les voûtes splendides de nos grandes cathédrales, 
entonné par des milliers de voix croyantes, et montant à ces 
lèvres sincères du fond de plusieurs milliers de cœurs embrasés. 

En dehors de la poésie liturgique^ il y avait plusieurs groupes 
de poètes latins. Le type du poème religieux, c'est alors VAurora 
de Pierre de Riga, qui est un abrégé symbolique de toute la 
Bible et où les plus beaux vers abondent ; mais il y en a quinze 
mille. Le type du poëme didactique, c'est VAnticlaudianus 
d'Alain de Lille, en neuf livres qui nous offrent une encyclopé- 
die complète. Le type du poëme satyrique, c'est VArchtthrenius 
de Jean de Hautville, qui contient ses voyages au e royaume de 
Vénus » et dans le o pays des Ventricoles. » Le type du poëme 
moral, c'est la médecine sacrée, VIerapigra de Gilles de Corbeil 
qui nous a en outre laissé des vers tout scientifiques De stgnis et 
sympiomatibus xgritudinum, etc., etc. Depuis quelque temps déjà, 
Vital de Blois a é:ril ses drames latins, Geta, Babio; Mathieu 
de Vendôme, son Milo. Le type du poëme épique, c* est VA lexan-- 
dréide de Gaulier de Ch&tillon et le De Gesiis Karoli magnt, de 
Gilles de Paris. 



AU COMMENCEMENT DU Xlll* SIÈCLE 301 

Hais qu'est-ce que ces jongleurs cléricaux et latins, qui errent 
sur les places publiques et chantent dans la langue de rÉglisc? 
Ce sont les Goliardi, les clercs errants, qui débitent leurs poésies 
satiriques et licencieuses, qu'on a mises sur le compte de Gautier 
Map, et dont on a imprimé un si grand nombre sous le titre de 
Carmtna Burana. Écoutez-les ; ils s'élèvent injustement contre la 
cour de Rome : Cum cul Papam venerts^ habe pro comtanti, — Non 

m 

est locm pauperi^ soli favet danti, — Vel si Verbum gallicum vis apo- 
copare : — Paez, paez, dit le mot, si vis impetrare,- Puis, ils gouail- 
lent le mariage : Sit Deo gloria, laus^ benedictioy — Johanni pariter, 
Petro, LaurentiOy — Quos misit Trinitas in hoc naufragio, — Ne me 
permutèrent uti conjugio. Puis c'est, un a Dialogue entre Teau et 
le vin, » une Desputoison entre l'anme et le cors. » Et tels sont, au 
commencement du XIIP siècle,- les principaux types de la poésie 
latine extra-liturgique. 
Passons à notre poésie en langue vulgaire. 



II 



On connaît les types de notre Épopée. Évidemment nos chan- 
sons de geste ont une origine germanique, ultragermanique> ou, 
pour mieux dire, c'est « l'esprit germain dans une forme 
romane. » Sans lés invasions, cette rude poésie ne serait point 
née, et il n'en fallait attendre l'inspiration ni des Celtes dégéné- 
rés, ni des Romains corrompus. Toutes les idées de nos poèmes 
sont directement germaines,ou elles le sont indirectement, c'e^U 
à-dire féodales. Il est fort aisé, avec les seules paroles tirées de 
nos plus vieilles chansons, de recomposer toute la législation bar- 
bare, et le seul procès de Ganelon, dans la Chanson de Roland^ 
est tout un traité de procédure germaine. Ces chants, du reste, 
doivent nécessairement appartenir à une race chanteuse ; or, la 
seule race vraiment chanteuse et vraiment héroïque à l'aurore 
de notre histoire, ce sont les Barbares. Tacite nous parle de ces 
habitudes germaines : Célébrant earminibus antiquis originem 
gentis conditoresque, » et Eginhard dit que Charlemagne compila 
Barbara et antiquissima carmina quibus vetetnim actus et bella cane- 



302 LA LITTERATURK 

bantur. Quoi qu'il en soit, ces poèmes» à la fin du XII® et au 
commencement du XIII' siècle, nous apparaissent en longs cou- 
plets monorimes, d'un nombre indéterminé de vers, tantôt 
alexandrins et tantôt décasyllabiques, et qui sont munis de 
césures, soit après la siiième, soit après la quatrième syllabe 
sonore. A l'assonance par la dernière voyelle a succédé la rimé. 
D'ailleurs, ces romans épiques ont déjà reçu de singuliers déve- 

m 

loppements; ce sont des rtfaeimenti^ des remaniements, des 
délayages. Si les poèmes du commencement du XII*" siècle ren- 
fermaient 4,000 vers, vous pouvez être certains que ceux du 
temps dePhilippe Auguste en contiendront prés de 8,000. Tout est 
plus littéraire et plus long, moins héroïque et moins sublime. 
Le type, c'est notre version d*Aspremont. En voici rapidement le 
sujet; écoutez.... Charlemagne tient sa cour à Paris, un jour de 
la Pentecôte; six rois le servent, splendeur sans pareille, et le 
grand empereur fait ses largesses atout le monde chrétien. 
Tout-à-coup, au milieu de cette admiration muette et de cette 
apothéose anticipée, on entend un grand bruit. C'est un Sarrazin ; 
c'est l'ambassadeur du roi Agolant qui vient solennellement 
défier Charlemagne au nom de son maître ; il est lui même stu- 
péfait de la grandeur du roi chrétien et songe intimement à se 
convertir. Quant au fils de Pépin, il contient sa colère et jclte son 
cri de guerre. Peu de temps après, à la tête de sa grapde armée, 
il passait à Hontloon, se dirigeant vers les Alpes ; Roland n'avait 
encore que douze ou quinze ans, mais c'était déjà Roland. C'est 
en vain qu'on veut l'enfermer an château de Laon ; il tue son 
portier et rejoint l'armée de son oncle. I^a guerre commence; elle 
est longue, elle est rude. Par bonheur, le vieux Girard de Fruité 
s'est enfin décidé à faire acte de bon vassal et à secourir son sei-» 
gnour Charles. Mais les disux héros, c'est le jeune Yaumoqt, fite 
du roi païen Agolanti et Roland» neveu de Tempereurde Rome. 
Le poète s'est même permis, par un vdl sans pudeur, de calquer 
servilement son personnage d'Yaumont sur le type de Roland à 
à ^onccvaux. Les deux héros en viennent aux mains, comme il 
s'y jEallait attendre, et le jeune Français conquiert enfin son adou- 
bttnentf SSL chevalerie, en donnant le coup niortel au jeune paieo 
que phiâgoent sincèrement tous le» lecteurs de U cbausoo. Une 



A0 COBIMENCCVENT DU XIH'' SIÈaE 3<^ 

dernière bataille s'engage entre les deux armées, eoire les deux 
religions, entre les deux races ; rarçbevêque Turpin porte entre 
ses mains le bois de la vraie croix, qui tout à coup, comme un 
autre soleil, lance d'imnienses rayons sur tous les combattants ; 
saint Georges et saint Maurice se mêlent aux soldats chrétiens, 
montés sur de beaux chevaux blancs : Âgolant est tué, les Sar- 
razins mis en pièces, leurs femmes baptisées, et le fils du roi de 
Hongrie, Florent, reçoit le royaume de Fouille et de Calabre. Le 
poëme se termine par de nouveaux blasphèmes du vieux Girart 
qui menace une dernière fois Cbarlemagne et TEglise... Et tel 
est le type des chansons de geste, au commencement du XIII'' 
siècle. 



m 



D'autres romans, cependant, faisaient aux chansons de geste 
une concurrence redoutable : on les appelait dès lors les romans 
de la Table*Ronde. Leur origine est celtique. Il est aujourd'hui 
prouvé que les Bretons insulaires et ceux du continent possé- 
daient des traditions légendaires, et qu'ils chantaient ces légen- 
.des nationales et religieuses; mais il parait également certain 
qu'aucun de ces chants n'est véritablement parvenu 'jusqu'à 
nous. C'est la péf ioJe des lais ou la période celtique. Il n'est dou- 
teux pour personne qu'il n'y fût longuement question d'un héros 
t nommé Arthur, fils d'Uter à la Téte-de-Dragon, grand conqué- 
rant, dompteur des Saxons, honneur de la Cournouaille et de 
toute la race celtique, qui, après avoir épousé Gwenniwar et 
avoir été déshonoré par son neveu Hordred, aurait été vainqueur 
de- ce traître et enlevé au ciel. » Ces deniers faits sont, d'ailleurs 
d*une antiquité plus problématique que les premiers. Au IX* siè- 
de, un chroniqueur du nom de Nennius, fit entrer dans le 
domame de récriture et de l'histoire un certain nombre de ces 
contes, dont nous. ne possédons plus l'original. Au X(I* siècle 
(entre les années 4135 et 1 ISO), Geotfroi de Montmoutb, dans 
son Histwia Britonum^ accrédita de nouveau, et surtout embel- 
lit les récits de Nennius. Celui-ci n'avait parlé que des batailles 
d'Arthur contre les Saxons et n'avait guère fait que nommer 



304 LA LITTiRATURE 

Brutus, le premier roi des Bretons. Mais Geoffroy, d'après 
d'autres chansons «âf» rfou/e, raconte l'histoire de tous les suc- 
cesseurs de Brutus et celle de Merlin ; il nous fait assister aux 
amours d'Uter Pendragon, à la naissance d'Arthur, à son mariage 
avec Gwenniwar, à la trahison de Hordred, au voyage d'Arthur 
dans l'île merveilleuse d'Avallon. C'est ïHistorta Britonum qui a 
été la source directe, immédiate, de la plupart de nos poèmes de 
la Table-Ronde, et telle est la seconde période de leur histoire, 
qu'on peut appeler la période latine. Il faut remarquer qu'un 
certain nombre de légendes bretonnes ou armoricaines, telle 
que celle de Joseph d'Arimalhie et du Saint-Graal, n'ont pas clé 
écrites en latin. Il faut observer aussi qu'on ne trouve ni dans 
l'œuvre de Nennius, ni dans celle de Geoffroy de Montmouth, la 
plupart des héros de la Table-Ronde, Yvain, Agravain, Perceval, 
Tristan, le roi Marc, Yseult et Viviane. De la Table-Ronde elle- 
même il n'était pas encore question, et néanmoins il est difQcile 
de contester le caractère profondément celtique soit de ces per- 
sonnages, soit de ces récits, qu'on a seulement embellis et non 
pas inventés. A la période latine succède alors la période fran- 
çaise. Le Brut^ imitation de VHtstoria Britonum^ parut en i 155. 
Le Joseph d'Arimathie, de Robert de Borron, doit, suivant M. P. 
Paris, être attribué aux années 4160-1170, ainsi que les romans 
eu prose du Saint-Graal et de Merlin ; le chevalier au lion et la 
Charrette de Chrétien de Troyes à 1185, et le remaniement de 
Joseph d'Arimathie à 1214 ou 1215. La forme de ces romans 
francisés est toute différente de celle de nos chansons de geste. 
Ce sont des vers de huit syllabes à rimes plates, légers, rapides, 
sautillants. Rien de primitif, rien de grossier dans ces légendes 
celtiques, qui sont romauisées et christianisées au point d'être 
méconnaissables. Chrétien de Troyes est le plus parfait de ces 
poètes de la nouvelle qui furent plus amusants que les vieux 
trouvères, et par conséquent plus recherchés. Rien n'égale l'élé- 
gance de l'auteur du Chevalier au lion : c'est un charme qui a le 
seul défaut de durer trop longtemps. La langue est pure et limpide; 
le style est excellent ; la grâce domine. Nous pouvons indiquer 
comme type Parceval le Gallois... C'est l'histoire de ce jeune che- 
valier qui, après de longues aventures, parvint à force de chasteté, ' 



AU COMMENCEMENT DU XIll® SIÈCLE 305 

d'humilité et de vertus de toute sorte, à conquérir le Saint- 
Graal, ce réceptacle sacré du sang de Jésus-Christ, et la lance où 
éclataient encore les traces du sang divin. Dans la plupart de ses 
romans, nous assistons tout d'abord à quelque banquet d'Artus 
et de ses chevaliers ; un inconnu, revêtu d'armes étranges, se 
présente soudain et défie quelqu'un des barons du Roi ; il est 
vainqueur et se précipite de nouveau dans les aventures. Ce ne 
sont que châteaux mystérieux, dames inconnues, enchantements 
deiout genre; les fées pullulent, et le héros parvient enfin à un 
dénouement analogue à celui du Parceva/... Et tel est, au com- 
mencement du XIII» siècle, le type de nos romans de la Table- 
Ronde. 

IV 

Tout à côté des romans de la Table-Ronde, il faut citer les 
romans d'aventures, qui ont généralement reçu la même forme 
littéraire, mais qui d'ailleurs n'ont rien de germanique ni/le cel- 
tique, et dont le sujet est emprunté à quelque vieille histoire 
véritablement universelle qui se retrouve chez tous les peuples. 
C'est la Manekine. c'est l'histoire touchante de cette femme ver- 
tueuse qui ne veut pas Se remarier, que l'on condamne à être 
brûlée vive, et au lieu de laquelle on brûle un mannequin. C'est 
Meraugis de Porlesguez^ par Raoul de Houdan ; c'est Blanche d'Ox- 
ford et Jehan de Dammartin^ par Philippe de Reims. C'est surtout 
ce charmant poëme de Flore et Blanchefleur : c'est la légende de ces 
deux enfants qui s'aiment tendrement, qui sont nourris et élevés 
ensemble. Mais, hélas! de si puï*es amours sont cruellement con- 
trariées, et quand Flore revient de Montoire où il a été faire ses 
études, on le conduit à un tombeau magnifique : « Blanchefleur 
est morte, lui dit-on, c'est là qu'elle repose. » Et Flore de sentir 
qu'il meurt. Hais, ô défiance sublime de Tamour, il se défie de 
cette mort à laquelle il voulait trop ne pas croire : il ouvre le 
tombeau, et le trouve vide. C'est alors que, comme un chevalier 
errant, il se lance à la recherche de sa fiancée. Ses voyages furent 
longs, et rudes furent ses peines. Mais il eut la joie de retrouver 
enfio sa Blanchefleur... chez le sultan de Babylone. Et tel est, 
sous le règne de Philippe AugUbte, le t\ pe des romans d'aventures. 

TOME XY. 21 



306 LA LITTÉRATURE 

A la même époque circulaient avec une vogue encore puis- 
sante plus d'un roman tiré de l'antiquité, tel que l'Alexandre^ 
dont la composition est bien antérieure^ C'est une véritable 
chanson^ de geste, pour laquelle on composa des suites trop 
nombreuses et trop longues. Benoît de Sainte-Maure fut sans 
doute alléché par ce succès et, sur le modèle des romans d'aven- 
tures, il composa les Romans de Thèbesy de Troie etd'Eneas. Cepen- 
dant, Jacques Forest, dans un roman de Jules César, esquissait 
une médiocre traduction de la Pharsale. Il est d'ailleurs trop 
aisé de voir que les poètes du Hoyen-Âge n'ont jamais compris 
l'antiquité. 



Le détestable mouvement des fabliaux ne prit une accéléra- 
tion notable que sous le règne de saint Louis. Il est néanmoins 
certain qu'on en composait dès la fin du XII*" siècle, et Lambert 
d'Ardres affirme que Baudoin, comte de Guines, se distinguait 
dans les fabellx ignobilium autant que dans les cantilenx gestorùs 
et les eventurœ nobilium. Les contes pieux avaient cependant beau- 
coup plus de vogue, et Gautier de Coincy, né en 1177 et mort en 
1236, contribua à leur assurer pour longtemps une puissante 
popularité. Les Miracles de Notre-Dame sont un type auquel on 
peut ramener de nombreuses compositions de la fin du XII' et du 
commencement du XIII' siècle, a Se Dex m'ait hui et demain^ — 
Tant miracle me vient à main — En un grand livre où Je les truis — 
Que je ne soi ne je ne puis — Les plus plaisans eoisir neslire, etc. 
Écoutez la traduction d'un de ces charmants miracles :.... Je 
vous veux conter un beau miracle sur un simple moine. Simple 
était et simplement servait Dieu et dévotement. Ce n'était pas un 
clerc comme saint Anselme. Le Miserere et les Sept Psaumes, ce 
qu'il avait appris d'enfance, il disait par bonne créance, selon sa 
simple intention. Mais il était très-dévot à la Mère de Dieu, qu'il 
aimait fort : à nu-genoux il la priait, tout en pleurant par 
maintes fois. Il était cependant tout angoisseux en son cœur et 
tout troublé, parce qu'il ne savait aucune prière pour faire spé- 
cialement mémoire de la Dame de Gloire. Il y pensa si longtemps 



AU GOMBIENGEMENT DU XlU'' SIÈCLE 307 

qu'il en trouva une de sa façon. Il prit cinq lettres, MÂRIÂ, et 
eut assez d'intelligence pour mettre un psaume à chacune des 
lettres de ce mot. 11 n'y chercha d'autre philosophie, et au nom 
de la Vierge Marie, qu'il aimait et tenait chère, il faisait souvent 
cette prière. Ces psaumes, il les savait fort bien : c*è\j^\i Magnificat^ 
Ad Dominum, Rétribue, In convertendo et Ad te levavi. Tant que 
dura sa vie il récita cette psalmodie en l'honneur du doux nom 
très-saint. Et quand il plut à Dieu de faire venir sa fin, il advint 
un bien beau miracle. Car dans sa bouche on trouva cinq fraî- 
ches roses, claires; vermeilles, feuillues, comme si on venait de 
les cueillir. Ce miracle nous fait voir bien clairement combien 
est aimable et débonnaire la douce Mère du Roi de gloire, d 

Et tel est le type des contes pieux durant les premières années 
du XIII* siècle. 



VI 



Après les chansons de geste,la littérature qui, à la mêm« épo- 
que, est la plus abondante et la plus digne de notre attention, c'est 
certainement la poésie lyrique des trouvères et des troubadours. 
Or, c'est au midi de la France que cette poésie a certainement pris 
naissance, et elle n'a fait invasion dans le Nord que vers le milieu 
du XIP siècle. Invasion regrettable, d'ailleurs, et à laquelle nous 
devons un abaissement notable de la vertu et de la foi publiques. 
Nous avons déjà fait voir comment les troubadours corrompi- 
rent et perdirent le Midi, et nous verrons un jour combien saint 
Louis détestait ces chansons mondaines, qui tantôt sont dange- 
reuses par leur obscénité sans voiles et tantôt par leur obscénité 
voilée. Rien de plus charmant d'ailleurs que leur rhythme infini* 
ment varié et où tous les vers sont admirablement entrelacés, sui- 
vant les règles que j'exposerai plus tard. On peut dire que ce fut 
précisément sous le règne de Philfppe Auguste que cette poésie 
prit son plus grand développement. C'est alors qu'ont vécu les 
plus célèbres troubadours, les plus remarquables trouvères. 11 
faut citer, au Midi, Giraud de Borneilh, Bertrand de Born, 
Hugues de Rodez, Pierre d'Aragon, Raimond de Miraval, le 
moine de Montaudon, Pierre Durand, Gaucelm Faidit, Raimond 



1 



308 LU UTTERATUBE 

de Vaqueiras, Bernard de Veniadour, Pierre Roger, Pierre Rai- 
moDdy le roi Alfoose d'Aragon, Guillaume de Gabestang, Folquei 
de Marseille qui fut évêque de Toulouse, Guillem Rainols d'Api, 
Cadeoel, Perdigos, Pierre d'Auvergne, Pierre Vidal, Guillem 
Figuiera. Et bien d'autres mériteraient une mention à côté de 
ceux-là. Les genres principaux auxquels ils se livraient étaient la 
dhanson proprement dite, qui était souvent consacrée à Dieu et à 
Id Vierge, le planh^ le tenson, la sirvente, Tépitre, la pastourelle, 
la nouvelle, le conte, le salut, le roman. 

Au Nord, c'est le vidame de Chartres, Guyot de Provins, Alart 
de Caux, Maurice et Pierre de Craon, Hue d'Arras, Aubin de 
Sezanne, Hue de la Ferté, Cardon des Croisilles, Colin Muset, 
Hue de Saint-Quentin, Gasse Brûlé, Gautier d'Argies, Quenes de 
Béthune, Hue d'Oisi, Richard de Semilli, Hugues de Lusignan, 
Jacques d'Amiens, Jean de Brienne, Oede de la Corroierie, Pierre 
de Moulins, Pierre de Bretagne, Pierre Moniot d'Arras, le prince 
de la Morée, maître Renas, Richard, roi d'Angleterre, Robert 
Mauvoisin, Roger d'Andelis, le roi Pierre d'Aragon, et enfin, 
quoiqu'il ait surtout brillé sous le règne de saint Louis, Thi- 
baut, roi de Navarre et comte de Champagne. Déjà j'ai eu l'occa- 
sion de citer plus d'une de nos poésies françaises, et mes lecteurs 
ont notamment applaudi aux vers de Quenes de Bethune. Je 
signalerai aujourd'hui comme type du Lay ceux de Colin Muset: 
Sorprù 9ui d'une amorette et En ceste note dirai] du Lai religieux : 
Par cortoisie despuel; du Salut d'Amour: le Quant voi partir d'XU' 
drieux Contredit, qui est d'une date plus récente ; de la Pastou- 
relle : YAut7ner chevauchoie seus de Jean de Brienne ; du Descort.: 
J'ai mainte fois chanté de Gautier d'Argies ; des Jeux-parties : Biaux 
Colins Muses, et il nous faut encore signaler le Serventois, la 
Ronde à danser, le Motet, les Ratsoenges, les Rondeaux. Soixante 
ou quatre-vingts ans après, ces poésies recevront une autre clas- 
sification : elles seront distinguées en « grands chants, estampies, 
jeux-partis, pastourelles, ballettes et sottes chansons contre 
amour. > Mais je ne veux pas aller plus loin dans cette en- 
nuyeuse classification. 

Et tels sont les vrais types de la poésie lyrique dans la période 
qui s'étend de 1180 à 1223. Si vous voulez y joindre quelques 



AU COMMENCEMENT DD XIII* SIÈCLE 309 

vers religieux, tous vous rappellerez ce maguiûque début d'une 
chanson de Thibaut de Champagne : c Dieu ressemble au pélican 
qui fait son nid au sommet du plus haut arbre. Mais voici le 
mauvais oiseau qui se jette dessus et tue les petits du pélican, 
tant il est mauvais 1 Le père arrive, plein d'angoisse, de son bec 
il se tue, et de son sang douloureux fait revivre ses oisillons. 
Dieu fit de même au jour de sa Passion : de son doux sang il ra- 
cheta ses enfants, p il n'y a peut-être rien de plus beau dans 
tout le poème de Dante. 



VU 



Puisque j'ai nommé le Dante, me voici naturellement amené 
à parler d*un de ses prédécesseurs, Raoul de Houdan, qui fut un 
satirique remarquable dans les premières années du XIII* siècle. 
II a composé un Songe (Tenfet^ dont le plan tout au moins rap- 
pelle celui de la Divine Comédie. Il suppose qu'il est transporté 
en enfer, et décrit la porte de ce séjour funèbre, porte gardée 
par Mort subite, Meurtre et Désespoir. Il nous fait visiter avec lui 
la cité Convoitise, la terre de Desloiauté^ Thôtel de l'Envie ; il 
nous procure des entretiens avec Tricherie, avec sa sœur Rapine, 
et Avarice sa cousine. C'est de la bonne satire et à laquelle on 
ne peut reprocher qu'une allégorie déjà trop voisine de celle du 
Roman de la Rose^ œuvre de la fin du Xlll* siècle, œuvre de déca- 
dence. Le véritable type de la satire à cette époque, c'est la fa- 
meuse ce Bible de Guyot de Provins; » c'est aussi la Bible au 
seigneur de Berze. Écoutez le premier de ces Juvénal du XIII* 
siècle : Dou siècle puant et orrïble — M'estuet commencier une Bible^ 

— Por poindre et por aiguillonner^ — Et por grant essample doner, 

— Ce n'est pas Bible losengière, — Mais fine et voire et droiturière. 
Guyot s'attaque à tout son temps, et tout d'abord aux princes : 

,Ne furent pas ou coing féru — Dont les monnaies sont loiax — Les 
forges furent desloiax — Ce cuit^ où il furent forgié. » Et il ajoute : 
(t Cel prince nos ont fait la figue. Et il les accuse d'opprimer les 
bons vavasseurs : On les escorche^ on les roongne, » Et ce laudator 
temporis acti \Vi }uuii\k dire : « Le siècles fuja beaux et grans, — 
Oj* est de garçons et d'enfanz. 9 Et plus loin : « Or regardez y Quel 



310 LA LITTÉaATUEfi 

eschange nous avons : — Uargenz est devenuz pions. » 11 s'en prend 
aux barons qui ne pensent qu'à Targent et se font écorcher par 
lesjuifs ou les usuriers; puis, aux évêques, aux clercs et aux 
moines. Il n'épargne ni le Pape, ni surtout les Cardinaux : 
« Borne nos suce et nos englot^ — Rome et le doiz de la malice — 
Dont sordent tout li malvais vice. » Il est trop évident que le sati- 
rique excède la vérité, mais voHis voyez quel courage, quelle li- 
berté de tout dire. Tel est, quoi qu'il en soit, tel est le type de la 
satire sous le règne de Philippe Auguste et le pontificat d'In- 
nocent 111. 

Faut-il parler des types de la poésie didactique, des sermons 
en vers, des Dits, des Desputoisons, de ces admirables quatrains 
moraux qu'on a tout récemment trouvés dans un manuscrit 
d'Oxford et dont le manuscrit appartient précisément aux pre- 
mières années du XIII* siècle : « Ki trop ainmet l'avoir^ c'est cet 
qui l'avoir sert ; — qui nat pitié de povre, de nut, de descovert ; — 
ki à l'altrui mesaise n'at unkes l'uel overt. — C'est cet qui l'avoir 
avnme et l'amour de Dieu pet^t. > Hais la poésie didactique n'est 
pas, quoi qu'on dise, du domaine littéraire : c'est de la science, 
et, trop souvent; bêlas ! de la science sans critique et sans va- 
leur. 



VIII 



L'histoire, telle qu'elle est écrite au commencement du XIII* 
siècle^ s'olTre à nos yeux sous deux aspects bien différents. La 
plupart de nos historiens écriyent encore en latin : car l'histoire 
est considérée par un certain nombre d'esprits comme un genre 
purement littéraire. Guillaume le Breton aligne, avec ces pré- 
tentions, sa Philippide en douze chants, et Nicolas de Brai imite 
cet exemple dans ses Gesta Ludovici Octavi. Malgré le talent incon- 
testable du premier de ces bisloriens^ le genre est faux, dangereux, 
j'allais presque dire détestable. Je préfère infiniment les récils ' 
souvent cruels de Pierre de Vaux-Cernay et de Guillaume de Puy- 
Laurent ; ils sont vrais, sincères, émouvants ; c'est de la bonne 
histoire ; ce sont, tout au moins, d'excellents Mémoires. Le plus 
agréable de tous les historiens de cette époque, le plus intéressant, 



AU COMMENCEMENT BU XIII* SIÈCLE 31 1 

parce qu'il est le plus intime, c'est Lambert, curé d'Ardres, qui 
nous a laissé une Chronique de Guines et d'Ardres où abondent des 
pages charmantes. C'est un conteur d'anecdotes, et qui n'a pas 
la fierté ridicule de certains historiens guindés, dédaignant ces 
détails infimes. Il faut l'entendre raconter le trait de ce jongleur 
qui certain jour va trouver Arnold d'Ardres et lui expose qu'il 
est dévoré d'un grand désir : « Je voudrais avoir de belles 
chausses écartâtes. Donnez-m'en une paire, et j'inscrirai votre 
nom dans la chanson d'Antioche. » Arnould s'indigna et refusa 
les chausses. Sur quoi, Lambert d'Ardres pousse des cris d'ad- 
miration : laudando et ubîque teiTarum prœdicanda Amoldi mi" 
litia ! humiliiatis ejus inenarrabilis constantta t Le même chroni- 
queur nous fait un portrait curieux du comte Baudoin^ qui, bien 
que tout à fait illettré, s'intéressa durant toute sa vie à toutes 
les choses de l'esprit, aux sciences^ aux arts, aux chansons, lais- 
sant ainsi un exemple à tant de riches de nos jours qui sont 
lettrés et n'aiment pas les lettres. Mais le type le plus original de 
l'historien au commencement du XIIP siècle, c'est certainement 
Geoffroy de Villehardouin : c'est le prince de notre histoire na- 
tionale, c'est notre Hérodote. Ce vieux soldat dicte sans préten- 
tion une œuvre pleine de concision et de force, où la couleur ne 
manque pas, où Ton peut lire de nobles harangues, plus vrai- 
semblables, plus courtes, meilleures que celles de Tite-Live : 
« Li tans fu biaus et clercs, etli vens bons et soués ; si laissièrent 
leur^ voiles aler au vent, et bien tesmoigne Jotfroisli Mareschaus 
qui ceste œuvre dicta ne onques n'en menti à son escient de mot, 
come cil qui à tous les consaus fu, qu'onques mais si grans es- 
toire ne fu vetie, et bien semblait estoire qui terre deeust 
conquerre ; quar tant come en pooit voir aus iels, ne pa- 
roient fors voiles de nés et ne vaissiaus si que li, cuers 
de chascun s'en réjoïssoit moult durement.... Et lors virent 
tout-à-plein Constantinople, Cel qui onques mes ne l'avoient 
veûe ne cuidoient mie que si riche cité peust avoir en tout le 
monde. Quant ils virent ces haus murs et ces riches tours dont 
. elle estoit close, et ces riches palais et ces hautes ijglises, dont il 
avoil tant que nus nel péust croire s'il ne le veist proprement à 
Teil, et quant il virent le lonc et le lé de la vile qui de toutes 



312 LA LITTÉRATURE 

estoit soveraine, sacbiés qu'il n'i ot si hardi à qui la char ne fre- 
mesist, et ce ne fu mie merveille s'il s'en esmaièrent ; quar 
onques si grans afaires ne fu empris de nulle gent, puis que li 
mons fu estorés. o Voilà les tableaux, yoilà les descriptions de 
notre Villebardouin, Ecoutez maintenant le ton des harangues 
qu'il met sur les lèvres de ses héros ; entendez Quenes de Bé- 
thune répondre aux envoyés de l'usurpateur Alexis : c Biaus sire 
a vous avès dit que vostre sire se merveille fort pourquoi notre 
» seigneur sont entré en sa terre ne en son règne. En sa terre 
B ne en son règne ne sont mie entré, car il le tient à tort et a 
» péché, et contre Dieu et contre raison, et li sires de la terre 
» est son neveu qui est si entre nous. Se à la merci de son sei- 
D gneur voloit venir et il li rendist la corone et l'empire, nous 
9 proierons qui li donast sa pais et tant du sien que il peust ri- 
» chement vivre. Et gardés que pour ce message ne reveniés 
» plus, si ce n'est pour otroier ce que vos avès oï. » Connaissez- 
vous beaucoup de harangues aussi fières dans toutes les annales 
de l'antiquité ? Cependant de telles beautés ne sont pas connues, 
et l'on se garde de les montrer aux intelligences de nos enfants. 
Ou leur met entre les mains je ne sais quel selectx composé avec 
des fragments de Tite-Live, de Salluste, de Tacite, mais on ne 
songe guère à composer un selectœ national composé avec des 
fragments de Villehardouin, de Joinville et de Froissart. Conso- 
lons-nous : les temps viendront. 

Je me réserve d'entretenir une autre fois mes lecteurs des théo- 
logions, des sermonnaires, des philosophes. Je me borne aujour- 
d'hui à leur signaler, comme des types littéraires, au milieu de 
ces œuvres essentiellement scientiâques^ les sermons d'Arnaud 
et les lettres charmantes d'Etienne de Tournay. Nous en repar- 
lerons dans l'étude que noUs consacrerons prochainement à la 
théologie du XIP siècle. 

IX 

Il me resterait^ pour terminer ce trop rapide essai, à comparer 
entre elles la littérature du XIIP siècle et celle de notre temps. 
Il est rigoureusement nécessaire, si l'on veut être équitable, de 
concéder au Moyen-Âge la supériorité dans tous les genres qui 



AU COMMENCEMENT DU XlW SIÈCLE 313 

ont le caractère populaire ou primitif. Les XIP et XIIP siècles 
ont possédé cinquante, cent épopées irraiment dignes de ce nom: 
or, nous n'en avons plus, nous ne pouvons plus en avoir une 
seule, si ce n'est des épopées domestiques comme Jocelyn ou Per^ 
nette. Mais l'élément héroïque est depuis longtemps absent, et les 
temps épiques de la France sont passés. L'histoire n'est plus, chez 
nous, ce récit naïf et poétique qui nous a tant charmés dans 
Villebardouin ; elle est devenue savante, elle remonte aux 
sources, elle demande des preuves, elle pèse, elle discute, elle 
nie, elle réfléchit, elle combat. Nous écrivons l'histoire tout à la 
fois pour raconter et pour prouver : le Moyen- Age n'y voyait 
guère qu'un récit plus ou moins agréable, et le sens historique 
ne se développa qu'assez tard au milieu de nous. Même dans 
cette période de transition qu'elles traversent durant le règne de 
Philippe Auguste, les études théologiques sont plus profondes et 
surtout plus répandues au XIIP siècle que de nos jours ; mais 
l'exégèse biblique n'existait pas encore ; mais la philosophie na- 
turelle, depuis la grande voix de saint Anselme, n'était plus en 
honneur, et l'on commençait déjà à se trop défier d'elle. Ce qui 
peut d'ailleurs nous consoler de ces dernières infériorités, c'est 
celte merveilleuse tendance à l'encyclopédie qui caractérise les 
premières années du XIIP siècle, c'est cet admirable essor qui 
va nous conduire à Vincent de Beauvais, à saint Thomas d'Aquin, 
à saint Bonaventure. Pour tout le reste, le triomphe de notre 
temps ne nous semble pas douteux. L'éloquence des sermon- 
nairesdu XIIP siècle ne saurait être comparée à celle d'un La- 
cordaire, et quant à la poésie, il n'est pas un siècle de notre his- 
toire qui puisse opposer un nom à celui de Lamartine. 

Léon Gâutieb. 



LES TROIS ARCHITECTES 



DE SAINTE-SOPHIE DE CONSTANTINOPLE » 



Si Ton suit la marche générale de Tarchiteclure, on rencontre 
un petit nombre d'édifices qui» résumant dans leur forme, leur 
construction et leur décoration, tous les progrès accomplis pen- 
dant la période gui a précédé leur érection, peuvent être considé* 
rés C€mme des types d'un art nouveau dont ils marquent pour 
ainsi dire le point de départ reconnu et dont, bien souvent aussi, 
ils restent un des lumineux sommets. V Église Sainte-Sophie de 
Canstantinople est un de ces rares édifices si intéressants à étu-* 
dier à tous les points de vue et dont, grâce aux historiens byzan- 
tins ', on peut facilement aujourd'hui reconstituer l'état primitif. 



* Notre collaborateur y M. Charles Lucas, architecte, nous communique les 
épreuves du cinquième fascicule (Amj»é à AzNAu)du premier volume delà 
Biographie universelle des architectes célèbres^ ouvrage qu'il s*est chargé de 
compléter et d'éditer d'après les notes laissées par F£0 Alexandre Do Bois, 
architecte du Gouvernement. Nos lecteurs liront avec intérêt les passages 
reXaiiùklaLÎoïïà'àiionàeV Église Sainte-Sophie de Constaniinople et à ses 
trois premiers architectes, Anthémius de Thralles et les Isidore de Milet. 

* Procofe^ de JEdificiis Justiniani, 1. j; Aoathias, Hist»^ l. v; Paul lk 
SiLEMTiAiBE, Descrtptio 5. Sophiœ ; Codinds, de Antîquital. Cpolitanis ; 
TuÉoPHANE, Chronique ; Ceduemos, cûvo^iç tdiopiiov; etc.. 



LES TEOIS ARGHITEGTBS DE SAINTK-80PU1E 315 

au reste si peu altéré, même après plus de treize siècles ^ Ces 
auteurs grecs du Bas-Empire et leurs commentateurs ^ nous 
ont de plus conservé les noms des deux architectes qui furent 
chargés par Justinien de diriger les constructions de cette si 
remarquable église, véritable type de l'art byzantin, et dont la 
splendeur inouïe fit dire, le jour de sa dédicace, à Tempereur^ 
faisant allusion au temple de Jérusalem : « vsvtxYixa ce SaXo^xcSv, » 
Je fai vaincu f Salomon ' • 

Anthémius de Tbralles et les Isidore de Milet, tels sont les 
maîtres à jamais illustres qui érigèrent Sainte-Sophie, et qui 
eurent ainsi l'honneur, — après avoir donné un modèle suivi 
pendant tant de siècles et encore de nos jours pour la construc- 
tion des églises grecques, — de fournir le type constant des 
mosquées de l'islamisme. M. Beulé apprécie ainsi la grande 
place tenue par ces deux artistes dans l'histoire de l'art grec 
quand, faisant allusion à un autre architecte ionien de génie, 



^ Da Cange place la dédicace défiQitive de l'église Sainte-Sophie en 
559. 

* Nous avons emprunté la plus grande partie des renseignements qui sui- 
yent à la Description latine de Sainte^Saphie donnée par du Cangs, comme 
commentaire de celle de Paul le Sileutiaire, et éditée dansle{7orpvj9crtp/., 
Hist. Byxant., in-8, avec gr., Bonnœ» mdcccxxxxii. 

' « Le temple terminé, on songea à le décorer avec magnificence. L'or et 
les mosaïques furent prodigués sur toutes les surfaces ; tous les murs étaient 
re'vêtus de marbres précieux; les chapiteaux et les corniches furent dorés; 
les Toutes des bas-côtés peintes à Tencaustique ; la coupole rehaussée d'une 
mosaïque dorée et coloriée ; en général, toutes les peintures étaient sur fond 
d*or.... Il y avait à*Sainte-Sophie, d'ailleurs, une énorme profusion de vases 
précieux et de candélabres.... Paul le SilenUaire dit (part. 2, v. 435) qu'il 
y avait dans cette église tant de lampes suspendues par des chaînes d'airain^ 
et tant de candélabres^ que ces lampes semblaient nager dans un océan de 
feu... Pour donner une idée des dépenses^ nous dirons que Justinien, qui 
voulait que cet édifice fut « le plus magnifique monument qu'on eut fait 
depuis la création », avait déjà payé 452 quintaux d'or, quand les murs ne 
s*élevaient encore qu*à un mètre au-dessus du sol. » — L. Batissieii, Elém* 
d'arch» nation,; in-12, n, gr., Paris, 1843^ p. 370. 



316 LES TB0I8 ARCHITECTES DE SAINTE-SOPHIE 

Ghersiphron, qui avait résumé avec éclat et succès, dans ie 
Temple de Diane à Éphèse^ les essais et les éléments de l'ordre 
ionique, il dit : « C'est ainsi que, sous Justinien, après la 
longue transformation de l'art en présence de besoins nouveaux, 
après de nombreux essais d'architecture religieuse, quand la 
basilique romaine, les bains romains, avaient été appropriés 
successivement au culte chrétien par impuissance de rien 
inventer, Anthémius et Isidore, des Ioniens (le rapprochement 
est singulier), bâtirent Sainte-Sophie, résumèrent tout le mou- 
vement des siècles précédents; par une manifestation éclatante, 
par l'étendue et la richesse de l'édifice, autant que par leur 
propre génie, ils arrêtèrent le type de l'architecture byzantine, 
dont Sainte-Sophie resta dès lors le modèle. Mais, avant Sainte- 
Sophie, » ajoute M. Beulé, sans amoindrir mais en expliquant 
le talent d' Anthémius et d'Isidore, u il y avait eu un long et 
sérieux enfantement de l'art byzantin ^ » 

C'est en l'an 532 que, en vue de la construction delà nouvelle 
Église, Justinien écrivit de toutes parts pour faire rassembler 
dans toutes les provinces de son vaste empire des ouvriers 
habiles ^ et des matériaux précieux ^ ; et ce ne fut qu'au bout 

» Ilisl. de Vari grec avant Péricîès, 2« édit., in-lS. Paiia, 1870, j». -231. 

' • Ârtificies cœgit toto in orbe, i> il rassembla des ouvriers de toutes les 
parties du monde. — Eusèbe, De,vila Conslantinif 1. m, c. 31. — • Les 
Architectes avaient sous leur direction cent maîtres maçons qui avaient 
chacun cent ouvriers sous leurs ordres. Cinq mille ouvriers étaient distribués 
sur le côté droit, et cinq mille sur le côté gauche. Ils étaient payés dès qu'ils 
avaient posé une pierre. » L. Batissier, ouvr, çUé^ p. 369, n. 4. 

' a Une dame romaine, veuve, du nom de Marcia, lui eYivoya de Rome, 
sur des radeaux, huit colonnes de porphyre d'Egypte, provenant du temple 
du Soleil à Balbeck, bâti par Aurélien. »— > A^omyme, 1. vi. t Ce sont ces co- 
lonnes qui supportent les quatre calottes sphériquesen avant et en arrière du 
grand dôme. Le prêteur Constantin d'Ephèse lui en envoya huit autres de 
marbre vert tacheté de noir, également extraordinaires de richesse et de gran- 
eur et enlevées en Cyzlque, en Troade, ou dans les Cyclades et peut-être 
même à Athènes. » — Do Cange, ouvr. cité y n. 3, p. 69. — Cedremos dit, 
au sujet du maître-autel surmonté d'un ciborium, qu'on y avait employé 
toutes sortes de bois, de métaux et des pierres précieuses, enfin c tous les pro- 
duit! de la terre, de la mer et de l'univers entier. » 



DE GONSTANTINOPLÈ 317 

de plus de sept ans, en 5A0, que furent commencés les travaux 
que Tempereur suivit avec une telle sollicitude que, vis-à-vis 
du public* il pouvait en paraître le véritable fondateur '. 

Le nouvel édifice fut érigé sur remplacement d'une ancienne 
église datant de la fondation de Constantinople, et qui, plusieurs 
fois reconstruite, avait été brûlée en 580, dans les premières 
années mêmes du règne de Justinien ^. Son nouvel emplace- 
ment et le choix des matériaux employés à sa construction 
témoignèrent au reste de la sollicitude de l'empereur '. 

Pour donner une idée de la disposition intérieure et caracté- 
ristique de Sainte-Sophie, nous citerons ici textuellement M. 
Cb. Texier * : « L'église, dit-il, est bfttie sur un plan carré, 
' de qtiatre^ngt'un mètres de long sur soixantC'neuf de large; au 
centre de ce carré s'élève la coupole, dont le diamètre (de 

1 Outre certaines légendes populaires à Constantinople sur la part active 
que l'empereur^ inspiré dit-on par un ange, prenait aux travaux qu'il visitait, 
le plus souvent sous un déguisement populaire, il avait fait construire une 
galerie joignant le chantier de Sainte- Sophie à son palais; Procope rap- 
porte {de JEdif, 1. 1, c. I), diverses circonstances dans lesquelles son habileté 
et ses conseils furent d'un grand secours aux architectes. 

* En 326^ Constantin-lc-Grand aurait, suivant la plupart des écrivains 
byxantins, fondé à Constantinople la première église sous le vocable de Sainte» 
Sophie (t9) Ay^oe Hocpia), ou, suivant Codinus, aurait consacré à ce symbole 

' de la religion chrétienne un temple païen de forme oblongue. Mais, cette 
église étant devenue insuffisante ou ayant été ébranlée par des tremblements 
de terre, en 360,* Constance, fils de Constantin, Tagrandlt, la réédifia et en 
célébra avec pompe une nouvelle dédicace. En 404, sous le règne d'Arcadins, 
cet édifice, ou tout au moins son sanctuaire, fut incendié dans les troubles 
suscités par les Ariens contre saint Jean Chrysostome et, peu après, Théo- 
dose-le-Jenne le fit réparer et recouvrir d'une voûte demi -cylindrique. 
Mais, en 530, l'église Sainte-Sophie fut à nouveau entièrement consumée 
avec, dit Codinus, ses merveilleuses et admirables colonnes, dans la célèbre 
sédition appelée vCxi) {victoire], sédition qui mit à feu et à sang la plus 
grande partie de la ville et coûta la vie à 33,000 personnes. D'après do 
Caugs {Dese. citée , p. 62» n. 3). 
' L. Batissier, owr. eitéf p. 139. 

* Revue franc., t. xi. p. 53 et 54. 



318 LES TROIS ARCHITECTES DE SAINTE-SOPHIE 

quarante mètres) détermine La largeur de la nef. La coupole est 
supportée par quatre grands arcs, qui forment quatre penden- 
tifs ' ; sur les deux arcs perpendiculaires à l'axe de la nef 
s*appuient deux voûtes hémisphériques qui donnent au plan de la 
nef une forme ovoïde : chacun de ces deux hémisphères est lui- 
même pénétré par deux hémisphères plus petits, soutenus par 
des colonnes. Cette superposition de coupoles, dont les points 
d'appui ne sont pas apparents, donne à tout l'ensemble une 
apparence de légèreté inimaginable ^. 

A l'extrémité orientale (car Sainte-Sophie est orientée ') se 
trouvent l'apside et ses nombreuses dépendances. A droite et à 
gauche de la grande nef, de spacieuses basses-nefs, véritables 
vestibules, séparées en travées par des colonnes *, donnent 
accès à des escaliers conduisant aux tribunes, autrefois réservées 
aux femmes, aux catéchumènes, à l'empereur et à sa cour« Ces 
diverses parties entourent le dôme et sont comprises dans un 
plan carré ; mais, à la partie occidentale de l'édifice, et comme 
dans son prolongement se trouvent deux parties caractéristiques 
de Téglise grecque, Vesonarihex et YexonartheXj grands vesti- 
bules juxtaposés, l'un intérieur, l'autre extérieur et séparant le 



* Portion de voûte iphéroïdale rachetant le passage du plan carré à la 
forme circalaire de la coupole. 

' « Quand il fut question de construire le dôme, Vempereur envoya à 
Rhodes trois officiers de sa maison pour y surveiller la construction des 
briquettes creuses dont on devait se servir. Ces briques, portant une ins- 
cription sacrée, étaient si légères que douze d*entre elles ne pesaient pas 
plus qu*ttne brique ordinaire. 

' Dans le rite grec, le chœur de Téglise a toujours été tourné vers le 
tombeau de Jésus-Christ à Jérusalem, de sorte que, à Sainte-Sophie, l'apside 
regarde l'Orîent et le tnirhab que les musulmans y ont établi, pour dire la 
ptîère, étant tourné vers le tombeau de Mahomet à la Mecque, se trouve 
disposé sur le côté droit de cette apside. 

* Il y avait, y compris les huit colonnes données par Marcia, quarante 
colonnes an rez-de-chaussée et soixante à Tétage des (ribunes, non compris 
ceUea qui formaient à l'extérieur les portiques de Tatrium. 



* DE CONSTANTINOPLB 319 

temple proprement dit de Vatrium qui, à Sainte-Sophie, était 
une cour carrée entourée de portiques d'ordre ionique et pavée 
en marbre ^ » 

Malgré les innombrables précautions prises pour assurer la 
stabilité de ce vaste édifice, les voûtes furent ébranlées dans le 
tremblement de terre de 665, et une partie du dftme s'écroula. 
L'empereur Justin II chargea alors de leur réfection Isidore le 
jeune, frère ou plutôt neveu du premier Isidore de Milet^ lequel 
était mort ainsi qu Anthémius de Thralles. Ce nouvel architecte 
employa encore des briques de Rhodes et prit des précautions 
incroyables pour assurer la siccité du mortier et la facilité du 
décintrement. Cependant, par mesure de prudence, il diminua 
la hauteur de la coupole et, lui donna cette forme surbaissée de 
beaucoup moins heureuse d'aspect que la forme primitive ^. 

Âgathias ' nous a conservé, outre de précjieux détails sur 
cette reconstruction partielle de Sdnte-Sophie par les soins 
d'Isidore le jeune, de fort intéressantes données sur la famille 
d'Anthémius de Thralles, dont les quatre frères, Métrodore, 
Olympe, Dioscore et Alexandre se distinguèrent, le premier à 
Constantinople, dans renseignement des sciences exactes ; le 
second à Thralles, où il était un jurisconsulte des plus consultés, 
et les deux derniers, l'un à Thralles et l'autre à Rome, où ils 
exercèrent la médecine. Mais Agathias nous apprend de plus 
qu' Anthémius eut, avant Salomon de Gaus et Papin, connais- 
sance de la force motrice de la vapeur et que, au sujet d'un 
procès qu'il avait perdu contre un de ses voisins, nommé Zenon, 
pour se venger de lui et le forcer à quitter sa maison, il en 

^ Thkophame, ouvr, cUé^ p. 203, et Cbdhenus, ouvr* cité, p. 387. 

' De nombreuses modifications ont été apportées, tant à l'intérienr qu'à 
l'extérieur de Sainte-Sophie aujourd'hui convertie en mosquée ; et les prin- 
cipales, après celles ordonnées par Mahomet II lors de la prise de Constan- 
tinople par les Turcs, ont été exécutées sous la direction de M. FossATr, 
architecte tessinois, qui fut chargé, de 1817 à 1849, par le sultan Âbdul- 
Medjiid, de diriger une restauraUon générale de la basilique de Jostinien. 
. » fft«^, Ut. t, eh. 4. 



320 LES TROIS ARCHITECTES DE SAINTE-SOPHIE. 

ébranla les poutres principales à Taide de longs tuyaux qu'il 
vint leur juxtaposer, et dans lesquels il fit circuler de la vapeur 
d*eau à haute pression. Anthémius était de plus écrivain et nul 
doute qu'une perte sérieuse n'ait été celle de ses manuscrits, 
soit sur la construction, soit sur la mécanique. Seul, un frag* 
ment, renfermant quatre problèmes de mécanique et de diop- 
trique nous reste aujourd'hui ' de cet auteur qui semble 
avoir possédé, sous Justinien et au sixième siècle de notre ère, 
les nombreuses connaissances exigées, par Vitruve, du véritable 
architecte romain au siècle d'Auguste. 

Ch. Lucas. 



1 Voir Du miroir d'Àrchimédi. Paris, 1775, io-S, 



LA NOUVELLE ÉGLISE DE VICHY 



Malgré certains défauts de style qu'on peut reprocher à no^ 
architectesnivernais, ils ne craignent pas la concurrence; c'est 
la pensée qui se présente à Tarchéologue quand, après avoir 
visité des églises dans le diocèse de Nevers, il se dirige vers les 
diocesesvoisins.il reconnaît alors qu'il y a plus d'harmonie dans 
les proportions, plus de régularité dans les lignes, en un mot, 
plus d'ensemble dans les diverses parties de nos monuments. 

Telles étaient nos impressions en visitant, il y a peu de jours, 
l'église de Saint-Louis de Vichy. Quoique construite à grands 
frais par un architecte du gouvernement, par ordre et même 
sous les yeux de l'empereur, celte église ne satisfait personne \ 
nous avons entendu bien des gens, étrangers aux sciences archéo- 
logiques et aux principes d'architecture, se prononcer dans ce 
sens. Nous n'en sommes pas étonnés ; on dirait que rarchitecle 
ait pris à tâche de substituer partout aux règles de l'art les ca- 
prices d'une imagination dévoyée. 

Commençons par l'architecture proprement dite. L'architecte 
a adopté la croix latine à* trois nefs circulant autour du sanc- 
tuaire. Le style est celui du douzième siècle. Partout, sauf à 
l'intertranssept, régnent des voûtes en berceau, au plein-cintre. 
Ce genre de voûte est inusité dans un déambulatoire et produit 
mauvais effet. . 

Tout est trop bas et parait écrasé. Si on eût donné un peu plus 



322 LA NOUVELLE ÉGLISE DE VlCUT 

d'élévation aux murs latéraux, l'édifice y eût gagné du côté de 
la perspective et on eût évité la pénétration des fenêtres dans les 
voûtes, ce qui est toujours disgracieux. Un des principes d'ar- 
chitecture est de ne pas couper brusquement une moulure, ou 
pour mieux dire, un membre faisant partie d'une combinaison 
adoptée ; nos anciens architectes n'auraient jamais commis une 
semblable faute. Quand une colonne était engagée à moitié ou 
aux deux tiers contre un pilastre, le pilastre correspondait à un 
listel ou à une autre moulure qui se dessinait dans, l'arc-dou- 
bleau. A Vichy, le pilastre, ou si l'on aime mieux le carré con- 
tre lequel sont cantonnées les colonnes engagées des travées de 
la nef, cesse brusquement à la naissance de l'arc-doubleau. D'un 
autre côté^ dans les nefs latérales vous voyez des pilastres s'éle- 
ver de leurs bases, monter à la naissance de la voûte et conti- 
nuer leur trajet pour aller retomber sur la base opposée, sans 
que la moindre corniche» sauf autour du sanctuaire, vienne re- 
poser les yeux. 

Puisque nous sommes au sanctuaire, disons à l'architecte 
qu'une colonne sans dé, comme sont à Tintérieur du chœur 
celles qui l'environnent, ressemble à un homme qui marche- 
rait avec un pied-bot. Nous lui ferons aussi remarquer que les 
arcades du pourtour de l'autel sont par trop resserrées. 

Quant à l'autel lui-même, pourquoi avoir établi, aux bases des 
colonnettes qui le garnissent, des scoties qui ne se rencontrent 
qu'au treizième siècle ? Pourquoi avoir multiplié auxentre-co- 
lonnements ces ornements insolites, les uns en relief, les autres 
en creux? Pourquoi, à la retombée des arcatures, ces gros orne- 
ments biens nourris, qui convieâdraient mieux à la Renaissance 
qu'à l'époque romane? Pourquoi le tabernacle, d'une simplicité 
rudimentaire, avec ses ornements en creux presqu'impercepti- 
bles, est-il écrasé par une niche dont la base est formée par de 
petites arcatures disposées en cascade? Aux angles de ces arca- 
tures s'élèvent quatre frêles colonnes, surmontées de larges cha- 
piteaux supportant une lourde flèche, avec ornements maures- 
ques. Au reste, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, on dirait que 
l'architecte ait voulu réunir pêle-mêle tous les ornements adop- 
tés à l'époque romane, en y joignant les formes orientales, les 



LA KOUVBLLE ÉGLISE DE VIG£Y 323 

perles, les tètes de clou, les pointes de diamant, les dents de 
loup, les"grecques, les imbrications, les losanges, les damiers, 
les enroulements, les incrustations, les billettes, les tores rom- 
pus, toutes les moulures admises en architecture^ etc., etc. 

Les proportions de l'extérieur ne sont pas plus satisfaisantes 
que celles de Tintérieur, et les défauts sont peut-être plus gra- 
ves, car il s'agit de la consolidation et de la conservation de Té- 
diûce. 11 est un point essentiel qui n'échappait jamais aux archi- 
tectes du Hoyen*Âge. Les monuments se détériorent et périssent 
par l'infiltration des eaux ; aussi avaient-ils soin de ne pas ou- 
blier un membre d'architecture que les Grecs et les Romains 
avaient adopté invariablement : je veux 'parler du larmier. Us 
avaient compris qu'il était important d'éloigner des murailles 
les eaux pluviales et de ne pas les laisser se répandre* le long des 
gouttereaux et des façades ; aussi, dans Tentablement, le larmier 
jouait le rôle principal, en recevant et réunissant les gouttelettes 
d'eau pour les projeter en dehors même des fondations. Pour- 
quoi les architectes du dix-ncùvièmc ^cle négligeraient-ils ce 
mode de préservation ? 

L'architecte de Vichy n'en a tenu aucun compte, et les eaux, 
suivant les moulures flasques d'un entablement à peine accentué, 
se répandent le long des murailles. 

Les colonnes flanquant les chapelles n'ont pas même de tailloir 
à leurs chapiteaux, et les bases n'ont pas de dé; elles reposent 
sur le soubassement qui règne autour de l'église. 

Nous ne dirons rien de ce fronton écrasé qu'on remarque entre 
les deux flèches, ni deTantéûxe qui le couronne. Ordinairement 
Tantéfixe est une croix grecque ornementée. Ici, point de croix :' 
c'est une pierre sculptée, sans souvenir de la Rédemption. 

L'artiste n'a pas été plus heureux quand il s'est agi du symbo- 
lisme et de l'épigraphie chrétienne. La porte latérale du côté de 
l'épttre a son tympan orné de l'agneau pascal portant la croix 
triomphale ; mais le doux agne^iu a la tête armée de cornes. Le 
portail opposé nous montre le livre des sept sceaux ouvert et sou- 
tenu par deux lions. Ce n'est pas un lion qui est chargé d'ouvrir 
le livre apocalyptique, mais l'agneau, et l'agneau seul. L'artiste 
a sans doute agi en se rappelant le.lion de la tribu de Juda ; mais 
alors pourquoi le livre ouvert et pourquoi deux lions? 



324 LA NOUVELLE ÉGLISE DE VIGHT 

Passons au grand portail. C'est Jésus-Christ docteur, tenant de 
la main gauche le livre de la divine Sagesse et bénissant de la 
droite. Les quatre animaux symboliques sont disposés autour 
du divin Maître. La ûgure du Christ est belle ; c'est un des plus 
l>eaux types du Sauveur que nous ayons rencontrés. Ce n'est 
pas une reproduction du douzième siècle, mais d'une époque 
aux formes parfaites. Nous ne sommes pas trop exclusif, nous 
admettons ce modèle; mais ce que nous ne saurions admettre» 
c'est la négligence de l'architepte, qui a laissé un tympan com- 
posé de deux pierres jointes au milieu, en sorte que cette magni- 
fique figure est coupée par le joint comme si elle eût été pour- 
fendue par un coup de sabre. Cette tête, si large, si belle, est 
supportée par un corps relativement frêle, auquel on a soudé des 

bras raccourcis. 

« 

Sur le linteau on lit : 

NUMINI ET SANCTO LUDOVIGO SACRUM 

IMPERATOR NAPOLEO TERTICS DE SUO FACIEMDUM GDRAVIT MDGCCLXIV. 

# 

Ne disons rien de cette épigraphie lapidaire^ seulement ne la 
prenons pas pour modèle :. 

« Consacré à la divinité et à saint Louis. 

> L'empereur Napoléon III fit construire ce monument à ses 
fra is.j> ^ 

Si l'antiquaire peut garder le silence, il n*en est pas de même 
du théologien. A aucun titre nous ne pouvons admettre une 
semblable inscription. Jamais nous n'établirons la créature, 
quelque parfaite qu'elle soit, à l'égal du Créateur. Nous, catho- 
liques, nous ne consacrons des églises qu'à Dieu, en les plaçant 
sous le vocable de tel ou tel sainL Nous eussions aussi remplacé 
le mot ifUMiNi par une autre expression plus chrétienne. Nous 
eussions dit : D. 0. M. et sub invocatione sangti ludovigi : 

« Ao Dieu très-bon et très-grand et sous le vocable de laint Louis. » 

11 ne faut pas oublier une autre inscription au-dessus de la 
tête même du Christ. Nos lecteurs pensent sans doute aux pa- 
roles de l'Apôtre : Soli dbg honor et gloria : t A Dieu seul tout 
honneur et toute gloire. • 



LA NOUVELLE ÉGLISE DE VIGQY 3SS 

Ce n'est pas cela. Quand noç artistes du Moyen-Age avaient 
élevé un de ces magnifiques monuments qui sont l'objet de notre 
admiration, ils se cachaient dans l'ombre^ et si parfois ils ve- 
naient à signer leur œuvre, c'était dans le soubassement ou au 
bas d'un pilier qu'ils inscrivaient timidement leur nom> dans 
l'espoir sans doute d'obtenir quelque prière. C'est ainsi qu'à 
Saint-Révérien nous lisons au bas d'une colonne : rotbertus me 
FEGiT : a Robert m'a fait, s A Vichy, c'est au-dessus de la tête du 
Christ qu'on lit: le faure, architecte^ 4864. 

Bentrons dans l'église. Ce monument a été construit de ma- 
gnifiques pierres d'appareil, extraites de nos carrières du Niver- 
nais ; l'entrepreneur était d'ailleurs un Nivernais qui compre- 
nait, au moins en partie, les fautes qu'on lui faisait commettre ; 
mais il fallait humblement accepter les instructions de Tarchi- 
tecle. Les matériaux devaient écarter la pensée de tout badigeon 
et de toute peinture murale ; malgré les défauts que nous avons 
signalés, l'église Saint-Louis eût présenté un aspect grave et ma- 
jestueux. 

On a eu la malheureuse idée de couvrir ces belles pierres 
d'une couche de couleur nankin, sur laquelle on a appliqué çà 
et là des ornements de couleurs plus ou moins harmonieuses ; 
on dirait un magasin d'indiennes ou de toiles de Vichy. Les voû- 
tes, du même ton, sont parsemées d'étoiles aurore, sauf le chœur. 
Son firmament nankin est couvert de fleurs violacées. Puis, sur 
tout cela, à la naissance des voûtes, règne un grecque bleu- 
faux sur sang de bœuf. Le peintre, si on doit lui donner ce titre, 
n'a pas fait grand effort d'imagination pour varier l'ornemenla- 
tion. La forme cruciale est reproduite à profusion; c'est par 
milliers qu'on compte les croix : croix grecques, croix latines, 
simples et recroisetées, etc. Après les croix viennent les aigles ; 
on les a multipliés à l'intertranssept; on en compte juste deux 
douzaines sur les arcs-doubleaux dans cette région. Si on y ajoute 
les deux placés au-dessus des portes des croisillons, ce sera juste 
un quarteron^ comme dirait une marchande de châtaignes. 

Aimez- vous les aiglons, on en a mis partout. 

Ici, il n'y a qu'une voix pour protester contre le peu d'harmo- 
nie des couleurs. Cependant l'auteur, nous a-t-on dit, prétend 



326 LA NOITVELLB ÉGLISE DE VICHY 

avoir relevé lui-même tous ces modèles dans différentes églises 
du Bourbonnais ; il croit pouvoir ainsi justiQer son factum. 

Nous n'acceptons cette assertion que sous bénéfice d'inven- 
taire ; dans tous les cas, que dirait-on d'un compositeur de mu- 
sique qui croirait avoir fait un chef-d'œuvre en réunissant pêle- 
mêle toutes les phrases musicales qu'il aurait entendues? Que 
dirait-on d'un artiste qui, exécutant un morceau faux à déchirer 
les oreilles, se contenterait de répondre : Toutes ces notes se 
trouvent dans le solfège ? 

Au Moyen-Age, nos artistes savaient qu'il n'y a pas seulement 
l'harmonie des sons, mais encore l'harmonie des couleurs, l'har- 
monie des lignes, etc. C'est ce qui fait le mérite de leurs œuvres. 
Nous ajouterons qu'il ne faut pas oublier l'harmonie des ûges. 
Ne mettez jamais sur la tête d'une jeune fille le respectable bon- 
net d'une douairière, et n'affublez pas le svelte collégien de l'ha- 
bit de son grand-père, et encore moins de la dômaie de son bi- 
saïeul (1). 

C'est la pensée que fait naître l'inspection des vitraux dont 
nous allons parler; car nous ne dirons rien de la partie de la 
menuiserie qui meuble l'église ; on a adopté le style chalet. 

On serait porté à penser qu'il y a exagération de notre part, ou 
du moins que nous poussons trop loin le purisme archéologi- 
que ; et cependant nous n'avons pas encore abordé la partie la 
plus maltraitée de tout ce qui se rattache à l'ornementation de 
l'édifice : les vitraux. Nous ne dirons pas le nom du peintre-ver- 
rier, ce serait de la cruauté. 

Neuf baies garnies de personnages en pied ornent le rond- 
point du sanctuaire. Ce sont, sauf Notre-Seigneur, qui occupe 
le centre, les patrons de la famille impériale. Dans le vrai M[oyen- 
Age, les peintres et sculpteurs mettaient quelquefois les fonda- 
teurs dans leurs œuvres ; on les voyait agenouillés aux pieds de 
leurs patrons. Hais à partir de la Renaissance, les peintres ou les 

^ Dômaie, ancien habit de cérémonie des paysans da Sancerrois et du 
Nivernais, généralement en cotonnade blcuc^ pour les jours de première 
communion, de grande fête ou de mariage. Les basques en étaient très- 
longues et le corsage ti ès-coui t. (Glossaire du centre de la France). 



LA NOUVELLE EGLISE DE VlCllT 3^7 

fondateurs eurent la fantaisie de donner à leurs saints patrons 
leur propre figure. C'est ainsi qu'à Amboise, dans un groupe 
représentant Jésus-Christ mis au tombeau, Joseph d'Arimathie 
reproduit les traits de François P% et les trois femmes myrro- 
phores sont trois demoiselles dont les parfums étaient loin de 
répandre une odeur de sainteté. A Saint-Vincent-de-Paul, à Pa- 
ris, les apôtres qu'on remarque dans le pourtour du chœur ne 
sont que les figures de la famille d'Orléans. Nous ne sommes 
donc pas étonné de retrouver en 1864, quelque chose de sem- 
blable dans les vitraux de Vichy. A toutes les époques on ren- 
contre des flatteurs ; «admettons-les, à condition toutefois qu'ils 
ne seront pas par trop maladroits. 

Au centre donc est Notre-Seigneur , soutenant de la main 
gauche le globe du monde et bénissant de la droite. Le globe 
est timbré de l'alpha et de l'oméga. Quand on représente Jésus- 
Christ tenant ouvert ou fermé le livre de la doctrine, nous com- 
prenons l'alpha et l'oméga inscrits sur le livre ; c'est proclamer 
que là est le commencement et la fin, là aont renfermées les 
maximes du divin Docteur; mais jamais nous n'avons rencontré 
la boule du monde avec ces signes immortels ; nos aïeux eussent 
craint d'être accusés de. proclamer l'éternité de la matière. Au- 
jourd'hui on n'y regarde pas de si près. 

A gauche du Christ sont : 1<^ saint Louis, orné de son manteau 
royal et portant la main de justice et le sceptre. Le manteau, 
ayant l'agrafe presque vcr$ l'épaule droite, parait d'une raideur 
peu commune, car la bordure tombe avec un aplomb géométri- 
que; on dirait une feuille de tôle ou de zinc. Cependant le saint 
relève son manteau, et la main qui porte le sceptre passe par 
dessous celte draperie si raidc. On a essayé de reproduire dans 
la personne du fils de la reine Blanche les traits du fondateur 
de l'église. 

2^ A côté de saint Louis, c'est sainte Eugénie. La patronne de 
l'Impératrice est bien sainte Eugénie^ la martyre célèbre de la 
primitive Église. L'auteur Ta remplacée par une sainte Eugénie, 
abbesse du huitième siècle, et il lui a mis en main le livre des 
Constitutions et la crosse. Son costume, du reste, ne nous paraît 
pas être celui d'une abbesse, mais bien d'un abbé : une soutane 



328 LA IVOUTELLE ÉGLISE DB TICHT 

rouge, une aube et la casula par-dessus. Sur ce corps on a placé 
la tête de Tlmpératrice en cheveux, tête plus ou moins ressem- 
blante. Si l'auteur eut admis, comme il devait le faire, la sainte 
héroïne romaine^ il n'eût pas été embarrassé; en lui enlevant la 
casulay il enipu la laisser en cheveux; c'était rationnel; mais une 
abbesse dépouillée de la bandelette et du voile des vierges, une 
abbesse en cheveux, c'est une curiosité qu'on ne rencontre qu'à 
Vichy. 

3* Auprès de sainte Eugénie, c'est saint Joseph, pieds nus^ bras 
droit en écharpe, tenant un lis dans la main et présentant sa 
main gauche comme pour montrer son poignet ankylosé. Le 
peintre représente saint Joseph avec une tige de lis, symbole de 
la pureté. C'est bien une pensée chrétienne; mais les artistes du 
Moyen-Age reproduisaieat la gracieuse légende du mariage de 
la sainte Vierge. Ce n'était pas une simple branche de lis qu'ils 
mettaient entre les mains du chaste époux de Marie ; c'était une 
longe tige ou bâton, à l'extrémité duquel s'épanouissaient ces 
fleurs symboliques. La légende dit qu'un grand nombre de con- 
currents aspiraient à la main de la flUe d'Anne et de Joachim, et 
qu'il fut décidé par le grand-prêtre que cet honneur serait ré- 
servé à celui dont le bflton déposé dans le temple serait trouvé 
fleuri le Jendemain. Joseph seul eut cet avantage. 

4^ Le dernier personnage de ce côté est saint Charles avec la 
corde au cou^ c'est-à-dire au moment où il implorait pour son 
peuple, décimé par la peste, la miséricorde divine. Mais pour- 
quoi lui avoir donné une soutane rouge et des sandales de même 
couleur T En temps de pénitence et de deuil, les cardinaux se 
dépouillent de leurs habits de pourpre. 

Au côté droit du Christ, c'est i* saint Napoléon avec une cotte 
de mailles recouverte d'un manteau rouge; il tient de la main 
gauche un bouclier ayant la forme d'un écu de nos chevaliers 
au temps des croisades, timbré d'une croix latine épatée. Impos- 
sible de réunir autant d'anachronismes. Un soldat de l'ère des 
martyrs portant l'écu des croisés avec la croix I Comme si Dioclé- 
tien et consorts eussent admis la croix sur les armures de leurs 
soldats. On ne sera pas étonné d'apprendre que la tête de Napo- 
léon I^ a été emmanchée sur ce corps de guerrier romain ; on 



Lk NOUVELLE ÉGLISE DE VIGIIT 329 

lui a mis dans la main droite un objet quelconque ; j'ai cru re- 
marquer un bâton de maréchal de Frarœe. — Eh ! pourquoi pas?... 
J'oubliais de faire observer que l'inscription n'est pas S. Napo- 
leOf mais bien sanctus Napoléon, 

2<> Le personnage suivant est sainte Hortense^ martyre ; elle 
porte une palme de la main droite et tient la gauche ouverte 
sans motif. La tête de la reine Hortense devait ici trouver sa 
place. Rien n'y manque, ni papillottes ni accroche-cœur. Il est 
néanmoins regrettable qu'on l'ait gratifiée d'un goitre. 

3"* et 4^ Les deux autres personnages sont saint Jean TÉvangé* 
liste et saint Eugène, costumé en évêque. 

D'après ces différentes observations^ nous croyons que les ar- 
chitecteSy les peintres et les sculpteurs» auxquels nous avons 
conseillé l'étude de l'Ancien et du Nouveau-Testament et aussi 
du catéchisme, feraient bien d'y joindre Tétude de l'hagiologie 
et même de la liturgie. 



CHI^ONIQUE. 



L'archéologie vient de faire une grande perle en la personne de 
M. l'abbé Bourassé, chanoine de Tours. Yoici quelques extraits du 
discours qu'a prononcé sur satonobe, le 5 octobre, M. l'abbé Cheva- 
lier, président de la Société archéologique de Touraine : 

« M. Bourassé a entassé labeurs sur labeurs. Vous le savez, 
Messieurs, vous qui avez reçu à chaque séance ses savantes com- 
munications, vous dont il a été l'honneur pendant trente ans, et 
qui lui avez décerné la meilleure et la plus enviée des récompenses, 
en l'appelant tant de fois à présider vos travaux. Pour sufHre à la 
t&cbe écrasante qu'il s'était imposée, M. Bourassé accumulait les 
heures sur les heures, aux jours ajoutait les nuits, sans jamais 
prendre de repos, et trouvait le secret de vivre deux ans en douze 
mois. On vous a dit qu'il est mort dans sa cinquante-neuvième 
année. Détrompez-vous, Messieurs, il a vécu plus de quatre-vingts 
ans. Consummattis in brevt, explevtt tempora multa. Et comment en 
douter, quand on dresse le bilan littérnire de cette existence de 
bénédictin. Seize ou dix-sept volumes in-8* publiés à Tours, quinze 
volumes in-folio publiés à Paris, sans parler ni de la Touraine 
monumentale, éditée par MM. Mame, ni du beau livre de la Samte 
Bibkj illustré par Doré, ni des Vitraux de la cathédrale, ni d'une 
foule de notes et de mémoires diss^inés çh et là, ni de ses recher- 
ches sur la liturgie du diocèse de Tours, ni de ce recueil colossal des 
Conciles de la province ecclésiastique de Tours qu'il laisse inédit, 
n'est-ce pas là l'œuvre de deux générations laborieuses ? Mais, en 
louant ces livres, puis-je oublier le prix exorbitant qu'ils nous ont 
coûté ? Sans eux, hélas ! je ne serais pas sur le bord de cette fosse. 
Comme la lampe de ses doctes veilles, M. Bourassé s'est consumé 
en éclairant les autres. 



- , CnRONIQUK. 331 

« Ces grands travauxi Messieurs, n'ont point élé stériles ; ils ne 
sont point demcarés inertes, comme il arrive trop souvent» et en- 
fouis dans la poudre des bibliothèques. Aujourd'hui encore ils sont 
vivants et féconds. A côté de Tillustre Gaumont, Tabbé Bourassé a 
été l'un des promoteurs les plus actifs et les plus puissants de cette 
renaissance artistique qui a cherché dans les monuments du Moyen- 
Age la source de nouvelles inspirations. Son Cours d'archéologie sa- 
créeafait école,et aconquis des milliers de disciples sur toute la surface 
de la France. Ce mouvement qui emporte tant d'esprits vers l'étude 
passionnée de nos antiquités, vers la restauration ou l'imitation 
intelligente de nos monuments chrétiens, vers l'exploration atten- 
tive et impartiale des sources do notre histoire nationale, c'est à son 
impulsion que nous le devons en partie. La vérité catholique a pro* 
fi té de tant d'efforts, et si, chez nous, les institutions et les œuvres 
de l'Église, scrutées dans leurs origines et mieux connues dans leur 
essence, ont gagné dans le respect public^ n'oublions pas que M. 
Bourassé a sa part marquée dans cet heureux résultat. Titre d'hon- 
neur magnifique, que je ne pouvais oublier de placer aujourd'hui 
sur sa tombe I 

a Malgré sa modestie, les distinctions les plus flatteuses étaient 
venues trouver M. Bourassé dans la solitude de son cabinet. L'es- 
time publique, grande, universelle, incontestée^ avait été la pre- 
mière récompense de cette vie si laborieuse et si digne. Monsei- 
gneur Morlot, qui appréciait à toute sa valeur ce rare ensemble de 
mérites, avait appelé M. Bourassé dans le chapitre diocésain, 
presque dès le début de sa carrière littéraire et scientifique, et re- 
courait souvent à ses lumières. Quelques années plus tard, le 
gouvernement, interprète du sentiment public, lui décernait la dé- 
coration de la Légion d'honneur. Des témoignages plus flatteurs 
encore lui arrivaient de Rome par la voix du vénérable Souverain 
Pontife, louant et bénissant ses travaux, et telle était la modestie de 
M. Bourassé que ces détails ne sont venus qu'aujourd'hui à ma con- 
naissance. D 

a 

— L'église de Saint-Sever (diocèse de Rouen) vient de s'enrichir 
d'une chaire, due au talent si remarquable de M. Buisinc (de Lille); 
construite d'après le style général de l'église, elle rappelle dans 



332 CHRONIQUE. 

1 abat-Yoix quelques-uns des motifs de son ornementatioa extérieure. 
On reconnaît Ih celte gracieuse époque de la Renaissance dont le 
célèbre ch&teau de Cbambord nous a laissé un spécimen accompli. 
Les médaillons qui ornent la cuve de la chaire représentent Notre- 
Seigneur, saint Pierre et saint Paul. Les statues des quatre évan- 
gélistes ornent ses arêtes. Si les sculptures de détail sont élégantes 
et de bon goût, l'ensemble est imposant et vraiment réussi. 

-~0n lit dans le procès-verbal de la dernière séance deTAcadémie 
des Inscriptions et Belles-Lettres deux nouvelles archéologiques fort 
intéressantes : . 

M, Glermont-Ganneau est admis à lire une note sur trois monu- 
ments épigraphiques qui ont été recueillis par lui à Jérusalem on' 
aux environs, et qui concernent Thistoire de la dixième légion ro- 
maine, surnommée Fretensis. Cette histoire nous reporte à Tune 
des époques les plus émouvantes ; elle évoque le souvenir d'an des 
événements les plus dramatiques dont la Palestine ait été le théâ- 
tre : la prise et la destruction de Jérusalem par Titus. 

Josèpbe nous apprend que la dixième légion fit partie de l'armée 
formée par Yespasien et qui commença avec lui la guerre de Judée, 
continuée par son Qls Titus, après que Yespasien eût été proclamé 
empereur. Cette légion venait de TEuphrate. Lors du siège de 
Jérusalem, elle faillit deux fois être anéantie par l'es Juifs, car elle 
occupait un des postes les plus périlleux de Tinvestissement ; elle 
coopéra activement à la prise de la ville en battant en brèche le 
vieux mur intérieur, après la chute de l'enceinte extérieure ; Tatta- 

m 

que se produisit prè& de la piscine aux amandiers (amygdalon). Titus 
confia k la dixième légion le soin de garder les ruines fumantes de la 
ville prise et aux trois quarts détruite ; elle tint probablementgarnison 
à Jérusalem jusqu'à la grande insurrection de Barcochéba, le fils de 
rÉtoile, et peut-être après la transformation de la capitale de la Ju- 
dée en colonie romaine par Hadrien, sous le nom d'Œlia Gapitolina. 
C'est à ce long séjour en Palestine de la dixième légion que doi- 
vent être attribués les trois textes recueillis et commentés par M. 
Ganneau et qui consistent en deux briques portant, suivant l'usage 
romain, l'estampille de la légion : 

LEG. X. FR. et L, X. FRE. 



CHRONIQUE. 333 

Ces briquet servaient, comme on le sait, à édiGer des monuments 
de toute sorte, ou même des ouvrages purement militaires, tours, 
bastions, remparts, magasins, etc. 

Le troisième texte, de beaucoup plus important, existe sur une 
plaque assez mince, de 30 centimètres de large sur 35 centimètres 
de long et qui est un fragment (tiers ou quart) d'une plaque plus 
grande, utilisée, vers la fin pu le milieu du Moyen-Age, pour une 
construction attenante à l'église du Saint-Sépnlcre-de- Jérusalem. Le 
malheur a voulu que Touvrier divisât cette plaque au niveau d'une 
ligne qui n'a laissé d'autres traces que les parties inférieures 
de quelques lettres. Toutefois, ces traces étudiées avec sagacité par 
M. Ganneau, l'ont conduit à reconstituer les lettres absentes et à 

**"^ • . LEG. X. PR. 

M. Léon Renier afQrme la presque certitude de cette lecture. 
Le reste de l'inscription mentionne un personnage/ l'un des 
chefs de la légion, Cornélius Sabinus, probablement centurion priri' 

ceps. 

D'où provient cette plaque ? Évidemment d'un édifice élevé par 
les Romains en cet endroit^ vers l'époque d'Hadrien. On sait que de 
tout temps, à Jérusalem, les débris des anciens monuments em^ 
ployés à des constructions nouvelles n*ont pas subi de déplacement; 
de cet usage constant il est permis d'inférer que l'édifice romain se 
trouvait au lieu désigné par la tradition comme étant celui où Jésus 
fut enseveli et ressuscita. 

Quel était le caractère de Tédifice? La forme de la plaque exclut 
la supposition d'un autel. Cette plaque était vraisemblablement en- 
castrée dans on inur. Ii:tait-ce un mur de temple? Était-ce un mur 
de magasin où de fortification ?... 

M. Léon Renier : Le fragment de dédicace dont M. Ganneaii a 
mis l'estampage sous les yeux de l'Académie pourrait bren avoir 
contenu, — c'est du moins ce qu'il me parait le plus raisonhable 
de conjecturer, — l'indication que la dédicace était faite par les sol- 
dats de la légion et conjointement par le centurion Sabinud. Quant 
à décider si l'édifice était religieux ou civil, la chose me semble (oût 
à dit impossible. 
M. eiermdnt-Ganneau ajoute que si Ton accepte l'hypothèse de 



334 CHRONIQUE. 

TexistCDce, aa temps d'Hadrien, d'un édifice religieux en ce lieu, 
hypolhèse plausible après tout, on se trouve en présence d'une trndi* 
tion ecclésiastique très ancienne, rapportée par saint Jérôme^ Sozo- 
mène, Eusèbe^ suivant laquelle un temple païen, placé sous l'invoca- 
tion de Vénus, aurait été élevé sur le tombeau de Jésus pour 
l'ensevelir dans l'oubli. 

Celle tradition , qui a provoqué des discussions passionnées, 
repoussée par les uns, acceptée par les au(res,est devenue un élément 
capital pouT la solution affirmative ou négative du problème tant 
•controversé de Tauthenlicité du Saint-Sépulcre« S'il était en effet 
démontré que, dès l'an 135 de notre ère, Templacemetit actuel du 
sépulcre avait, pour ainsi dire, été consacré par l'érection d'un tem- 
ple païen, destiné précisément à en effacer le souvenir, les défen- 
seurs de raulhenticité auraient à l'appui de leur thèse un argument 
nouveau d'un grand poids. 
{Journal, officiel.) Ferdinand delaunat. 

— Le Musée départemental des antiquités de Rouen vient de 
recevoir de M. Pichet, propriétaire de l'ancienne abbaye d'Ouvillo 
et demeurant à Ouville-l'Abbaye (canton d'Yerville}, une statue en 
pierre représentant un chevalier du XHI* ou du XIV* siècle. Cette 
image, bien que tronquée, mutilée, est fort intéressante pour This* 
toire de la contrée. 

Elle représente un seigneur du Moyen-Âge, la tète nue, mais 
couchée sur un oreiller de pierre. 

Les cheveux, courts sur le front, sont bouclés sur les deux tem- 
pes. Le chevalier est couché sur le dos et revêtu de son. costume 
de guerre, ses mains étaient jointes sur sa poitrine : malheureuse, 
ment elles ont été cassées. Une cotte de maille3 recouvrait le corps 
et les bras en soulevaient une partie. L'épée, placée au côté gauche, 
est protégée en grande partie par l'écu ou- bouclier. terminé en: 
pointe. 

Cette statne doit représenter un des trois seigneurs d'Ouvilie^ 
Gnillaume, Guillebert^ ou Jehan, dont .les images sépulcrales se 
voyaient encore dans l'église de l'abbaye au tcm^s de Farin. (Htst^- 
de Rouen^ t. v, p. 153). 

Quoiqu'il en soit du personnage représenté par cette stituo,. e'east 



CHRONIQUE. 335 

à peu près aujourd'hui l'unique débris qui subsiste de Tancienne 
collégiale d'Ouville. Cette collégiale dédiée à N.-D. fut fondée au 
XilP siècle par Guillaume, seigneur d'Ouville, pour une colonie de 
clianoincs. Vers 1600, Daniel de Boyvin y introduisit des Feuillants' 
qui restèrent là, jusqu'à ce que la Révolution ait imposé silence 
à tous les ordres religieux. Au siècle dernier, ce monastère était 
deveûu un lieu d'exil pour les religieux appelants et réappelants. 
L'église était du XIII* siècle, et les débris qui en restent font regret- 
ter sa monumentale existence. 

— Dans les premiers jours du mois dernier^ M. l'abbé Cochet a fait 
une exploration dans la forêt de Roumare au triége du Chêne à Leu, 
sur la commune de Saint-Martin de Boscberville. Cette fouille a 
amené la découverte d^un four à tuiles du XW ou du XY® siècle. 

Ce four, enseveli sous plus d'un mètre de remblai, était parfaite- 
ment conservé dans ses parties inférieures. Il avait été construit avec 
de la tuile, la même absolument que celle qu'il était destinée à 
produire. Large de 2 m. 10, il avait 1 m. 40 de profondeur. Dans ces 
mesures ne sont pas compris les murs qui avaient environ 35 
centimètres d'épaisseur. Vers le four, le mur se composait exclnsi- 
vement de tuiles, con^me nous l'avons déjà dit ; mais vers le^ol, il 
était recouvert d'une chape de gros moellons pris dans la contrée. 

Ce four consistait en deux fourneaux ou ouvertures cintrées sous 
lesquelles on faisait le feu. Les tuiles à cuire se chargeaient sur un 
gril composé de cinq ouvertures par où s'échappait la fumée avec la 
chaleur. La hauteur du mur qui encaissait carrément la tuile à cuire 
n'était plus que d'un mètre SO centimètres, mais elle avait été au- 
trefois de 3 mètres au moins. Quant au fourneau et à son gril, il 
était dans un état tel, qu'il pourrait encore servir aujourd'hui. 

La tuile que l'on cuisait dans ce four avait 25 centimètres de long 
sur 18 de large ; dans sa partie haute, elle était munie d'un crochet 
qu'accompagnaient à droite et à gauche deux trous disposés pour re*;- 
cevoir les clous d'attache. 

On a reconnu des tuiles semblables à celle-ci dans les cheminées 
do manoir d'Agnès Sorel au Mesnil*sous-Jù'mièges. Le manoir de 
la dame de Béaulté est une construction du XIV® siècle. 

L*avaDt-foar qui est moins bien conservé que le four lui-même, 



I 



336 GHRORIQUB 

s'avançait, en se rétrécissant, d'un mètre 45 centimètres* au-dcTant 
da fourneau. 

L'administration forestière de la Seine-Inférieure qui s'est prêtée 
à cette exploration avec une bienveillance extrême a jugé à propos 
d'entourer d'une haie ce curieux monument, et elle conserve soi- 
gneusement cet échantillon de l'industrie céramique du Moyen-Age. 

■ 

— En faisant des fouilles à l'entrée de la riie du Cloître, au pied 
de la tour septentrionale de Notre-Dame de Paris, pour poser des 
tuyaux à gaz, on a mis & découvert les fondations d'une ancienne 
petite église appelée Saint- Jean-le- Rond, qui était presque sur la 
même ligne que la façade de Notre-Dame et qui s'appuyait sur le co- 
lossal édiQce. 

Dans les anciennes gravures représentant Notre-Dame, dit rOpi* 
fiiofi nationak^ on voit cette église miniature ; mais loin d'être 
ronde, elle a la forme d'un parallélogramme. C'est que ce dernier 
édifice en avait remplacé un autre qui tombait en ruines et qui avait 
une rotonde comme les édifices romains; l'église moderne conserva 
le nom de Tancienne, quoiqu'elle n'eût pas la même forme. 

C'est à la porte de Saint-Jean-le-Rond que fut exposé, comme en- 
fant abandonné, l'encyclopédiste d'Alembert. Le célèbre niathéma- 
ticien fut baptisé sous le nom de Saint-Jean-le-Kond. L'église fut 
démolie en 1798. 

— Un des éclusiers de la Monnaie vient de trouver dans la Seine 
une pièce des plus curieuses. 

C'est une rapière du seizième siècle, magnifiquement travaillée. 
Les armes de lu maison de Montmorency sont ciselées sur la poi- 
gnée, qui est en argent fin et ornée de pierres précieuses. Sur la 
lame, sont gravées ces deux lettres : F. R, qui signifient évidem- 
ment : François, Roi. 

Cette belle arme ne vaut pas moins de trois ou quatre mille 
francs , intrinsèquement. Pour un collectionneur, elle est sans 
prix. • J. C. 



■ 




MK r.r ïir damii 



ÉVOLUTIONS DE L'ART CHRÉTIEN 



DKOSIÂI.: AIITICLE '. 



IV. 



l'art dans lbs catacombes. 

Nous nous sommes volontiers arrêté à Tétude de cette simple 
Toûte d'une cellule funéraire, non-seulement parce que ses pein- 
tures sont de celles dont l'ancienneté primordiale est le mieux dé* 
montrée, mais encore parce qu'elle nous rend, on ne peut mieux, 
l'esprit qui continua de régner dans l'iconographie chrétienne 
pendant sa période primitive. Les fidèles étaient autorisés à se 
servir librement de tous les emblèmes^ de toutes les formules al" 
légoriques, de It partie même la plus saine de la mythologie en 
usage dans les écoles où leurs artistes avaient dû chercher des 
maîtres, à la condition que tous ces moyens d'expression fussent 
susceptibles au moins d'une interprétation différente, exempts de 
toute empreinte superstitieuse et de toute teinte d'idolâtrie. Us y 
recoururent volontiers, non- seulement parce qu'ils y trouvaient 
des motifs de décoration, mais parce qu'ils surent y attacher 
des significations toujours bonnes, souvent élevées. Les saisons, 
par exemple^ ne leur rappelaient les vicissitudes de la vie pré- 
sente que pour mieux les attacher à cette vie où les fleurs du 
printemps doivent pour toujours s'associer aux moissons de l'été 

* Voir le naméro précédent, page 217. 

TokK XV. — Septembre 1872. 23 



338 ÉVOLUTIONS DE l'aRT CHRÉTIEN. 

et aux fruits de rautomnc, où l'hiver n'est plus que la saison de 
repos et des récompenses éternelles. En effet, cette saison der- 
Qière est figurée par des guirlandes de laurier au sommet d'un 
arcosolium du cimetière de Prétextât» où des guirlandes de 
rôseé, d'éi^s et devijgnes rieprésentjQïit 1^ ttoi^ aijitrqs saisc^^ 

La récolte des olives, les vendanges dirigeaient l'esprit vers des 
pensées analogues. Un repas rappelait la table eucharistique et 
le festin des noces célestes ; un combat, une chasse symbolisaient 
les péripéties qui mènent; au triomphe, au milieu des épreuves 
et des dangers de la vie présente* Ulysse, attaché au mât de son 
vaisseau pour résister aux séductions des sirènes, disait comment, 
attaché à la croix, on résiste à celles de ce monde ; Orphée sur- 
tout, charmant les bêtes féroces par les accords de sa lyre, deve- 
nait une image saisissante du Sauveur ramenant les hommes 
dans les voies de la justice et de leur véritable destinée. Ce- 
pendant, au début desétudea que nousi essayas de poursuivre, 
la singulière impression produite par la rencontre de ces sortes 
de siûets4$iiis les mppunpteoU chrétiens avait fait exagérer la 
place qia'U9: avaient tenue dans, notre iço^ogpaf Ifie primitive, et, 
M. IVaoyl, I(i9Qbeti|e« d^ns son Tabkau de$ CafacmàeSy avait gll9^. 
çyr cett<^i p|SQie,^mmQ il ne serait plua permis de le faire 
aujoim}'hiii< 

Nqus ne parleroa? pas d^ pert^ines p^nt,ur^$. qiv étpppaîeQt 
bien^ p)u$ par le^m mélangea de pagaqisi^e,^ pjirç^ q^'oo; le^ 
croyait cbcéti^nnes ; cimt il est dénipolré qU'^e^ étai^qt parer 
ment païennes^. On ^'y était mépris, lQS<t^uy^^ d^ns le voisi- 
nage (te tel OH tel çimet^èr!; c^râ^9- De^ p^ées fai)ips d^'un^e 
fouiljie îiouter-miaft î^uoeauti;©, qui originftijren^ent«n.ét^it c^m^- 
fiéHmmiidisUmiM et,péwr4e,,ayaienl causé cette, errejur. Ô^^ 
QQ droit de crcmrct, a^ cool^aireh, quq le chr^i^tlanlsiçi^ pr^vpqum 
unq réaptipqau.aeia.d^îceri«i|i)^s seç^; pap^^Rp/^, ^% ^m»mfi dih 
leiir part d^ eSii^rtjfPpuK se recsopfiti^w d:u#e n\m^r^\ plç^ !»• 
tionnelle, ^n faisant quelques empi|u#t9:ai4xv|èi;itésxo4trel§%-: 
q^elW eBes vQulaippt ^ d^fpçijre i dç la4e ^SQfiréJisine vivfsemrip. 

< De RoBsi, Bftll. d'Arch. ehréL 1868, p. 3. 






ÉVOLUTIONS DE l'âRT GHRÉTIBN. 339 

et les peiotares représentant l'apothéose de Vibia, dont te génie 
sembte un boil ange, associé dans son ministère à celui de Mer- 
cnre, pont la conduire au tribadal de Platon et de Pi^serpine^ et 
ail' festin des jdiès immortelles \ 

ûuani aux sujets miktes vérilaMemetrt adoptés par les cinitieiis; 
il est essentiel de i^lfever d'ittiportentes di^nctldns faite» pàv 
Ml de Rossi. Four lés sîarcophagès sculptés dans les atdUevs 
publics> ils se conténlèreDt, jusqu'à ConstanrtiiH de fixer leur 
choit conformément aux' règles ci-dessus établies. Après le 
triomphe du christianisme, par un effet de Tliabitude^ les sarcon 
phaigie^ ert porphyre de sainte Hélène et de sainte Constance sont 
encore conçus dans lé même système, représentant des chassés et 
des scèbes de récblle ; ma!^, bientôt après, on ne: représenta' 
presque plus sur ces moniimeiits que des siljeté absolument 
chrétiens, comme dbtts les peintures des CataeombeSé Et dans 
celles-ci, les sujets allégoriques et mythologique^ adaptés a k 
pensée chrétienne ne figurent en tout temps que^dans une tvèsr 
faiMe proportion. Nous n'ayons reheontrè aucun des sujets de 
cette sorte dëns le cei^cle de nos observations, au^delià de cinq su 
siJT fôid'; nfous aYOns trouvé, au ciMittraire^ en abondance, les 
scènes de la résurrection de Laaare, de la mnltipliçatioo des 
pains, de Mbîse faisant jaillir Tèau du rocher, de Jonas dans les 
différentes circonstandes de son histolrev etci> eto* De pai^ et 
d'autre* d'ailleurs, ce sont des idées de ronouveUemfflit» de déli- 
vrance, de manifestation, de glorification, d'iinibn fraternelie, 
de nonrriture vivifiante, de joie daits^'aboiidaiice fiaale, de sa- 
lut enfin, qui se reproduisent sous toutes lesformi3& 

Observons les figures qui, dans les deux plus anciennes cham- 
bres funéraires de la crypte de Saihte-Lucioe, viennent aooouif- 
pagner, sur lesmurs latéraux, les sujets principaux du bon Pise* 
teuretdes Oràntesqui oecupoutles voûtes.: ici, c'est la cor- 
beille de pain' portée sur un poisson*, et laissant afieroevoii^ à 
trstv^s le tràllage, parmi les pains, un verre de vin^ ima^ 
fi'appante de rÈucharistié ; lei poisson était derenu, coéime ôn^ 
lésait, rèmblèmedb Not^*Seigneur Jésus-Christ, à raiisoiide 

t Mélaugtid'é4rehéolo$¥s, article du R. P. Qnracd^ t. iv^ p« 1* 



340 ÉVOLITIONS DE l'aRT CHRÉTIEN. 

ruiia^ramme bien couiiue l^Ouç, |>oisson, formé avec les pre- 
mières lettres des mots grecs qui signifient Jésus-Christ, Fils de 
Dieuy sauveur. Cet emblème se combinait avec le souvenir des 
eaux du baptême et toutes les significations mystérieuses atta- 
chées soit à cet élément, soit au poisson lui-même. Plus loin 
sont deux brebis groupées près d'un Tase de lait, mises en paral- 
lèle avec un autre groupe formé de deux oiseaux en présence 
d'un arbre, sur un sol jonché de fleurs ; double image des grâces 
de la vie présente et des joies de la vie future : deux explications 
non arbitraires, mais puisées par H. de Rossi dans Tétude com* 
parative des monuuients analogues. Voici encore Jonas, repré- 
senté sous la figure d'un homme nu, rapproché seulement (dans 
deux compartiments superposés) d'un monstre fantastique. On 
ne peut cependant s'empêcher de reconnaître le prophète, .pour 
peu qu'on ait quelque connaissance du fréquent emploi que les 
chrétiens ont fait de ces symboles de la résurrection. La grftce 
vivifiante du baptême est ici rappelée directement par le bap- 
tême de Notre-Seigneur, par lequel il sanctifia les eaux destinées 
à deyenir la matière du sacrement de la régénération, et pré- 
luda à son établissement. La représentation, d'ailleurs, est ré- 
duite a sa plus simple expression : un homme nu est ajdé par 
un autre personnage à sortir de l'eau oà il était plongé, et un 
oiseau vole négligemment au-dessus. Vu le lieu et l'entourage, 
rien de plus clair pour un chrétien, et cependant rien qui fût 
intelligible, si l'initiation faisait défaut. 

Si nous nous attachons à des peintures un peu postérieures 
(à Fune de celles, par exemple, que d'Âgincourt a rapprochées 
de la Toûte des thermes de Titus dont nous avons parlé), nous 
observons sur une voûte, autour de la figure centrale du bon 
Pasteur, Job qui attend son rédempteur, sachant qu'il est vivant; 
Lazare sortant du tombeau à la voix dxi Sauveur ; Moïse faisant 
jaiUir du rocher une eau vivifiante; Jésus posant la main sur la 
tête d'un enfant, pour le bénir, ou plutôt de l'aveugle-né^ pour 
lui rendre la vue : c'est-à-dire qu'à l'homme il n'était resté 
qu'un tas d'ordures pour s'y asseoir, et que le divin Rédempteur 
lui rend le double de ce qu'il avait perdu; il était mort et en 
putréfaction, le Sauveur le rappelle à la vie et à la santé. Pour 



ÉVOLUTIONS Pï: l'art ClIRltTieN. 341 

entretenir cette vie, du sein même de ce Dieu fait homme, à la 
parole de ses ministres jaillissent avec surabondance les grâces 
des sacremehts ; car il est la pierre dont Moïse ne frappa que la 
flgure ; il est la lumière qui guérit de tout aveuglement, aussi 
bien que la voie par laquelle Thomme, redevenu petit enfant, 
doit recommencer sa vie. 

Que le chrétien désormais vive ou qu'il meure, que lui im- 
porte? Les supplices assureront son triomphe, et nulle part 
mieux que sur sa tombe ne seront à leur place les images de la 
Tie ! 

Celui qui ne comprend combien la sublime réalité de ces pen- 
sées élevait, du premier jet, l'art chrétien au-dessus de tout ce 
que les Grecs enfantèrent de plus parfait, n'est apte à saisir que 
la superficie de l'art. 

Que la forme vienne à se dégager des liens où la retient la 
double étreinte de la décadence et de la pauvreté ; vienne une 
civilisation toute chrétienne où la science et le génie se forment 
à l'ombre de l'Évangile et travaillent à son service, et vous ver- 
rez naître des types plus divins^ des œuvres plus parfaites que 
ne purent jamais en connaître ou le Capitole ou le Parthénon. 
Les sujets que nous venons de décrire, compris comme ils Té- 
taieui, contenaient le germe d'un art si sublime que par aucune 
de nos paroles nous ne saurions en rien dire de trop. Mais la 
civilisation chrétienne, l'art qui en dérive, ne triomphent jamais 
définitivement en ce monde, des éléments de mort et d'altéra* 
tion incessamment renouvelés contre lesquels ils ont toujours à 
lutter. Ils luttent d'abord contre une décadence et une corrup- 
tion résultant d'un ramollissement sensuel, qui certes ne sont 
l>as de leur fait ; puis contre une barbarie qu'ils n'ont pas ame- 
née ; et quand, par mille efforts, ils arrivent au moment de se 
dégager de ses restes, il renaîtra un paganisme moderne contre 
lequel il faudra se défendre de nouveau. Pour juger de la subli- 
mité de Tart chrétien, on en est réduit, le plu& souvent, à ne 
considérer que ses aspirations ! 

Dans les catacombes, sous le rapport de l'exécution, la déca- 
dence suit son cours ; la pensée se maintient & son premier de- 



342 ÉVOLUTIONS DE L'aRT CHHJSTIEN. 

gré d'élévatiOD, et le mode de ^composition demeure également 
toujours foncièrement le même K On voit an quoi il consi3tait : 
les eu jets y sont rendus d'une manière que nous croyons pou- 
TQÎr af^eler'hîàreglypbique (CiD expliquant, cérame p<his allons 
Je faire, cette «xfNre8fljon),'et associés selon Tordre d^s idées, 4 
non selon celui des faits. 

Ooatid nous oous seryons 4u tero)^ d'bi^rQglypbe, nous 
jBommés Uen éloignés de l'entendre dans le sens striict d'une 
«ssitQîlalion avec l'écritune éigyptienne et s^ signes purement 
graphiques, incapables de s'élever jusqu'au caractère de Tart. 
Bans 1^ syst^e 4ont npus parlons, on ne se contepte ps)9 d'un 
«igae, on représen^ une action, mm une action résumée sous 
une forme sommaire et, jusqu'à un ce^in point, convention- 
nelle. Ainsi, s'agit-il de mettre en scène la Multiplication des 
paip6,ie miracle de Cana, deux des sujets en vo^ue dans ce cycle 
de fart, il sera sufQsant de représenter un personnage debout 
entre deux autres» qui lui présentient des pains et des poissons, 
nu, simplement, au milieu d'une rangée de corbeilles de pains 
souvent 4u nombre de sept ou de douze, quelquefois en nombre 
indéliermiQé, si Tespace manque, au milieu d'un certain nombre 
dp vi^es ; l'artiste représentera de plus le personnage comman- 
dant quelque chose relativement à ces objets: 

Dans ces conditions il y a place pour l'art, quant aux formes 
pl^stiques^ quant aussi à l'expri^ssion, autant qu'elle doit corres- 
{Hondre à la situation prise dans sa généralité ; mais on ne Toit 
point qu'on ait voulu aller jusqu'à exprimer aucun caractère 
personnel. L'action ainsi rendue rappelle le fait ; au fait est atta- 
chée l'idée, et les faits sont groupés en raison des idées qui 
s'y rattachent : les faits de l'ancien Testament entremêlés avec les 
laits évangéliques, les uns et les autres au même titre, d'après 

* M. I« comte Dettb&mayna d« Rlebement^ dans tes N&uoêlle$ ÉM$i n» 
!es Caïaûomheê 0ii-8*, Paris, 1870), Tient d'établir d'une manière cpnvaini- 
cafcite, d'aprèales Mvauxde M. de Rossi, Tordre 4e succession et de déve- 
loppement des sujets chrétiens pendant les trois premiers siècles de notre 
^e. Tout en ree(>nnaîssant la vérité de oes modifications, nous croyons pou- 
voir laisser subivster les termes généraux dont nous nous étions servis avant 
d'avoir approfondi ce détail, comme nous avons pu le faire depuis. 



ÉVOLUTIONS D£ L'aUT CflaÉTIEN. 343 

leur signification, mais non pas précisément comnie dans un 
àmtr^ «ours de pensées iconogrftpbi<)ii€fs, où Ton oppose les ik- 
gurés à leoT réalisation. 

€e syslëmie, qtiè bouft ferons mieux comprendre à mesure ^ue 
'notis en t^éùCMiréroifs deis applîcàltons «dans le coors de nos 
études, paste des peintûi^s dés Càtaconàties aux scolpliires dès 
Mrcophâges^ (foaiid ceilles-ci, au qu^at^ième siècle, purent être 
litittëès ^sans reM^ietion selon Tei^ppit cbrétfen. 11 fut mèine ap- 
pliqué aux fonds de verre à figures dorées, aux diptyques, et à 
iXjhai les àùtreè ^fés de niohiAneuts figUT^> où il se maintint 
^uÂyu'àiik septièiUé eft BuHiàme Bièélés. Totitefbis il né ^^fna pas 
sans pàMbgfe duradt toute cette péribde, puisque^ dès le cin- 
quiéiiKs siècle au moins, ïious veihrons se produire parallè^eilnent 
d'entrés gèttrès, ndùls pdnrrlons dih3 d'autres cycles dé coiipbsî- 
lîoos, èâimme cdnséqtience de l'alfranchiàsêWent de l'É^li^e. 



V. 



L ART PANS LB8 BASILIQUES. 

La direction premiWe dé VicoAograpbie cbrétiehne fut motivée 
pair la situation du cht'istianisme. Le chrïstiànisme était ôMigd 
de se cacher; la peiiséë cfirêtienne se voilait aussi dans l'aft 
qu'elle éti!^tail ; et cependant, sous ces voiles, elle se concen- 
Itail et prenait une intensité qVi'elle a rarement atWnte et n'a 
lamals'dépassée depuis. 

La pensée mère qui domine ce cycle primitif de Tart chrétien, 
c^st le mystèt*e de ta rédetnption attaché pâr-dèssus tout à la 
péi^ënfne du sodveràin ftédempteur, considéré expressément 
comme tel et servant de terme à un culte d'atnour el de parfaite 
cônflahcé. (Te^ ver^ Cette personne sacrée, représentée sôus de 
douées images ou voilée sous de mysiériéax symboles, souvent 
indiquée sëttiemébt par un signe, quelquéfoiis plus biyslérieuse- 
meut90!ïs^entendtte,'q ne viennent converger toutes les figures 
totrtés les idâesi toutes les affections. D'autre patt, c'est de Notre- 

m 

SèignéfUMésrilë-Chfist que fodt procède dans ces représentations 
et bù y ex^ime'tcf qtill eèt, ce <juë îMtis soUiftlés/ce qUe nous 



344 



ÉVOLUTIONS DB t'ART CHRÉTIEN. 



pouvons être en lui, par lui et avec lui; tout ce qu'il 
nous a donné : sa doctrine, sa grâce, ses sacrenienis, tous les 
moyens de sanctification qui tendent au salut, le salut même. 

La figure du Sauveur cependant, selon qu'on la considère 
avant ou après l'époque décisive qui partage en deux périodes 
l'ère primitive de l'art chrétien, apparaît principalement avec un 
caractère de paix avant la conversion de Constantin, et principa- 
lement avec un caractère de triomphe après ce grand événe- 
ment. 

Pendant la première période, l'état des chrétiens était, il est 
vrai, un état de guerre, mais d'une guerre où ils se défendaient 
en recevant la mort sans jamais la donner. D'ailleurs leur divin 
Chef était venu en ce monde pour apporter la paix et, assurés de 
ravoir reçue, ils voulaient que l'on vit surtout en lui le Prince 
de la Paix. Tandis qu'il était si fortement cK>mbattu, c'était sous 
l'image pacifique du Bon Pasteur qu'ils aimaient à le représen- 
ter, et l'on peut dire que l'iconographie tout entière des Cata- 
combes conserve une teinte pastorale. 

Dès lors, la pensée du triomphe ne leur était pas étrangère; 
nous n'en voulons pour preuves que les palmes inscrites sur les 
tombes comme témoignages du martyre. Mais le signal, pour le 
célébrer plus hautement, fut donné du ciel par l'annonce de cette 
victoire, que le premier empereur chrétien ne devait remporter 
que pour y faire participer TÉglise tout entière : Voià le signe de 
la victoire! Inhocsigno vinces; et le signe, c'était le nom même de 
Jésus-Christ, associé avec l'image de la croix, dans ce ehri$me ^ 
dont l'usage aussitôt devint général. Il fut entendu que Constau- 
tin, vainqueur, c'était Jésus-Christ qui avait vaincu ; que Con- 
stantin, seul empereur, c'était Jésus-Christ qui régnait : Chri$iu$ 
vineitt régnât^ imperat. 

Alors, dans les représentations de l'art, l'image du Christ 
triomphant prit le pas sur toute autre figure. On la mit, préféra- 
blement à toute autre, au point culminant, au centre d'honneur 
de tous les monuments peints ou sculptés ; mais, nulle part ail- 
leurs, elle ne trouva une place plus digne d'elle qu'au sommet 
de la voûte absidiale, dans les nouvelles basiliques chrétiennes. 

L'édifice matériel destiné à contenir l'assemblée des fidèles e$t 



ÉVOLOTiONS DR l'aKT GRaÉTlEN 345 

la figure de celte assemblée même, sous Tautorilé de ses pasteurs, 
rimage de la cité sainte, de TÉglise sur laquelle régner c'est 
avoir l'empire définitif et universel. Représenter le Christ trô- 
nant dans la gloire au sommet de cet édifice, au-dessus de Tau- 
tel, en vue de rassemblée tout entière, c'était l'exalter autant 
que l'art est capable de le faire. 

Rien n'indique mieux le changement de ton que tendit à 
prendre alors l'iconographie chrétienne, que la large part don- 
née aussitôt dans les compositions étalées en de semblables 
lieux, aux grandes images de l'Apocalypse. A la retombée de la 
voûte absidiale (vu le système de construction adopté pour ces 
monuments) se joignait, comme espace offert au développement 
des idées de gloire et de royauté qu'il s'agissait d'exprimer, le 
champ laissé libre sur le mur perpendiculaire qui donne entrée 
de la nef dans le sanctuaire. 

Ces deux espaces, susceptibles d'être embrassés d'un même 
coup d'oeil, purent être considérés comme ne faisant qu'un, et ce 
fut le second qui bientôt fut réservé de préférence pour les sym- 
boles apocalyptiques, principalement pour les quatre animaux 
évangéliques et les vingt-quatre vieillards : ils saluaient le Fils 
de Dieu, que l'on voyait un peu plus loin au milieu de sa cour, 
c'est-à-dire des Apôtres et Jes Saints ^ {Voir la planche ci-jointe.) 

Il ne s'agissait nullement de rendre le livre inspiré de saint 
Jean, même en saisissant au travers de ses merveilleuses com- 
plications quelques-uns des caractères principaux, choisis pour 
en offrir le résumé. Des pensées et des tentatives de ce genre 
viendront en d'autres temps ; mais alors, on se contentait plutôt 
de lui emprunter quelques-uns de ses éléments le mieux en rap- 
port avec l'idée du triomphe et dé l'empire, idée que l'on voulait 
exprimer pour elle-même. De là leur combinaison avec d'autres 
éléments de composition qui ne se rapportent pas à la marcde 
suivie par le saint évangéliste, ou ne peuvent s'y rapporter que 
irèS'indirectement. 



a été tronquée par des réparations; on ne voit que les bras de deux des 
vîngt-qnatre vieillards. Nous en donnons deux empruntés à la mosaïque de 
Sainte-Prazède, qui est conçue dans le même système. 



1 La mosaïque de Saint-Cosme et Saint-Dsmien, doùnée comme spécimen, . J 



•— j 






."' J 



I 

U 



^346 ÉYOLtmoirs de l'arî chrétien 

Nous parlons d'une impulsion donnée dë^ le IV* siècle. En effet, 
datis là in'dsalque de Sainte-Ptidentiemie^ dolit leè meiHeniies 
éVudes xsotiteïnporaines, celles de M. le RobsI isurtout, oht r&- 
ihené l^teiëcutioh & cette épbtjue, lest figures des qtmti^ë animàui, 
Itptésienfêes stnr ta YoÛte àbàîdiale leSlle-nième, planent aii-âessùs 
de la scène où le Sauveur apparaît ehtotifé dé ses disciples ; eft 
dans ieti ihbéàiqubs de Saibt-l^iert'e^hors-leé^ttut^,' dotft rdrigine 
se ràp|k)Me au V* isièëk et au gtaTid Pape a^int Léon, on tott an* 
tdur de Tare tridmpliàl, dit arc dePtacidie, se desstnei les vin^- 
quatrê Vieillards e( lés quatre ahimaux acclamant le Dteti Sau- 
veur, dont là figure dôi'nine toute là scène. Cependant nous des- 
cendons ju^qtiMu Vi*' siècle poù^ observer un moû\im'ent qui 
nous tnontre dàué toute ik conservation et avec tout son déve- 
loppement un ënsetnble de confi|)Ositibii qui réponde aùk èondi- 
tions que nous venons d'exprimer. 

La petite église de Saint-Cosme et Safnl-Dâiriien à Rome nous 
offrira Ce type. Formée de la réunion de diverses constructions 
àMIqùé^, parmi lesquelles on conipte lé temple de Romulûs et, 
hémus, elle hiërite d'attirer Tatiention soUs bien des rapports, 
mais ce soîit surtout ses mosaïques qui nous ont ramené plus 
d^une fois près de ses autels, trop souvent solitaires. Ëomme exé- 
CUttÔli, Ceà mosaïques sentent complètement la décadence ; mais 
c'était surtout des idées que nous avions a leur deniander. Le 
Sauveur s'y montre en pied, élevé sur les nuages du ciel; il levé 
là maîti droite pour annroncér toute vérité et donner toute béné- 
diction ; de la gauche, il tient lé volume de la loi nouvelle, et 
la doctriàe vivifiante donnée à sob Église ; et, au-dessus de sa 
lété, au milieu de dërclés irisés, la main du Père céleste tient 
suspendue une splendide couronne. A ses côtés sont les princes 
des apôtres, saint Pierre et' safnt Paul ; on les reconnaît à leurs 
types : le premier est à gauche, par des raisons encore myslé- 
rieusés, qui ne nous paraissent pas être sahs rapports avec le 
livre même de la loi évangélique tenu de ce'côté, et dont saint 
Pien^oomme Mi<(ue >^^ ^e l'Église^ a reç«i te 4èpôi. Le te- 
t^nd'ébt'à drofite, ûmi sans qvelqtie <*orrétai4lioii prôtable avec 

i^éefàfd^ sa<cie>inrëii$io« ^ 1«* fén^fi^tê \te'sês f^rétfhi&tiMis; ^^fti^ 

les deux représentëmregtt^ttt dàtfs sdti (>riii(!il^e^ d'àiTÙ^ 



ÉYOLUTIONS DE l'ART GHRÉTIBIf 847 

dans quelques-unes de ses prérogatives >. Viennent enaaite les 
titulaires du sanctuaire particulier, saint Gesme et saint ^Damian, 
•présentes an Sauveur par saint Kerre et saint Paul, et pouvant 
rappcBer, avec saint Théodore qui fignre à leurisuite, «ussi pour 
quelque raison particulière, toute TasBembUe des filus. 

La série dée personnages rangés immédiÉtcsneirt à la saite du 
Sauveur est terminée p&t le pape Félix IV, auteur '4e la mosaï- 
que, et au-dessus de lui «'élève le palmier et le pkénii» douMe 
emblème de la résûrreetion *. 

Au*<lessotis de cet ensemble de composition, une autre série 
de-figures emblématiques viennent en développfer le ^i^ : une 
large bande azurée rap^le, sous, le nom de louindain qui lui est 
donné, tout le mystère des eaux régénératrices. L'oiiV)9it*eBsuite, 
au milieu, TÂgneau dfvin sur la montagne, d'où s^'écouleot les 
quatre fleuves du paradis terrestre, figures des quati^ évangé- 
lîstes. Les douze brebis qui s'avancent à droite et â gauche re- 
présentent soit les douze apétres, soit les douze triftus d'Israël, 
image de la généralité dn peuple fidèle, ou plutôt elles se rap- 
portent à Tune et à l'autre de ces deux idées; pHits le^^l'eux cités, 
Jérusalem et Bethléem, la cité des luifis et la cité des Gentils, en 
souvenir des mages, pour dire que Tigliise s^est recrutée chez 
les uns et chez les autres. 

Enfin, comme complément de ces deux séries, apparaît la troi- 
sième, tout apocalyptique. Elle les surmonte^ étant rangée tout 
autonr de i^irc triomphal, fille comprend lès vitigt«-qnatre vieil- 
lards* avec leurs couronnes à la main, le» quatre animaux, les 
sept candélabres, quatre anges représentant toute la milice ce* 
leste, et, au point culminant, qui est ausèi le centre général, une 
nouvelle figure de l'Agneau. Au bas de la mosaïque absidiale, il 

t (kf;q^^utîffmon\jM, de U,^t\ de r&ni^or^ l'objet d'étivlet spéciales^ 
qi4oi%i p|^u^4lyp« la BfiVW ifi l'4rtchrétien^ 

* Pqvi.cettç mosaïque le palmier eat répété de l'autre côté, mais le phé- 
nix ne l'est pas; et le palmier lui-nvèn^c^ s'il n'est représenté qu'une fois 
sac d'autres monuments, .l'est toujours du côté, droit. 
. * La série tronquée àSaints-CosIne-et-Damien est restée complète à Saint* 
Paol, à Sâinte-Praxède, etc. 



548 ÉVOLOTIOlfS DE l'aRT CUftBTIlLlI 

était debout sui la inoiitagne; inaintet>aiit il est couché s^ur Tau- 
1ei> tanquam occisus ; sous l'apparence de la mort eucharistique, 
non-seulement il est vivant, mais il vivifie, et la mort nième, 
rappelée dans de pareilles circonstances, fait souvenir qu'il a 
triomphé d'elle, qu*il a triomphé par elle. 

Ces représentations répétées de Notre-Seigneiir, où, dans un 
môme ensemble de composition^ il apparaît soit en personne, 
soit en figura» permettent de l'envisager presque simultanément 
sous les aspects les plus variés, et de dire, avec une très-grande 
Urgeur, tout ce que Ton doit penser de lui, tout ce que l'on peut 
en attendre. Fortement enraciné dans l'art pendant les hautes 
époques, ce procédé iconographique se maintient pendant tout 
le moyen-âge et dans toutes sortes de monuments. 

Une croix, une médaille, un diptyque, vous montreront le 
Sauveur ou l'un de ses symboles, son monogramme, sa croix, 
tous signes qui pour le représenter ont iconograpbiquement la 
même valeur que son image, non-seulement à la fois sur leurs 
deux faces, sur leurs diverses feuilles, mais eu haut, en bas, au 
milieu de la même face, de la même feuille, tour à tour victime, 
bo^tie, docteur, roi, seigneur et souverain juge : ici crucifié, 
immédiatement au-dessus^ sur le champ même de la croix, i^ 
reparaîtra vainqueur. Sous chacun de ces aspects, si l'espace le 
permetlait, on verrait s'étaler des accessoires en rapport avec la 
signification du sujet. 

On le verra aussi enfant, dans les bras de sa sainte Mère ; mais, 
selon l'esprit du temps, ce sera aussitôt pour s'att icher aux idées 
générales d'incarnation, d'avènement, de maternité divine, ren- 
dues dans un sentiment de dignité, bien plutôt que pour entrer 
encore dans la phase des tendres afl'ections. 

Marie est associée à Jésus dans l'œuvre de la rédemption. Ce 
qu'il est venu nous apporter en se faisant homme, elle l'a reçu 
dans sa plénitude, et non pas seulement pour elle, mais pour 
nous le communiquer. L'image de Marie, ce n'est plus Jésus sous 
l'une de ses faces, mais elle nous représente tous les dons de ce 
divin Sauveur, sous un point de vue qui lui est particulier; e 
Marie, à ce titre, sans même porter actuellement son divin En 
faut ent^e ses bras, représentée par exemple en Qrante, c'est-a- 



KVOLULIONS DE L*AaT CHRÉTIEN 349 

dire en union parfaite avec Dieu, remplit dans Ticonographie 
chrétienne un rôle fort analogue à celui de la répétition d'une 
figure de Jésus lui-même. 

De rimage de la Mère de Dieu aux figures propres à rcprésenr 
ter rÉglise dans le système iconographique dont nous parlons, 
Û n'y a qu'un pas, nous dirions même souvent à peine une 
nuance. L'Eglise, autant que Marie, a reçu la plénitude des dons 
divins, puisque dans son sein elle possède Marie; elle est FEpouse 
et le corps mystique du Sauveur; d'où il résulte que ded repré- 
sentations se rapportant directement à l'Eglise et^ par elle, à son 
divin Autbur, ont pu aussi être substitué s aux propres images 
cIo Notre-Seigneur^ sans changer l'ordre des idées ; et la pro- 
gression dans ce genre pourra aller sans beaucoup d'efl'orts jus- 
qu'à lui substituer, dans certains cas, saint Pierre, son représen- 
tant comme chef visible de l'Eglise. 

11 ne faut ensuite qu'une légère évolution de la pensée^ pour 
nous amener aux martyrs, aux saints patrons que Ton voit figu- 
rer à leur tour à la partie centrale de certains monuments, dès 
les hautes époques ^ Eux-mêmes ils y représentent l'Église à 
quelques égards ou plutôt à titre particulier et local, c'est-à-dire 
qu'alors même l'intention particulière est absorbée par une idée 
générale : idée générale qui, sous des formes diverses, revient 
toujours foncièrement à l'idée du Sauveur, ou a ce qui dérive 
immédiatement de lui, à ce qui met en participation avec lui, 
SCS grâces, sa doctrine, son Eglise. Et alors il n'y eut peu*-ê(re 
pas de monument figuré dont la composition, bien comprise, ne 
doive se rapportera une idée dominante, à une image centrale, 
exprimée ou sous-entendue, qui, dans sa généralité, ne revienne 
en quelque manière à Jésus-Christ, la source première, l'objet 
définitif, au.juel tout en efi'et duit revenir et dont l'on doit tout 
àttenire. 

{A suivre.) Grimodard de Saint-»Iauabii(T. 

* GuiBUcci, Velfi oruati di figure in oro. ftoma, 1858, pi. xi, Ttict, xxir« 



LBS< TOMBES DE BRONZE 

DES PAPES 

MARTIN V, INNOCENT VIII ET SIXTE IV, 

« 

A ROME. 



>M> 



Four complétep- les sarantes recherchcA de M. la char 
noine Corblet sur les d^les funèbres en bronze^ je don- 
nerai ici la description* de trois monuments romains qtâ 
sont considérés comme des chefs-d'^œuvre^ d'autant plus 
que Ton connaît, soit par Fhistoire, soit par des inscrip- 
tioaa^.les noms des aiJtiBtes qui les ont fondus* 

Les tombeaux de bronze sont propres» au xy^ siècle. Je 
n'en connais pas ^^ antérieurs à cette date. Postérifeure- 
ment je signalerai la statue de bronze de Paul lïl, qui- 
surmonte à Saint-Pierre son magnifique cénotaphe, œuvre 
du eélëbre Guillaume délia Porta, et quelques dalles arme- 
riéesy dissémixiées daaâ les pavési des églises, surtout à 
Sainte-Marie du Peuple. 

1. TOMBE DE MARTIN V, 

tiÂHS. LA* BASIlilQpB » Si.|NT-Jr£AJ(^0E<lLATRAIi' (t43 l ). 

Ce tombeau, moitié marbre et moitié bronze, a été des* 
cendu du sol de la grande nef dans la confession de la 



T0AIB£G DE BUONZE» A ROMX. 351 

basilique^ en avant de Tautel papal. Il se compose d'une 
dalle de bronze^ modelée par le célèbre florentin Simon^ 
frère de Donatello^ et d'une caisse de marbre, sur les côtés 
de laquelle sŒLt répétées des oroix et les armoiries de la 
maison Colonna^ avec des anges pour tenants. Cette caisse 
ïeetaBgulaû^ eé peu épaiisse est eshaussé^ sur trais snp- 
ports*uttÎ8'. 

L'oïnemeiitfttSfdn est la même aosdeiHs esferÀnitéiij oViet^ 
à- dire que les pieds-droits* ftFaillagés se^ temkiefit>pM dlR 
elnfpes à oyes> opposa eomme^ àe%:^ nie^Êm^ En-bas, l-^i- 
taphe, flanquée d^ deux éeu6Soii8> proekiM^ Mart^R Y là 
féKeUé dé san^ Mnps\ Ge fut lui, en effi^> qui mit fis au 
l^iig soliisme d'Oocidîentis Ën^ bout, dea3> ang69 eo^ènraient 
nos li^Qnenftla guirlande de la;urier qui encadfe la cohnm^ 
HMmbte parlant* des Cefemia, famille priacdèro dotttoepâipa 
était issu. 

Le^ pape estétendu sur un tapis* fVattgé e(? la» tito kattssée 
paru» coussin à& dama^, broché in sea armesi IV est co^ 
"de la tiâre^ à triple oouroBiie» dont* le sommet -est terminé 
par une pienre* prébieuse. Le» fanons^ sont ramesés en 
avant et pendent sur la cha0i!tble> où te Ghriist'est brodé' en 
QTois, entre^Ial^iepge et 9^ Jëa&. Les mains sanfl^ gaiitiâes, 
ei le. pallkm seprelonge presque jusqu'à V^ntpéts^iH/^àelû 
dkas^Mte. L^aube brodée est en partie recouverte pair» les 
tunicelles, et les sandales brodées sont marquées' d^une 
croiS' fl)rHiéei de dèus galons qui se eoupent* à- angle dMit. 
£e ]^a^ seul- a droiï à- eette crois:, parée- qu'il" est 1er s^ 
dîin9 kfr hiéyarohië ecclésiastique à- qui^ Ton^^ve' Mailler \m 
j^eês, en- quaKté de viteflii^ et ^* re^réseirtant du CloîBt 
fsmht terre; 



352 TOMBES DE BROMZE, A ROME. 



2. TOMBE D'INNOCENT VIII, 

DANS LA BASILIQUE DE SAINT-PIEHRE (1492). 

Ce tombean^ fondu en bronze par Antoine Pollaiuolo^ 
puis doré en partie^ a été transporté près du chœur des 
chanoines^ à Saint-Pierre^ en 1621^ et placé à une trop 
grande élévation pour être bien vu. 

La statue couchée du Pontife orne Fextrémité inférieure. 
En haut^ le pape est assis^ vêtu de l'aube ceinte à la taille, 
avec rétole croisée sur la poitrine^ la chape fixée par un 
fermail gemmé^ ganté et coiffé de la tiare à trois cou- 
ronnes. Sa main droite levée bénit^ et sa gauche appuie sur 
son genou le fer de la sainte lance qu'il avait reçu en don 
du sultan Bajazet II. 

Quatre pilastres^ décorés de vases et de feuillages^ sépa- . 
rent quatre niches, où sont figurées des Vertus, et suppor- 
tent des consoles à feuilles d'acanthe, entre lesquelles. sont* 
figurées les ^vnoiries d'Innocent VIII et celles de son 
neveu, le cardinal Laurent Cibo. 

Quoique de la même main qu'au tombeau de Sixte IV, 
l'iconographie des Vertus varie, l'artiste ingénieux ajant 
fait preuve en cette occurrence des ressources diverses de 
son talent. 

Assises sur* des nuages^ les pieds également posés sur des 
nuages où se jouent des têtes d'anges, pour faire penser au 
ciel, les Vertus ont la tête découverte, et l'absence de chaus- 
sure les assimile aux anges: Au-dessus du Pontife siègent 
les[trois Vertus théologales; les quatre cardinales sont dis- 
posées de chaque côté; à droite (la droite du pape), la Jus- 
tice et la Force ; à gauche, la Tempérance et la Prudence. 



TOMBES DE BRONZE, A ROME. 3S3 

La Foi adore la croix de Jésus-Christ et son sang pré- 
cieux renfermé dans le calice; car, pour un chrétien, les 
dogmes essentiels sont la rédemption -et la transubstan- 
tiatiôn. L'Espérance prie à mains jointes; ses ailes lui per- 
mettent de s'élever jusqu'au ciel, qu'elle implore ' . 

La Charité, reine des vertus théologales {major autem 
charitasj a dit S. Paul) voit au-dessus de sa tête la cou- 
ronne, sa récompense. Généreuse, elle donnera à propos le 
bienfait de sa corne d'abondance ou la corbeille pleine de 
fleurs odorantes et de fruits savoureux. Elle serre amoureu- 
sement dans ses bras un petit ange. 

La Justice est armée du glaive pour frapper, et tient le 
globe du monde, qu'elle domine. La Force se présente avec 
le caractère de l'autorité morale. Aussi a-t-elle pris le 
sceptre pour emblème de sa puissance impérative. 

La Tempérance verse l'eau d'une aiguière dans un bas- 
.sin, et la Prudence montre un miroir à haute tige, tandis 
qu'un long serpent se replie dans sa main. 

3. TOMBE DE SIXTE IV, 

DANS L' BAMLIQrr DK SAiNT-PIKWnF. (l493). 

Sixte IV était fils d'un pêcheur. II naquit à Celles, le 
22 juillet 1414, et entra dans l'ordre des Franciscains, dont 
il devint le Général. Paul II le créa cardinal et il lui succéda, 
le 9 août 1471. Ce fut un pontife pieux et zélé pour le 

t s. Augustin, dans son Commentaire du Psaume lxxxiii, attribue des 
ailef avx vertus théologales. ■ Cor meom et caro roea exultaverunt in 
Deum vivnm. Etenim passer invenit sibi domum et tortur* nidura sibi, ubi 
ponat pullos suos. Cor tanquam passer, caro Unquâm turtur. Inyenit sibi do- 
mum passer, invenit sibi domum cor meum. Exercet pennas in virtutibus 
bùjus lemporis in ipsa fidV ^t spe et charitate, quibus volet in domum 

suam. » 



354 TOMBKS DE BROiNZK. A ROME. 

culte des beaux;-art$. Son pontificat peut être opposé sans 
crainte à celui de Léon U. Il institua la fête de riuuaar 
culée Conception^ dont il approuva l'oiffice^ et décida qaei> 
le julûlé aurait lieu déspi:iaaÂs tou3:l^ vin^-K^ipq, ans. 
Malgré sa recommandatioa expresse de a'avx)ir (^ulu^aei 
tombe modeste, sou neveu^ le cardin^J Julien de.laS^vère, 
qui devint pape sous le nom de. Jules II, lui éleva un mo- 
nument somptueu:^, pour lequel il fit venir de Florence, le 
célèbre ai^tiste , An,toine Follainolo. 

Ce. tombeau, prixnitiyement placé dans la chapelle du. 
chœur des chanoines, a été tran8po]:té^ en 1635> par oirdre 
d'Urbain VIII, dans celle du Saint- Sacremeot^ C'est alors 
qu'on lui a enlevé les deux, magnifiques candélabres qui 
Vaccoiapagnai|e)it à la tête .et aux pieds et où sont figurés 
les prophètes et les sibylles \ Sa forme est celle d'une, cas* 
sette év^LStée à la base et sa matière un magni^ue bronze 
vert^ Des consoles à feuille? d'acanthe flanquent les angles 
et séparent les bas-^reliefs. Au pourtour sont représentés. Iqç, 
Arts libéraux^ si largement pratiqués et encouragés par le 
Pontife. 

La Rhétorique^ rhbtorioa^ tient un Uvre^ car elle en- 
seigne et donne des préceptes^ et aussi un chêne, par allu- 
sion aux armes de la maison de la Rovère et pour exprimer 
la force de Téloquence. Elle dit qu'elle parle bien et a le 
talent de persuader et de dissuader : Apeita et ampla ara- 
tione ew qualibet disciplina pro tempùi^e assumo^ apte dico, 
stuideavel disiuadeo, 

La Grammaire^ grâmmatioa^ fait apprendre l'alphabet à 
un enfant. Un autre enfant tient le livre où est écrit que, 



> Ces candélabres, (^i ont été dorés, se placent sur la plas haute marcbe 
de Vautel papal, chaque fois que le pape officie. 



I 



TOMBES DE BUONZB, A AOME. 355 

malgré la divergence des idiomes^ on peut par la gram- 
maire arriver à parler tous la même langue : Diversorum 
idiomatum hommes doceo ut uno dumtaœat idiomate simul 
amnes loquantur. 

La Perspective, prospectiva, a pour attributs un chêne, 
un astrolabe pour mesurer la distance des astres, et un livre 
qui fixe les règles de Toptique : Sine lues nihil videtur. Visio 
fit per lineas radiosas recte super oculum miltentes. Radius 
lucis in rectum semper porrigitur^ nisi curvetur diversitate 
medii. Incidentiœ et refleœionis anguU sunt œquales. 

La Musique, musica, chante en s'accompagnant de 
Vorgue, dont un ange fait mouvoir le soufflet. Derrière elle 
sont groupés des instruments de musique : flûte, contre- 
basse, tambourin et guitare. 

La Géométrie, geombtbia, trace des figures avec un com- 
pas. Son livre est ouvert à cet endroit : - 

Data angulo, data circulo equum angulum capiente^ por- 
tionem abscondere^ a d(Uo puncto ad datum circuhnn in eam 
conlingentemdescripere. 

La Théologie, theologia, tourne ses regards vers le ciel 
i où elle aperçoit la Sainte-Trinité sous la forme de trois têtes 

réunies en une seule. L'arc qu'elle tient à la main et les 
I llèches qui remplissent son carquois indiquent qu'elle sait 

s'élever par la contemplation à de grandes hauteurs. Un 
ange lui présente un livre où sont mis en parallèle les pre- 
I miers mots de la Genèse et de l'évangile selon S. Jean : 

In principio^ creavit Deus cœlum et terram : ten^a autem 
erat inanis et vtjuma et tendre erant super faciem abissi. 

In principio erat Verbum et Verbum erat apud Deum et Deus 
rat Verbum. 

La Philosophie, philosophia, est entourée de livres ou^- 
verts ou fertaiés.Un chandelier, posé sur son pupitre,dénote 



356 TOMBES DK BRONZE, A ROMIi:. 

qu'elle prolonge jusque dans la nuit ses études. Elle paraît 
absorbée dans la méditation de ce passage qui rappelle que 
nous avons tous, par nature, le désir de nous instruire : 

Oinnes hommes uaturam scire dcsideranl. 

Sur un autre livre on lit que la philosophie cherche en 
chaque science le principe, la cause et les éléments : 

Intelligero quidem et scire cofitingit ûirca omms scievlias 
^vœnafn sunt prwcipiaant causse aiU elenienta. 

1/ Arithmétique, arithmetica, écrit sur une tablette aveC; 
un poinçon. La* série des nombres, dit son livre, procMe à 
rinflni et les unités forment les nombres : 

Ntnnerorum seriem in ififimtum passe .procedere. Numerus 
est mullitiido eco tmitatibus composita, 

L'Astrologie, astrologta, lève les yeux au ciel et tient 
un globe céleste. Elle enseigne que n©us sommes sous Tin- 
lluence des astres : 

Qiii adrem aliquam aplus est habebit oiiviino stellam ejus 
rei significatricem m nativitatc suajpotcnti. Animus qui ad in- 
teUigcntiam rorum aptus est magis assefquUur veritalem quam 
qui ad summum se in scienlia exercuit. 

La Dialectique, dialectica, est forteet. piquante comme 
le chêne et le scorpion qui la caractérisent. Elle se proclame 
Tart des arts et la science des sciences, parce qu'elle ap- 
prend à raisonner et à discerner le vrai du faux. 

Ars aytium et srieniiaruvi scientia ego sum : in omnibus 
docîrinis principia pono quia ratiocinandi doceo modum^ ideo 
verum et falsnm undecuique elicio. 

Le Pape Sixte IV est étendu à la partie supérieure du 
tombeau, sur un tapis damassé, avec feuilles de chêne et 
glands, par allusion aux annes de sa maison. Sa tête, coiffée 
de la tiare à trois couronnes et gemmée, s'appuie sur un 
doublip oou^isin.. Il porto tous les autres insignes pontificaux : 



TOMUtS Dh BR«JNZE, A ROME. .1*7 

le fanon autour du cou, le pallium sur les épaules, Tani- 
pie chasuble relevée sur les bras et brodée de médaillons 
historiés ; les gants à manchettes, les tunicelles frangées, 
l'^étole et le manipule terminés par des houppes, et les san- 
dales marquées d'une croix. 

Une petite tablette,placée au-dessus de lepitaphe, nomme 
l'habile artiste du plus beau peut être de tous les monu- 
ments de la Renaissance.* 

» 

OPUS ANÏONII'POLLAIOU 
FLORENÏINI ARG. » AURO. 
PICT. • AERE CLAUl 
AN. DO.' MCCCCLXXXXUl. 

Aux quatre angles sont répétées les armes de Toncle et du 
neveu, du pape et du cardinal, distinguées, les preniières, 
par la tiare et les clefs, les secondes, par le chapeau à cinq 
rangs de houppes. 

Depuis le XV siècle jusqu'à nos jours, c'est un usage 
invariable que le tombeau d'un pape soit orné des Vertus 
que le pontife a le plus pratiquées et chéries. Statuettes 
dans le principe, alors que les monuments funéraires n'oc- 
cupaient que peu d'espace, elles ont grandi avec eux et sont 
devenues statues de marbre, plus hautes souvent que na- 
ture. Si l'effigie du pontife assis, ou debout, et toujours bé- 
nissant ou priant, gagne comme art et effet à cet accompa- 
gnement obligé de deux femmes ^ souvent bien mondaines 
dans leur attitude et leur pose, il faut avouer que ce motif, 

* Argeotf). 

• Pictura. 

' Ânno Domini. 



358 TOMBES DE BRONZE, A ROME. 

à force d'être répété dans la même basilique, est devenu 
singulièrement banal, et que, pour s'excuser, l'artiste avait 
besoin d'une dose de talent et d'originalité qui n'ont heu- 
reusement pas fait défaut à un grand nombre. 

De chaque côté du pontife, s'étalent les vertus théolo- 
gales et cardinales. 

La Foi tient avec la croix, le calice où le vin se change 
au sang du Sauveur, et la patène sur laquelle repose 
l'hostie. 

L'Espérance joint les mains dans l'ardeur de la prière et 
reçoit des consolations spirituelles de la lumière qui hii 
vient du ciel. 

La Charité a été réellement traitée avec amour par l'ar- 
tiste; il l'a entourée d'attributs significatifs. Sous son bras 
est une cassette d'où elle tirera des trésors pour les pauvres; 
dans ses mains, une corne d'abondance verse à flots des 
fleurs pour l'agrément et des fruits pour nourriture. Sa 
main gauche porte une flamme, symbole de l'activité qu'elle 
déploie, et ne pourrait-elle pas dire avec son divin Maître : 
« Ignem veni mittere' in terram et quid volo nisi ut ac- 
cendatur? » (S. Luc. xii, 40). Le palmier, planté à ses 
cotés, prodigue ses dattes abondantes, comme la charité ce 
qu'elle possède. Et quand elle a tout donné, elle se prodigue 
elle-même et ne dédaigne pas de nourrir un enfant qui 
boit avidement à son sein. A ses pieds, un autre enfant 
plus grand lui offre un bouquet de myosotis, la fleur de 
l'amour, des doux pensers, de ceux qui, de loin comme de 
près, ne s'oublient pas, parce qu'ils s'aiment. 

La Prudence a le miroir et le serpent, comme d'habi- 
tude. 

La Force, coiffée d'un casque à cornes de bélier pour 
lutter avec plus d'avantage, s'appuie sur la colonne^ em* 



TOMBES DE BRONZE, A ROMK. 350 

blême de son immobilité^ et commande résolument avec le 
sceptre de Tautorité. 

La Tempérance répand dans un bassin leau de son 
aiguière. 

La Justice^ maîtresse du monde^ dont elle a le globe 
sous les pieds^ tient levé son glaive pour punir. 

Toutes ces Vertus sont assises, dans l'attitude du repos^ 
et portées sur des nuages^ car elles viennent du ciel ; et le 
défunt^ auquel elles font cortège, jouit, pour en avoir formé 
ses conseillères pendant sa yie, du repos éternel réservé 
aux seuls élus. 



X. Barbier de Montàult, 

Caméi'ier de Sa Sainteté. 



PRÉCIS 
DE L'HISTOIRE DE L'ART CHRÉTIEN 

En France Ù en Belgique 



▼hNOT-AlXiSMB ARTICLE * 



CHAPITRE IX 
Article II F. — PeiQ(ure. 



Un passage de Touvrage du moitié Théophile (cbap. zyiii, de 
Oleo Uni) prouve que Jean Van Eick, de Bruges, qui florissait 
au commencement du XV* siècle, n'a pas plus inventé la pein- 
ture à rhuile que James Watt n'a inventé la vapeur, mais qu'il 
a su s'approprier le mérite de la découverte par le génie de l'ap- 
plication et du perfectionnement. Les peintres flamands et fran- 
çais auraient pu apprendre, dans le livre de. Théophile, à faire 
usage de Thuile de lin pour broyer les couleurs; mais ils ont 
persisté à suivre leur ancienne pratique, malgré tous ses défauts, 
jusqu'au temps de Van Ëick. 

L'effet géuéral des peintures murales est moius frappaut au 
XV* siècle qu'à Tâge précédent. Due des auvres les plus re- 
marquables de cette époque est la vie de sainte Madeleiue, peiute 
sur un mur de la chapelle de Jean Réoliu, à Avignon, dan^ 

Voir le numéro précédent, page 279. 



PRâCIS DE L'BrSTOIKB DB L'aRT CUKÈTIEK 361 

l'église de Saint-Piêrre de Luxembourg. Les Sybilles, peintes à 
l'huile, dans uoe chapelle de Notre-Dame d'Amiens, sont un 
des plus curieux monumenis de cette antique tradition ecclé- 
siastique que Mgr Barbier de Montault a si bien exposée dans 
cette Revue. 

Miniatures. — Le XV* siècle est l'âge d'or des miniatures 
liturgiques. Outre les peintures enluminées de diverses cou- 
leurs, on en exécuta en camaïeu et en grisaille. Les encadre- 
ments se composent de feuillages et de fleurs, mèlésà de capri- 



cieuses figures. Dans les calendriers des misst-ls, on voit en tète 
de chaque mois des groupes de saints ou des scènes de la sai- 
son correspondante. Parfois, la licence se fait jour jusque dan» 
les encadrements des textes liturgiques, et la mythologie ose 
se fourvoyer à cdté des prières de la messe. 

PeiNTURC SUR TERRE. — Les procédés d'exécution se perfec- 
tionnent de plus en plus. On parvient à obtenir une grande 
variété de tons juxtaposéSj par l'emploi des émaux colorants. 
On relégua les détails légendaires des saints dans l'espace coni< 
pris entre les ramifications supérieures des meneaux, tandis que 
leurs figures se développaient, avec de grandes proportions, 
dans les lancettes. Les dessins d'architecture se multiplient dans 
le style du temps ; les clochetons, les niches, les dais, les pina- 
cles offrent souvent une coiupUcation qui nuit au sujet principal. 



3ft3 PRÉCIS DE L'BTSTOIM DB L'ART CUKiTiEN. 

Les fonds, unis ou damassés, montrent parfois des paysages en 
perspective. Le dessin des figures, qnoique remarquable en lui- 



BDtdnra d« liirail 

même, manque son effet à cause de l'infériorité des couleurs et 
des fonds clairs. On se préoccupa du dessin beaucoup plus que 
de la couleur, et les tons jaunes ou blanchâtres dominërenl 
de plus en plus. Outre les phylactères à légendes qui continuent 
à expliquer les sujets, on rencontre quelquefois des dates et des 
inscriptions à la base des vitraux. La peinture sur v^re, tout 
en se perfectionnant, s'individualisa de plus en plus et oublia 
.qu'elle ne devait être qu'une décoration en harmonie avec tout 
l'édifice. En certaines localités néanmoins (cathédrales de Bour- 
ges, de Moulins ; sainte chapelle de Riom ; églises S&int-Gervais 
et Sûnt-Séverin à Paris), la bonne tradition a'altëre peu et 
produit des chefs-d'œuvre, où l'éclat des couleurs n'est pas 
moins admirable que l'exécution du dessin. 

IcoNOGBAPBiB. — A partir du XV' ùècle, le nimbe triangu- 
iùre devient l'attribut de IMeu le père ; en Giice et en Italie, le 
nimbe àrculaire se rétrécit et, en se modelant sur la forme de 
la tête, prend l'aspect d'ane espèce de toque. Aux XVI* et 



Hlnba IrUDjoliin Ninb» etreolalra MJ M 

XVil* fifèdes, wi voulut exprimer â'«iM manière wnaible l'iimté 



EK PIIAI^CB ET EH BELBIOl'E 363 

de Dieu et la irinilé des peraonnea. Mais ces inveoUons, d'un 



caractère fort peu théotogique, ont élé réprouvées par les con- 
ciles, aussi bien que par le bon goût. 



Les animaux évangéliques sont figurés avec' plus de oaturet 



3St lllÉCIs ut l.'l)lbIUIllE )>E. l'.uit ciibétil: 



1 



qu'auparavant. Un phylactère indique parfois le nom de l'évan- 
géliste, ce qui aurait paru inutile aux époques précédentes. Les 
artistes, oublieux de la vraie tradition, métamorphosent en aii^e 
Vhomme de S. Mathieu. 

Au XV* siècle, mais surtout au XVI*, les devises deviennenl 
fort en vogue. Elles se composent d'une figure qu'on appelle 
corps et de parole» qu'on 'désigne sous le nom à'dme. En voici 
quelques exemples. Pour Jésus cnicifié : l'arbre de baume dis- 
tillant sa liqueur par les incisions qu'un lui a faites, et ces pa- 
roles : Vulneror vl sanem. Pour la sainte Viei'ge, une parélie qui 
représente l'image du soleil, avec ces mots du Magnificat : Quia 
reupexil, ou bien un oranger avec ces mots : Fnictus non ailimit 
florem. Pour une religieuse, du feu conservé sous la cendre, avec 
ces mots : SepcUtur vt vivat. Pour une pénîienie, versaul des 
larmes de repentir, un alambic qui distille, avec ces paroles : 
Uumor ab igné. 

L'arbre de Jessé et la Uanse des morts ont été deux thèmes 
favoris de l'iconographie de cette époque. L'arbre de Jessé (Igui'e 
surtout dans les verrières et les livres d'heures. La danse des 
morts, avait sa place marquée dans les clottres avolsinant les 
cimetières. Ou la peignit à Paris, au cimetière des Innocents 
(1A2A), à Amiens ^chapelle des Machabées), k Rouen (cloitre 
Saint-Haclon), à laSainte-Cbapelle de Dijon, à l'abbaye de la 



s^ 



ihaise-Dieu, à Slrasliourç (couvent des Dominicains), etc. Au 
au suivant, on se complaît à représenter la 



Mort sous forme d'i^^^elette et parfois de deux, entraînant 
un à un, dans une roD^kfernale, le pa^e, l'empereur, le roi 
]e chevalier, le religîeux^Aeuerrîer, le marchand, le vieillard' 
la jeune fille et l'enfant. ^MÎt une leçon d'égalité chrétienne 
doi îut-ètre déjà une légère ironie 



I ^MCV' siècle, à cause des 

guï int^^^yaume. Les grandes 

piè- '■ rar^^on en voit plus de 

petites destinées aux dresscirs das chàte^^|, à la table des 
grands seigneurs et aussi au service du c^^Lon a de cette 
époque d'assez jolis reliquaires, mais l'orfèvre^ 



366 PRÉCIS. 

manière trop passive Tapplication de tous les membres deTar' 
cbitecture. Les deu^ a^ts se nuisent mutuellement : rorfévrerie 
perdit sa forme originale et Tarchitecture, de son côté, s'amoin- 
drit en voulant imiter avec la pierfe les ornements maigres et 
fouillés des ciseleurs. L'observation que nous venons de faire 
pour les châsses s'applique aussi aux crosses : le réseau des 
fenêtres, le faisceau des çolonnettes, le contrefort des muriûlles 
passent, pour ainsi dire, de la cathédrale au bâton pastoral des 
évèquea. Quant à Tencensoir, il se métamorphose en tourelle de 
clocher. 



(A suivrej. 



J. Cor BLET. 



LA GROTTE DE BETHLÉEM 



Disserta hon lue à une séance de T Académie Pontificale d'Archéologie 

romaine. 



PRKMIEn ARTICLK 



La grotte de Bethléem est un lieu certainement des plus 
célèbres dans Thistoire du monde par la rédemption du genre 
humain^ laquelle eut là son origine ; — des plus sacrés et des 
plus augustes ptir l'ineffable mystère qui s'y accomplit; — des 
plus archéologiques en même temps, par Içs usages et coutu- 
mes du peuple hébreux, par les souvenirs historiques deTAn- 
cien et du Nouveau Testament, et par les beaux-arts qui,, 
dans les temps postérieurs, y ont pris séjour. Il n'est aucun, 
historien ecclésiastique, parmi les anciens et les modernes, qui 
ait négligé d'en faire mention. Qu'il suffise de rappeler Justin, 
Jérôme, Cyrille de Jéru.<talem, Eusèbe de Césarée, auxquels 
font écho tous les écrivains bibliques et tous les voyageurs 
de nos jours. Ceux même qui ne sont point de notre sainte 
Religion ont discuté sur la grotte de Bethléem et sa basili- 
que : les uns nient la tradition historique, qui milite en fa- 
veur de cette grotte, que nous vénérons aujourd'hui ; d'autres 



3G8 LA OKOTTE DE BETHLEKM 

radniettent en partie et en partie la nient ; quelques-uns l'ad- 
mettent tout entière. Au noujbre des seconds, il faut ranger le 
professeur Stanley, quej'ai réfuté un jour duns cette enceinte, 
en soutenant Tauthenticité de la Sanla Casa de Lorette 
comme partie de laMaison de la Ste Vierge, à Nazareth, con- 
tre l'opinion contraire qu'il avait avancée. Comme ce person- 
nage jouit en Angleterre de beaucoup de réputation, je me 
réserve de rapporter plus loin ses paroles affirmatives et de 
répondre à ses diflicultés. Malgré tout ce qu'on a dit, dans 
les temps passés et de nos jours^ sur ce monument si im* 
portant, si vous voulez bien m'honorer de votre bienveillante 
attention, je vous soumettrai des observations que d'autres 
n'ont jamais faites. Sans plus de retard, je mets la main à 
Tœuvre. 

Le récit de Tévangéliste saint Luc, au chapitre li de son 
Evangile, nous servira de guide dans notre étude historique^ 
critique et nrchéologique. 

On publia un édit deTempereur César Auguste, la 37* an- 
née de son lègue, pour faire un dénombrement des habitante 
de toute la terre soumis à l'empire romain. Ce premier dé- 
nombrenient se fit par les soins de Cyrinus, gouverneur de la 
Syrie. Et tous les habitants de cette vaste région se rendaient 
chacun danss sa ville, pour s'y faire enregistrer et payer le 
tribut. Joseph partit aussi de la ville de Nazareth, qui est en 
Galilée, et vint en Jiidée, a la ville de David, ai»pelée Beth- 
léem, parce qu'il était de la maison et de la famille de David : 
il conduisait avec lui Marie, son épouse, qui était en- 
ceinte. Et pendant qu'ils étaient là, à Bethléem^ il arriva 
qtie le tenjps auquel elle devait accoucher, s'accomplit ; et 
elle enfanta son fils premier né; elle l'enveloppa de langes e^ 
le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait point' de 



LA GROTTE DE BETHLÉEM 369 

place pour eux dans T hôtellerie *. — Arrêtons-nous à ces 
paroles du texte sacré. 

Bethléem était une bourgade, réputée la plus petite de la 
Judée, mais qui devait égaler les plus grandes villes par la 
gloireque lui annonçait la prophétie, à savoir qu'elle serait le 
berceau du Messie. Aujourd'hffi encore elle est ce qu'elle était 
anciennement : sa population ne dépasse point 5,000 âmes. 
Elle devait avoir à cette époque une seule hôtellerie qui était 
déjà toute remplie de monde (à la manière des Orientaux, 
s'appnyant les uns contre les autres), à cause de ruffluence 
des passagers, arrivés là pour exécuter les ordres de César 
et se faire inscrire par ses employés. 

Ce fut dans ces conjonctures que Joseph arriva à Beth- 
léem avec son épouse, et trouvant Thôtellerie rem- 
plie d'étrangers, il se retira, selon l'usage de ce peuple, 
au kan le plus voisin. Les kans, en Palestine, ne sont rien 
autre chose que des lieux de.refuge pour les voyageurs; ils 
sont construits en forme de gares fermées, ou creusés dans les 
cavernes soit par la nature, soit par la main des hommes, 
soit par l'une et l'autre. Il y a là des endroits destinés à éten 
dre les nattes et les couches pour se reposer, et des cruches 
pour les animaux. 

Les kans sont donc regardés, dans ces régions^ comme des 
asiles contre la chaleur, le froid^ les pluies et la fraîcheur des 
nuits. Us présentent encore une température agréable pendant 
l'été et l'hiver, qui sont là les deux saisons les plus marquées, 
et par conséquent on y goûte uu frais délicieux, ou une cha- 
leur douce, constante, tandis qu'à l'extérieur l'air embrasé 
vous dévore ou que le froid vous glace. Ces kans, pour la 



* s. Luc, cap. li, V, 1-8. 

TOMB ET. . - S5 



370 LA GROTTE DE BETHLÉEM 

m 

plupart, sont publics et appartiennent au premier occupant ; 
le gouvernement pourvoit à leur conservation : il en est qui 
sont plus commodes et qui appartiennent à des particuliers : 
dans ce cas, ceux qui veulent en user, paient au propriétaire 
une légère indemnité. Les voyageurs, de quelque condition 
qu'ils soient, vont se réfugier aukan, pour s'y soustraire aux 
rayons brûlants du soleil, ou pour y passer la nuit lorsqu'elle 
vous surprend dans vos courses. C'est ainsi que j'ai dû plu- 
sieurs fois ôhercber un asile au kan, et même y passer 
ui>e nuit, lorsqu'un jour, me trouvant, au coucher du soleil, 
dans un petit village, au pied de la montagne de Gelboé,un 
vent impétueux renversa par terre la tente sous laquelle nous 
étions réunis avec la petite caravane. Aussi bien, le kan où 
saint Joseph alla s'établir avec son Épouse, la vierge Marie^ 
se trouve un peu eu dehors des murs et à l'extrémité orientale 
deSethléem. Cette bourgade rappelle, dans son ensemble, re- 
lativement à la campagne qu*elLe domine, la vue de notre 
Bocca di Papa, dans les montagnes de Tusculum. Ce kan 
était formé d'une grande caverne irrégulière, ou, pour mieux 
dire, d'une suite de cavernes, reliées l'une a l'autre par d'é- 
troits corridors; et quoiqu'elle eût pu avoir plusieurs entrées, 
il me semble cependant, comme je vous le ferai voir sur le 
plan, qu'elle n'en avait qu'une seule. Les deuxsaints person- 
nages se retirèrent dans la partie la plus reculée, afin de n'être 
distraits par personne, dans la conscience du mystère qui 
devait arriver en cette nuit fortunée. 

Je vais vous décrire la grotte de Bethléem telle qu'elle 
était autrefois, et ensuite avec les différents sanctuaires qui 
la décorent actuellement. 

L'entrée se trouvait presque* sur la voie publique, et^ de- 
vait être, en dehors, couverte d'une toiture, soutenue par de 



r 



LA GROTrE DB BETHLÉEM 371 

grosses poutrei?, ou de grossiers pilastres de maçonnerie. Des- 
cendant ensuite, on arrive dans une première caverne, assez 
grande et de forme rectangulaire. Du milieu de cette place 
commune^ un petit et étroit corrido^.* aboutit à une autre 
caverne plus petite que lu première, et h peu près carrée. A 
•a droite de celle-ci (à gauche, on a pratiqué postérieurement 
un escalier, comme je l'expliquerai plus loin), en descen* 
dant quelque peu, on entre dans un long et tortueux passage, 
qui prend naissance h une caverne presque semblable à la 
grotte précédente, mais plus profonde et plus enfoncée en terre. 
Au bout de ce passage, on met le pied dans une autre caverne, 
beaucoup plus étendue que la première et rectangulaire. 
Presque à l'extrémité de celle-ci, au côté droit, et par une 
pente légère, on pénètre dans une petite grotte de forme ir 
régulière. 

Toutes ces cavernes et galeries sont formées en partie par 
'a nature,* et en partie taillées pur la main des hommes, dons 
une roche calcaire blanchâtre, pas très -compacte, dans la- 
quelle se dessine par-ci par-là des couches de silice noirâtre. 
]>a voûte est i)lus ou moins élevée, et parfois très-basse selon 
la direction du rocher. Cette topographie vous fait voir 
qu'autrefois il n'y avait qu'une seule entrée h ce labyrinthe 
de grottes : car les trois ouvertures qu'on y voit aujourd'hui, 
ont été pratiquées à une époque beaucoup plus récente, 
comme je le dirai plus tard. 

On pouvait établir, si cela convenait au3^ passagers, une 
séparation entre oliacune des cavernes au moyen de nattes 
tressées de roseaux^ comme ou le fait encore de nos jours en 
CCS contrées. La lumière du jour, outre la porte d'entrée, pé- 
nétrait par différents soupiraux pratiqués dans la voûte, les- 
quels donnaient aussi passage à l'air ; pendant la nuit on s'é- 



372 L\ GROTTE DB BETHLÉEM 

clairait par des lanternes attachées aux parois du rocher, et 
cet usage existe encore aujourd'hui. 

Saint Joseph et la sainte Vierge se réfugièrent dans \a 
dernière caverne, comme étant la plus commode et la plus 
secrète. La petite caverne, qui était la plus basse, servit d'é- 
table à leurs bêtes de somme. Dans un voyage de quatre 
jours environ, distance de Nazareth à Bethléem, et vuTétatoù 
se trouvait laVierge Marie; les voyageurs aurontdû sans doute 
se servir du moyen de transport en usage chez presque tous les 
habitants dé la Palestine. Ce moyen, c'était les ânes, parce 
qu'ils étaient regardés plus propres à parcourir les chemins 
difficiles de ce pays. L'Ecriture en fait souvent mention : le 
faux prophète Balaam s'en servit quand il fut invité à mau. 
dire le peuple de Dieu ; quand Saiil fut sacré roi d'Israël, il 
allait û la recherche des ânes qu'il avait perdus ; quand 
David s'enfuit de Jérusalem, à cause de la rébellioa.d'Absa- 
lon, il montait un âne pour se rendre dans la région d'au-delà 
du Jourdain ; Notre-Seigneur J.-C. lui-même fit son entrée 
triomphante à Jérusalem, monté sur un âne. Actuellement, 
ja Palestine et l'Egypte ont fait un échange d''usages : en 
effet, dans les temps bibliques, les bêtes de somme étaient fort 
employées en Palestine, et les chevaux en Egypte ; et main 
tenant, au pays de Pharaon, toutes les classes de personnes 
se servent d'ânes, à cause de la rareté des chevaux réservés 
aux chars et à la milice, tandis qu'en Palestine abondent 
les magnifiques Chevaux de race arabe. 

Cependant, suivant la prophétie d'Isaïe • et d'Habacuc ^, 
outre les bêtes de somme il devait se trouver un bœuf 



^ tflaïas^ cap. i^ v. 3. 
> Habacuc, cap. m. 



LA GROTTE DE BETHLÉEM 373 

dans cette étable fortunée. La constante tradition elle-même 
de rÉgUse consacre ce fait comme résultant d'une série de 
monuments également très-ancienSy parmi lesquels je citerai 
les fameux sarcophages d'Arles, du IV' siècle, examinés par 
moi au^ vacances de l'automne passé. Ce bœuf ne pouvait 
appartenir à S. Joseph ; car c'eût été une chose étrange de 
le mener avec lui de Nazareth sans aucun but ; il semble 
donc plus probable qu'il appartenait au propriétaire du kan, 
qui le gardait là pour son usage, et que Joseph y laissa parce 
qu'il ne gênait point. 

Voici la disposition de l'étable : la petite caverne avait 
une voûte rocheuse plus basse que les autres ; du côté droit, 
à deux palmes de terre, on avait creusé dans le rocher un bac 
de forme rectangulaire. Dans la niche où se trouvait la crè- 
che était suspendu le râtelier, formé d'ais grossiers en bois, 
les uns h travers les autres ; deux autres ais, obliquement 
enchâssés aux deux angles antérieurs de la crèche appuyaient 
le râtelier. On mettait l'orge dans le bac et la paille dans le 
râtelier pour la nourriture des animaux. Les étables pré- 
sentent encore actuellement et la même forme et le même 
usage que celles des anciens. 

A Topposite de la crèche, on voyait, le long du mur, un 
banc grossier creusé dans la roche et destiné à recevoir les 
nattes pour s'y coucher. Au côté du milieu de cette grande 
caverne, la roche s'abaissait en voûte comme une abside : 
c'e^t là que la sainte Vierge se trouvait, absorbée dans une 
sublime contemplation, quand, au milieu de cette nuit bien- 
heureuse, tandis que le monde était plongé dans les ténèbres 
et qu'il régnait partout un profond silence, le Verbe éternel, 
le Tout-Puissant, revêtu de la nature humaine pour notre ré- 
demption, sortit de son sein virginal, comme la rosée sur la 



374 LA GROTTE DE BETHLÉEM 

toison de Gédéoii. La divine Mère l'enveloppa de langes^ et, 
pour le placer le mieux qu'elle pouvait, elle ne trouva point 
de lieu plus propre que la crèche. Elle en ôta donc l'orge 
et, y mettant la paille du râtelier, elle y coucha le divin 
Enfant. Pour veiller le nouveau-né , Marie se sera pla-. 
cée sur le banc voisin, parce que la crèche était trop basse 
pour qu'elle pût rester debout sans une grande fatigue. En 
eflfet, les anciens bas-reliefs du IV* siècle, sculptés sur les sarco- 
phage d'Arles, dont j'ai dit un mot plus haut, et les anciennes 
peintures de la primitive école romano-byzantine, jusqu'au 
XIV siècle, représentant le mystère delà Nativité du Christ, 
ont toujours l'enfant Jésus couché horizontalement dans la 
crèche, et la bienheureuse Vierge, étendue h côté sur une 
natte, lui prodiguant ses soins maternels. L'âne et le bœuf,* 
suivant la prophétie rappelée précédemment, auront ré- 
chauffé de leur haleine leur Créateur fait homme, aux pieds 
duquel ils se trouvaient à l'extrémité de la crèche. 

Ce fut donc dansl'étable que les bergers, avertis par un ange, 
comme le dit la suite du récit évangélique, vinrent adorer 
le divin Enfant ; et, comme cette étable était la seule qui fût 
hors des murs de Bethléem, les autres se trouvant à une 
plus grande distance, elle ne pouvait se confomlre avec 
celles-ci, lorsque l'ange donnait aux bergers comme signe 
caractéristique un enfant emmaillotté de langes et couché 
dans une crèche. Ce fut aussi dans Tétable qu'il futadoré par 
les Mages, guidés par cette étoile miraculeuse qui leur appa- 
rut au ciel, dans les régions de la Mésopotamie et de l'Arabie. 

Je connais la grande discussion^ qui a toujours été engagée 
entre quelques Pères et quelques écrivains bibliques, à sa- 
voir si l'adoration des Mages eut lieu dans- la grotte de la 
crèche, ou bien dans un autre endroit de la petite ville de 



LA GfiOTTB DE BETHLÉEM 315 

Bethléem, à cause des expressions ifitrantes damum dont se 
sert S. Mathieu en faisant le récit de ce sublime mystère ' . 
Mais ce que j*ai dit4)lus haut sur les kans et sur leur usage, 
me semble résoudre toute difficulté. Eu effet, le kan offre 
aux voyageurs la commodité d'une maison de refuge, et tient 
lieu de maison chez les'habitants de ces contrées. Jugez, par 
ce que je vais ajouter, combien est vraie mon assertion. Il y 
a présentement, aux environs de Bethléem, quelques kans 
semblables à celui où naquit le divin Rédempteur, et tous 
servent aux usages que j'ai signalés : parmi ceux-ci vous en 
avez lin au village des Bergers, à un quart de lieue de dis* 
tance de Bethléem, lequel, par sa grandeur, par ses galeries 
diverses, par ses divisions respectives, formées par des nattes 
et par la disposition de Tétable, peut passer pour une copie 
très^lidèle du kan de Bethléem ; et, comme le chef de tribu 
de ce village en est propriétaire, il a Thabitude d'y passer 
Tété avec sa famille pour y jouir d'une température plus fraî- 
che ; et même, quelques jours avant que je le visitasse, au 
mois de décembre, à l'approche de la fête de Noël, la femme 
de ce chef s'était retirée dans ce kan pour y faire ses cou- 
ches, à cause de la douce température qui règne dans cette 
grotte. Et, dans une telle conjoncture, qui peut nîer que ce 
kan ne tint lieu de maison à cette femme, puisqu'elle y 
trouvait une température meilleure que celle de sa maison 
elle-même? Autant devons-nous en dire du kan Bethléemi* 
tique qui servit de maison à la sainte Famille, à l'occasion 
de Tenfantement de Marie, et S. Mathieu disait vrai eu ra- 
contant de l'Adoration des mages qu'elle avait eu lieu dans /a 
maison. 

^ Matth., cap. li, v. 1. 



376 Ik GROTTfi DE BETHLÉEM 

Et pour mieux corroborer ma thèse, j'examinerai le sens de 
l'expression grecque employée par S. Mathieu, il dit : 
xal ikOémiç ei5 ri\v oixûxv, et entrant dans la maison : otxca, 
dans sa signification primitive veut dire famille ou patrie j 
et puis encore maison, nidj refuge : et maison doit s'entendre 
ici dans un sens large, de la même manière qu'on doit enten- 
dre nid pour les oiseaux et refuge pour les voyageurs. Un 
texte parallèle confirmera cette interprétation. Saint Luc, 
écrivain grec très correct, racontant, au chapitre xii des 
Actes des Apôtres j la délivrance miraculeuse de saint Pierre 
de la prison de Jérusalem, dit, au v. 7, qu'à l'apparition de 
l'ange du Seigneur, le lieu fut rempli de lumière, lumen 
refulsit in habitaculo^ en grec év tû oncmiixzi. 0cxy]fjia veut 
dire proprement habitation : mais de grâce, pouvait*on ap« 
peler habitation une oubliette de cachot où l'on tenait 
S. Pierre enfermé, garrotté de chaînes et surveillé par des 
soldats et les gardiens de la prison. Ici encore nous devons 
donc entendre l'expression habitaculum, habitation, dans le 
sens très-large d'une demeure même coactive. Et telle étai^ 
la signification qu'y attachait S. Jérôme, lorsqu'il met- 
tait dans la Yulgate domum^ Yoituxv de S. Mathieu, et habi^ 
taculum^ VoïKfiiuLxs de S. Luc; et comme il était très au cou* 
rant des usages de la Palestine, il entendait par domum 
la grotte de l'étable, le kan par excellence qui servit de re- 
fuge à la Sainte-Famille. Aussi bien, en parlant de cette éta- 
ble, dans sa lettre à Marcella, il disait : c Cui in hoc parv 
lerrœ for aminé cœlorum condilor natus est : hi cinvolutus pan* 
nis ; hic visus à pastoribus ; hic demonstratus a Stella, hic 
adoratus a Magis. Tel fut donc le véritable sens donné par 
S. Jérôme au mot o()c(av,à moins qu'on ne veuille admettre qu'il 
se contredise lui-même : cette pensée seule est une chose tout 



LA. GROTTE DE BETHLÉEM 371 

à fuit indigne d'un si grand homme. Mais Tautorité de saint 
Justin le Philosophe, en harmonie avec celle de S. Jérôme, 
tranche complètement la controverse. 

S. Justin vivait vers le milieu du IP siècle (1 67) ; dans son 
dialogue avec le juif Tryphon, il dit, en parlant de la grotte 
de Bethléem : Naio autem Bethléem puero {Jesu) ^ cujn Joseph 
in hoc vico non haberet quo diverleret^ in specum quemdam 
vico proximum concessit. Cumque ibi essent, peperit Chrisiwn 
Maria, ac,eum in prœsipioposuit ; ibi à Magis ex Arabia venien- 
tibus repertus est. Ainsi Justin, natif de Palestine, et très^ 
rapproché du temps de N.-S. Jésus-Christ, regardait comme 
positif que les mages adorèrent l'enfant Jésus dans la grotte 
de Bethléem où il était né et dans la crèche où. l'avait mis la 
Vierge Marie, sa Mère ; et comme il était très- versé dans la 
langue grecque^ dans laquelle il a écrit ses livres remarqua- 
bleé^ il savait ce que l'évangéliste S. Mathieu devait eu- 
tendre par l'expression domunij maison. 

Cette grotte sacrée fut toujours en vénération chez les Apô- 
tres et les premiers chrétiens. Outre Justin le Philosophe dont 
j'ai parlé plus haut, Origène, qui vivait au commencement 
du lll* siècle (213), en fait mention dans son livre contre 
Celse ' . Ces deux témoignages anciens ont induit le professeur 
Stanley à confesser que « de toutes les traditions locales, — 
ce sont ses paroles, — qui existent en Palestine, celle-ci est la 
seule qui soit antérieure au temps de Constantin ; c déjà au 
II» siècle, dit Justin, une.grotte, près de Bethléem, fut choi- 
sie comme le lieu où Joseph et Marie, ne trouvant point de 
place dans cette petite ville pour y reposer, se retirèrent, 
et où Jésus naquit et fut mis dans la crèche. » £t telle est 

* Orig. Contra Celsunif lib. i, g 31. 



"H 



378 LA GROTTE DE BETHLÉEM 

cette tradition locale, persistant chez ceux-là même; au siè- 
cle suivant, qui n'étaient pas chrétiens, comme ditOrigène, 
et maintenue uniformément dans les évangiles opocrypbes, 
lesquels ont toujours exercé de l'ioâuence sur la foi popu- 
laire des classes inférieures du monde chrétien, tant en Orient 
qu'enOccident.» 

Mais rhonorable professeur, comme je l'ai dit au com- 
mencement de cette dissertation, ne peut, malgré sa convic- 
tion du fait, s'empêcher de mettre en avant ses objections et 
«es difficultés. Aussi continiie-t-il à dire qu'il n'est pas inop- 
portun de faire remarquer les différences que présente le 
texte évangélique, lequel nous dit, que s'ils ne trouvèrent 
point déplace, cène fut pas dans Bethléem, mais à l'hôtelle- 
rie, et que la difficulté ne provenait point de ce qu'ils étaient 
chassés de la ville à Thôtellerie, mais de Thôtellerie à Téta- 
blé. Cette divergence contient en soi une origine indépendante 
de la tradition locale, mais elle n'implique pas nécessairement 
qu'elle soit fausse. Et si, à Bethléem, la caverne de pierre avec 
laquelle on fait la chaux, et au-dessus de laquelle repose la 
ville, fut communément, comme dans toute la Palestine, ré- 
servée à l'usage des chevaux et des vaches, l'omission dans 
l'évangile de S. Luc serait expliquée en grande partie. D'un 
autre côté, l'impression générale du récit, dans Justin, estcer- 
tainement différente de celui de S. Luc ; et si, avec la tradi- 
tion suivie par Justin et qui sans doute prévalut du temps de 
S. Jérôme (notez Texpression), nous plaçons le fait de l'a- 
doration des Mages au même endroit, ce fait est positivement 
inconciliable avec les paroles de S. Mathieu, disant qu'ils 
vinrent à la maison où était V enfant. A cela nous devons ajou- 
ter le soupçon exprimé par Moundrell, et souvent répété après 
lui, touchant la constante connexion des divers sites de l'a- 



LA GROTT£ DE BETULÉEH 379 

lestme avec des grottes, deB cavernes et des souterrains. 
Quoiqu'on puisse objecter que dans un pays comme la Pa- 
lestine les excavations naturelles passent nécessairement en 
usage pour la vie, la sépulture, le repos, ce qu'on ne ferait pas 
en Europe, cependant ce motif même nous porterait à atta- 
cher des faits à ces excavations, si le véritable site était ou* 
blié. Si, par exemple, dans le cas dont ilestquestion^ lescara- 
vansérails ou kans avaient été détruits dans les révolutions 
de la guerre des Juifs et que les habitants de Bethléem eus- 
sent voulu donner un théâtre local au fait qui rendit illustre 
leur bourgade, ils auraient sans doute porté leur attention sur 
une ressemblance très-naturelle, comme, dans son aspect origi- 
nal, devait avoir été la grotte que l'on trouve aujourd'hui au 
couvent de Bethléem. 

« Un autre motif ^aboutissant à la même conchision^surgit du 
témoignage de Justin : Ce philosophe y le premier^ fait mention 
de la tradition^ qui veut trouver l* accomplissement d'une pro- 
phétie imaginaire sur la naissance du Messie dans ces paroles 
delà traduction des Septante : il habitera les lieux élevés *.» 

Je ne m'arrêterai pas ici h répondre à ces arguties du pro- 
fesseur Stanley: mes observations précédentes les ont déjà ré- 
futées d'avance ; disons mieux, il les a réfutées lui-môme en 
avouant qu'il respecte l'autorité de Justin et d'Origcne. Je 
rapporterai plutôt un autre doute qui ne lui appartient pas, 
mais qu'il se plaît àreproduire : « Je dois faire mention, dit- 
il, d'une autre difficulté sur l'indentité de toute la scène. 
Pendant la période orageuse d'Ibrahim Pacha, la population 
arabe de Bethléem s'empara du couvent et enleva de l'ab- 
' side cette dorure et ce marbre qui sont le cachet de tant de 

* Igaïe., ch. sxxUi v. 10 



380 LA GROTTE DE BETHLÉEM 

■ 

sanctuaires d'Europe et d'Asie. La roche naturelle delagrotte 
fut mise à nu, et Ton y découvrît aussi un ancien sépulcre 
taillé dans le roc. » 

C'est là tout simplement un épisode romanesque du comte 
deGasparin, dans son ouvrage des Tables tournantes. Qixicon 
que a vu les tombes et les kans de la Palestine reconnaît, à 
première vue, Tiramense différence des unes d'avec les autres. 
Les kans sont de grandes cavernes, telles que je les ai décri* 
tes, en parlant jusqu'à cette heure de l'étable de Bethléem ; 
les tombes sont aussi des grottes, mais d'une direction et 
d'une conformation presque semblables à nos tombes étrus- 
ques : c'est tout dire. Il ne manque pas toutefois de gran- 
dioses et magnifiques tombeaux, tels que ceux dits des Bols, 
des juges, des prophètes ; mais encore présentent-ils la même 
conformation que les autres, et sont absolument différents 
des kans. Et puis, c'est une insigne fausseté que celle que 
débite le comte de Gasparin sur les rapines, les dépouilles et 
les recherches faites dans la grotte de la Nativité au temps 
d'Ibrahim. En effet, ce que j'ai appris des Archives de la 
Terre-Sainte, ce que j'ai entendu des témoins oculaires, 
et surtout de Monseigneur Guasco, vicaire apostolique d'E- 
gypte, mort depuis peu de temps, confirment qu'Ibrahim 
Pacha, avec ses Arabes, loin d'avoir commis quelque atten- 
tat contre les Lieux Saints, et en particulier contre Bethléem, 
fut au contraire le protecteur singulier de ces sanctuaires, 
ainsi que des Latins, prodigua mille bons soins aux Pères Mi- 
neurs qui ont4a garde de ces sanctuaires, et rendit à ceux- 
ci l'emplacement de la cour de Pilate où le Christ fut fla- 
gellé, afin qu'ils y reconstruisissent l'église actuelle de la fla- 
gellation. Tous les chrétiens de Palestine n'ont jamais joui, 
depuis, de tant de paix ni de sécurité que sous le commande- 



LA GROTTE DE BETHLÉEM 



381 



ment d'Ibrahim Pacha. Et pour ne pas m'arrêter davantage 
à cette romanesque invention de M. de Gasparin, je dirai que 
le professeur Stanley lui-même ne lui fait pas bonne mine, 
car il ajoute : « Il est possible, mais fort improbable qu'une 
caverne rocheuse, consacrée à une sépulture, ait été choisie 
pour hôtellerie ou pour étable, par les Juifs dont les scru- 
pules en cette matière sont trop connus pour être développés. » 
Et il termine ses observations par les paroles qu'il pronon- 
çait dès le commencement en faveur de la tradition de ce 
sanctuaire : « Et pourtant reste le fait remarquable que c'est 
le site le ^lus vénéré des chrétiens, comme étant le lieu qui 
adonné naissance à Jésus-Chrîst,deux siècles avant la couver- 
sion de l'Empire, avant l'aurore de cette religipn locale que 
l'on attribue communément à la visite de Ste Hélène. 9 



(A suivre). 

(Traduit par M. Materne.) 



Bartolini. 



DE L'IMAGERIE RELIGIEUSE 



Les eomilés catholiques qui se sont réunis Tliiver dernier à 
Paris ont été unanimes à constater l'abaissement de Timagerie 
religieuse. — Sur le grand arbre de l'art, l'imagerie se détache 
de cette- branche importante qu'on appelle la peinture, comme 
un rameau, un sous-rameau> si l'on veut, mais à coup sur un 
des plus touffus. 

Aux âges de foi, l'imagerie était un art sérieusement traité. 
Les peintres ymagiers formaient des confréries considérables et 
considérées qui avaient dans leurs attributions non seulement la 
décoration des dyptiques, sorte de meubles moitié domestiques, 
moitié religieux, presque toujours rehaussés de sujets empruntés 
à la Bible ou aux légendes des saints, mais encore l'ornementation 
des manuscrits et aussi les miniatures tracées sur des petites 
feuilles volantes. Ce» aquarelles sur parchemin étaient encore à 
la mode au dix-huitième siècle, traitées sans doute à la manière 
du temps, mais non sans raécite, quoique d'un genre plus mi- 
gnard que gracieux. La découverte de la gravure favorisa singu- 
lièrement le développement de l'imagerie que les grands artistes 
ne dédaignèrent pas de cultiver, témoin ces petites scènes d'Al- 
bert Durer, tirées de la vie de la Vierge ou des récits de la Pas- 
sion, et que leurs dimensions restreintes permettaient de placer 
dans les livres. 

L'imagerie, qui 'a suivi, quoique de loin, les destinées de la 



DE L IMAGERIE RELIGIEUSE. 383 

peinture, est devenue plutôt un artrcle de commerce, fort pros- 
père du reste, qu'unef branche de l'drt. Les fameuses comparai- 
sons des étoiles du ciel et des sables de la mer ne seraient point 
déplacées, si on les appliquait au nombre prodigieux des images 
de tout format et de toute enjolivure qu'on voit s'étaler à la 
vitrine, non-seulement des boutiquiers spéciaux, mais des moin- 
dres papetiers de faubourgs. La variété en est éblouissante, de* 
puis les papiers gélatineux qui flamboient au soleil comme une 
vitre aux feux du couchant, jusqu'au papier à teintes sombres 
sur lequel scintillent quelques petits morceaux de clinquant, 
comme les éloiles dans la nuit; depuis le riz jusqu'à la soie, de- 
puis le gaulfré jusqu'à la dentelle. En vérité, l'imagination des 
fabricants s'est ici^ plus*qu'en aucune autre industrie, évertuée 
aux découvertes ingénieuses; je ne m'étonne point que nombre 
de nos modernes imagiers» tenant à garder la gloire de ces su- 
blimes inventions^ aient glissé en quelque coin de leurs produits 
les fameuses lettres S. G. D. G.^ ce signe mystérieux qui stimule 
la curiosité des collégiens en vacances, comme le S. P. Q. R. des 
monuments de Rome intrigue un bon [épicier retiré, quand il 
visite la ville éternelle. Voici des images découpées en'forme de 
vase de fleurs, de crèche ou de croix, de châsse ou d'ostensoir; 
voici les applications nacrées, les vantaux dorés, les superposi* 
lions, les perspectives, les boîtes à surprises.... Hélas 1 nous ne • 
sommes point de la partie, et les termes nous manquent pour 
expliquer à nos lecteurs toutes les merveilles de ces expositions 
permanentes . 

Disons que ce luxe prodigieux est fortement encouragé par lo 
débit de la marchandise. H en est aujourd'hui des images comme 
des jouets. On les prodigue, on les gaspille. Ce n'est plus seule- 
ment le jour de l'an qui ramène pour les enfants les enivrantes 
surprises des joujoux, c'est Pâques; c'est l'anniversaire de leur 
naissance, c'est leur propre fête, — on souhaite aujourd'hui leur 
fêle aux enfants; — de même pour les images : ce précieux sou- 
venir de la première communion, cette récompense longtemps 
désirée, opiniâtrement méritée, est devenue un don banal et fa- 



384 DE L'iMAaERÎS RELiaiEUSE. 

milier. On voit des enfants qui, avant leur douzième année^ pos- 
sèdent des collections bientôt fanées et méprisées, et nous savons 
telle petite fille, une blasée, qui, un jour qu'on lui offrait une 
belle image bien riche, bien dorée, en croyant la rendre toute 
heureuse, répondit dédaigneusement qu'elle aimerait mieux un 
timbre-poste. ~ Qu'est devenue l'époque où seulement de regar- 
der les estampes était une récompense. 11 nous souvient qu'en- 
fant, lorsque nous avions été bien sage^ non point pendant un 
jour, mais une longue semaine, notre mère nous conduisait 
devant son secrétaire ; ouvrant alors mystérieusement un tiroir 
que nous dévorions des yeux, elle en tirait quelques images en- 
luminées qu'il nous était permis seulement de considérer. Nos 
yeux étaient éblouis, nos imaginations ravies : impression de 
joie unique que la délectation intellectuelle goûtée plus tafd en 
face de quelque tableau de grand maître, à notre avis^ ne rem- 
place jamais. 

Mais ce n'est point seulement entre les mains des enfants que 
pullulent aujourd'hui toutes ces merveilles; il s'en fait, dans les 
* congrégations, les communautés, les pensionnats de jeunes Qlles, 
de phénonîénales distributions. On conçoit vite dès lors l'in- 
fluence que l'industrie imagière doit exercer sur le goût des 
fidèles en matière d'esthétique chrétienne et plus encore sur le 
caractère de la piété. Eh bien ! nous ne craignons pas de le dire, 
cette influence aujourd'hui est détestable. 

On peut d'abord distinguer les images fades et puériles. Elles 
semblent n'être, par les légendes ^ui les accompagnent comme 
par l'expression des figures, que l'illustration de cette multitude 
de petits volumes, dont une soi-disant littérature pieuse nous 
inonde aujourd'hui : livres sans théologie, sans vrai sentiment, 
au style tout ornementé de perles fausses et de fleurs artificielles. 
Leur poésie et leur mysticisme sont toiit entiers dans les mots. 
Pas une phrase où il ne soit question de parfums, d'étoiles, d'har- 
monie, de flammes, de rosée, d'amour surtout.... pour ne rien 
dire. Un signe caractéristique, c'est la prédilection de ces ouvrages 
pour le mot petit qu'ils appliquent à toute chose, même à ce qu'il 
y a de plus graind. C'est le petit cœur et la petite âme, la petite 



DE l'imaoerie religieuse. 38^ 

fille et la petite mère. On n'ose pas tout à fait dire : le petit bon 
Dieu. Faut-il s'étonner que, sous Finfluence de ces écœurants 
enfantillages^ soit née une imagerie où, selon les termes mêmes 
de M. L. Veuillot, « de l'auguste reine du ciel on fait une ma- 
man, pareille d'ailleurs à beaucoup de mères soi-disant chré- 
tiennes, une maman qui n'exige de ses enfants ni travail, ni 
Tertu, et qui pardonne tout, pourvu qu'on la caresse, o Ah 1 si 
l'on savait où se puise parfois le sentiment de ces tendresses dé- 
votieuses! Nous n'oublierons jamais Timpression stupéfiante que 
nous éprouvâmes lorsque, a^mis un jour auprès d'un auteur 
assez en vogue en ce temps-là, — un laïque, bien entendu, — et 
dont les petits livres, dans l'esprtt que nous venons de dire, fai- 
saient les délices des jeunes pensionnaires, de bien des commu- 
nautés, de quantité de grandes personnes, nous le surprimes, une 
pi|)e à la bouche, avec une bouteille de cognac à sa droite et un 
pot de tabac à sa gauche, écrivant, entre ces deux sources de 
sainte inspiration, ses pages les plus poétiques et les plus fer- 
ventes. 

Que dire maintenant des images sentimentales ? Offrir une 
image comme signe d'affection et de reconnaissance a toujours 
été un usage touchant et cher à l'amitié chrétienne. Si peu qu'il 
soit, ce présent rend quelquefois si heureux celui qui donne t 
Malgré sa fragilité^ on peut le conserver longtemps entre les 
feuillets d'un livre préféré, ou abrité dans un petit cadre. Un seul 
regard sufQt ensuite pour réveiller des souvenirs peut-être bien 
lointains, mais toujours aimés, toujours pleins de douceur. Il a 
passé dernièrement sous nos yeux une image du quinzième siè- 
cle, représentant la Trinité. On y voit Dieu le Père, la tiare à 
triple couronne sur la tête, [le Fils vêtu d'un ricbe manteau, et 
le Saint-Esprit planant au-dessus d'eux. Derrière cette image se 
lit l'inscription suivante : 

A SŒUR PERRETTE 

Dobray et lui feut donée. 
Tan MVXIII au môy de 
décembre par ses frère et sœur 
Ton* XV 26 



386 DE l'imagerie religieuse. 

Je prie à tous ceulx et celles qu'y 
prendront dévo*» ce gardent de le 
gaster et prie po» moy et por 
Ceux q* me Font doné. 

Perrette Dobray. 

. Il est impossible de se défendre d'attendrissement en lisant ces 
lignes, et c'est une joie de voir que le désir de Perrette Dobray 
ait été respecté. Qui ne se sentirait porté à exaucer la nalçe de- 
mande de cette douce et pieuse Sœur en priant pour elle? 

Que nous sommes loin de ces sgitiments si humains et si chré- 
tiens tout ensemble I On ne se donne même plus la peine d'écrire 
au bas de l'image une date/un nom, un texte de l'Écriture, 
signes qui donnent à l'humble présent son vrai caractère et suf- 
fisent à ceux qui ont la mémoire du cœur. Le fabricant a pris 
soin de tracer pour vous le mot atfectueux. Ici, c'est une loco- 
motive surmontée d'une pensée, et au-dessus : Porte-lui mon sou^ 
venir; là, c'est une colombe, et au bas: Regarde sous mon cUle ; 
l'aile en effet se détache^ et si vous la soulevez d'un doigt déli- 
cat, vous pouvez lire : Je ne vous oublie jamais ; sur une autre, 
voici deux cœurs cachés dans les myosotis, au pied d'une croix, 
avec cette inscription : 

Dieu m'a donné, bonheur extrême, 
Uu cœur pour appuyer mon cœur. 

Ailleurs, je vois une coupe où boivent des colombes, — tou- 
jours des colombes, toujours des cœurs, des myosotis et des pen- 
sées, — avec cette légende : 

Le souvenir est un miroir 

Où j'aime sans cesse à vous voir. 

Enfin nous nous rappelons un gros bouquet de roses liées par 
une banderoUe où se lisaient ces vers, dus sans doute à quelque 
grand poète ignoré : 

Les fleurs les plus belles 
Perdent un jour leur beauté, 
Mais une amitié fidèle 
Dure l'éternité. 



DE l'imagerie religieuse. 387 

. Ces nauséabondes banalités mêlent le profane au sacré, de telle 
sorte qu'on ne sait pas bien toujours si les sentiments dont il est 
question s'adressent à Dieu ou à un objet créé. Certaines de ces 
ambiguïtés semblent même avoir été adoptées non sans inten- 
tion, et, finalement, devises et symboles arrivent quelquefois jus- 
qu'aux limites du scandale. 

Par quels moyens arrêter le courant funeste que nous venons 
de signaler? Le bon sens suffit à l'indiquer. Que les pasteurs de 
nos paroisses, nos aumôniers, les supérieurs de communautés, 
les maîtresses d'école et de pensionnat, que les parents chrétiens 
délaissent toutes les images sans talent, sans expression, si mer- 
veilleux qu'en soit le coloris, si féerique qu'eu soit l'encadre- 
ment ; que chacun se fasse souci de ne distribuer que des images 
sérieuses et respirant une saine piété. — L'industrie du mauvais 
goût, n'étant plus encouragée,chercheratout naturellement une 
voie meilleure. Il est vrai que les jeunes filles, les gens de la 
campagne, d'autres encore, paraîtront d'abord moins enchantés 
de ces images sans or et sans dentelles; mais, pour se former, le 
goût^ en ces petites choses comme dans les grandes, demande 
une initiation. Le moment ne se fera pas trop attendre où même 
les enfants préféreront une belle petite gravure à une jolie image. 

11 y a quelque vingtaine d'années, l'école de Dusseldorf tenta 
de régénérer l'imagerie pieuse, et, des bords du Rhiii, nous vin- 
rent en effet des gravures bien exécutées et d'un esprit très chré- 
tien. Hais le succès fut court, parce que les artistes, travaillant 
avant tout pour les catholiques allemands, donnaient la préfé- 
rence à leurs saints nationaux peu connus parmi nous, et que, 
se conformant pour la dimension aux usages de leur pays, leurs 
gravures, au format trop grand, trouvaient à peine place, même 
dans les bréviaires du clergé. 

Or, il y a quatre ans,il se fonda à Paris une Société ayant spé- 
cialement pour but d'unir intimenient dans l'imagerie la.vraie 
piété avec l'art et qui se plaça tout d'abord sous la protection de 
saint Luc, le premier des artistes chrétiens. Un comité, composé 
d'ecclésiastiques et d'artistes, fut chargé de signaler les œuvres 
à publier, ce qui offrait au public une garantie intelligente et 
sûre. On y lisait les noms les plus honorables, ceux de UM. de 



388 DE l'hiagerie religieuse. 

Borie, curé de Saint-Philippe du Roule, de Riancey, Léon Gau- 
thier, Sa^inien Petit, peintre d'histoire, Anatole de Ségur, etc. 

Un grand nombre d'évêques ayant envoyé leur approbation, 
on se mit à l'œuvre. Les débuts de l'entreprise répondirent à tout 
ce qu*on attendait. Les tableaux des anciens maîtres d'Italie et 
d'Allemagne furent la source principale où l'on alla puiser. Nous 
avons là, sous les yeux, toute une collection de fort belles gra- 
vures d'après Fra Angelico^ Léonard de Vinci, Fra Bartolomeo, 
PhilippoLippi..., et, parmi les modernes^ de Scraudolph, le grand 
artiste qui a peint les fresques de la cathédrale de Spire, d'Over- 
beck, de beaucoup d'autres; puis, de notre Hippolyte Flandrin, 
^legrec baptisé, comme on Ta si justement appelé. Les images 
publiées par la Société de Saint-Luc sont de plusieurs formats : 
les unes, assez grandes, peuvent être encîidrées et former une 
décoration du meilleur goût pour la cellule d'un religieux ou h 
chambre d'un ecclésiastique; le plus grand nombre, comme 
celles qui reproduisent les saints et saintes de l'admirable frise 
de Saint-Vincent de Paul par H. Flandrin, peuvent prendre place 
dans un livre d'Heures, même dans une Imitation. On se propo- 
sait de reproduire la plupart des chefs-d'œuvre de la peinture 
religieuse et de composer ainsi un véritable musée chrétien. 
Enfin, point important, ces images coûtaient moins que la plu« 
part des pieuses Tanfreluches qu'elles devaient remplacer. 

Mais les événements de 1870-1871 ont tout compromis. M. Mé- 
niolle, qui avait été chargé par la Société de la partie commer- 
ciale, accablé par des pertes considérables, a dû cesser les aifaires 
et vendre les planches déjà gravées. Elles se sont trouvées de la 
sorte disséminées chez une dizaine d'éditeurs qui les ont ache- 
tées pour donner un peu de relief à leurs publications. 

Tous ceux qui s'intéressent à l'apostolat exercé par l'imagerie 
doivent déplorer ce résultat. Nous savons que, dans ce moment, 
on s'efforce de reprendre l'œuvre commencée. Dieu veuille que 
le clergé et les catholiques intelligents qui souhaitent le progrès 
de l'art religieux lui prêtent un concours efficace. Enfin, puis- 
sions-nous voir bientôt, par le secours d'une imagerie plus saine, 
où l'art et la foi seront respectés, le sentimentalisme d'une pué* 
rile mysticité disparaître devant le souffle d'un généreux esprit 
chrétien. 



BIBLIOGRAPHIE. 



HISTOIRE DE SAINT ABBON, par l'ahbé Parduc, aumônier 

de l'Hôlel'Dieu {chez Lecoffre). 

Le saÎDt dont M. Tabbé Pardiac vient de publier Thisloire 'appar- 
tient, par sa naissance et par la plus grande partie de sa vie, à 
rOrléanais; mais, par sa mort, il appartient à la Gascogne : c'est, à 
la Réole, dans une émeute populaire, que, victime de son zèle, il 
fut frappé d'un coup mortel, et scella de son sang ses rares et ad- 
mirables vertus. 

L'écrivain débute par uue introduction sur le dixième siècle* 
Rien de plus logique et de plus sensé. Son béros ayant vécu à cette 
époque, honnie par les uns, exaltée par les autres, il devait, dès le 
début de son œuvre, nous dire ce qu'il en pense lui-même. Il le fait, 
nous nous plaisons à le reconnaître, avec netteté et franchise : 
Nous ne voulons, 'dit-il, < ni d'un dénigrement absolu, ni d'un en- 
thousiasme absolu ; tout ne fut pas or à cette époque, c'est vrai ; 
mais la vertu ne disparut pas de la terre, elle eut sa place dan$ l'ap- 
parent chaos de ce temps, coipme les fleurs au milieu des ruines. » 

Partant de là, et pensant, avec M. de Montalem))ert^ .que montrer 
dans une. créature humaine, ou dans une période historique, le mal 
seulement, c'est mentir, et que c'est mentir aussi d'y montrer>eule- 
ment le bien, il fait, d'après les documents les plus authentiques, 
le vrai tableau du dixième siècle^ exposant d'une part ses ignorances, 
ses erreurs, ses désordres, et de l'autre ses progrès dans la science,^ 
sa foi. vive et ses incomparables vertus. Nous renvoyons le lecteur iW 






390 BIBLIOaRAPHIE. 

ces pages pleines de recherches curieuses el de révélations inatten- 
dues. SU trouve là des figures dont le consciencieux historien ne 
dissimule pas la laideur, il en verra d^autres d'une ravissante beau- 
té. Ni VàTi, ni la science, ni la littérature^ rien ne fut négligé dans 
ce siècle, et il n'a manqué aux grands hommes de cette époque, pour 
égaler les plus illustres de leurs descendants, et même pour les sur- 
passer, que de venir au monde un peu plus tard. 

Quelle pensée a guidé M. Pardiac dans le choix de son sujet ? 
Nous l'ignorons, mais nous ne serions pas surpris qu'il eût obéi aux 
deux mobiles suivants : en bon patriote réolais, il a voulu arracher 
à l'oubli une 4ombe glorieuse placée si près de son propre berceau, 
et, en prêtre dévoué à l'Église, il a cru devoir contribuer, selon ses 
forces, à réhabiliter ce siècle, dixième de notre ère, si calomnié par 
les ennemis de la vérité religieuse. Evidemment, en prenant son 
héros dans des temps plus rapprochés de nous, il eût pu, avec moins 
de veilles et de fatigues, donner un livre d^un intérêt plus actuel et 
en apparence plus utile. Mais non, il a préféré un saint presque in- 
connu de nos jours et une époque obscure, difficile à étudier, et de- 
mandant des travaux longs, pénibles et presque sans gloire. Nous 
applaudissons chaudement à son 6hoix et nous voudrions qu'à son 
exemple, d'infatigables chercheurs allassent souvent fouiller dans 
les entrailles du moyen-Âge, et montrassent au monde, comme vient 
de le faire M. Pardiac, les vraies et solides richesses de cette pé- 
riode, si mal comprise et si mal expliquée. 

Arrivons à saint Abbon, à sa vie. D après les témoignages les plus 
dignes de foi, Abbon est né vers le milieu du dixième siècle, en 945. 
Sa naissance et ses premières années sont racontées en termes char- 
mants dont nous ne voulons pas priver nos lecteurs ; a La famille 
9 d' Abbon, dit M. Pardiac, n'appartenait point à la noblesse, mais 
)) elle était de race libre et comptait parmi ses ancêtres plusieurs 
B personnages..;.. La Providence, ^qui réservait notre saint à de 
» grandes choses, environna son enfance des soins les plus vigi- 
B lants. Lœtus et Ermengarde, parents de cet enfant prédestiné, 
» le formèrent à la vertu par leurs exemples autant que par leurs 
j> leçons. Dès le matin de la vie, l'enfant appartient à Dieu, il lui 
)> appartient dans sa première fraîcheur, dans sa première pensée, 
» dans le premier élan de son cœur. — Fleur encore chargée de sa 



UIULIOGRAPHIË. ' 391 

» gouUe de rosée, qui n'a encore réfléchi que le rayon du soleil le- 
» vant et qu'aucune poussière terrestre n'a encore ternie ; fleur ex- 
11 quise, qui, respirée même do loin, enivre de ses chastes ^enteurs^ 
D au moins pour un moment, les Âmes les plus vulgaires. — ' L'en- 
» faut grandit dans cette crainte de I>ieu, qui est le commencement < 
B de la sagesse, et annonça, par sa pieuse précocité, ce qu'il serait 
x> un jour par ses œuvres. » 

Bien jeune encore^ Abbon fut conGé pur ses religieux parents i 
l'abbaye de Fleury-sur-Loire, et quand son père et sa mère le pré- 
sentèrent à Yuilfade, abbé de ce monastère, l'homme de Dieu, di- 
sent les vieilles chroniques^ demanda à l'enfant son nom : a Je me 
» nomme Abbon, répond renfant. ~ Ahho ! s'écrie Vuilfade; chan- 
-h gez la dernière lettre de votre nom, il signifiera /)ère. douxen- 
9 fant^ méritez ce nom de Père par une fidèle imitation de Jésus-Christ. 
» Je le demande au Père tout-puissant, de qui émane toute paternité 
» dans le ciel et sur la terre ; qu'il vous fasse observer ses préceptes, 
» afin que vous puissiez parvenir aux joies éternelles. » 

Abbon grandit à l'ombre du cloître; et quand il eut atteint la plé« 
nitude de sa raison, il ratifia librement sa première consécration 
à Dieu, en demandant à vivre et à mourir sous la règle de saint Be- 
noît. 

Ses progrès daQs la science furent rapides. A peine âgé de vingt 
ans, on le jugea capable d'enseigner, et Tabbé de Fleu'7 le mit à la 
tôle de l'école du monastère. Or, il est bon de savoir qu'à cette épo- 
que l'abbaye de Fleury était distinguée entre toutes par son amour 
de la science et ses progrès dans les lettres. Elle devint le siège et le 
domicile de toits les beaux-arts, ou, selon l'expression de Mgr d'Or- 
lcans,tme des plus glorieuses métropoles intellectuelles du moyen-âge. 

L'enseignement d'Âbbon eut un tel succès, qu^en peu de temps il 
attira autour de sa chaire plus de cinq mille étudiants. Cinq mille! 
Ce chiffre paraît hyperbolique, nous en convenons, mais il est 
certifié par des autorités si nombreuses et si imposantes, qu'il ne . 
serait pas raisonnable de le révoquer en doute. 

Ce maître habile ne tarda pas à nous être envié par une nation voi- 
sine. L'Angleterre, qui avait donné aux siècles précédents le vénéra- 
ble Bèdè et l'immortel Alcuin, voyant la science abandonner le sol 
qu'elle avait si longtemps illuminé, se tourna vers la France et vint 



.392 BIBLIOGRAPHIE. 

demander à Fleury qaelqaes-uns de ses plus habiles professears. 
Abbon est naturellement désigné pour cette mission glorieuse, et il 
s'achemine bientôt vers Tlle des Saints. 

Rien d'attendrissant comme le départ du savant religieux, et rien 
* non plus d'émouvant comme la traversée de la Manche par Abbon et 
'ses compagnons de voyage^ au milieu d'une tempête affreuse et dans un 
frêle esquif. Une gravure représente ce tableau saisissant. On y voit 
la pauvre barque battue par les flots en courroux^ et Abbon élevant 
vers le ciel des mains suppliantes*. Sa prière fut entendue, et il aborda 
heureusement au port. 

En Angleterre, Abbon vit, comme à Fleury, de nombreux étu- 
diants accourir à ses leçons. Apôtre et missionnaire de la science, 
il mit tout son soin à la propager, et, pour arriver à ce but, il ou- 
vrit des écoles publiques dans un grand nombre de monastères, en 
particulier à York, à Bury-Saint-Edmuns et à Caritorbéry. Il fonda 
encore celle de Cambridge, qui n'a pas cessé d'être florissante jus- 
qu'à ce qu'elle ait donné Newtgn à l'Angleterre et au monde. 

Après quelques années de* séjour chez nos voisins d'Oulre-Her, 
Abbon fut rappelé par son supérieur et rentra tout joyeux dans sa. 
chère communauté des bords de la Loire. Il y était à peine depuis 
quelques mois, que le très-révérend abbé de Fleury mourut. Ab- 
bon fut élu à sa place. Son élection est de l'an 988 ; il avait alors 
quarante-trois ans. 

Avant son élévation à cette haute dignité, Abbon avait publié de 
nombreux ouvrages ; il en composa d'autres après, et nous avons le 
regret, faute de place, de ne pouvoir les faire connaître à nos lecteurs. 
Mais ils se dédommageront eux-mêmes de cette privation, en reoou* 
rant à l'habile historien qui a su analyser avec tant d'intelligence 
ces écrits si variés et si pleins d'intérêt. 11 résulte de cette analyse 
qu' Abbon était un savant de premier ordre, et que si le siècle 
où il a vécu porte des traces d'ignorance et de barbarie, il compte 
aussi des esprits d'élite et dea agents actifs de la civilisation. 

Abbon, déjà au premier rang par l'étendue et la solidité de ses 
connaissances, s'y plaçait encore par sa vertu et sa haute piété. Aussi 
son influence devint-elle immense. On vit des rois, des évèques le 
consulter, des conciles recourir à ses lumières^ et des monastères qui 
avaient besoin d'une réforme, l'accepter sans peine de sa main. Il fit, 



BIBLIOGRAPHIE. 393 

TpotXT le bien de son ordre, plusieurs toyages à Home, et le pape Gré- 
goire V rhoDora de sa paternelle affection. 

Depuis douze ans, Abbon gouvernait avec la plus haute sagesse 
son abbaye, quand, au commencement de Tannée i004, les devoirs 
de sa charge le conduisirent dans nos contrées, au monastère de la 
Réole, dépendant de Fleury. Il eut le bonheur d'y établir assez promp- 
tement la règle de sa première observance, et n'y croyant.plus sa 
présence nécessaire, il regagna les bords de la Loire. Malheureuse- 
ment l'œuvre de réfonne n'était pas assez consolidée, et quelques mois 
après il dut reprendre le chemin de la Réole. A peine y est-il arri- 
vé, qu'une émeute éclate dans la ville; le saint abbé accourt pour 
l'apaiser ; dans la mêlée, il est frappé d'un coup de lancc^ et, le même 
jour, il expire victime de son dévouement. C'était le 13 novembre. 
Fonde Jésus- Christ 100 i 

Cette mort tragique, on le comprend sans peine, émut vivement 
les populations, aussi ne tardèrent-elles pas à vénérer et à invoquer 
comme saint etcomme martyr celui qui venait de verser si généreu- 
sement son sang pour la cause de Dieu et de ses frères. Nous sous- 
crivons de grand cœur à cette canonisation populaire, comme y ont 
souscrit avant nous tous les pieux enfants de saint Benoit, fidèles à 
célébrer chaque année, le i3 novembre, la fête do saint Abbon, et 
nous appelons avec confliince la protection du glorieux abbé de Fleury 
sur les contrées illustrées par son martyre. 

La part de la critique sera courte. Sans doute le livre de M. l'abbé 
Pardiac n'est pas sans défaut, mais il est le fruit de tant de patientes 
recherches, on y trouve une érudition de si bon aloi, il y a dans récri- 
vain un sens si droit, si intelligent, tant d'intérêt dans ses récits, tant 
de qualités dans son style, qu'on peut ]y{|iser, sans les relever, sur quel- 
ques incorrections, peu importantes du reste, échappées à la rapidité 
de sa plume. Nous nous bornerons à nous plaindre de digressions, à 
notre avis, un peu trop fréquentes. Elles éclairent Thistoire, c'est 
ifrai, surtout pour ces temps reculéset peu connus des lecteurs, mais 
elles entravent le récit et lui enlèvent par moment une partie de son 
charme. Peut-être eût-il mieux valu faire de quelques-unes un cha- 
pitre spécial de l'introduction, et mettre les autres en notes au bas 
des pages on à la Hn du volume, en forme d'éclaircissements. Nous 
aurions voulu aussi, au lieu d'analyse, le texte même des lettres 



394 hialiooraphie! 

d'Abbon. N'esl-cc pas par leurs écrils^ par leurs correspondances, 
que les grands personnages se font le mieux connaître. 

Nous n'en dirons pas davantage, et nous ternainerons ce compte- 
rendu en offrant au courageux et brillant historien de saint Abbon, 
le témoignage bien senti de notre admiration et de notre recomiais* 
sance. F, C, 

HISTOIRE ET THÉORIE DU SYMBOLISME RELIGIEUX AVANT ET 
DEPUIS LE CHRISTIANISME, par M. Vahbé Auber, chavoihe de Pot- 
tiers. Paris, Franck, A voL tn-8*. Prix : ^Afr, * 

Voici qu'a enfin paru cet ouvrage attendu depuis si longtemps 
el dont on pouvait déjà apprécier toute l'importance par les fragments 
inédits qui en ont été publiés dans la /tevue de l'Art chrétien. Ces quatre 
volumes, que devront consulter les théologiens, les archéologues, les 
artistes et tous ceux qui sont appelés à diriger la construction, la 
restauration ou la décoration des monuments religieux, contiennent 
rexplicalion de tous les moyens symboliques employés dans Tart 
plastique, monumental ou décoratif chez les anciens et les modernes, 
avec les principes de leur application à toutes les parties de l'Art 
chrétien, d'après la Bilde, les artistes païens, les Pères de l'Eglise, 
les légendes, la pratique du Moyen-Age et de la Renaissance, 
etc., etc. 

L'archéologie se borne trop souvent à la description sèche, isolée, 
réaliste des monuments ; ici, elle fait alliance non-seulement avec 
l'érudition littéraire et l'esthétique générale, mais aussi avec l'exé- 
gèse biblique. La théologie vient éclairer une foule de questions qui 
étaient restées dans Tombre, et, par réciprocité, l'archéologie prête 
son précieux concours h la théologie chrétienne, demeurée trop 
étrangère jusqu'ici aux ingénieux aperçus de Térudition artis- 
tique. 

Tandis que beaucoup d'archéologues fouillent la terre pour y dé- 
couvrir les curieux débris des civilisations éteintes, M. Auber, 
archéologue doublé d'un philosophe, a creusé le terrain des idées, 
et y a trouvé des filons inconnus, des mines inexplorées. 

Rien ne saurait mieux faire comprendre l'immense variété de ma- 
tières traitées dans cet Ouvrage que l'exposé même des chapitres. 
Nous allons en donner le sommaire : 



BIBLIOGRAPHIE. 39^ 

pREMliRE PARTIB, — Du symbolisme dans fanttquùé^ — I Inlro- 
d action ; II les langues écrites ; III les langues parlées ; IV les scien- 
ces; V les hiéroglyphes égyptiens; VI les nombres; VIÏ les -peuples 
de rOrient; VIII usages nationaux anciens et modernes; IX les arts 
chez les anciens ; X la statuaire antique ; XI la peinture; XII et XIII 

les couleurs ; XIV résumé, 

» 

Deuxiâhb partie. — Du symbolisme dam la Bible et les Pères de 
l'Église. — I Considérations générales; II l'Écriture Sainte; III Tin- 
terprélation scripturaire ; IV les faits bibliques; V Cantique des 
cantiques ; VI à XIII Apocalypse ; XIV l'Égîiee ; XV à XVII les Pères 
de l'Église ; XVIII les auteurs ecdésiastiques du XHI" siècle. 

Troisième partie. — Symbolime architectural et décoratif. — 
I Considérations générales; 11 l'Église dans son orientation — cime- 
liires ; III extérieur de Téglîsô chrétienne; IV intérieur de l'église ; 
V ameublement de l'église; VI sculpture décorative; VII autels, 
tabernacles, baptistères, tombeaux ; VIII des modillons ; IX des cha- 
piteaux ; X démonologie ; XI des obcœna ; XII zoologie ; Xïll flore 
murale ; XIV peinture chrétienne, vitraux, manuscrits, tapisserie^, 
et mosaïques ; XV peintures murales ; XVI statuaire ; XVII des ima- 
ges de Dieu le Père, du Sauveur et de la Sainte- Vierge; XVIII la 
liturgie catholique ; XIX les drames liturgiques; XX de la musique 
sacrée; XXI orfèvrerie sacrée; XXII décadence du symbolisme, s^ 
renaissance au XIX° siècle. 

Appendice. — Mémoire sur le développement du symbolisme dans 
les monuments religieux — Mémoire sur les sculptures symboliques 
des XI» et XII» siècles. 

La table analytique des matières, bien claire et très-détailléc, ne 
comprend pas moins de 77 pages. 

Nous n'avons pas à faire connaître la méthode qu'emploie M. le 
chanoine Auber dans Texamen philosophique des monuments de 
l'Art chrétien : nos lecteurs la connaissent et ont pu l'apprécier dans 
les nombreux et remarquables articles que notre savant collaborateur 
a publiés dans cette Revue. Nous nous bornerons à dire que son im- 
mense travail, fruit de trente années de recherches et de méditations, 
est assurément l'un des ouvrages archéologiques qui fera le plus 



396 BIBLIOGIIAPIIIE. 

d'honneur à notre époque par la nouveauté des considérations, la 
finesse des conjectures, l'ampleur des vues, la connaissance appro- 
fondie dji sujet, rintolligence toute chrétienne du Moyen-Age, et 
aussi par Tinfluence que ce^ éludes théoriques né manqueront pas 
d'exercer sur la pratique des arts religieux. J. Coeblet. 

m 

LILLUSTRK COMPIÈGNE, par Fleury de Fiiémicodut, édilion revue et 

annotée par F. Pouy (Paris ^ Baur et Dé taille). 

Cet opuscule forme la cinquième livraison de la Picardie histori- 
que et littéraire : c'est la réimpression d'un livre devenu fort rare, 

contenant les fastes des rois à Compiègne depuis Clovis P' jusqu'à 
Louis XIV. L'auteur^ Fleury -de Frémicourt,a puisé les éléments de 
ses récits dans Y Histoire civile et ecclésiastique de Compiègne par Dom 
Bertbaud, manuscrit qui fait partie de la collection de D. Grenier. 
D'après ce bénédictin, Guillaume de Flavy, gouverneur de Com- 
piègne, n'aurait point trahi pend<ant le siège de 1439, comme le pré- 
tendent presque tous les historiens. Toujours est-il, comme le fait 
remarquer M, Pouy, qu'on le considéra, alors comme traître, puis- 
qu'il fut pendu aux créneaux, de la ville, comme le témoignait un ta- 
bleau qu'on voyait, avont la Révolution, à l'Hôtel-de^Ville de Com- 
piègne. J. C. 

LES VILLAGES SOUTERRAINS DANS LE DÉPARTEMENT DE 

L'AISNE par M. Ed. Flkory, Laon, 1872. 

La découverte des habitations troglodytiques se multiplie surtous 
jcs points de la France. Des souterrains que l'on considérait jadis 
comme gaulois, ou datant des temps féodaux, sont restitués à leur 
antique origine. M. Edouard Fleury signale et décrit ceux qui s^éten- 
dcnt sous les contrées montueuses qui dominent les vallées de 
l'Ardon, de l'Aisne, de la Veslc et de la Marne. Les endroits où se 
trouvent ces villages primitifs portent les noms de Bove, Boveite, 
Bovelle, Craonne, Creutte, Croutles, Crottoir^ Croutelles^ Tannières, 
etc. Ce qu'il y a de plus curieux dans la savante notice de M. Fleury, 
ce sont des conjectures, appuyées sur des textes, relatives à l'époque 
où certaines populations de cavernes auraient émigré dans les 
vallons voisins, pour y fonder un nouveau village. Pour un certain 
nombre d'habitations troglodytiques, cet abandon n*aurait eu lieu 
qu'au XII' siècle de notre ère. J. C. 



CHRONIQUE. 



Les journaux de Rome nous annoncent qu'on vient de faire une 
importante découverte dans le quartier deTEsquilin. 

On a trouvé, en déblayant les terres,' les restes d'une maison ayant 
appartenu vraisemblablement à un riche citoyen romain. Les murs 
sont couverts de fresques de toute beauté. Le pavé est multicolore : 
il y a aussi une partie du pavé en mosaïque. Sous le péristyle se 
trouve une fontaine placée dans l'intérieur d'une niche ; cette fon- 
taine est revêtue de coquillages ; le bassin est en marbre. 

Cette curieuse maison est située entre la gare et Sainte-Marie- 
Majeure. 

— On a fait au Forum une découverte vraiment bien intéres- 
sante. C'est un pluteus ou balustrade qui entourait la tribune aux 
harangues pour empêcher le peuple d'approcher. Des bas-reliefs d'un 
style excellent, qui appartient à l'époque d'Auguste, décorent la ba- 
lustrade des deux côtés, et représentent les scènes de cesacriOcc des 
anciens où l'on immolait un bœuf, un porc et un mouton. 

Mais ce qui donne un prix inestimable à cette précieuse trouvaille, 
c'est qu'on y voit 'représenté le Forum presque tout entier, avec ses 
teipples et autres édifices dans l'ordre où ils se trouvaient sur 
le terrain. On pourra donc avoir des idées plus nettes sur le vé- 
ritable emplacement du Forum. Décidément le fameux chevalier 
Rosa, dont tout le monde se moquait, pourra du moins avoir pour 
une fois les rieurs de son côté. 

-*^ Le musée de Nuremberg vient d'enrichir ses collections par 
des acquisitions assez importantes. 



398 CHRONIQUE 

Ces achats consislent d'abord en une suite de gravures sur métal 
et sur boio à partir du XIV® siècle jusqu'à la fln da XY", ensuite en 
une série de spécimens de xylographie et en échantillons des premiers 
livres imprimés avec* des caractères mobiles. 

On a joint dans le musée la première de ces acquisitions à la série 
de gravures de Wolbgemtitb> d'Albert Durer, des contemporains, 
des élèves et des successeurs de ces deux maîtres. 

— V Epoque y de Milan, rapporte qu'un curieux procédé pour la 
restauration des fresques est employé à l'église Saint-François- 
d'Assise. 

C'est un jeune Pisan qui est propriétaire de ce procédé et qui s'est 
chargé de restaurer les fresques de Cimabué et du Giotto, dans l'é* 
glise supérieure de Pérouse. 

Il opère ce travail seul^ à l'abri de tout œil indiscret, et il réussît 
merveilleusement à raviver les couleurs qui soni absorbées par la 
pierre, poreuse de sa nature. 

— Il parait qu'en Espagne, à l'Escurial, on a retrouvé un instru- 
ment assez étrange, qui mérite quelque attention. C'est un violicem- 
balo, un espèce de piano à archet que Jean Heyden inventa à 
Nuremberg en 4606^ et que Philippe III fit venir à San-Lorenzo. On 
tire des sons de cet instrument à l'aide de roues cylindriques, 
frottées de colophane, qu'une manivelle Qiet en mouvement. On joue 
en même temps sur le clavier et, à l'aide de lames métalliques qui 
mettent les roues enduites de colophane en contact avec lès cordes, 
on obtient des sons fort agréables. 

Ce curieux appareil excite^ en ce moment, l'attention de tons les 
amateurs de musique. 

Un instrument analogue existe en Belgique, au musée du Steen^ 
à Anvers, parmi les épaves de la domination espagnole dans les 
Pays-Bas. 

— On vient de découvrir une œuvre d'art du plus haut intérêt 
pour la Belgique : c'est un retable en bois sculpté, du XV* siècle, 
orné, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, de peintures d'une grande 
linesse et qu'on croit être de Roger Vander Weyden ou Roger de 
Bruxelles, surnommé l'Apelle de son temps. 

Celte pièce, admirablement fouillée, porte en caractères gothiques, 
sur une lisière saillante, le mot Brùssel, tl son ensemble constitue, 
pour l'histoire de la sculpture et de la peinture du moyen ftge, un 
monument des plus remarquables. 



j 



CHAOKiQue. 399 

— . On vient de découvrir, mx environs de Nérac(Lol-eUGaronne), 
]ee ruines d'un palais ou d'une magniflque villa^ doniTorigine 
semble remonter au IP ou au HP siècle. Les feuilles se poursuivent 
activement et Ton découvre chaque jour des débris qui pourront 
fournir de précieuses indications pour l'histoire de la vieille Aqui- 
taine. 

— Les journaux de Gand nous ont appris une mauvaise nouvelle. 
Le grand Béguinage de celte ville, joyau des â^es chrétiens échappé 
à la destruction révolutionnaire, est menacé de suppression par le 
libéralisme municipal. Cet acte de brutalité sera tout à la fois un 
crime contre la religion et contre Tart. Mais que voulez-vous? L'im- 
piété est vandale comme le vandalisme est impie. Le petit Béguinage 
de Gand, menacé lui aussi, il y a quelques années, par les libéraux 
gantois, a été sauvé, gr&ee à la muniflcence vraiment royale de Son 
Altesse Royale le duc d'Arenberg. 

— Le Bulletin scientifique du département du Nord donne les 
renseignements suivants sur les nouvelles fouilles archéologiques de 
Bouvines. 

« Les fouilles de Bouvines viennent d'être complètement termi- 
nées. M. Rigaux y a retrouvé, comme dans ses précédentes recherches, 
quatre époques disotinctos. Ces fouilles ont produit deux catégories 
de faits ; les uns servant de confirmation aux résultats antérieurs : 
ainsi la constatation de la haute antiquité du fossé dont nous avions 
parlé dans le bulletin de mars ; les antres complètement nouveaux : 
de ce nombre est la découverte de la limite du cimetière mérovingien. 

(( L'époque gauloise a fourni de nombreux débris de poteries en 
terre grossière et quelques objets en fer, tels que fragments de fibules 
et une pointe de javeloL Ces débris ont été recueillis dans un fossé 
de plusieurs mètres de largeur» au-dessus duquel se trouvaient les 
cinq dernières sépultures mérovingiennes. Plusieurs monnaies gau- 
loises ont encore été découvertes, deux portent le nom d'un chef 
nervien. 

« L'époque gallo-romaine n'a fourni que des débris épars par tout 
le champ, et un certain nombre <le monnaies des Tetricus et de 
Constantin, M. Rigaux a fait déblayer un puits romain rempli de dé- 
combres et d'ossements d'animaux provenant de la construction 
antique ; il n'y a malheureusement rien trouvé qu'un maillet de bois, 
semblable i nos maillets d'aujourd'hui, et que Thumidité des terres 
remblayées ayait relativement bien conservé. Le puits avait environ 
douze mètres de profondeur. 



400 GHRPNIOUK. 

c L'époque mérovingienne a de nouveau donné des haches, des 
lances, une épée, des sabre?, un bouclier, des fibules et des boucles 
de ceinturon, plusieurs bagues et pendants d'oreilles ornés de ver- 
roteries rouges, quelques vases en terre et en verre. Hais, comme 
précédemment, presque toutes les sépultures avaient été violées à une 
époque reculée ; leur nombre était de cent environ, en y compre- 
nant les inhumations beaucoup plus récentes qui font partie d'une 
quatrième époque dont la date est toujours indéterminée. 

c Les Touilles ont duré plusieurs mois, comme celles de 1871. » 

— D'importantes réparations viennent d'être faites dans Tintérieur 
de Notre-Dame de Paris. A rentrée du chœur se trouvait une galerie 
en bois sculpté ; cette galerie, qui fut brûlée entièrement par les fé- 
dérés, est remplacée par une grille en fer ouvragé, hante de 85 cen- 
timètres seulement. Le chœur se trouve ainsi considérablement dé- 
gagé et n'a plus cet aspect sombre qu'il avait auparavant. Il y a 
quelques semaines, on a fini de placer ie nouveau banc-d'œuvre ; il est 
en bois de chêne et se compose de cent quarante stalles. Au milieu s'é- 
lève une croix haute de près de quatre mètres et portant le Christ, 
le tout également en bois de chêne. On placera très-prochainement 
la stalle d'honneur destinée à l'arcbevêque. 

— On vient de reprendre les travaux du carillon de Saiut-Germain- 
l'Auxerrois, commencé depuis près de quinze ans. L'bistoire de ce 
carillon, quand il sera terminé, sera vraiment curieuse, à cause des 
retards que sa construction a éprouvés et des longs intervalles de 
repos qu'a nécessités l'étude comparée des divers carillons d'Europe, i 
car on a voulu éviter dans cette sonnerie les défauts qui existent dans < 
les plus célèbres, notamment celles de Bruges et de Cambrai. De là | 
des essais, des recherches et des tâtonnements à ne pas en finir. S 

Tout était prêt cependant, et des cloches allaient être mises en place i 

lorsque la guerre éclata. Par suite de circonstances très-heureuses, ^ 

ces cloches, au nombre de quarante, ne furent pas fondues pendant | 

lesié^e pour faire des canons, et, pendant la Commune, on n'en fit pas i 

des gros sous. On ne peut expliquer leur conservation que d'une ma- i 

nière : elles étaient dans les étages supérieurs de la tour Saint•Ge^ ^ 

main-rAuxerrois, où on ne les a pas découvertes. '. 

Ce carillon se composera de quarante cloches graduées, dont la 3 
plus grosse pèse 2,000 kilogrammes, et la plus petite 20 kilogrammes 
seulement. Il jouera deux fois par jour des airs nouveaux, à deux 
heures de Taprès-midi et, le soir, à huit heures. i. C. 







MOSAlÇirr liV. SrVtXANTKrtrtfï 



ÉVOLUTIONS DE L'ART CHRETIEN 



I TROISlÉOfB ARTICLE *• 



VI. 

l'ordre DBS FÀIT8 ET l'ORDRB DBS IDÉBS. 

La décoration des nouvelles basiliques donna lieu à un autre 
genre de composition qui est trop dans la nature pour avoir dû 

• - • 

tarder à se produire sous la main des ctirétiens, après qu'ils 
avaient cessé d'être aussi rigoureusement astreints à la loi du 
mystère, dont une domination hostile leur avait fait une néces- 
sité. Pïous voulons parler dés compositions purement historiques, 
où les faits sont rangés selon Tordre qui leur est propre. 

Qui ne serait pas un peu fanliliarisé avec les antiquités chré- 
tiennes s'étonnerait qu'on ait jamais pu, pour des faits de cette 
nature, accorder la préférence à un autre ordre de représenta- 
tion ; mais on s'aperçoit bientôt, quand on étudie les temps les 
plus primitifs^ que tous les faits représentés y sont rangés uni- 
quement selon l'ordre des idées ; et cet ordre fut longtemps pré- 
féré encore en des séries entières de monuments, tels que les sàr- 
cophages, après les exemples du contraire qui furent donnés 
dans les basiliques au IV* et au V« siècle. 

Au V* siècle, saint Paulin fit représenter, dans les basiliques de 

* Voir le numéro précédent, page 337 . 

TOMK XV. — Octobre Novembre 1870. 27 



402 ÉVOIUTTONS DE i'aHT CHR^TIRN. 

Noie, celle qu'il fit construire et celle qui avait été plus ancien- 
nement dédiée à sainl Félix : ici, Thistoire du Nouveau Testa- 
ment; là, les récits de Moïse, des livres de Josué et de Ruth . Au 
V siècle, Sainte-Harie-Majenre, à Rome, fut ornée, sur les murs 
latéraux, dans toute la longueur delà nef, d'une série de tableaux 
en mosaïque représentant toute l'histoire de l'Ancien Testament, 
à partir d'Abraham ; et, en face des fidèles, tout autour de l'arc 
triomphal, furent représentés, en l'honneur de la Mère de Dieu, 
les traits principaux de l'enfance du Sauveur. 

On n'avait pas néanmoins, indépendamment du monogramme 
sacré compris dans la bordure, renoncé à faire figurer, au som- 
met de cet arc, une représentation d'un caractère tout synthé- 
tique. Elle se rapporte, sinon à la personne du Sauveur direc- 
tement, du moins à l'efficacité de soii perpétuel sacrifice, au mys- 
tère résolu par sa divine intervention : vous y voyez le livre aux 
sept sceaux, reposant sur l'autel, la croix qui se dresse au-dessus, 
les apôtres saint Pierre et saint Paul se tenant à ses côtés pour 
représenter l'Eglise, et les quatre animaux planant sur l'en- 
semble de la composition. Notez, en outre, que les figures sym- 
boliques des deux Cités terminent, dé chaque côté, la série des 
représentations historiques, et que ces représentations, ainsi en- 
cadrées, portent elles-mêmes, comme nous le verrons dans la 
suite, une forte empreinte de synthèse. 

Le caractère purement narratif n'en est que plus sensible dans 
les tableaux bibliques de la nef. Ces tableaux sont conçus et en-, 
chaînés, les personnages y sont groupés à la manière des bas- 
reliefs de la colonne Trajane ; et^ nonobstant la grande infério- 
rité du dessin, ceux-ci, jusqu'à un certain point, doivent leur 
avoir servi de modèle. 

Le Vl^ siècle, dans l'église de Saint-ApoUinaire-le-Neuf à 

» Saiicti Paul'mi Opéra, Ed. Migne, Vita^ col. 98, 100; Poema/a, col. 
663, 668. 



éVOLULIONS 1»E l'art CHRÉTI6.K 405 

Ravenne, nous a aussi légué une série de tableaux en mosaïque; 
où un choix de traits évangéliques occupe, dans la longueur de 
la nef, la partie supérieure des murs latéraux, plutôt dans l'ordre 
du récit que dans celui des idées. 

Dans les monuments où Ton suit cet ordre tout didactique, on 
se borne communément à un certain nombre de faits consacrés 
par une pratique iconographique continue,pour signifier les mys- 
tères que Ton entend*ainsi représenter ^ Ces faits sont, dans 
TAncien Testament, outre ceux que nous avons rencontrés dans 
les descriptions précédentes, Daniel dans la fosse aux lions, le sa* 
crifice d'Abraham, Adam et Eve condamnés ou recevant les 
divines promesses; Noé dans Tarche et le retour de la colombe ; 
Moïse recevant les tables de la loi ; les jeunes Hébreux dans la 
fournaise, ou refusant d'adorer la statue de Nabuchodonosor ; le 
passage de la mer Rouge, la création de la première femme, 
Daniel empoisonnant le dragon, Gain et Abel faisant leurs of- 
frandes, Moïse se déchaussant, Élié enlevé, Suzanne résistant aux 
suggestions des vieillards. Dans le Nouveau Testament ce sont : 
la guérison du Paralytique, l'adoration des Mages; la guérison 
de l'Hémorroïsse, la comparution de Jésus devant Pilate, son en- 
trée à Jérusalem, sa Nativité, la Samaritaine^ et, par-dessus 

t Dans cet ordre d'idées, nous verrons les jeunet Hébreux, refusant d'a- 
dorer la statue de Nabuchodonosor, se lier, par des rapports très-étroits, 
avec Tadoration des Mages; Adam et Eve recevant Tépi et la brebis^ signes 
du travail, auquel ils sont condamnés ; Caïn et Abel offrant les mêmes em- 
blèmes comme matière de leurs sacrifices, rappelant bien plus les mystères 
eucharistiques que la situation propre aux acteurs. Caïn généralement porte 
une gerbe ou un épi de blé ; sur un sarcophage du musée de Latran, il tient 
une grappe de raisin. On remarque qu'Eve est rapprochée de la femme por- 
tant un livre, laquelle^ au centre du mouumeut, représente l'Ëglise. De l'autre 
côté, l'on voit successivement la guérisou du Paralytique, celle del'Avougle- 
né, le miracle de Cana et la résurrection de Lazare. 

Ce monument^ au point de vue de l'exécution^ est un assez bon spécimen 
de la sculpture des IV* et V« siècles. 




404 ÉVOLUTIONS DE L'ART CHRÉTIEN 

tout, la prédiction du reniement de saint Pierre, représentée 
isolément ou associée avec deux sujets com*plémentaires : son ar* 
restation , et l'eau qu'il fait jaillir du rocher sous la figure de 
Moïse. Cette énumération n'est pas complète. Nous ne pensons 
même pas qu*aucûn sujet évangélique. ou biblique fât exclu ex- 
pressément do genre d'association dont nous parlons. Nous 
sommes persuadé, au contraire, qu'aucun fait rapporté dans les 
Saintes-Écritures ne se refusant à de semblables interprétations, 
il n'en est aucun qui n'aie pu figurer, s'il n'a figuré réellement 
une ou plusieurs fois, au gré des artistes, dans le cycle qu'elles 
servent à caractériser. 

Ces sujets inusités n'en portent pas moins un caractère d'excep- 
tion, comparativement a la pratique habituelle qui, s'attachant 
aux termes plus constamment employés dans le langage icono- 
graphique, était assxurée, par là même, de se faire plus immédia- 
tement et plus universellement comprendre. 

lies exceptions deviennent plus fréquentes à. mesure que > l'on 
descend de la cime des hautes époques. On s'en • aperçoit surtout 
en portant ses observations sur les sarcophages répandus dans 
les provinces méridionales de nos anciennes Gaules. Bt cepen- 
dant, tel était l'empire de la tradition sur les sculpteurs de ces 
monuments funéraires, que le trait essentiel de l'association 
des groupes, selon l'ordre des idées, continua de s'y maintenir 
tant qu'ils furent en usage, ou du moins tant qu'ils furent en 
vogue. 

La transition de la manière, que nous appelons symbolique ou 
didactique,à la manière narrative se montré beaucoup plus tôt sur 
les diptyques chrétiens et autres menus monuments sculptés en 
métal ou enivoiredansdes conditions analogues. Les plus anciens 
qui nous soient parvenus sont composés, sans réserve, conformé- 
ment à la première de ces manières : telles sont les tablettes en 
ivoire,couvertures d'évangéliaire probablement, qui appartenaient 
au nionaslcrcdc Saint-Michel deUuriano, prèsde Venise, lorsque 



ÉYOLUTIOZfS DE L'ART CHRÉTIEN. 105 

Gori les a publiées ' ; et les bottes à eulogies ou ciboires primi- 
tifs, que Ton peut observer» soit dans les planches supplémen- 
taires lyotitées au recueil de cet auteur*» soit au musée de Cluny 
qui en possède deuf (K''* 385,386). 

Le Christ triomphant assis sur un trône, le volume sacré à la 
main, occupé le centre de la tablette de Hurianoj entre saint 
Pierre et saint Paul; il est accompagné par derrière de deux 
figures imberbes, qui pourraient représenter deux autres apôtres, 
mais qui sont plutôt les archanges saint Michel et saint Gabriel. 
Au-dessus de lui, la croix triomphante elle-même, renfermée dans 
une couronne, est soulevée par deux anges suspendus sur leurs 
ailes entre deux autres anges debout, comme pour former sa 
garde. La croix reparaît entre les mains de ceux-ci, portée en 
guise de lance, avec un globe, en guSe de bouclier. Plus immé- 
diatement au-dessous de la' composition centrale et compris dans 
le même encadrement, on voit les trois jeunes Israélites dans la 
fournaise, et un ange plongeant la croix dans les flammes pour 
le^ rendre impuissantes à leur nuire. Suj les côtés, quatre com- 
partiments sont^onsacrés à la guérison de TAveugle, à la déli- 
vrance du Possédé, à la résurrection de Lazare et à la guérison 
du Paralytique. Notre-Seigneur y apparaît presque constamment 
dans une position identique, la croix à la main. Enfin, Jonas est 
doublement représenté danala zone inférieure, tour à tour jeté 
en proie au monstre marin et mis en présence d'un ange qui a 
présidé à sa délivrance. 

On voit que la pensée d'ensemble dans ce monument est de 
représenter le triomphe du Christ par la croix, en tant que la 
croix est le principe et le signe de sa gloire, le principe et le 

4 N 

signe de notre salut, de notre régénération ; et les faits sont 
associés en conséquence, sans nul égard pour Tordre de leur pro- 
duction. 

^ Th€$. vei, dtpL t. m, pi. viii. 

* A U fia du Th9», veL dipl. : Mon. sacr. eburneat pi xxiv, xxv. 



406 ÉVOLUTIONS DE l'aRT GHRÉIIEII. 

De même, sur Tune des bottes d'ivoire du musée de Cluny 
comme sur Tune de celles du supplément de Gori *, on voit la 
guérison du Paralytique, celle de l'Ayeugle-né et la résurrectiop 
de Lazare» associés sans nul autre ordre que celui de leurs m- 
gniQcations. 

L'absence du nimbe sur ces monuments concourt avec d'autres 
signes à prouver leur antiquité. L'intervention angélique, le dé- 
veloppement donné à l'intervention de la croix, tendent, au con- 
traire^ à les faire juger moins anciens. Sans prétendre assigner 
leur date, nous ne serions pas étonné qu'ils pussent remonter à 
la fin du V* siècle ; mais nous les croirions plutôt du VI*, et s'ils 
vont au-delà> c'est qu'ils ont été copiés sur des types plus an- 
ciens, de telle sorte qu'ils se posent avec une. antériorité de prin- 
cipe^ sinon avec une antéiterité de fait, en regard des autres mo« 
numents du même genre que nous voulons leur comparer. 

M. Federico Odorici a publié,.en 1845, une boite en ivoire, du 
musée de Brescia, et destinée à servir de reliquaire '. Elle mé- 
rita l'attention de l'Académie des Inscriptions, en France, et fut 
considérée par H. Raoul Kochette, alors son secrétaire, comme 
l'un des monuinents les plus précieux qu'il ait pu découvrir. 
Pour nous, le motif que nous avons de nous y^attacher tient 
surtout à l'agencement des sujets et au système mixte qu'il pré- 
sente entre l'ordre des faits et l'ordre des idées. 

Bien que ce reliquaire soit démonté^ on reconnaît facilement 
la position destinée à chacune des cinq plaques d'ivoire, qui le 
composaient, et pour l'objet que nous nous proposons, il suffira 
de décrire celle qui en formait la face, et d'indiquer quelques- 
uns des sujets sculptés sur les autres tablettes. 

La composition centrale représente Notre-Seigneur dans le 
temple, au milieu des docteurs, mais nullement dans 1rs condi- 



' il/on. sac, eh. ^ pi. xxiv. 

* Monumenli Crisliani di lire$via, in-fol. Bretcta 1845. 



ÉVOLUTIONS DK l'aRT CUKEriKN i07 

tioDs histoiiques du fait. Il est imberbe, comme toutes les fois 
qu'il est figuré sur ce petit monument, et du reste pleinement 
adulte* Puis, laissant les docteurs derrière lui, il est posé en avant 
€t déploie aux regards des fidèles un long volume, pour dire 
qu'il les initie aux mystères de la doctrine évangélique. Il repa- 
raît en buste entre saint Pierre, saint Paul et deux autres apd- 
très, dans la frise supérieure, où ils occupent chacun le champ 
d'un écusson circulaire ; les autres apôtres sont rangés de même 
sur le surplus des plaques qui formaient le tour du reliquaire. 
De chaque côté de la composition centrale on voit, d'une part, 
la guérison de l'Hémorroïsse, de l'autre, le Bon Pasteur défendant 
sa bergerie contre un loup, puis allant à la poursuite de la bre- 
bis égarée. Le premier sujet est accosté^ dans un compartiment, 
du poisson symbolique, principe de toute guérison ; le second, 
d'une figure de coq, emblème de la vigilance pastorale, figure 
répétée de la composition voisine placée sur le couvercle et re- 
présentant le reniement de saint Pierre. Ces deux figures du 
poisson et du coq sont placées dans un encadrement qui,régnant 
tout autour des trois scènes principales, donne place, dans le 
haut, au-dessous de la frise supérieure, à deux figures de Jonas> 
englouti et délivré, et, dans le bas, à Thistoire de Suzanne, d'a- 
bord représentée en Orante entre les deux vieillards, puis emme- 
née devant Daniel^ enfin à Daniel lui-même dans la fosse aux 
lions. 

Bien qu'il y ait quelque suite historique dans l'enchaînement 
de ces trois derniers groupes, on ne peut méconnaître que l'a- 
gencement général de ces sujets soit tout didactique. Suzanne, 
d'ailleurs, figure de l'Église, comme nous le verrons plus ample- 
ment dans la suite, est en corrélation avec une Orante isolée et 
une tour qui la représentent également sur l'autre face : l'Orante 
mise en regard de Daniel qui empoisonne le dragon ; la tour, de 
Judas qui s'est pendu. Sur l'un des bouts, l'emploi du même 
système est encore rendu plus évident par l'association de la gué- 
rison de l'Aveugle et de la résurrection de Lazare. 



408 ÉVOLUTIONS DE L'aRT GHKËTIKN. 

Sur le couvercle, au contraire, les scènes de rarrestation au 
jardin des Olives, du reniement dé saint Pierre, de la comparu- 
tion deyânt Anne et Caïphe, ensuite devant Pilate^ formant une 
série entièrement conformée la succession des faits ; mais de telle 
sorte cependant que cette série ne soit que le développement de 
la scène de la comparution devant Pilate, fort usitée sur les sar- 
cophages, où elle est employée dans le système, sans mélange, de 
l'association des faits, selon l'çrdre des idées. 

Sur les deux tablettes de la belle couverture d'évangéliaire, en 
ivoire, avec figures centrales émaillées, qui, conservées à Milan, 
ont été moulées par la Société d'Arundel {A^ classe, n* 1) et pa- 
raissent appartenir à la fin du VI* siècle, il y a encore combinaison 
des deux systèmes. 

Les figures centrales, celle de la croix sur une face, celle de 
Tagneau sur l'autre, sont également représentées avec la pensée 
du triomphe. Les figures des quatre évangélistes et de leurs 
quatre emblèmes apparaissent, ceux-ci aux angles supérieurs, 
ceux-ïà aux angles inférieurs des deux plaques ; la Nativité de 
« Notre-Seigneur, au sommet de l'une, répond à l'adoration des 
Mages qui occupe le sommet de l'aulre; le massacre des Inno- 
cents et Joseph en présence de ses frères^ menaçant de faire rete- 
nir Benjamin avant de se faire reconnaître, se correspondent de 
même dans les compartiments inférieurs, correspondance qui 
semble se rattacher aux paroles de l'Évangile, attribuant à Rachel 
la douleur des mères dont Hérodè fait massacrer les enfants. 

Les compositions latérales, au nombre dé six sur chaque 
tablette, s'ordonnent ensuite selon une marche qui leur est 
propre. L'Annonciation, l'apparition de l'étoile aux Mages, le 
baptême dé Notre-Seigneur, son entrée à Jérusalem, sa compa- 
rution devant un de s6s juges, l'annonce de sa résurrection par 
un ange à l'une des saintes femmes se voiei^t d'une part. 
La rencontre des deux aveugles de Jéricho, la guérison du Para- 
lytique et la résurrection de Lazare, réprennent de l'autre, sui- 



ÉvotirrioNs dk l'art cHRÉTrKN. 409 

Ties d'une scène d'interprétation douteuse, où un personnage, 
assis, TU de profil sur un globe, s'adresse à trois autres, [Seut-étre 
pour les juger ; puis viennent un repas et une distribution de 
couronnes par Notre-Seigneur, encore assis sur un globe. 

Cette manière de reprendre à part, en dehors de la première 
série de l'histoire étangélique, les miracles du Sauveur dont la 
représentation était la plus usitée dans le système de l'association 
des idées d'illumination, de renouvellement, d'appel à une nou- 
velle vie, revient sensiblement, au système didactique. Et ces 
images de béatitude et de récompenses finales donnent encore 
plus de corps à cette pensée. 

- On en retrouve des traces en des monuments bien postérieurs. 
Nous citerons un fragment des fresques découvertes il y a peu 
d'années, parmi les restes de Tancienne église de SaiatrGlément \ 
à Rome^ enfouies au XIII* siècle sous l'église actuelle, fresques at- 
tribuées par le R.. P. Mullooly, prieur des Dominicains anglais de 
Saint-Clément, au VIII* siècle, réputées plus modernes par 
d'autres interprètes, mais de telle sorte qu'on puisse difficilement 
les faire descendre au XI*. Nous avons fait publier, dans les 
Annaks arehéohgtques *j le fragment dont nous parlons. Il repré- 
sente le crucifiement, et, au retour d'angle du mur voisin, dans 
des compartiments contigus, la descente aux limbes et les saintes 
femmes au tombeau après la résurrection; afin de ne pas séparer 
l'idée de la délivrance de celle du sacrifice ; ' pois, dans un com- 
partiment inférieur, le miracle de Cana leur est associé. D'où on 
peut conclure qu'un autre espace- semblable, laissé au-dessous 
du crucifiement, où il ne reste que des débris informes de pein- 
tures, était rempli d'une manière analogue, c'est-à-dire par un 
sujet évangélique, lié, comme le miracle de Cana lui-même, 
selon l'ordre des idées, avec le sacrifice de la croix et usité 



1 5. Clenufit and his Batilica, in-8«, Rome, 1869. 

* .inmaleH arckiologiquêM^ t. xxvi^ novembre, décembre 1869. 



440 ÉVOLUTIONS b& l'aiit CUUBTIftn 

comme lui pour exprimer reffusion de la grftce et en général les 
résultats de la rédemption. 



VU. 



ÉVOLUTIONS DE L' ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE DU Y* AU IX* SIÈCLE. 



L'ordre historique cependant, depuis le V* et le VI* sièolei 
s*était non-seulement de plus en plus propagé, quant à la distri- 
bution des faits de l'Ancien et du Nouveau Testament; mais on 
avait vu les légendes des Saints occuper sur quelques monuments 
une place considérable, tandis que les faits de TÉcriture-Sainte 
étaient, sur d'autres encore, plus ou moins représentés selon 
l'esprit primitif. 

Ainsi, au IX** siècle, sur le parement d'autel en argent de Saint- 
Ambroise, à Milan, les bas-reliefs de la face antérieure sont con- 
sacrés à l'bistoire évangéiique, tandis que, sur la face postérieure, 
toute l'bistoire du saint docteur est distribuée en douze compar- 
timents '. Nous constatons par cet exemple qu'il s'était accompli 
sur un aytre point une évolution considérable dans la marche 
de l'iconographie chrétienne. 

Dans l'antiquité primitive, la vénération pour les Saints n'était 
certes pas moindre; à certains égards^ elle était, s'il est possible, 
plus grande encore; mais alors cette itée^ comme toutes les 
autres, tendait à se généraliser. 

11 semble, par exemple, qu'en représentant saint Laurent, 
la tête ornée du monogramme sacré, ou assis entre saint Pierre 
et saint Paul *, on avait en vue, en général» rexcellence du 

' Feirario, Monum, di San Àmhroyio^ in-fol. MiUno, 1834, p. ii(>. 
* Gurucci; V^iri ornali, pi. xx. fig. 1. 



ÉVOLUTIONS DE L'ABT CHRÉTIEN ^H 

martyre, dont il était un type privilégié. On en peut dire autairt de 
sainte Agnès, considérée comme un type de la virginité qui fleu- 
rit dans TËglise, lorsque» sur divers fonds de verre, elle était 
aussi représentée entre saint Pierre et saint Paul '. La médaille 
en bronze, qui a été l'objet des commentaires de M. de Rossi, et 
qui portait sur chacune de ses faces la légende sucKssi. vivAS, 
inscrite tour à tour au-dessus de la scène où saint Laurent est 
martyrisé, et au-dessus de son tombeau, donne lieu à la môme 
observation ; et de plus, elle offre un des plus anciens exemples 
qui soient venus jusqu'à nous, d'une représentation de martyre 
où soit donné le spectacle du supplice */M. de Rossi l'attribue au 
V* siècle. 

Tant qu'avaient duré les persécutions, Tidée du martyre n'était 
offerte au'x fidèles que sous une couleur de triomphe, la palme 
en était le signe : les trois Hébreux en prière dans la fournaise, 
Daniel élevant de même les bras au ciel entre les lions paisible- 
ment couchés à ses pieds : voilà sous quelles images l'assistance 
divine leu^ était toujours présente, sous quelles images ils envi- 
sageaient ce qu'ils étaient journellement exposés à souffrir. Mais, 
au IV^ siècle, il n'est pas douteux qu'on ait commencé à repré- 
senter les martyrs chrétiens aux prises avec les tourments. 
Saint Basile exaltait le prix de l'art qui fait revivre les combats 
des martyrs, et il s'avouait vaincu par la peinture '. Ailleurs, 
voyant combien elle excite à les imiter, il ne craint pas de l'éga- 
ler à l'éloquence ^. Saint Asterius, évéque d'Amasée, se complaît 
à rappelex les impriissions qu'a produites sur lui une peinture 
représentant le martyre de sainte Euphémie. a l/art lui-même, 
quand il le veut, peut se mettre en colère, » s'écrie-t-il, au sou- 
venir de ce juge, à l'air haineux et méchant^ qu'il a vu y figurer; 

* Id. pi. XXI. 

• Bulletin d*j4rchéol, rhrél., 1869, mai-juin. 

' Œuwre» de tainf Busile, Seimoii sui- Miint Harlaam. 
^ /d., Sermon «tir les quarante iimrtyrs 



413 ÉVOLUTIONS DB l'aRT CHRÉTIEN. 

il suit Tes combats de Thérolne, et quand il se la rappelle au mi- 
lieu des flammes, insensible à la douleur et triomphante, on Toit 
que lui-même il triomphe avec elle ^ 

Prudence, à son tour, comparant la peinture à Thistbire, dans 
plusieurs de ses hymnes, exalte la vivacité d^action ayec laquelle 
il lui voit célébrer les martyrs *. 

C'était aussi le tableau d^un martyr, celui de saint Etienne, 
qui avait surtout le don d'émouvoir saint Augustin, et de pro- 
duire en son âme les plus douces impressions '. 

Sur les sarcophages, cependant, on continua à mettre beau- 
coup de réserve dans la représentation du martyre. Nous en 
apercevons une raison qui serait bien belle : ces monuments 
étant des tombi?aux, ne voulait-on pas tout spécialement conti- 
nuer d'y faire dominer les idées de vie qui étaient entrées si 
avant dans Tesprit des premiers chrétiens? Quand il s'agissait 
plutôt de célébrer les martyrs, on pouvait aimer à les montrer 
au milieu des combats dont ils étaient sortis victorieux. Sur les 
sarcophages, pour rappeler la Passion de Notre-Seigneur, ou se 
contente de le mettre en présence de Pilate; pour rappeler le 
martyre de saint Pierre, de le représenter au milieu de deux 
gardes qui l'emmènent. Hors de ce sujet, ceux qui se rapportent 
à quelque autre martyre sont très-rares, et ils ont ordinairement 
quelques rapports avec lui. Ainsi, sur un sarcophage du musée 
de Latran, en regard de saint Pierre ainsi emmené, on voit saint 
Paul au moment où il va être décapité. Sur quelques-uns des 
sarcophages du midi de la France, qui pourraient appartenir au 
VI" siècle, on rencontre le martjre de saint Etienne succincte- 
ment représenté, et de telle sorte que, placé entre deux person- 
nages qui lèvent les mains, prêts à le lapider, il ressemble beau- 
coup à saint Pierre entre ses deux satellites, comme s'il ne s'agis- 

^ Collect. dêi Conciles^ t. xix^ S* concile de Nicée^ actio it, p. 281. 
' Prutf», Hymn. de saint Casaien, de saint Hippôlyte. 
* jéugjut, centra FatLstum» Lib. xxii, cap. lzxiii. 



ÉVOLUTIONS DE L'AKT GHRÉTUN 4id 

sait que de faire subir une transformation à la même idée. 
Toutes ces représentations sont traitées de la manière non-seule* 
ment la plus propre à écarter la crainte, mais encore à exciter la 
confiance, bien préférablemeiit à la compassion. 

Il devait en être généralement ainsi, même de ces peintures de 
martyres que nous font connaître les Pères. La composition du 
martyre de saint Laurent sur la médaille de Sucesta autorise à- le 
croire : le saint est sur le gril, mais la figure qui domine dans la 
composition est celle d'une Orante représentant son ime, sur la 
tête de laquelle la main dirine suspend une couronne. Là où il 
80uffre,il est surmonté du monogramme sacré, pour exprimer que 
ses souffrances sont en union avec celles dn Sauveur ; là où son 
âme triomphe, elle est accompagnée de TA et de Vd, c'est*à-dire 
de Jésus*Ghrist encore> son principe et sa fin. 

La pensée du triomphe domine, dans l'art chrétien, pendant 
toute la première période du Mojen-Age. Après avoir évité jus* 
qu'au YI* siècle, d'attacher le Sauveur à la croix, longtemps en- 
core on entendit^ sinon la donner toujours, comme le trophée de 
ses victoire et le trône de sa gloire, tout au moins la présenter 
comme Tinstrunient souverainement efficace de notre sajut. La 
penséede se servir du crucifix pour iKpis attendrir sur les souf- 
frances de Jésus, pour provoquer chez nous la componction ai 
les larmes, est le propre d'une toute autre tendance de Tascé* 
tisme qui, entré dans la phase des affections plus sensibles, 
s'engagera, entraînant l'art avec lui, sur la pente des temps mo- 
dernes. Cettç tendance ne se manifeste pas d'une manière bien 
décidée avant la fin du XI* siècle, et nous aurons à dire quelle 
part y prit saint François d'Assise. Jusque-là, ce fut par degrés 
insensibles que l'art descendit du ton de dignité qu'il s'était im* 
posé, ne l'abaissant parfois un peu plus que pour le reprendre 
bientôt avec plus de rigidité. 

Selon que l'on remonte vers Tantiquité chrétienne^ l'art se fait 
remarquer par plus ou moins de simplicité dans ses moyens d'ex- 



414 ÉVOLUTIONS h% L'aHT CURÉTItN 

pression, dans ses procédés de composition : le symbolisme des 
temps primitifs, attaché aux faits eux-mêmes, ne demande pas 
qu'on invente aucune nouvelle figure pour rendre les idées. S'il 
se sert de figures allégoriques, elles sont depuis longtemps usu - 
elles et empruntées aux courants les plus épurés, issus de l'ico- 
nographie païenne; puis elles lui viennent directement des 
Saintes-Ecritures; telles sont: TAgneau, le Bon Pasteur, les qua- 
tre fleuves, les animaux évangéliques, les vingt-quatre vieillards. 
Vers la fin du XI* siècle, il se manifeste un autre tour d'idées dans 
la création des deux figures contraires de l'Église et de la Syna- 
gogue : l'Ëglise est personnifiée dans l'Apocalypse ; l'une des prin- 
cipales missions des Orantes, si multipliées dans l'art chrétien 
primitif, était de la figurer. Elle était plus spécialement repré- 
sentée par Suzanne, inaccessible, dans sa prière continue, aux 
criminelles suggestions des vieillards. Il n'en est pas moins vrai 
que, sous ces figures où l'Église est représentée en opposition 
avec la Synagogue, on voit poindre un cycle tout à fait distinct, 
quoiqu'il ne soit pas sans liaison avec ce qui précède. 

Plus anciennement, pour dire que l'Église s'était recrutée par- 
mi les Juifs et les Gentils, on mettait en regard les deux cités de 
Jérusalem et Betliléem : Eccksta ex circumcùwne^ Eccksia ingerUt- 
bwy « TEglise préparée par la Circoncision, et l'Eglise tirée de la 
Gentilité, » comme il est dit dans l'ancienne mosaïque de Sainte- 
Sabine, à Rome, où elles sont personnifiées par deux figures de 
femme, portant chacune un livre à la main ^ Dans le nouveau 
cycle de l'art, ce ne sont plus les Juifs convertis que* l'on se pro- 
pose de représenter sous la figure de la Synagogue, mais bien au 
contraire ceux qui, restés juifs, et refusant de recueillir les fruits 
de la promesse qui leur était spécialement adressée, sont devenus 
le type de l'endurcissement et de l'obstination, par lesquels 
on se soustrait au bienfait évangélique. 

* CiaropiDÎ, Vêlera Monimenia, Rome, 1690, t. i, pi. xLviii. Cette mo* 
Mïque eit dn V* siècle. 



ÉVOLUTTONS DE i/aRT CHRÉTIEN * ^15 

Li figure opposée de TEglise ne diffère des représentations qui 
lui avaient été précédemment consacrées, que dans le sens qui 
distingue précisément la direction nouvelle de l'iconographie 
chrétienne. Au lieu de demeurer toujours dans une attitude et 
des situations uniformes» elle sera mise successivement en scène^ 
dans les conditions jugées diversement propres à exprimer tout 
ce que Tartiste voudra dire de son prototype. Observation justifiée 
par ce seul fait que, représentée près du Christ en croix, elle re- 
cueille le sang qui jaillit de son côté : car cette manière de la 
faire agir n'est calquée, ni sur les descriptions de la sainte Ecri- 
ture, ni sur la marche antérieure de l'art; elle s'y rattache légi- 
timement, mais seulement parles racines. 

En même temps l'on voit naître toute une série de procédés 
analogues qui, insensiblement, changeront la physionomie de 
l'iconographie chrétienne. Et, en l'observant hors de ses périodes 
de transition, à des époques aussi distinctes que le sont, par l'ex- 
emple, le IV* et le V* siècle, d'une part, le XllI* siècle de l'autre, 
il n'y a plus aucune incertitude, et l'on reconnaît' évidemment 
que, nonobstant une filiation, non douteuse, d'une période à 
l'autre, elles offrent entre elles de profondes différences. Appli- 
quant aux arts figurés les termes employés, chez nous, pour«^é^ 
signer aux époques correspondantes les systèmes de l'architec- 
ture, c'est-à-dire de l'art fondamental, nous dirons que l'on 
passe graduellement de la période latine à la période romane, et 
de celle-ci, à la période ogivale ; et que les changements de tons 
se tranchent vivement, si l'on compare, sans intermédiaire, les 
périodes extrêmes. 

C'est, en effet, ce que nous nous proposons surtout de faire, 
car il ne s'agit pas ici, pour nous, d'écrire une histoire complète 
de l'art chrétien et d'en suivre toutes les vicissitudes, mais seu- 
lement d'en esquisser, à grands traits, les phases principales, et 
cela, dans le seul but de préparer nos lecteurs à comprendre à 
quels points de vue divers et sous combien de formes variées on 




416 ÉVOIU'XIONS Dt l'art CUHilIEN 

a pu représ^ter les sujets le plus constamment appelés à entre- 
tenir la piété des fidèles, à enOammer le génie des artistes ; à de* 
Tenir ainsi le plus précieux ornement de nos édifices religieux. 
Quelles que soient les limites dans lesquelles nous aTons dû 
nous restreindre, nous ne franchirons pas d'un bond les six ou 
9ept siècles écoulés entre les deux époques que nous Toulons 
mettre principalement en regard^ et avant d'aborder le XIO* siècle, 
nous devons dire un mot du style artistique qui s'était formé 
dans l'intervalle et jeter un coup d'œil rapide sur les événements 
qui» pendant le même espace de temps, sont venus entraver oo 
favoriser la marche de l'art. 



VÏIL 



STYLB BTZJkNTin. 



A son début, l'art chrétien, calqué, quant au style, sur la ma* 
nière régnant dans le milieu social, où il avait pris naissance, 
n'a pas une originalité qui lui soit propre, et l'on dirait qu'il at* 
tendait d'être libre pour l'acquérir. Affranchi par la conversion 
de Constantin, il semble que bientôt après il se soit cherché lui- 
même. 11 vint un temps où il prit, en effet, même sous le rapport 
extérieur, une physionomie qui le distingue et l'éloigné sensible* 
ment des monuments de l'antiquité païenne. Lie style qui se for- 
ma, de la sorte, a pris le nom de byzantin, et le nom est bien loin 
d'exprimer l'idée d'une perfection plastique ; mais ne jugeons pas 
seulement du style byzantin par ses côtés faibles, et voyons à 
quelles circonstances en revient la responsabilité. Faisons obser- 
ver aussi que ce nom n'indique pas qu'il tire son origine de la 
cité où Constantin transporta le siège politique de l'empire ; mais 
qu'il lui a été donné, parce que ce fut à Byzance, devenue Cons- 
tantinople, que Tart, déjà imprégné des tendances qui caractérise- 



ÉVOLUTIONS DE L^ART CHRÉTiEN 411 

ront ce style, trouva son principal refuge lors des dislocations 
qai ne tardèrent pas à atteindre l'empire d'Occident. 

Le style byzantin, originairement, nous paraît provenir d'un 
effort de l'art pour réagir contre les allures trop molles de la 
manière antique, dégénérée, et pour mettre les formes et les atti- 
tudes en rapport avec des aspirations de dignité, de grandeur. 
Hais cet effort se ressent de la situation. Depuis qu'il n'y a plus 
de danger à se dire chrétien, beaucoup en ont pris le nom sans 
en prendre l'esprit. Rome ne s'est pas laissée assez christianiser 
dans ses éléments sociaux pour les préserver d'une décadence 
continue. Voilà les barbares qui pressent et pénètrent de toutes 
parts cette civilisation décrépite. Ils sont destinés providentielle- 
ment à la renouveler, mais non sans la faire passer par les 
phases d'un âpre enfantement ; et, une certaine mesure d'éner- 
gique barbarie se mêlant à tout, l'art en subit l'empreinte. 

Au \l° siècle, grâce à l'impulsion d un mouvement ascendant 
qui, sous cetle forme, fut de courte durée, il avait, dans la 
mosaïque de Sainte-Pudentienne S allié la dignité au naturel, à. 
l'aisance. 11 n'avait pas craint, pour leur donner plus de vie, de 
varier, avec un certain pittoresque, les expressions et les atti- 
tudes des apôtres, rangés autour du Christ. C'est peut-être au 
point que l'intensité do leurs sentiments en fut diminuée, si on 
la compare à l'élan uniforme, parce qu'il est unanime, qui en- 
lève les vingt-quatre vieillards des compositions postérieures, 
dans le sentiment de son exaltation. 

La sécheresse, la roideur, la disproportion, l'aspect hagard des 
visages, dans le style byzantin, tiennent à l'inhabileté des artistes, 
dans l'état semi-barbare de la société, mais non sans faire entre- 
voir le caractère de beauté^ vraiment supérieure, qu'ils vou- 
draient poursuivre. 

* Labarle, Uistoire des ArU induslrids, Purîp, 1864, t. ii, Plaucbcs, pi. 

ex VI il. 

TOME XV. A 8 



418 éVOLUTIONS DE L^ART GRflÉTrfEM 

Au milieu des craquements de l'empire en dissolution, toules 
les fois qu'il renaissait, quelque part, une période momentanée 
d'ordre et de paix, on y voyait refleurir Tart chrétien. Hais il était 
incessamment arrête dans sa marche, sinon quant à la sponta- 
néité des idées, du moins quant aux études, dont le prolonge- 
ment est nécessaire pour obtenir de la régu^larité et de la 
souplesse dans l'exécution. 

L'empire d'Orient conservait son autonomie. Dans une étendue 
de provinces, vastes encore, l'élément barbare s'y infiltrait^ mais 
n'y dominait pas. Aussi , incessamment livré à des révolu- 
tions de palais, où le pouvoir se transmettait par la fraude et la 
violence, sans acquérir aucune fixité héréditaire, s'il offrait un 
refuge aux beaux-arts, il ne leur assurait pas orc^inaircment 
le calme et la protection éclairée dont ils ont besoin pour fleurir. 
Les prospérités du règne de Justinien et sa protection ouvrirent 
une voie, où il leur fut donné de se relever avec plus de succès. 
Ce fut ainsi, à Byzance^ qu'on se préserva le mieux et le pl^s 
longtemps des défauts mêmes, considérés trop facilement comme 
traits caractéristiques du style auquel cette ville a donné son nom. 

Toutes les fois que Tart trouvait à se relever de son infériorité 
d'exécution, il cherchait à le faire, en recourant à Tantique ', 
pour y chercher des modèles ; il les imita de telle sorte, 
toutefois, qu'il conserva son caractère profondément distinct. Le 
type byzantin s'améliore ; mais il se reconnaît toujours, avec sa 
majestueuse fixité, un peu rude. Rien ne met mieux à même 
d'en juger que les réparations de l'architecte Fossati, qui ont 
rendu le jour aux mosaïques de Saintfi-Sophie, à Constantinople. 
Les Turcs qui, au temps de la conquête, au lieu de les détruire, 
s'étaient heureusement contentés de les masquer sous un épais 
badigeon, étaient en 1847, lors des réparations, dont nous venons 
de parler, quelque peu gagnés à l'esprit plus éclairé du reste de 
l'Europe; à cet esprit qui sait apprécier, au point de vu^ de l'art 

* /irti fndustrielSy l. i, p. 30 et auiv. 



ÉVOLUTIONS DE L'aRT CERÉTIBÎf 419 

et de l'histoire, des monuments étrangers et contraires à nos 
croyances; esprit mêlé, il faut en convenir, dans les régions où 
s'opère le contact, d'une dose plus ou moins forte d'indifférence 
dogmatique. Ils ont donc souffert que ces belles produclions de 
l'art du VI" siècle, demeurent à découvert *. D'ailleurs, elles ne 
sont pas tellement isolées dans les qualités qui les distinguent, 
qu'on ne retrouve des qualités analogues dans les meilleures des 
œuvres de l'art byzantin, dans tous les genres, en d'autres lieux 
et à des époques très-différentes. 

On doit à cet art des ivoires sculptés d'un sérieux mérite. Nous 
ifen voudrions, pour preuve, que le beau diptyque du musée 
chrétien, au Vatican, représentant Notre-Seigneur sur son trône, 
accompagné de deux anges, de la sainte Vierge, de saint Jean- 
Baptiste, et, sur deux rangées, d'un grand nombre d'autres 
saints ', et la tablette, aussi en ivoire, de la Bibliothèque natio- 
nale, à Paris, qui représente le Christ couronnant l'impératrice 
Eudoxie et son mari, l'empereur Romain Diogène '. Ces exem^ 
pies nous font descendre au X* et au XI* siècles ; mais, par là- 
méme, ils prouvent mieux la persistance, au sein du foyer ar- 
tistique, des éléments propres à caractériser le style qui, consi- 
déré parmi les traits communs aux différentes écoles et aux dif- 
férents âges, régna presque généralement dans le monde chrétien 
du V au VIII* siècle. 

Si l'on veut d'ailleurs une moyenne entre les œuvres qui par- 
ticipent du style byzantin, sans pour cela être considérées comme 
produites par des artistes venus de Constantinople, la mosaïque 
exécutée à Rome, au VIP siècle, dans l'oratoire de Sainte- Ve^ 
nance, attenant au baptistère de Saint-Jean-de*Latran| nous en 

* /4rls induslrielt, texte, t. i, p. 34; Planches, t. II. pi. cxvin. 

* Gori, Thésaurus veUr. dypliq.^ in-fol, Florence, 1769, t. m, pi. xjôv, 

* Annales arch., t. xvii, p. 497. Cet ivoire a été longtemps à lieaançou, 
il avait' été publié fort imparfaitement par Chiflet, De LinteU sq>ulcraUbus 
Christi,-^, 03, et un peu môina mal par Gori^ Op* cH., t. iir, pi', i. 



420 ÉVOLUTIONS DE l'aRT GHBÉTIEN 

offre un heureux exemple; nous en publions la paitie cen- 
trale. Si on la met en regard des peintures primitives des Cata- 
combes, on verra comment elles s'en éloignent dans la figure en 
buste de Notre-Seigneur, placée à son sommet entre deux anges, 
comparée aux figures du Bon-Pasteur. On verra aussi par où 
elles y tiennent, dans la figure de la sainte Vierge, représentée 
en Orante, au-dessous, comparée aux Orantes des premiers 
siècles (Voir la planche ci-jointe). 

Il est faux que jamais, pendant le long règne du style b^santio^ 
aucune école se soit fait un système du laid, par un esprit d'as- 
cétisme mal entendu, principalement pour représenter Notre-Sei- 
gneur Jésus-Christ, sur le fondement de la prophétie dlsaïe, qui 
annonce ses humiliations et ses opprobres. Les œuvres capables 
d^entretenir une telle pensée, le doivent à la rudesse des mains 
auxquelles elles étaient confiées. Elles cherchaient à faire 
beau, à leur manière; si elles n'y ont pas réussi, c'est, de 
leur pari, pure impuissance. Le système byzantin, bien entendu, 
n'exclut aucune tentative pour se retremper, soit par Timitation 
de la nature, soit par Tétude des bons modèles plastiques; mais 
à la condition d'une direction dans des choix parfaitement con- 
formes au but mâle et élevé qu'il se propose. 

C'est directement de la nature que notre art national, au XIII* 
siècle, em[)runta, sous le rapport du style des figures, ce qui le 
distingue du style byzantin proprement dit, et cependant il s'en 
sépara d'autant moins, que, toujours en liaisons intimes avec l'ar- 
chitecture, ces figures conservèrent une fixité monumentale, en 
rapport avec l'austérité des formes consacrées dans les âges pré- 
cédents. 

On voit comment ce n'est pas, dans l'art chrétien, le style le 
plus primitif qui, en se perpétuant, a jamais pris une teinte d'ar- 
chaïsme. Il semblerait plutôt que ce style conservât tou- 
jours, dans son aspect, quelque chose déjeune et de transitoire. 
Le style qui lui succéda, au contraire, prolongea longtemps son 



ÂVOLUTIONS DE L'ART GHRÉTIEH 421 

règne, et il eut le temps de vieillir. Prenant naissance alors que 
toutes les forces vives de la société, devenue chrétienne, avaient 
à lutter contre le flot toujours renaissant de la barbarie, il s'im- 
posa d'autant mieux que, pendant toute la durée de ces luttes, 
jusqu'à Tenfantement de la civilisation moderne, il y eut long- 
temps, hors du sein de TÉglise, auquel il était lié lui-même 
comme un fils à sa mère, impossibilité d'entretenir aucun autre 
foyer de culture intellecluellc ou artistique. C'est pourquoi il fut 
aussi tout hiératique, bien plus que le style primitif, auquel nous 
le comparons. 

On n'oubliera pas qu'il s'agit du style en ce moment, et non 
plus des idées exprimées. Leur portée dogmatique etla significa- 
tion toute religieuse des compositions de l'art, atteignirent, au 
contraire, avant l'apparition du style byzantin, un tel degré de 
profondeur et d'élévation, que, sous les formes qui le distinguent, 
il a été impossible de rendre des idées plus exclusivement 
chrétiennes. 

(A suivre), Grimouard de Saint-Laurent. 



NOTIONS ELEMENTAIRES 

SUR LES ANTIQUITÉS PRÉHISTORIQUES 



CHAPITRE PRELIMINAIRE 



Nous nous conformons à un usage qui tend de plus en plus à s'é- 
tablir, en donnant la qualification de préhistoriques à tous les mo- 
numents qui, chez nous, sont antérieurs à Tinvasion des Ro- 
mains et qu'on désignait autrefois, les uns sous le nom d'antédilu- 
viens^ les autres sous le nom de celtiques^ gaulois, druîdiqueSj etc. 
Comme il s'agit de débris de civilisations successives, dont les unes 
sont complètement inconnues, dont les autres, sans histoire écrite, 
ne nous ont été révélées que par de vagues traditions ou par les 
indications sommaires des écrivains romains, il parait convenable 
de donner à ces phases indéterminées ce nom assez vague de pré- 
historiques; il a d'ailleurs le mérite de pouvoir s'appliquer aux monu- 
ments analogues qu'on trouve en Europe, dans des contrées où ne 
pénétrèrent jamais ni les Celtes ni les Druides. 

Lechamp des investigations, relativement à l'industrie primitive de 
l'homme, s'est considérablement étendu depuis une vingtaine d'an- 
nées ; l'attention des savants s'est portée sur les grossiers vestiges 
d'une civilisation naissante à laquelle certains géologues assignent 
une antiquité démesurément reculée. Il n'entre point dans notre 
plan de nous occuper ici de l'apparition de l'homme sur la terre, et, 



ANTIQUITÉS PRÉHISTORIQUES 423 

d'ailleurs^ la science, dans son état actuel, ne pourrait nous four- 
nir de données certaines, puisque ses représentants les plus auto- 
risés sont en complet désaccord sur ce point. Tandis que M. Lyell 
et son école donnent une centaine de mille ans aux silex taillés d'Ab- 
beville et de Saint-Acheul, M. Troyon n'accorde pas plus de 3,000 
ans à la durée de Tâge de pierre, et les antiquaire^ danois calcu- 
lent, d'après les couches d'arbres et les instruments superposés dans 
leurs tourbières, que les trois âges de la pierre, du bronze et du fer 
n ont pas duré plus de 4,000 ans. 

ARTICLE !•' 

Divisions des époques préhistoriques. 

On partage les époques préhistoriques en trois âges d'une durée 
indëterminée : 

1* L'âge de pierre qu'on subdivise en deux périodes : 1® Tàge des 
pierres taillées, qu'on nomme encore palœolithique ou du dituvium^ 
époque pendant laquelle l'homme se servait d'instruments de silex 
grossièrement ébauchés, taillés et non polis, et où il partageait 
l'Europe avec le mamouth, l'ours des cavernes, le rhinocéros 
ticborinus et autres animaux disparus ; 2° l'âge des pierres polies 
ou néolithique^ époque caractérisée par des armes et des instruments 
en silex habilement polis et façonnés ; 

2® L'âge du bronze, où l'on se servait d'un mélange de cuivre et 
d'étain pour la fabrication des armes et des instruments tranchants ; 

3* L'âge du fer où, tout en continuant de se servir de la pierre et 
du bronze, on introduisit l'emploi du fer, surtout pour les haches, 
les couteaux et les lames d'épées. 

Age DE LA PIERRE TAaLÉE. — Dès 1841, M. Boucher de Perthes 
avait observé à Menchecourt, près d'Abbeville, un silex grossière- 
ment travaillé en forme d'instrument tranchant. En 1847, il publiait 
le premier volume d'un ouvrage intitulé : Antiquités celtiques et an- 
tédiluviennes, où il annoùcait avoir découvertdes instruments hu- 
mains dans des coruches de terrain appai*tcnant à l'âge du diluvium. 



iii ANTIQUITÉS PRÉHISTORIQUES 

Le savant abbevillois ne rencontra guère que des incrédules, d'au- 
tant plus qu'il compromettait trop souvent la réalité de ses décou- 
vertes par des rêveries d'imagination, et qu'il s'obstinait, dans le 
produit fortuit occasionné par les brisures du silex, à reconnaître 
des figures d'hommes, d'oiseaux, de poissons, de reptiles, de qua- 
drupèdes, dont il faisait des figures symboliques et des idoles. Ce 
ne fut qu'en 1853, alors que le docteur RigoUot, érudit antiquaire 
amiénois, eut fait des trouvailles analogues dans les graviers de 
Saint- Acheul et se fut converti à la nouvelle théorie, que le monde 
savant se prit à examiner sérieusement la valeur des systèmes par 
lesquels M. Boucher de Perthes ouvrait une voie inconnue à la géo- 
logie aussi bien qu'à l'archéologie. Des naturalistes anglais, MM. 
Falconer, Joseph Evans, Preswich, etc., vinrent étudier les terrains 
de Menchecourt et de Saint- Acheul et, après mûr examen, attestè- 
rent, les premiers, la réalité de ces découvertes qui, depuis lors, se 
sont multipliées dans les terrains quaternaires de l'Europe. 

Il n'est plus permis aujourd'hui de nier que ^ es silex soient des 
produits de l'industrie primitive de l'homme. Quelques-uns, sans 
doute, ont été fabriqués par d'ingénieux ouvriers pour tromper les 
géologues naïfs : mais ce ne sont là que de rares exceptions, et ces 
fraudes mercantiles ne sauraient tromper un œil exercé. Il est égale- 
ment incontestable que ces grossiers instruments sont aussi anciens 
que les couches dans lesquelles on les trouve et que les restes des 
mammifères éteints qui les accompagnent : car ces couches sont 
trop compactes pour laisser supposer que des silex travaillés, œu- 
vre présumée d'une époque plus récente, se seraient enfoncés gra- 
duellement dans ces terrains inférieurs, en vertu de leur propre 

poids. 

On doit attribuer à cette époque de la pierre taillée, non-seule- 
ment les instruments en silex trouvés dans les terrains que les géo- 
logues appellent pliocène, quaternaire inférieur et quaternaire 5m- 
périeur, mais aussi ceux qu'on a découverts dans certaines caver- 
nes dont nous parlerons plus tard. 

Age de la pnsRRE polie. — A la fin de l'époque quaternaire, le 
renne disparaît de nos climats et émigré vers le nord où le suit peut- 
être l'homme qui s'en nourrissait. De nouvelles peuplades, armées 



'\ 



ANTIQUITÉS PRÉHISTORIQUES 425 

de la hache polie, envahissent nos contrées et domestiquent le chien, 
le bœuf, le cheval, le mouton, la chèvre, qui, antérieurement, vi- 
vaient à l'état sauvage. Cet antique habitant de notre sol est tout à 
la fois pasteur, agriculteur, commerçant. C*est à cette époque que 
remontent les premières habitations lacustres, cités bâties sur pilo- 
tis au milieu des lacs, et probablement les plus anciens de ces mo- 
numents qu'on appela d'abord celtiques et qu'on nomme aujour- 
d'hui mégalithiques (grandes pierres). 

Age du bronze. ~ On n'est nullement d'accord sur l'origine de 
l'époque de cet âge dans nos contrées. Selon les uns, l'introduction 
du bronze aurait été le résultat d'une civilisation graduelle ; selon 
les autres, ce serait une importation due soit aux Phéniciens, soit 
aux Tyriens, soit aux Galls. Plusieurs savants pensent que cet âge 
a dû commencer, pour le littoral de l'ouest et du nord de l'Europe, 
aux expéditions maritimes des peuples de Tyr, c'est-à-dire environ 
2,000 ans avant Jésus-Christ; quelques antiquaires en fixent l'ou- 
verture vers l'an i60ft avant Jésus-Christ, alors que les Galls vin- 
rent conquérir l'Espagne, l'Italie et nos contrées. D'après M. Fr. 
de Rougemont, le principal foyer de la métallurgie du bronze au- 
rait été la Terre-Sainte, au temps des Hétiens et des Phérésiens ; 
de là, cette industrie se serait répandue chez les Phéniciens qui, 
entre le VP et le VII* siècle avant l'ère chrétienne, auraient apporté 
aux peuples des Alpes et des Gaules leur métallurgie de bronze, 
leurs verroteries, leurs mégalithes, leurs dieux et leur culte. 

On rapporte au commencement de cet âge l'usage funéraire de 
l'incinération substituée souvent à l'inhumation, et à la fin de cette 
même époque un grand nombre de monuments mégalithiques, dont 
les plus anciens seraient les tumulus et les dolmens, qui se seraient 
encore multipliés pendant l'âge du fer. 

Age du fer. — On croit que le fer a été importé en deçà du Rhin 
par Hésus, vers l'an 587 avant notre ère. Il est certain qu'il était 
employé dans les Gaules lorsque César en fit la conquête. Son in- 
troduction ne s'opéra que lentement dans le nord de l'Europe : 
ainsi, l'âge exclusif du bronze ne cessa en Livonie qu'au XI* siècle 
de notre ère. 



4â6 ANTIQUITÉS PHÉHlSTOillQUES 



ARTiaE 2 

Origine et religion des Gaulois. 

Les Galls^ que l'on croit originaires d*Asie, furent les premiers 
habitants des Gaules. Plusieurs migrations dépeuples, venus de la 
Germanie et de ribérie, modifièrent, à diverses époques, l'élément 
primitif de la population gallique. Lorsque César envahit les Gau- 
les, ce pays était habité par quatre peuples principaux qui diffé- 
raient entre eux de culte, de mœurs et de langage. La Narbonnaise, 
soumise depuis soixante ans à l'empire romam, était limitée par les 
Alpes, le Rhône, les Cévennes et la Garonne. Les Volces, les Se- 
gobriges, les AUobroges, les Caturiges étaient les principales tri- 
bus de cette province romaine. L'Aquitaine s'étendait entre la Ga- 
ronne, les Pyrénées et l'Océan. La Belgique était bornée par le 
Rhin, l'Océan britannique» la Moselle, la Seine et la Marne. La Cel- 
tique comprenait le reste du territoire, entre l'Aquitaine, la Nar- 
bonnaise, la Belgique et l'Océan. C'est à cette dernière contrée 

9 

qu'appartenaient les Helvétiens, lesEduens, lesArvernes, lesBitu- 
riges et les Yénètes. 

Deux religions bien distinctes régnaient dans les Gaules. L'une, 
enseignée par les druides, n'était connue que d'un petit nombre d'i- 
nitiés. Elle admettait ua Dieu unique, gouvernant le monde par 
Fentremise de génies élémentaires, l'immortalité de l'àme, la puni- 
tion des crimes dans une autre vie, etc. D'après M. Am. Thierry, 
ces doctrines spiritualistes auraient été apportées en Gaule par les 
Kimris qui avaient longtemps séjourné ea Asie. 

Le polythéisme celtique, qui a beaucoup d'analogie avec le cnlte 
phénicien, avait été la seule religion des premiers habitants des 
Gaules. Les principales divinités de nos cncétres étaient Teut ou 
Tentâtes qui protégeait le conpmerce et les arts ; Tuiston, roi du 
sombre empire ; Ogham ou Ogmios, dieu de l'éloquence et de la 
poésie; Heu ou Hésus, dieu de la guerre ; Belen, dieu du soiail; 
Kirk, dieu des vents ; Tarann, dieu du tonnerre et des tempêtes, 



ANTIQUITÉS PRÉHISTORIQU£S 427 

etc. Chaque province avait en outre ses dieux indigènes et ses 
dieux tutélaires. 

Les Gaulois n'érigeaient point de temples à leurs divinités ; ils pen- 
saienty comme les Germains, que c'a-urait été outrager la majesté 
divine que de la renfermer entre des murailles. Ils accomplissaient 
leurs rites sacrés au milieu des forêts et sur la cime des montagnes. 
C'est là surtout que nous rencontrons ces monuments grossiers que 
nos ancêtres élevèrent souvent dans un but religieux. Ce sont des 
pierres brutes, isolées ou groupées dans un ordre plus ou moins ré- 
gulier, et dont l'aspect seul suffît pour accuser une civilisation en- 
core h son berceau. Aussi n'est-ce pas au point de vue de l'art, 
mais seulement sous le rapport historique, qu'il est intéressant d'é- 
tudier ces bizarres monuments, seuls vestiges qui nous soient res- 
tés de l'héritage de nos pères. 

Plusieurs de ces pierres monumentales avaient une destination 
funéraire ; d'autres étaient consacrées k des usages purement ci- 
vils; d'autres enfin étaient probablement un objet d'adoration. Ce 
n'est pas seulement dans les Gaules que les hommes abaissèrent 
leur intelligence jusqu'au culte de la pierre ; ce honteux fétichisme 
a régné jadis dans la Grande-Bretagne, l'Hibernie, la Germanie, 
la Sarmatie, la Thrace et la Grèce. On sait que les Phéniciens ado- 
raient des bétyles ou pierres vivantes, que les Arcadiens vénéraient 
une pierre conique, et que Jupiter lapis avait un temple à Rome. 



CHAPITRE I 



MONUMENTS FIXES 



Un grand nombre de monuments préhistoriques ont disparu du 
sol de la France. Ce n'est pas seulement le défrichement des bois 
et des landes qui a entraîné leur destruction : dès que le christia- 
nisme fut introduit dans les Gaules, il dut s'efforcer d'anéantir tous 
les symboles du paganisme. Chilpéric et Charlemagne menacèrent 
des péiûes les plus rigoureuses ceux qui ne détruiraient pas les 



428 ANTIQUITÉS PRÉHISTORIQUES 

pierres (pelras stativas) dont était parsemé le sol de la Fraoce. Ja 
relîgioQ chrétienno, ne pouvant toujours parvenir à renverser ces 
derniers vestiges du polythéisme, essaya parfois de les sancti- 
fier en leur donnant une pieuse destination. C'est là ce qui nous 
explique l'origine de certaines traditions moitié païennes, moitié 
chrétiennes, qui, dans diverses localités, se rattachent à ces méga- 
lithes. Quelques-uns d'entre eux, depuis l'établissement du chris- 
tianisme, ont été taillés en croix, ou sanctifiés tantôt par une gra- 
vure cruciforme, tantôt par le voisinage d'une croix. 



ICenhlr da C»«m- Pkrfo-mtoi da CKder. 

Nous rangerons en trois catégories les monuments fixas des épo- 
ques préhistoriques : I* habitations et voies ; 2» tumulus, dolmens 
et sépultures diverses ; 3" menhirs, alignements et cromlechs. 



ARTICLE 1" 
Habitations et voies. 

HABrrATioMS SOUTERRAINES. — Les plus anciennes sont désignées 
sous le nom de cavernes à ossements et d'habitations troglody tiques 
(tptrtyXr,, trou et &/wd descendre).. Ces premiers refuges des ha- 
bitants primitifs de notre sol sont nommés latebrœ par Tacite, »pe- 
luncœ par Plorus; suivant les localités, on les appelle vulgairement 
cryptes, creultes, caves, caveaux, carrières, forts, grottes, retraites, 
muches, etc. 

Cavernes a ossbme.nts. — Ce sont celles où l'on trouve des 



ANTIQUITÉS PRÉHISTORIQUES 429 

débris de riadustrie humaine (silex taillés, flèches et harpons en bois 
de renne, morceaux de granit creusé, jaspe et quartz façonnés, ai- 
guilles en os, etc.), mêlés à des ossements d'animaux dont les uns 
sont éteints et les autres disparus de nos contrées, tels que le grand 
hippopotame, Téléphant primigenius, le mamouth, le tigre des ca- 
vernes, rhyène et Tours des cavernes, le renne, etc. M. Desnoyers 
suppose que les ossements des animaux disparus ont dû être dépo- 
sés dans ces cavernes bien des siècles avant la venue de Thomme 
et que les débris de la période humsûne y ont été introduits posté- 
rieurement. La plupart des géologues repoussent cette hypothèse 
en faisant remarquer qu'un bon nombre d*os ont été brisés pour en 
extraire la moelle, et qu'on reconnaît encore sur plusieurs des mar- 
ques de couteau. Ils en concluent que l'homme a été contemporain 
des mammifères quaternaires. Suivant M. Lubbock, l'époque des 
cavernes est plus ancienne que celle des premiers villages lacustres 
de la Suisse et des amas coquilliers du Danemark; d'après M. Lar- 
tet, cette période relie l'âge du silex taillé à celui de la pierre polie. 
Mais il faut admettre que plusieurs de ces cavernes, comme celle 
de Mizy (Marne), ont été encore habitées pendant l'âge du bronze. 

Parmi ces grottes primitives, nous mentionnerons celle de La 
Chaise (Charente), Aurighac (Haute- Garonne) , Arcis-sur-Cure 
(Yonne), Saint- Pierre d'Irube (Basses- Pyrénées), etc. 

Habitations troglodytiques. — Les plus anciennes ne remontent 
qu'à i'àge de la pierre polie et se reucojatrent principalement dans 
les départements de TAveyron, du Tarn, du Tarn-et-Garonne et 
de l'Aude ; les plus récentes peuvent être attribuées au HI® ou IV* siècle 
de notre ère. Ces cryptes, qui ont pu servir d'abord d'habitations et 
plus tard de refuges en temps de guerre, sont creusées dans un sol 
meuble, et dépourvues de toute espèce de revêtements ; elles con- 
sistent en longues galeries cintrées, sinueuses ou en zigzags, quel- 
quefois obliquées, de 50 à 80 cent, de large sur 1 m. 40 c. à 2 m. 
de hauteur. Ces corridors communiquent à des chambres rectangu- 
laires à parois verticales et voûtées à angle aigu. Les plus grandes 
ont de 2 à 8 m. de longueur sur 3 ou 4 m. de hauteur. Les plus 
vastes réduits sont aérés par deux ou trois soupiraux circulaires et 
verticaux ; on y trouve des citernes, des silos pour abriter les 






430 ANTIQUITÉS PRÉHlSTORlQrES 

{MTovisioas, des niches où Ton pouvait se cacher et tomber à l'impro- 
viste sur l'ennemi qui aurait osé s'introduire dans ces Cbscurs re^ 
paires, où l'on pénétrait tantôt par un puits, tantôt par une galerie 
percée sur la pente d'une colline. 

On a découvert de ces cryptes à Comin, Neuville-en-Laonncâs, 
Paissy^ Gôny et Pargnan (Aisne), dans les environs de Toalx 
(Greuse), d'Orléans, de Saumur, du Puy, de Vienne; à Ceyssac 
(Haute- Loire), Calés (Dordogne), Nogent-lés-Vierges et Laver- 
sine (Oise). Ce dernier souterrain est taillé dans la craie, à trois 
mètres au-dessous du sol ; il est formé d'une allée longue de sept 
mètres, communiquant à trois caveaux disposés en voûte ; le plus 
grand a douze mètres de circonférence et deux mètres de haut. Une 
banquette circulaire, se profilant autour des murailles, et un pilier 
central sont taillés dans la roche crayeuse ; cette chambre était sé- 
parée d'un puits par un massif de cailloux cimentés avec de la craie 
déiayée. Deux vases couchés, engagés dans cette grossière maçon- 
nefrie, avaient peut-être été ainsi disposés pour rendre perceptibles 
dans l'intérieur de la crypté les bruits du dehors, dont le puits fa- 
dlitait la transmission. Og a trouvé dans la seconde chambre, éga- 
lefmentde forme elliptique, une grande quantité d'ossements de pe- 
tits animaux. M. Vilhtrs de Saint-Maurice qui a publié la descrip- 
tion de ce souterrain, pense qu'il était consacré par les druides aux 
pratiques mystérieuses de l'initiation. 

Mardellbs. — On rencontre dans le Berry et en Normandie des 
excavations en forme de cône tronqué et' renversé, qu'on nonmie 
mardeiles ou margelles. On a supposé que ce pouvaient être des si- 
loS ou bien qu'elles sont dues uniquement à l'extraction des maté- 
riaux employés à des constructions qui ont disparu. On a décou- 
vert dans la cité de Limes, près de Dieppe, et à Martimont, près 
d'Abbeville, des fosses circulaires qui, surmontées de faisceaux 
d'arbres garnis d'argile et recouvertes d'un toit conique, ont dû ser- 
vir d'habitations aux Gaulois. Les Russes septentrionaux ont encore 
aujourd'hui des demeures de ce genre. 

Cités Lacustres. — - En 1855, le grand abaissement des eàùx fit 
trouver dans le lac de Zurich, un grand nombre de pilotis, avec des 
instruments en pierre, en os et en bois. Des découvertes analogues 



ANTIQUITÉS PRÉHISTORIQUES 431 

à celle .ie M. Kelter ont été faites depuis cette époque dans beau« 
coup d'autres lacs et dans des fleuves, en Suisse, en Eicosse, en Ir- 
lande, en France (lac duBourget), etc. Il a été ainsi démontré qu'un 
certain nombre d'anciennes peuplades vivaient sur les eaux pour se 
protéger, soit contre les animaux féroces qui peuplaient alors les 
forêts, soit contre les tribus ennemies. D'après les suppositions de 
M. Troyon, les huttes circulaires, bâties sur pilotis, auraient eu de 
10 à 1 5 pieds de diamètre, et la population du lac de Neufchâtel au* 
rait été de 5,000 habitants. Selon les instruments trouvés dans cha> 
cune de ces cités, on les fait remonter à Tâge de pierre, de bronze 
ou de fer. Elles paraissent avoir été très-rares à cette dermère épo« 
que. 

MM. Lul)bock et Troyon pensent qu'il y a eu des habitations la- 
custres de Tàge de pierre sur les bords de la Somme. On en a si- 
g^nalé, de l'âge de bronze, à SaintrPoint, près de Pontarlier. Un 
passage de Suidas prouve que les Allobriges (Franche*Comté ?} 
avaient encore des cités lacustres quand ils furent soumis par les 
vrctoires des Romains. 

Maisons. -^ Yitruve et César nous ont laissé quelques précieux 
renseignements sur les maisons des Gaulois. « Les wdi'fmay dit Yi- 
truve, ne sont, chez plusieurs nations, construits que dé branches' 
d'arbre, de roseaux et de boue. Il en est de n^me de la Gaule, de 
TEspagne^ du Portugal et de l'Angleterre : les maisons n'y sont 
couvertes -que de planches grossières oa de paille. 3> Ces maisons, 
qui n'avaient point de fenêtres^ étaient de forme ronde, ovale ou 
rectangulaire ; elles s'élevaient parfois sur des fondements en pier- 
res sèches. 

Murailles. — « Presque tous les Gaulois, dit César, se servent, 
pour élever leurs murailles, de longues pièces de bois, droites dans 
toute leur longueur ; ils les couchent à terre parallèlement, les pla- 
cent à une distance de deux pieds l'une de l'autre, les fixent mté-* 
rieurement par des traverses, et remplissent de beaucoup de terre 
l'intervalle qui les sépare. Sur cette première assise, ils posent de 
front ua rang de grosses pierres ou de fragments de rochers ; et 
lorsqu'ils ont placé et rassemblé- convenablement ces pièces, ils éta- 
blissent des^s un nouveau rang de madriers disposés comme les 



432 ANTIQUITÉS PRÉHISTORIQUES 

premiers, en conservant entre eux un semblable intervalle, de telle 
sorte que les rangs de pièces de bois ne se touchent pas et ne por- 
tent que sur des fragments de rochers interposés... Ces pièces de 
bois, étant liées entre elles dans Tintérieur de la muraille et ayant la 
plupart quarante pieds de longueur, il est aussi difficile de les en 
détacher que de les rompre. » 

Yici. — Les vici ou bourgs étaient composés d*un certain nombre 
de maisons (œdïficia) séparées les unes des autres par des champs 
ou des jardins, comme cela se voit encore aujourd'hui dans beau- 
coup de villages normands. Il y en avait de fort considérables : tel 
était Vienne, capitale du pays des Allobroges. 

Oppida. — César donne indistinctement le nom d'oppida aux villes 
d'habitation et aux enceintes fortifiées où les Graulois ne se réfugiaient 
qu'en temps de guerre. Les antiquaires sont convenus d'appeler les 
premières oppida-villes ou appida-murata^ et les secondes oppida- 
refuges ou oppida- vallata. Ces habitations fortifiées étaient situées 
dans les bois, près d'une rivière, ou sur une éminence qui devait 
faciliter les constructions défensives. Les oppida-villes étaient en- 
tourés de murailles et n'avaient ordinairement que deux portes. Les 
principaux étaient Avamcum^ Alesia^ Uxelodunum^ Gergovioj Gêna- 
bum^ Autricuniy Bratuspancium^ etc. 

Les oppida-refuges, entourés d'enceintes fortifiées, étaient plus 
vastes que les villes, afin de pouvoir, en temps de guerre, contenir 
une nombreuse population. On a retrouvé des restes d^ oppida dans 
la forêt d'Eu, près de Dieppe, à Sandpuville et à Boudeville 
(Seine-Inférieure), etc. Certains vestiges de murs et de remparts 
qu'on attribuait soit aux Romains, soit aux Normands, remontent 
peut-être à l'époque celtique. On a reconnu des restes de murailles 
d'enceintes et des emplacements d'habitations antérieures à l'inva- 
slon romaine, à Laignes (Côte-d'Or), à Mursens (Lot) et au Mont 
Beuvray (Nièvre), 

Retranchements vitrifiés. — On a découvert à Péran (Côtes- 
du-Nord) une double enceinte elliptique dont le mur est formé de 
pierres calcinées, dans les interstices desquelles on a coulé un verre 
grossier, assez semblable à des scories de forge. Deux puits de 6 à 
8 mètres sont creusés dans l'enceinte. Plusieurs savants ont 






ANTIQUITÉS PRÉHISTORIQUES 433 

coDstaté que le noyau vitrifié ne peut être attribué à un incendie, et 
que c'est là le plus remarquable spécimen de ces camps vitrifiés 
qu'on désigne en Ecosse sous le nom de châteaux de verre. Mais les 
antiquaires sont loin d'être d'accord sur l'origine du retranchement 
de Péran. Les uns y voient l'œuvre de peuplades celtiques primiti- 
ves ; les autres croient qu'il a été construit par les Gaulois à une 
époque voisine de l'expulsion des Romains ; d'autres enfin le ratta- 
chent aux premières invasions du littoral armoricain par les peu- 
plades du nord (iii'-iv* siècles). 

Voies et ponts. — Les routes des gaulois étaient peu nombreu- 
ses, étroites, encaissées, sinueuses et non pavées. Trop imparfaites 
pour laisser des traces durables, elles ont souvent été réparées 
dans une partie de leur parcours, et converties en chaussées par les 
Romains : on les appelle alors voies romanisées. M. Peigné-Dela- 
court,qui a si bien étudié l'ancienne géographie du nord de la France, 
a reconnu un des plus importants chemins gaulois, dit de la Barba-- 
7ue^ dont il a signalé les divers tronçons à travers la Somme, l'Oise 
l'Aisne, lu Marne, etc. 

Les Gaulois n'avaient que des ponts en bois, et encore étaient- 
ils assez rares chez eux. C'était le plus ordinairement par des gués 
naturels ou artificiels qu'ils traversaient les rivières. C'est à l'aide 
de ponts mobiles que les cités lacustres étaient reliées à la terre 
ferme. 



AUTICLE '2 

Tiimuîus, Dolmens et Sépultures diverses. 

Hypogées. — Les premiers essais de sépulture monumentale pa- 
raissent avoir été des hypogées où les squelettes étaient séparés 
par des pierres plates, posées de champ, sans trace d'aucune com- 
bustion. Telles sont les sépultures de Crécy (Seine-et-Marne) et de 
Pont-à-Binson (Marne), où l'on a trouvé divers objets en silex, en 
serpentine, en os, en corne de cerf, mais rien de métallique. 

Le corps accroupi est le mode caractéristique de l'inhumation 

TOM. XY 29 



434 .oîrioviTKS phéhistoiuolks 

pendant l'âge de pierre en Europa ; cette particulurité devient rare 
pendant l'âge du bronze et disparaît presque complètement dans les 
périodes suivantes, où l'incinération se généralise partout. 

TuMULUS. — On nomme tumulus (du celtique ttmi^ élévation) ou 
tombelles, les tombeaux qui sont formés d'un t-ertre conique où 
pyramidal, composé de terre et de cailloux. Les antiquaire^ anglais 
les ont appelés barows (de bar^ colline). Ils nomment catrn ceux 
qui sont composés d'un grand amas de cailloux ; nous avons con- 
servé à ces derniers le nom breton de galgah (de g*il^ petite pierre). 
La dimension des tombelles est fort variée. I^es petites n'ont qu'un 
mètre de hauteur et de cinq à six mètres de diamètre à leur base. 
Les plus grandes, dont la base est ordinairement de forme ellipti- 
que, ont jusqu'à trente-trois mètres d'élévation. Lés tuniulus ren- 
ferment une ou plusieurs chambres sépulcrales qui communiquent 
entre elles par des corridors, auxquels an donne le nom d'allées 
couvertes^ quand ils sont débarrassés de l'amas de terre qui les re- 
couvrait. La chambre sépulcrale ou dolmen se compose d*une ou 
de plusieurs tables de pierres posées à plat sur d'autres pierres 
brutes qui sont placées de champ. 

Quand on adopta le mode de l'incinération, on plaça d'abord les 
cendres dans un petit trou, au milieu de l'aire du tumulus ; plus tard 
on déposa dans un vase les cendres charbonneuses. On enterrait 
parfois avec le mort des armes, des ornements, des colliers d'ambre 
ou de verre, et même le cheval qui lui avait appartenu. Ce dernier 
usage a longtemps subsisté dans les Gaules ; car on a trouvé dans 
le tombeau de Childéricl" les armes et les ossements du cheval sur 
lequel il comptait se présenter au dieu Odin (1). On rencontre assez 
communément, dans les fouilles de tombelles, des vases de diverse 
nature ; les plus grands sont des urnes cinéraires. On suppose qu'on 

^ Dans une iotérefisanle digsertation, publiée dans le tome V des Mémoires 
des Antiquaires de Picardie, M. l'abbé Sunterre^ vicaire-géDéralde Paroiers^ 
émet l'opinion que les ossennents de chev.il qu*on trouve fréquemment dans 
les tombeaux peuvent n'être souvent que des restes de eacrifices. D*aprèt 
notre savaht ami, les Celtes ont adoré le soleil, comme la plupart des anciens 
penplef, et le cheval était la principale victime qu'on lui immoUit* 



j 



ANTIQUITÉS FRÉHISTORIQUES 435 

déposait dans les autres des parfums et des aliments. Les antiquaires 
anglais oat distin^é six espèces de tutnulus : 1* le tumulus 
boule [bolw àarow], dont le nom indique assez la forme; 2' le tumu- 
lus large (large barowj, d'un diamètre plus largeque le précédent ■ 
3* le tumulus nllungé flmg barowj, dont la forme est taa^At ellipti- 
que, tantût triangulaire : 4" le tumulus conii^ue (cortical barow); il 
est ordinairement en terre, de petite dimension et souvent tronqué 
â son sommet; 5" le tumulus géminé {double lua-ow) se compose de 
deux tumutus occouplés; G" le tum'.ilua en forme de cloche f'iSeW 
birowj. 

IjCS grands tumulus ont dû soivir de sépulture à des familles 
entières. Quand on n'y rencontre qu'un squelette, on doit supposer 
que c'est celui d'un personnage émiocnt, La hauteur du barow 
indique probablement l'importance du défunt. Les tumulus géminés 
recouvraient sans doute les dépouilles dé deux personnes qui 
avaient été unies par les liens de l'hymen, de l'amitié ou de la 
parenté. Quelques collines factices, tronquées à leur sommet et en- 
tourées d'un fossé, peuvent avoir été des constructions militaires 
destinées à la défense du pays. On doit bien se garder de les con- 
fondre avec les mottes féodales. 

Les sculptures qu'on remarque aux pierres du tumulus da 
Gavrinuis (Morbihan) offrent une frappante analogie avec les 



Piarras lealpté^i â» GaTrianit. 

tatouages des nations sauvages : aussi M. Pr. Mérimée a-t-it 
supposé que chacune de ces pierres est le foc simile du tatouage 
que portait un chef, et qua dos émigrés Pietés (Picii, peinu) 
ont pu s'établir dans ce pays des Vénètcs. D'autres dessins étudiés 
4 l^cmoriaqucr ont été comparés à l'art phénicien et même aux 
hiéroglyphes <%yptiens. 



436 ANTIQUITÉS PRÊHISTORiyi'ES 

Nous donnons îci le dessin du tumulus fouillé de Pornic (Loire- 
lufcrieure). On doit citer parmi les plus remarquables ceux de 
Port et Noyelles (Somme), Grisolles et Lagny (Oise), Fontenay-le- 
Marmion et Condé-sur-Laizon (Calvados), Bougon (Deux-Sèvres), 
Beaugency (Loiret), et Tumiac (Morbihan). 




TamniQs fouillé de Poroic. 



Quelques tumulus, où l'on trouve des monnaies et des poteries 
romaines, sont évidemment postérieurs à la conquête de César. Il 
est alors assez difficile de déterminer s'ils sont l'œuvre des Gaulois 
ou celle des Romains qui, pendant quelque temps, ont pu adopter 
les usages funèbres du peuple vaincu. La coutume d'élever des 
tombelles sur la dépouille des morts paraît avoir cessé complète- 
ment chez nous vers la fin du deuxième siècle. Elle a été presque 
générale chez les peuples anciens. On trouve des monticules fac- 
tices analogues à nos tombelles non-seulement en Europe et en 
Asie, mais môme chez les Hottentots, les Cafres, les Samoyèdes, 
les Mexicains, etc. Les tombeaux de Patrocle, d'Ajax et d'Achille 
n'étaient autre chose que de simples tumulus. 

Les tumulus et les galgals sont nommés terpen en Irlande, 
mont moik en Ecosse, pujols dans les Landes, et murgeis en Bour- 
gogne. Dans nos autres provinces, ils sont désignés sous les noms 
populaires de globe, puy-joli, motte, malle, terrier, butte, tombelle, 
mont-joie, comble, combel, combeau, etc. 

Dolmens. — On considérait naguère les dolmens (dol, table, et 
men^ pierre) comme des monuments spéciaux ayant servi de sépul- 
ture ou d'autel : aujourd'hui, l'opinion la plus générale regarde le 
dolmen comme n'étant autre chose que la chambre sépulcrale d'un 
ancien tumulus, débarrassée du monticule qiîi la recouvrait. 

On distingue quatre espèces de dolmens : 1* Le demi-dolmen, ou 
dolmen imparfait, n'est qu'une simple table dont une extrémité 
repose à terre et dont l'autre s'nppuie sur un ou plusieurs piliers; 



ANTIQUITÉS ritÉHISl 

3* le dolmen siinple est formé de trots pi 
quatrième. L'ensemble présente l'asp 
d'un côté et presque toujours vers l'O 
(Oise) ; 3° le dolmen compliqué a quelqi 
de soutien ; elles ne soQt pas toujour 
table, et n'ont( en ce cas, d'autre dest 
tare. Les dolmens de Dollon et de Dunt 
cette classe; 4" les lichavens (de lec'k, 
formés de deux supports assez élevés £ 




sont ceux de Pujols (Gironde), de Sj 
d'Alluincs et dé Maînlenon (Eure-et- 
fLoiie-Inférieure;. Les lichavens ont t 
monuments consacrée à Mercure, qu 
Egypte et qui se composaient de d 
soutenaient une ■troisième. 



Quelques antiquaires, peu nombreu 

plupart de ces méfrniilhes comme des i 



438 ANTIQUITÉS PRËHISTOfUQUKS 

animaux, et même des victimes humaines dont on réduirait en 
œndre les dépouilles après le sacrifice. On croit remarquer sur plu- 
sieurs dolmens de petits bassins arrondis communiquant à des 
rigoles qui devaient faciliter l'écoulement du sang. Les trous qui 
sont percés dans certaines tables auraient eu le même but, en sorte 
que le fanatique adorateur de Teutatès, caché spus le dolmen, 
pouvait recevoir le baptême du sang sans être obligé de contempler 
Tagonie de la victime. « Si l'on en croit certains écrivains romains, 
dit M. Ernest Breton, c'était du haut des demi-dolmens de grande 
dimension que les victimes étaient précipitées sur le fer qui leur 
donnait la mort. Quant aux trilithes, ce ne furent, selon toute appa- 
rence, que des autels d'oblation, à moins qu'ils n'aient été considé- 
' rés comme des symboles de la Divinité, ainsi que deux poteaux 
surmontés d'une traverse furent regardés, chez les Romains, 
comme l'image de Castor et PoUux. '> 

Nous devons ajouter que l'existence même de ces rigoles est 
contestée et qu'on n'y voit généralement que des phénomènes 
naturels, œuvre du temps. On a aussi abandonné l'idée de tribunes 
' à harangper, de pierres sacrées disposées pour recevoir, pure de 
tout contact profane, l'eau du ciel destinée à certaines purifications 
religieuses ; en un mot, on est à peu près d'accord pour ne voir 
dans les dolmens que des sépultures collectives de personnages 
importants ; le doute ne paraît subsister qu'à l'égard des trilithes 
qui, selon M. de Rougemont, figurent une triade divine, un Dieu 
suprême intimement uni aux doux divinités cosmiques qui les 
supportent. 

Les dolmens paraissent être distribués sur deux zones très-dis- 
tinctes, celle des vallées de l'intérieur, celle des côtes de l'Atlan- 
tique. La première a son foyer dans la vallée du Lot où Ton ne 
compte pas moins de 500 dolmens. Décrivant un vaste hémisphère, 
elle s'étend à l'est par les vallées de l'Aveyron (113 dolmens), du 
Tarn et du Gard, jusqu'à TArdèche (155 dolmens); vers le nord, 
par les vallées de la Dordogne, de la Charente, de la Vienne, de la 
Creuse et de l'Indre, jusqu'à celles de la Sartlv5, du Loir, de l'Eure 
et de l'Orne. La zone maritime a son centre dans la Bretagne, dont 
les trois départements péninsulaires comptent, aujourd'hui encore, 



r 



.UITIQUITÊS PRÉHISTORIQUES 439 

plus de 800 dolmens et tumulus ; elle s'étend au nord-ouest jusqu'à 
l'Orne et au sud jusqu'à la Gironde. 



Taille du iiiirchandi (t.ocmarijqucrl. 

\jiii dolmons <]ui méritent le plus de fixer l'attention sont ceux de 
Pinols ^'ilautc-I^ire;, Siunt-Ncclairc 'Puy-de-IWme;, Limalonges 
(Vienne), Bouman et Saiot-Lazare (Indre-et-Loire), Pont-Levoy 
(Cherj, Saint-Laurent (Orne), Martinvast et Jobourg (Manche), 
Locmariaiiucr et S^ir^au (Morbihan), Quincampoix (Kure-et- 
Loir), etc. 

l^s anrienîi ont désigné les dolmens sous le nom de Fanwm 
Mercurii. I^s Anglais les nomment cromlechs, et les Portugais 
antoi. Cambry les a désignés sous le nom de pierres levées, que 
quelques antiquaires modernes ont réservé pour les menhirs. Ces 
sortes de mégalithes sont appelés, suivant les localités, pierre levée, 
pierre levade. pierre couverte, pierre couvcrcléc, pierre de Gar- 
gantun, pierre du drable, palais de Gargantua, table de César, 
table du diable, table des fi^es, etc. 

Allées couvertes. — Elles se composent de deux lignes paral- 
lèles de pierres brutes contiguës, plantées verticalement et recou- 
vertes par d'autres pierres, grossièrement ajustées sans ciment et 
sans attache, ()ui simulent un toît en terrasse. C;;s galeries sont 
ordinairement fermées à l'une des extrémités. Parfois elles sont 
divisées en plusieurs compartiments par des quartiers de roche. 
Quelques-unes sont terminées par une espèce de chambre ronde ou 
carrée. C'est à tort que quelques antiquaires ont prétendu que ces 
allées étaient toujours dirigées d'Occident en Orient. 

Ces monuments, auxquels se rattachent encore aujourd'hui 
beaucoup de légendes superstitieuses, ont été l'objet de bien des 
«■onjecturcç incertaines. Ont-ils servi d'autel, de temple, de pierres 



1 



440 ANTlQUrrÉS PnËHlâTOKlQUES 

sépulcrales, d'habitation sacerdotale, de tribune magistrale, ou de 
chaire druidique? Les avis ont été bien partagés sur ce point. < Je 
crois, dit M. Ernest Breton, que la plotc-forme des allée» couvertes, 
comme celle des dolmens, dut être le thé;ltrc des socrlfices et des 
cérômoiiies auxquels le peuple avait droit d'assister, tandis que 
l'intérieur du monument était un sanctuaire où les profanes ne pou- 
vaient pénétrer et où s'accomplissaient Ips rites les plus mys- 
térieux. > 

M. de Rougemout persiste dans l'attribution de temple et lait 
remarquer que, dans les orrondissements de Cherbourg et de 
Valognes, on donne aux allées couvertes le nom significatif du 
roches pouçuelées (adorées). 

On pense généralement aujourd'hui que les allées couvertes ne 
sont pas une espèce particulière de mégalithes, mais des corridors 
de tumulus ou bien des dolmens de grande dimension, ayant eu la 
même destination que ceux qui ne se composent que de deux, de 
trois ou quatre blocs de pierre. 

Les trois allées couvertes les plus remarquables sont la roche 
aux léea d'Essé*(IIIe-et- Vilaine), qui a 19 mètres de long sur 5 de 
large, et dont le toit se compose de neuf pierres; la grotte aux fées 
de Bagneux, près de Saumnr {20 mètres de long sur 7 de large). 



et celle de Mettray, près de Tours- On peut citer aussi celles de la 
forêt de Briquebec (Manche), de Pleucadeuc et Locmariaquer 
■(Morbihan), etc. 

Les allées couvertes sont désignées sous les noms vulgaires de 
grotte aux fées, pierres couvertes, pierres plates, roche aux fées, 



A.NTIQU1TÈS PRËHIbTORIQUES 441 

coffre de pierre, table des fées, table du diable, nmison des fées, 
chdteau des fées, palais des géants, etc. 
AuTAES SEPULTURES, - On rencontre assez fréquernment, surtout 




Clrneillon it U Palus. 



eu Ijretagne, des espèces de cimetières apparteuant à l'âge de la 
piecre, qu'on désigne sous le nom de cameilloux. Ce ne sont que 
des pierres brutes, posées sans symétrie, et dont chacune indique 
sans doute une sépulture. Les plus remarquables sont ceux de 
Trébrivnn, La Palue, Trégunc i^ Finistère), la Varenne-Saint- 
Hilaire (Seine), etc. 

Les sépultures monumentales exigeant du temps et un certain 
art, on eut recours pour les classes inférieures à une inhumation 
plus prompte «t plus facile, h. celle des puits funéraires, fosses ver- 
ticales plus ou moii^s pr-ofondBs oâ l'on déposait plusieurs cadavres. 
Des sépultures de ce genre ont été explorées à Bourdeillos (Dor- 
dogne), à Moisy (Loir-et-Cher], à Maillczars (Vendéf), à Chevillé 
(Sarthe), ù Gien et Beaugem-y (Loirei), à Bressuire (Deux-Sèvres). 

Un tombeau gaulois, assez singulier, a été découvert à Hérouval, 
près de Gisors ; il était composé de t^îx pierres brutes, appuyées 
par leurs extrémités supérieures, et formant une espèce de loit qui 
recouvrait six squelettes. 



On a découvert en IS39, dans la commiftic d'.\bbecourt (Oise), 






I 



1 



Mi ANrjULITÉS PnBll[STORIQt!Ë£ 

un tombeau cellkjuc, placé -presque à fleur de sol, (\u\ avait la 
forme d'un corridor allongé, divi:ié en deux compartiments inéguu\ 
par une pierro percée, po^éu de cliamp. Cette galerie, longue de 
sept mètres soixiinte centimètres, ne sup|)orlait aucune voiitc. De» 
murs latéraux étaient furmés de moellons irréj^ulii-rs. Oii-n trouvé 
dans ce tonit«:iiu Iruis haches en silex, djs fragments de |>otei'ics. 
trcDte-ii'ois crânes lumiains, un wjiielelte de cliien et Ijeuticonp 
d'oâsenicnls d'Iiommcs et de clicvanx. 



ARTiCT It 



Menhirs, Alignements et Cromlechs 



Menhirs ou PEixvAxa. ~ Les" menhirs (du celtique m«i, pierre, 
hir, longue) sont des monolithes de forme allongée, implantés ver- 
ticalement dans la terre, à une assez grande profondeur. Leur hau- 
leur varie de deux à dix mètres. Le plus, grand qu'on ait signalé 
jusqu'ici est celui de Locmariuquer (Morbihan), qui dépasse vingt- 
deux mètres ; mais il est brisé en quiilrc morceaux. Les sculptures, 
et les inscriptions qu'on remnrque sur (|uclqucs menhirs ont êlé 
ajoutées bien post^Ticgremcnt â leur <i|ï3rtion. On renconti'e beau- 



Manhir de la manl^ne 



coup do pierres celtiques, de forme inégale, qui ont dû avoir la 
même destination que les menhirs, mais qui ne sont point implan- 
tées dans le sol. M. de Caumont a proposé de les désigner sous le 

nom (le jiii'rrrx /i"S''ks. 



ANTIOUITÉS PRÉHISTORIQUES 443 

Oa a hasardé diverses conjectures sur la destination de ces gros* 
siers obélisques. Les uns n'y ont vu que des pierres limitantes, 
élevées en Thonneur du dieu Mark, qui, chez les Celtes, avait les 
mêmes attributions que le Tf^ot des Egyptiens et le Terme des 
Romains ; les auti'fes en font des idoles, et ont cru même voir un 
grossier essai de reprcsontation humaine dans les peulv^ns de 
Loudun (Vienne) et do Trédias (Côtes-du-Noni). On pense plus 
généralement que ces pierres étaient élevées tantôt en commémo- 
ration de quelque événement remarquable ', tantôt comme un 
monument funéraire. Cette dernière destination nous est démontrée 
par les restes de charbon mêlés à des ossements humains que des 
fouilles font découvrir au pied des menhirs. Plusicuï*s passages 
d'Ossian confirment aussi cette hypothèse : on lit dans Fingal, 
chap. VI : « Que la terre d*£rin donne un asile aux enfants de 
Lodin, et que les pierres élevées sur leurs tombes attestent leur 
renommée! » 

Les poteries romaines et les objets en fer, trouvés au pied de 
certains menhirs doivent faire rapporter leut érection à une époque 
relativement récente. Mais n'a-t-on p:is Ifop généralisé ces faits 
particuliers, en concluant (|uc tous les menhirs .sont postérieurs aux 
dolmens ? • 

Les plus remarquables meiîhirs sont ceux de Doingt (Somme), 
Dormelles (Seine-et-Marne), le Mans, Aignay-le-Duc (Côte-d'Or), 
la Frenade (Charente), Colombier-sur-Seulc (Calvados), Bouillon 
(Manche), Villedieu (Orne), Saint-Sulpice près Libournc (Gironde), 
Kerveaton (Finistère), Kergadiou, Ardevcn, Conquel, Languidic, 
Carnac (Morbihan), etc. 

Ces mégalithes sont désignés, en Bretagne, sous le nom de 
menhirs^ de peulvans f^oul^ pilier, et vaen^ pîôrre), ou de mensao 
(pierre droite). Quelques-uns portent un nom spécial qui pourrait 
fournir des indices sur leur destinution primitive. Un des menhirs 
de Locmariaquer s'appelle men-braO-saô (pierre dressée du brave) ; 

' « L<'8 Arabes, Iom Périra, los S(*yth(*8 et U'H jyenpies aulérievrt à ces 
peuples, (lit Amniicn MAicfllin. éiigeoicnt des jiiHt-rs de pierre en mémoire 
des graodt événements. » 



(14 ANTIUCITÉS PREIIISTOIUQUES 

iKlui de Guenezan (Cûtes du-Nord) se nomme men-cam (pierre du 
XiTt). Ces monuments sont connus dans le pays chartraia sous le 
lom de Ladères. Dans d'autres provinces, on les appelle, suivant les 
localités : pierre fite, pierre frite, pierre tiche, pierre fichade, pierre 
levée, pierre fixée, pierre lait, pierre latte, pierre droite, pierre 
lebout, pierre fonte, haute borne, chaireau diable, pavé des géants, 
palais de Gargantua, etc. En Angleterre, on désigne ces mono- 
ithes sous le nom de stone-kenge fslone, pierre, kengcd, suspendue). 
Pierres percées. — Quelques pierres celtiques sont percées de 
3art en part d'un trou arrondi ou carré. En Angleterre, où elles 
sont beaucoup plus communes, on les appelle atone hatched (pierre 
uilléo).' Les uns ont supposé que les Gaulois attachaient â ces 
sierres quelque vDrtu miraculeuse ; les outres y ont vu des espèces 
le gnomons, destinés cï faire connaître la hauteur du soleil. Mais, 
:e ne sont là que de pures conjectures, ne reposant sur aucun liùt 
[wsitif. 



PiiTfr; percéP de DuneïO (Sirlhcj. 

Pierres ura.vla«tes. - On nomme ainsi deux énormes blocs de 
roclicr dont l'un supporte l'autre. Ils ne se touchent que par un 
^oint, et la pierre supérieure est tellement équilibrée, que le 
iipindVe choc lui imprime un mouvement d'oscillation. On en cite 
[niime quelques-unes qu'un simple mouvement peut faire osciller. 
Certaines pierres branlantes tournent sur elles-mêmes comme sur 
un pivot. 

Ces bizarres monuments étaient-ils des pierres probatoires,' dont 
l'oscillation prouvait l'innocence des accusé:^, ou bien des enibWmcï 



ANTKJLITÉS PHÉHISTOUIOUES ik'> 

du monde suspendu dans le vide et du raouvemeot qui anime l'uni- 
vers? Les élevait-on pour qu'elles rendissent des oracles parles 
oscillations que leur imprimait, peut-être, la main cachée d'un 
druide ? Etaient-ils destinés à perpétuer la honte des femmes infi- 
dèles? Etaient-ce des idoles ou des monuments funéraires? Ser- 
vaient-ils de point de réunion pour les grandes assemblées, ou de 
termes placés sur les limites de diiïérentes confédérations ? Telles 
sont les principales conjectures que l'on a hasardées sur cette sorte 
de mégalithes. L'opinion la plus accréditée aujourd'hui est que les 
uns ne sont que de simples jeux de la nature, semblables à ceux 
qu'a mentionnés Pline le Naturaliste (lib. ii), et que les autres 
doivent être considérés comme des fantaisies de la force humaine, 
auxquelles on ne saurait attribuer aucun caractère religieux ou 
symbolique. 

Ces monuments, qui donnent prise à une 
facile destruction, sont deyenus rares en 
France. On a signalé et décrit ceux de 
Lithaire (Manche), Meade (Lozère), Uchon 
(3aône-et-Loire) , la Roussille (Creuse), 
Mont-la-C(Jte et Rochefort (Puy-de-Dûme), prèi'w'rdBTuîiî.) 
Perros-Guirec (Cûtes-du-Nord), Keriskillien 

et Tregunc (Finistère), Saint-Estèphe (Charente), Livernon (Ijdï), etc. 
On trouve des monuments analogues non-seulement en Angleterre, 
mais en Espagne, en Grèce, en Norwége, en Chine, et même en 
Améiique. 

Les antiquaires anglais nomment ces pierres Rockingstone ou 
rouler. On les désigne en France sous le nom de : pierre roulante, 
pierre roulée, pierre tournante, pierre croulante, pierre tremblante, 
pierre vacillante, pierre branlaire, pierre folle, pierre retournée, 
pierre transportée, pierre qui danse, pierre qui tourne, pierre qui 
vire, etc. 

Align'suemts. — On donne ce nom h une suite de menhirs ou de 
simples blocs de pierre qui forment soit une seule ligne, soit plu- 
sieurs lignes parallèles. Leur direction la plus ordinaire va de l'oc 
cident à l'orient ou du nord au sud. Ils sont quelquefois terminés 
par une enceinte de peulvans ou par un dolmen. L'ensemble do ces 



44rj ANTIIïriTÉS l'RÉHISTOtllOl^KS 

(iispositionâ sytnôfriques offre parfois- l'aspect d'un quinconce de 
pierres. 

Les deux alignements les plus remarquables par leurs gigan- 
tesques proportions sont ceux de Carnac et d'Ardeven (Morbihan). 
Le premier se compose do onze files parallèles, qui comprennent 
encore actuellement plus de 1,200 pierres de granit. Les menhirs 
les plus élevés ont de 6 à 7 mètres. La plupart sont plantés en terre 



fartïe doi alijDBnienU d« C>rnae. 

par l'extrémité la moins large ; les plus gros blocs peuvent peser 
quatre-vingts milliers. Ce vaste alignement se reliait sans doute 
jadis à celui d'Ardeven par une série de menhirs dont on retrouve 
encore les traces. Ce dernier alignement occupe un espace large , 
d'une demi-lieue, et comprend neuf files parallèles. 

Des alignements moins vastes se voient à Tourlaville (Manche), 
à Landahoudec, Kercolleoch et Penmarch (Finistère), à Plouhinec 
(Morbihan). Les uns ont quatre rangs de pierres ; les autres n'en 
ont que deux. 

C'est tout à fait en vain que les archéologues ont essayé d'inter- 
préter ces mystérieuses énigmes. On a succesdvement supposé que 
les alignements celtiques étaient des cimetières destinés aux guer- 
riers morts sur le champ de bataille, des enceintes consacrées aux 
assemblées populaires ou aux rites druidiques, des temples n'ayant 
que le ciel pour unique voûte, des emblèmes du culte du soleil, des 
espèces de forum ou de champs de mai. Le physicien Dcsiandes n'a 
vu dans les champs de Carnac qu'un phénomène géologique ! La 
Sauvagère en a fait un camp romain ! « Chaque siècle, dit M. L. 
Batissier, a envoyé ses savants sur les licu\ pour interpréter ce 
vaste monument... Ils ont pu bAtir des systèmes; mais aucun d'eux 
n'a été encore assez heureux pour déchirer le voile qui cache l'ori- 
gine deces alignements. Si, désespéré durésultatdecesinvestigadons. 



ANTlOt'ÏTÊS PRÉHÎSTOUIQUES . W 

l'antiquaire iaterroge le$ habitants de ces contrées, ils lui diront 
que ces pierres représentent une armée changée en rochers par 
saint Cornély; et cette solution du problème vaudra presque 
toutes celles qu'on a données jusqu'à présent. » 

Cromlechs.— Les cromlechs (de cromm, courbe, et lech\ pierre), 
sont des alignements de menhirs ou de pierres brutes plus ou moins 
volumineuses, qui se profilent sous k forme d'un cercle, d'un demi- 
cercle, d'un carré long ou d'une ellipse. Un grand menhir occupe 
ordînaiffement le centre. Ces enceintes sont quelquefois formées de 
plusieurs cercles concentriques et entourées de fossés. D'autres 
forment une espèce de labyrinthe sans pierre centrale. El[es sont 
presque toutes avoisinées d'un dolmen ; on peut aussi ranger dans 
la catégorie des cromlechs certaines enceintes formées seulement 
par des levées de terre, telles que celles qui ont été observées à 
Kermurier età Neuilliac (Morbihan). 

Quelques antiquaires ont pensé que les cromlechs étaient destinés 
h. l'observation du cours des astres, et leur ont donné le nom assez 
fastueux de thèmes célestes. D'autres ont cru que c'étaient des 
sépultures de familles. Cette opinion n'est pas mieux fondée : car 
ce n'est que par exception qu'on a rencontré dans ces enceintes 
quelques débris funéraires. Il est assez probable que c'étaient des 




Cromlech do GellaiQTille. 

sanctuaires destinés aux cérémonies religieuses et aux assemblées 
où la justice rendait ses arrêts et où se faisaient les élections des 
chefs. Le menhir central, emblème de quelque divinité, indique 
peut-être la place que devait occuper le président de ces comices. 
Cette hypothèse est d'autant moins invraisemblable que c'est ainsi 
que s'est faite, jusqu'en 135G, l'élection des princes dans le comté 
de Comouailles. 

On a signalé et décrit les cromlechs de Gcllain ville (Eure-et-Loir), 
de Saint-Hilaire-sur-Rille (Orne), de Menée, Locunolé et Kerven 



448 ANTIQUITÉS PRÉHISTÛRIQU£S 

(Morbihan), de KoscofT et de Kermorvan (Finistère), etc. Mais 
aucune de ces enceintes n'est comparable à celle de Stone-Henge, 
en Angleterre. « Ce monument, dit M. de Caumont, est situé à six 
milles de Salisbury, sur une éminence, dans le voisinage de laquelle 
on rencontre plusieurs tumulus ; il est composé de quatre cercles 
concentriques, dont les deux plus grands sont circulaires et les 
deux, autres un peu elliptiques. Lorsque M. King le décrivit en 
1799, ce monument était déjà en ruines ; mais on pouvait recon- 
naître les places des pierres qui manquaient et restaurer les diffé- 
rents cercles d'une manière presque complète. Le cercle extérieur 
avait à peu près 97 pieds de diamètre ; il se composait seulement 
de 30 pierres levées, supportant un pareil nombre d'impostes ou de 
pierres horizontales. Le deuxième cercle, à 9 pieds du précédent, 
était formé de 29 pierres levées sans imposte. Le troisième était 
formé par des trilithes d'une assez grande dimension dont le plus 
considérable avait 22 pieds d'élévation; un fossé, large de 30 pieds, 
placé entre deux levées de terre, formait une cinquième enceinte 
circulaire autour des pierres du cercle extérieur. » 

On rencontre des monuments analogues en Suède, en Norwége, 
en Danemarck, en Allemagne, en Sardaigne et en Espagne. 



rif APITRE II 

MONUMENTS METTBL.ES 



Xous comprendrons sous cette désignation : !• les instruments 
en pierre et en os; 2' les instruments et ornements en métal ; H* les 
pirogues ; 4*^ les vases et poteries ; 5* les monnaies. 



ARTICLE l" 

Instruments en pierre et en os. 

Silex taillés. — Les silex taillés par éclat qu'on rencontre dans 
les alîuvions quaternaires, et qu'on nomme vulgairement langya 



j 



r 



ANTIIjOITnS PRÈriISTÛIUOIÎES 449 

de chat ou haches, snnt lu pîa-; ordintiircrasnt ter.ininûs |jar un.; poiote 
éinoussée et offi'ent à i'iiiitre extrémité une espèce de bosse don- 
nant pnso il lu muio. Lq dessous est Itigô renient convexe et souvent 
pres.iue plat. Les bord'i sont formés par des éclats enlevés de 
ciiaque cûté du silex, ii nngles droits on en obliquant vers l'axe. 
Ces grossiers débris de Tindustrie palfcolitliique ont dil servir non- 
seulement d'ar:iies offensives, mais d'instruments destjnés à une 
fouîc d'usnc,TS. Les petiis sîiex taillés étaient suns doute attachés à 
des m;iîllcis ou insérés daiis du bois ou do la corne. 

ÎÎACHEs KN PIERRE Po:,[E. — Les haches en pierre de l'époqufl 
néoliliiique sont terminées d'un cdté par une pointe mousse et de 
l'autre piir un tranchant tnntiH droit, tantôt de forme elliptique. La 
pprtie inférieure n'est souvent qu'imparfaitement polie û l'aide da 
jiicrres en grès brut, afin s:uis doute de pouvoir être plus facilement 
lixée dans une guino. On en trouve un "grand nombre qui ne sont 
qu'ébaurhées : elles ont pr.jbablement été abandonnées par l'ouvrier, 
p:irce qu'elles étaient trop difficiles h. polir. Le plus grand nombre 
est en silex juune ou blanchâtre; on en rencontre en granit, en 
ophîle, en jade, en serpentine, en jaspe, en pierre ollalro, etc. : ce 
sont les plus soignées et les plus régulières. 



y 




Udclie I! 30111 nctaée. 



Les hacli;^s, percées d'un trou pDur recevoir un manciie, sont 
rares: on les fixait plus ordinairCLTiî;it dans une càpôce de gaine 
que traversait perpQndiculuir..'nient un m inche. On a trouvé dans 
les tourbijres de la Somme pîuai.surs dj ces gaines en bois de cerf 
ou d'élan; l'une d'elles est faite d'im fragment de bois de cerf de cent 
six millimètres do longueur sur trente-deux d'épaisseur; elle est 



450 ANTIQUITÉS PRÉHISTORÏQUKS 

percée de part en part dans sa longueur et traversée par une ou- 
verture ovale qui servait a recevoir le manche. 

Les Celtes nommaient ces haches matar (tuer) : les BomaiûB en 
ont fait materies. Quelques antiquaires les nomment celiig, eaim ou 
casse-'têtes ; elles sont connues dans quelques provinces sons le nom 
de pierres de foudre^ pierres de tonnerre. Les haches en silex ont ^é 
en usage chez tous les peuples de Tantîquité. Diverses peuplades sau* 
vages de l'Amérique et de TOoéanie e'en servent encore actuelle- 
ment. 

Masses bn silrx. — On donne ce nom à des morceaux de siiex 
dont la forme représente en général un cône prismatique allongé, et 
dont la surface est marquée longitudinalement par des crêtes pa- 
rallèles : oes crêtes sont les lignes de rencontre de faceUes longues, 
étroites et excavées de manière ù former une espèce de rigolo. 

Couteaux. — Ce sont des morceaux de silex efBlés, étroits, Mgè. 
rement renflés vers le milieu et tranchant des deux bords ; une des 
faces est parfois convexe et l'autre concave ; il est rare que les deux 
extrémités finissent carrément : elles se terminent ordinairement 
par une pointe en ogive. On en rencontre qui sont si grossièrement 
ébauchés, qu'on est exposé à les confondre avec les simples éclats 
de silex ; ils peuvent avoir été détachés tout d'une pièce des masses 
en silex où l'on remarque, comme nous l'avons dit plus haut, des 
facettes concaves. Les procédés employés pour cette opération ont 
dû être à peu près les mômes que ceux auxquels on a recours pour 
la fabrication des pierres à fusil. 

Pointes de flèche et dx lance. — Ce sont de petits dards en si- 
lex, en quartz hyalin, etc., qui sont munis sur les côtés de crochets 
arrondis ou aigus. Ils ont une forme ovale ou triangulaire, et sont 
longs de un à dix centimètres. On les fixait au bout d'une baguette 
qui, selon sa dimension, servait de flèche ou de lance. 








Pointe de flèche. 



Pointe de lance. 



Marteaux. — On a donné ce nom & des silex percéa pour rece- 



.•»■ 



ANTIQUITÉS PRÉHIST0RIQU2S 451 

voir un manche^ Les deux extrémités ne soat poiat toujours arron- 
dies ; l'une d'elles est quelquefois tranchante. 

PiBBRSS DE FRONDE. — On R découvert près de Périgueux et 
d'Abbeville des boules en silex et en grès, évidemment travaillées, 
qui sont de la grosseur d'une pomme moyenne. On a supposé 
qu'elles avaient pu servir de projectiles pour les frondes ; ce n'étaient 
peut«étre que des boules usitées dans certains jeux. 

L'âge néolithique nous a légué encore beaucoup d'autres objets 
en pîerra, de formes diverses, que l'on considère comme des meu- 
les à moudre le grain, des polissoirs on grès, des scies, des tarriè- 

. res, des coins, des racloirs, etc, 

Instrument^ en os. — Les os et les cornes d'animaux n'ont pas 
seulement servi à fabriquer des manches pour les haches en pierre : 
on en a fait aussi divers instrum0nts, tels que des espèces de poi- 
^ardi des pointes de flèche et.de javelot, des harpons, des poin- 
çons, des épingles, etc. Les défenses de sangliers étaient également 

. .^employées par les Gaulois comme armes et comme ornements. Les 
dessins plus ou moins grossiers qu'on remarque surun certain nom- 
bre d'objets en ios peuvent parfois aider à reconnaître leur degré 
d'ancienneté. 

ARTICLE 2 

Instruments et ornements en métaL 

Haches. ~ Les Gaulois ne connaissaient point le procédé de la 
^.triempe du cuivre. Aussi, leurs armes étaient- 
^.elle&de lort mauvais usage. Les haches en 
, buDQze sont déformes assez variées. Quelques^ 

unes sont creuses, intérieurement et munies de 

rebords. . Plusieurs ont un anneau latéral ou une 

Ï0tt3?erture ménagée pour recevoir un manche, 

Ces hiacHes ont pu avoir plusieurs destinations et 

servir à la fois d'outils de menuiserie, d'armes jj^^j^^ ^^ Xiroi^^ 

ofiensives et d'instruments de sacrifice. On les 

coulait dans des moules composés de deux pièces symétriques, 




4.") '2 ANTIQUITÉS PRÉHÏSTORIQUKS 

s'emijoîtanti'iine (.laiis i':mtrc iiu moyen (runo r;iiiufr*o. On a décou- 
vcit (les fa'oiiîj'if.s clc) injiilL'S à EcoiMcLiœaf (I)ordo^'.:( ), AriMcville- 
en-Ccres (Manche), etc. 

' Epées. — Les épées i^Muloises ontjus ju'à huit décimctres cîe lon- 
gueur, tandis que les roaiuines ne dépvisijent guère quatre déci nô- 
tres. Elles sont droites, plates, ter.ni:iécs en pointe, et tranchantv^s 




V.T)o} en bronze. 



dos deux côtris. Le mancÎM a été coulé e.i ine.Tie temps que la Ki- 
m? : il est plut conime elle. 

PoiGNARS.^. — Les poi/^njrdi ne di lièrent g'uùrc des cpjîcs que 
par leur courte diincn.^ion. 





l'o' •« arJ. 



Tète de lance. 



TiLtiiS de lance. — On attribue également .à l'époque celtijue 
des t'H' s de lance percées latéralement pour élre fixées à ua 
manche. 









Plaquo trouvée à Saint-Oyr. 



Colliers troQTCS à Sorviè 5-e .-V,-l (Au le). 



Toucu;cs. — On a trouvé dans des .sé^.ulturos gauloi.^es diiTéren- 
tes espèces de torques ou colliers. Les uns ressemblent ù des cha- 
pelets de perles, de verre, ds jais, d'ambre, d*anneaux d'or; les au- 
tres, d'une seule pièce de métal, paraissent cire une sorte de hausse- 
col ; tel est celui qu'on a découvert à Saint-Cyr, près de Valogncs. 



rjF- - 



ANTIQUITÉS PRÉHISTORIQUES 453 

« Il consistait, dit M. do Caumont, dans uno plaqiij d*op assez min- 
ce, tiiillée en forme de croissant, mais dont les crochets étaient re- 
courbés de manière à former un cercle pres-^ue entier. On remar- 
quait, près des bords et aux exîré.nités de cette pijce, des festons 
et quelques autres moulures. Le peu d'espace qui exist il entre les 
deux pointes du crois-^ant ne pcru":et p.isde croire que cet ornement 
eût pj être passé au cou; pi'ji)aî;îen}eat i! t'>uijuit sur la poitrine, 
susp'jndu au moven d'une (îliaine. » 

E.NîAUX. — On a déi'ouvert en I87"2 au so nruol dj Mont Beuvrav, 
qu'on suppose être raurienne JJ: jrjclc, CvtpitijJe dos EJuens, un 
atelier d'émailleur où ont été recueillis des outil-i, des teiuiiiies, des 
piiiccs, des marteaux, des creusets, des pièces éL)auLiices, de rebut 
ou terminées, qui nous iuitieut à tous les secrets de lu fabrication 
dv6 Gajiois; euliii des petits cubes (^ontenaut de la matière vitrilia- 
b!e, t^intùt oie je, tantôt jauualic, plus souvent rou.ije. Les objets 
fabriqués s jiit près jue exelusivement des îèies de clous et d'épingles 
ou des liîjules destinées à o/uer la chevelure des feLnmeset les har- 
nais des c!ie:'.^. Les dessins, pju compliqués, se composent de ii^^^uc? 
con-'ciitri ques ou de li;^nes droites obhques, p;ir:anc du centre de 
l'hémispiière pour se d.riger cii cverilail vers la i i.'i:onrérence. Ces 
émaux nMitrent dans la classe dcà aliamplevés : le bronze y est 
creusé po u* y reeeveir la poudre vitrifiabie, mais creusé de façon 
à laisser é:ner,:-:er des arêtes qui coislituent les dessins dont nous 
venons ihi p irîer. Gr.ice à l'impirtante découverte de M. Bulliot, 
présiJeut de l.i sociéui E lueaie. il est avéré que l'é niillerie était 
conuue et pratiquée des Gaulois avant, la con()uéte des Romains; 

# 

que les prceéd.'s du champlevé qu'o i voit p iraître en Guule avant 
Tinvasion romiii.ieet qui disparaissent presque aussitôt, sans (]u'on 
iut pu jus ju'à joréseut s'expliquer leur présente et leur dispariiion, 
avaient été apporté d'Asie par nos ancétj'cs, et que les Komains 
n'ont pas su ou n'ont pas voulu leur emprunter cette industrie. 

ARTICLE 3 

f 

Pirogues'. 

a Les vaisseaux des VJnH^s, dit César, avaient le fond ])iu.5 plat 
que les nôtres, et étaient par conséquent moins incommodés des 



4^4 ANTIQUITÉS PRËIIlSTOlUQtiES 

bas-foods et du reflux ; les proues en étaient fort hautes, et la poupe 
plus propre à résister aux vagues et aux tempêtes. Tous étaient de 
bois de chêne, et par là cattae capables de soutenir le phis rude 
choc. Les poutres transversales, d'un pied d'épaisseur, étaient atta- 
chées avec des clous de la grosseur du pouce ; leurs ancres te- 
naient & des chaînes de fer au lieu de cordes, et leurs voiles étaient 
de peaux molles et bien apprêtées. > 

Ona découvert, en 1831, dans une couche de tourbe altuvienne, 
fc Estrebœur, près de Saînt-Valery-sur-Somme, une pirogue œld- 
que que l'on con.serve au musée d'Abbeville ; elle est creusée dans 
un seul tronc de chêne, longue de dix mètres, large de cinquante- 
quatre centimètres. Elle s'élargit vers la proue. Le fond est plat et 
entouré de bords droits et peu élevés ; on y remarque une espèce 
de plate-forme destinée à recevoir un mât qui devaît.être assez bas 
et quadrangulaire. On avait déjà, trouvé une semblable barque, 
en 1800, dans i'fle des Cygnes, à Paris. Ces sortes de pirogues, - 
dont se servent encore les habitants de l'Océanie, ont été les pre- 
miers essais de l'art nautique chez tous les peuples de l'antiquité. 
Les Grecs les nonundent natpii, et les Romains aloei ou trabarix. 

ARTICLE 4 

Vases et poteries. 

Vases. — Les Gaulois n'eurent d'abord que des vases en terre 
fort épais ou des corbeilles d'osier qui leur en tenaient lieu. Quel< 
ques-uns buvaient dans des cornes d'urus et même dans le crdne 
des vaincus. Ce n'est qu'à une époque rapprochée de t'iovasioa ro- 
maine qu'ils firent quelquefois des vases de cuivre ou d'argent. 




(Poal«uj-l»lliniiDD). 

PoTEBUS FDHiRAlRES. — Elles sont faites d'une argile jaune et 



ANTIQUITÉS PRÉHISTORIQUES 455 

plu3 souvent grisâtre, dans laquelle on trouve des pierrailles et des 
parcelles de silex. Elles ne sont pas cuites^ mais seulement séchées 
au four, ordinairement peintes en noir ou en gris, parfois en cou* 
leur rougcàtre, à l'intérieur comme à l'extérieur : les nuances 
ne sont pas toujours uniformes. Quelques vases sont recouverts 
d'une couche de vernis. Les autres ont des taches blanches, faites 
avec de petits fragments de silex : elles étaient peut-être considé- 
rées comme des signes de deuil. Presque toutes les poteries gau* 
loises qu'on a; découvertes ont été fabriquées à la main, sans l'usage 
du tour» mies n'ont pour tout ornemeat que des traits faits avec 
les doigts ou des pointillages gravés en creux sur l'argile avant sa 
caisson. Ces vasea, de forme et d'épaisseur diverses^ étaient placés 
dans les tombeaux, pour contenir, les uns, les cendres du défunt, 
les autres, des parfums et des aliments. 

PoxsaiBS USUELLES. *- Ccs Kortes de poteries sont beaucoup plus 
rares que la? autres. Elles sont plus cuites, ont une pâte plus fine, 
plus consistante et des ornements plus variés (chevrons, disques, 
méaodres, entrelacs); on y peignait quelquefois des fleurs. 

ARTICLE 5 

Monnaies. 



Les monnaies des Gaulois étaient fort grossières. On en rencon- 
tre en or, en argent, en electmm^ en bronze et en potin. On donne 
ce dernier nom à un mélange de cuivre jaune, de plomb et d'étain. 





Première époque. 



Deuxième époque. 



La plupart sont coulées et non frappées ; quelques-unes sont con- 
vexes d'uncétéet concaves de l'autre. Ellesont ordinairement pour 




I 



456 ANTIQUITÉS PUÉHISTOIIIQUES 

tv-pe une roiîc de chur, un cheval libre, un sanglier, un porc, un 
urus, un bœuf, ou quelque animal fantastique. Après l'orcupritioa 







TroisicifiO époqoo. - llcdailio des Éducns. 



romaine, ces types furent rjmphîcés par raiç*:!e, le sphinx, le lion, 
Janus, etc., et on inscrivit sur les m<^d.îil!es dos ncins de rois, de 
peuples, de villes, etc. 

Monlfuucoa divise e:i trois classes les nnédaiilos celtiques: 1° les 
plus anciennes, qji sont toiit à fuit î^rossièics : 2' (.elles d'une épo- 
que intermédiaire, qui sont mi eux traiiccs; .> les plus récentes, qui 
se rapprochent de l'art monétaire des Romains. 

M. L. de la Saussaye a proposé la classificition suivante, qui e.>t 
toute différente : 

Première époque. — Imitation des médailles macédoniennes de 
Philippe II, rnpporté(!S par les Gaulois, après leur expédition en 
Grèce, près de trois siècles avant notre ère, ou introdjilcs dans les 
Gaules par le commerce, (jui en tît la monnaie la plus universelle- 
ment répandue de l'antiquité, jusqu'à la décadence dj l'empire. Les 
médailles d'or sont les plus communes. Les Ié:i^endcs sont très-ra- 
res; quand ils^en présente, elles sont en caraitèros g/ecs. 

DEUXIÈME ÉPOQUE. — L'art, en dégénérant, tend à se Tiaturalisor 
gaulois ; il reste d*éco!e grecque, mais i! adopte des types et des lé- 
gendes appartenant plus spécialement au pviys. Les chefs ou vergo- 
ifirts font frapper des monnaies à leur nom. fj'argent est le uîétal 
le plus communément employé. L'inlîucnr-e dos reluîions avec les 
Romains se fait sentir; Ijs Iégend"S sont souvent écrites en lettres 
latines vers la lin de cette époque, que l'on peut conduire jusqu'à 
la conquête totale des Gaules. 

Troisième époque. — Médailles autonome:?, peu antérieures à la 
conquête de César, frappées depuis par diverses cités auxquelles 
les Romains accordèrent ou conservèrent certaines franchises. Les 
monnaies d'or deviennent très-rares. Il est présumable que les Ro- 
mains retirèrent aux peuples conquis le droit d'en frapper. 



i 



ANTIQUITÉS PUÉHISTORIQUES 457 

Cetto classificalion, dit M. de la Suussaye, ne saurait être uni- 
forméaient appliquée à toutes les parties du territoire yauiois. Il 
doit se présenter des différences, et métne des exceptions, d'après 
les divers degrés d'une civilisation fort inégalement répandue dans 
le pays, selon que les provinces se trouvaient plus ou moins éloi- 
gnées du littoral de la Méditerranée, où s'était établi un foyer civi- 
lisateur dès le vn° siècle avant notre ère. La Belgique pouvait être 
à ses essais monétaires quand la Narbonnaise touchait à la déca- 
dence de l'art. D'après ce système, l'art monétiiire chez les Gaulois 
aurait siûvi une "marche décroissante à mesure qu'il se sen/it éloi- 
gné de l'art c;rec, qui présida à son origine, à une épique où iictait 
arrivé à son plus haut point de perfection. On voit ainsi hi décadence 
du monnayage des Gaulois se \hv à celle do leur indépeaJanc^ na- 
tionale. 

]M. Chanipollion-Figeac range en quatre classes les médailles ..gau- 
loises autonomes : 1° celles des villes et des peuples d'ori.v'ine gau- 
loise (SantQ7}es^ TuronfS, Rano^^ Virotluaurn^ etc.); 2*^ ce!lc.> d.s 
villes ou d:3s p.^nples qui eurent des monnaies, comuie colonies ro- 
maines [IVfmiaufiu^, Vicnna, Lir/dunian, etc.); 3' celles d(î vilics ct(!(i 
peuples d'origine grecque (Anfipolis, Av^nin^ Mdssalielôn, etc.); 4' 
celles des cîiefs gaulois [Ambaclus^ Dnniucn^}. 

On a fait, à diverses époques, dj précieuses trouvailles ch ir,'->n- 
naies celîi.jucs à Seings et Cheveniy, eu Solognj ; à Plonéour et 
Lamballe, en Bretagne; à Mézièrcs et Ciinrliamps, en Norinanuic; 
à Vendeuil et Beauvoir, en Picardie ; à Angers, ct(;., etc. 

Les deux plus belles collections de n^onnaies gauloises sont celles 
de la Bibliothèque nationale et relie de M. de Saulcy. Cet'e der- 
nière vient d'être achetée par l'Etat, sur la demande adre^>ée au 
gouvernement par un grand nom!)re de compagnies savantes, au 
nombre desquelles figurent l'AcadCmie d'Amiens et la Soc; :té des 
Antiquaires de Picardie. 

L'ablîé J. CouLLi.T. 



1 



LA GROTTE DE BETHLÉEM 



Dissertation fue à une séance de V Académie Pontificale d'Archéologie ' 

romaine. 



DSUXIÈMK AKTin.K * 



luneïionsa IVtiitle de là grotte «le lîeîhléem. Qiuunï Keni- 
ju'ieur Adrien, vrrs 151, vaiiuiueur dans In fimcste guerre 
contre les Juifs, dispersa les rt-stes de cette nation, les Gen- 
tils, jalorix de voirTaffluence des'chrétiens qui renaieiit vi- 
siter la grotte sacrée de Betliléeni, prirentle même expédient 
qu'ils avaient employé pour le sépulcre du Rédempteur: et, 
connne ils avaient recouvert celui -ri de terre et y avaient 
éltvé un temple eu riionnmr de Vénnyî, ainsi ils remjdireiit 
d'une graiidii quantité i!e terre tt <Io [lierres Tentrée tle la 
grotte de' lîethléouï, et y c mstrui.sîrerit un temple à Aloui;', 
tMi Vhonneur de tpii ils plantèrent encore u\\ h As sacré Sur U 
colline S!i]»crieure, nliu irempêcher les chrétiens d'approcher 
de ces monuments, objets de leur plus teiiilre dévotion. S. Jé- 
rôme, dont le lo!ig sôjour à la grotte de Bethléem, Taviiit 
mis à même de savoir les vicissitudes par ob elle avait passé, 
nous fait connaître ces profanations dans sa lettre à 1\Itir* 

* VoW le dernier numéro, page 3<>7. 
' Hi«rot3. Epiât, <id Hlarctllarti, 



ï 




tA GROTTE DE BETHI;ÊEM 459 

cellu *. Easèbe avale vu égalemenc ces .siiimlacres honteux 
octcuper lies lieux aussi saiuts; il nous fait romar({uer, daiiâ 
8on Histoire ecclé^îuîjtiqm*, <i«e des honiniits pervers et cri- 
minels <lu paganisme avaient clningé ces lieux pour enfouir 
la gloire du Christ; et qu'aucun des préfets, ou chefs des ar- 
mées en Palestine, ni aucun empereur n*avait jamais pense 
h renverser ces édifices infâmes • Et ici nous devons com- 
l>rendre que si cette profuinition ne fut pas Ut fuit du gou- 
vernement, elle eut pourtant pour coni|dice Tapprohatiofi 
tacite de ce mêmegouvernementvP^rsticutour du Christ et de 
ses disciples. Un seul, parmi taiit de princes indignes, ajoute 
£usèbe, fut choisi de Dieu pour mettre fin h un crime an^si 
ubominahle. Ce. tut le grand Constantin qui^ par le soiti 
de Taujuste sp pivuse Hélène, sa mcre, vers l'un 527» ar- 
racha; ces deux sanctuaires à la profanation et a ridoiriuie. 
Alors le. sépulcre de Jésus<^Christ fut rendu à la lumière, à 
Jérii^alep,. et la, grotte de la Nativité» à Bethléem, reparut 
brillaiitç. U*ane nouvelle splendeur. 

Nous en avons un témoignage dans le Diême.Eusèbo de 
Césarée^ auteur contemporain. Il dit, dans la Vie de ce 
pnnce, que rîMijrnste impératrice Hélène, animée par Tamour 
qu'elle avait pour Dieu et pour la sainte Vierge sa Mère, 
employait les immenses sonniies d*argent que son fils mettait 
à s)i.disi>QsitioU| à orner le mieux possible la sainte grotte où 
Mûrie avait enfanté le Sauveur du monde, et qu'elle fit élever 
au-dessus uo temple magnifique ; il ajoute que T immortel 
empereur Constantin compléta les m agnificences de sa mère 
CD enriehUsant ce sanctuaire d'objets précieux en or et en 
argenti de draperies, de tissus et de peintures à raiguitle *• 

s Eufeb. IlitL eecL, cap. xxvi. 

> Emeb. in Vila Con$Uin(tni, lib. lu, cap. suu» pa^. 50f et 305 eàiU 
Henrici Valetii. 



"^ 



460 LA GROTTE DE DF.THLÈSU 

Je vous parlerai <l'iil>onI, mes IioiioruLles colU'giics, des 
eiub<;Uisseiiiurits ifiiii lit jiitjiist: iiiipih'iitriee lît i\ la grotte du 
l'étuble, et ensuite nous iiLircoiirioiis cnsemWe I;i basilique 
supérieure. 

Aînés uvoir fiiii enlever Us tei'ies qui ob-struiùeiit l'eiitroe 
(le l;i gi'Oite ainsi que le tenijile d'Ailodi?', elle y cull^tI■liisit 
un [letit oruloire, iluiit je piulenii plus ixis, parce qu'elle ne 
vjuliit point conserver là l't;ntrée *le la {ri'Otte. L'i (Ituxiâiin! 
petite grotte qui e.-t l'ejulroit de la crèelie et de lu iiaissaiice 
(le Jii^iLS-Clirist, riits(!j'!iri.'e ilu reste ùe la gruttepar un uuir, 
parce qu'elle nu'ritait une plus grande vôiiéralicn. 

Aux eûtes deliiparei du inilîen, où le rocher, cuniuieje 
l'ai dit, sa (-ourlK! eu guise d'abside, et où inupùt. le divin 
Entant, elle Ht pralicjijur di'ux eseaiiers en est:argot de !" 
inarehes : ils Ibrin'.'nt la Uoiivelle entrée et n.etterit l:t grotte 
ea eonmiuniciLtion avt.-u lu presbyieiiinit de lu lia^iitqtm sii- 
pjrleure; otlagruUe pi;ut ainsi èîre considérée conimela 
coiifrssi-m <le l'égiise. Elie rCMOnvela l'autel, qui déjà, dès 
les temps aposlolitiiies, uvuit été |din:é iLnistu! suint lieu, el 
creusa (iiieUjuos de^ré? po'ir faciliter lu descenio ù l'érable. 
EUe garnit de marbre l'inlérienr de la Ciàdn-, «il rEnlanl- 
Jésus avait été concile, iifin de pourvoir ù sa eoiiservulioii; 
et lît élever nn petit iiutel en l'ice de la crèche sur le liaiic 
de rocher (pii .servait de iieu do rcpo.s mix passagers, et à la 
Vierge Jlarie elle-même, et sur lequel celle-ci éttiit assise, 
tetnint dans .'tes brus le divin Enfant, lorsque, suivant la 
tradition, elle reçut la visite des Mages. 

ij' architecte, choisi par cette pieuse princesse pour diriger 
les travaux de la grotte et de lu kisiiîque supérieure, aviiit 
culenié la forte ]ne>sion que devait e.\ercer le prcsbytcnnai 
de celle-ci sur !a voûte roelieiise de la grotte, et lu qualité 



LA nrîOTTE DE niiTHLÉEM 401 

yeu iliirj du rnl'î^iri» fiui c.onst. tiaih l:i rorlu» (îIK^-iîkViu*. II 
Ut dnn^. creu*^er mie hvfi^. eiit:iille au inili**iî de l*i voûte et 
y s\bsiitUîi «îe ^irr(î.< ([uartiers (ht luMibre i>1îic<\^ en cintre 
nîj;n,et cnpuMe de ssinporter uîî poids c<»nsidér:il)l«\ I):in.s ce 
]>uf, il ivîiforçîi eucjïre ]):irde3 îrauclies de uiîirlu'es les pjt- 
îoisde 1:1 gr(»tU', snix endroits qui pîiraissîiieut les pliîs f.iihles, 
et ]^!ivn le sol (Tun niîirbre ^ris-bnin, veine de !>!:nic. L;i petite 
^r«»tte «le Tét djle^ grâce à bi bîi^se.-'.se de sa vouN; t't m. Ton- 
vvrture de TescidiM* voisin, pré.-entiîit nne ni^Mudie soluliîé : 
(îVst poîirqMoi on drt'ss.i trois colonnes en forrnf* de triang'e 
5î!r le premier «K'^j trois «hgn's par le.«(jnels on y entre; le 
(•(KO iln niiîuu esî soutenir p;ir une colonne grossière (b» mar- 
bre {Tris l)run, de deux palmes et demie de ilisiwièti'e, avec 
b ise et eliMjâleau doricpies ; une autre Cidonne de m:irl>re 
l»!j«îicen spirale de ileux pMlmes de diamètre sui)}»or(e le côté 
ilroit, et une troisième colonne, de granit, d'une |)alrne et dei;*.ie 
de diaiiiètre, appuie le côié gauche. Près du coté gjiuche de 
lu crèche, i! udt une petite colonne de vert aulirpie sur la- 
quelle reposent <!eux [petits arcs en marbre, qui soutiennent la 
vrûte. Deux autres petites colonnes, de marbre gris-brun, fu- 
rent placées aux côtés <le l'endroit rapproché où luiquitle 
divin Rédcm;iteiiî-. Si vous vous le rap}»elez, dans une autre 
dissertation sur ia maison de la 15. Vierge Marie à Nnzareth, 
je vous disîds que l'impcratrice Hélène avait également em- 
jdoyé des colonnes [îour soutenir cette suinte demeure sous 
le poids du presbyterium de la basilique. 

Les quaiîiers d.e ro jhe erdevés à la vuûtc de la grotte fu- 
rent so'gueusement ci'îîservés dais T;n des couloirs de cette 
grotte ; transportés à ur.e époqiuî plus récente dnns notre 
ville de Kome, ils furent déposés avec les bois du râtelier 
de lu crèche, dans ia basilique Libé? ienne. C'est ainsi que ce 



""^■^ 



Aij'2 LA auOTTË DE BETHLÉEM 

temple aiigiute fut uiissi appelé Sam/f-H/ariVà-^-crècAe^ à 
cuiue ùe.s premières reliques qu'il avait reçueë dans sou $siiu:- 
tuitire. Sixte V, eu répiirant avec uue gramle magia(iceu<:c 
la chapelle de la crèche, retrouva aussi dau» laucieu aijbtel 
les quartiers do roche de la grotte de Bethléem ; il le8.déi\<^stt 
f usuite sous la tahie de Tautel daii8 une boite de fiiétaL Lnr^ - 
({ue Beuott, XIV iuisait élever le uouv<;l autel majeur «le^çptte 
basilique^ eu déiuolissaut l'aucieu qu*avuit CiMiservéS*» Pus- 
cal I, il retrotiva quelques-uiu des quartiers de roeUeidela 

. grptte de Betiiléeui^ ainsi que des langes qui av^ieut servî à 
emmuillotter le diviu Enfant, comuie il couste les doçuuiefits 
des archives de hi ht^i^Uique Lîbérieuue. M. Staulej cQHfuiid 
le nitelier a,vdi7 la cr6chedo4it il e^t Taccessoire /prîfici(^j|l. 
f Dans la partie au sud de, la grotte de Bethléeiii^ dirt?!!^ à 
trois uuirches plus bas dans la ohdlielle) ou. voit ia.préwo- 
.due étabie oii^ selon les traditions latines, qu irouvivlaïuan- 
geoLre eu bois ou crèche, maintenant disposée dnus la magni- 
fique basilique de Saiute*Marie<»Majeure^ et que r<»a expose, 
sous les auspices duJPapcj cloaque année, le jouç ^eNi^i • 
» La uh(ùi» criçustie doos le rocher loèoife, opiqfne les^ . autf es 
qriccbesdala Palestine, est restée dans la grotte d&Sietlil^em; 

. les, t>ois du.r&telier qui contenai^it la paille^ an^^f^i^f, die lu 
cr^che^sout c^ix que Ton véuàr^daus la ba.siUquelHbérieuue : 
oapeutiei Oippeler Iql crhc/ie^ dans, uu seiiiR large^'.atteiitlu 

.. qu'ils m forment une partie principale. ; ... 

. I^f». objets précieux donnés \m Coustuf^ili aur/;Katité 
•^ lauu*^^ ^^ ^^ candélabres dW et d'afgpHt, d^^tiiiés i ré- 
pandre la lumière et à réveiller le respect, (Umas tes tétièbres 

. àù i^tte sainte caverne. A.ujourd*hui ^t^'^^^res la^upeis e^*aa- 
tres <,^undélubres,.d 'une égale yalf^ijir, reuiplaçj^t ceux de 
ÇpiiatinU))^; «liie- les hordes barbaresvautfillé^ ces 



LA GROTTE û£ BETHLÉEM 463 

derniers dons proviennent *lev«» princes catholiques ^rEurope, 
et particulièrement des mis d'Espagne. Ainsi, les riches dru- 
pieries de tis^sii indien dont Tunguste monar(|ne avait fait 
<x>ilvrir léd parois de cette grotte {)o\\t mieux la décorer et la 
défendre des mains rapaces des dévots indiscrets, sont reni- 
] (lacées par des tetitnres également splendides de^nnunifac- 
fures de Perse, de Damas et de Lyon, dans le môme but de 
les orner et de les protéger. 

Une foule de ]>èl(Tins pieux se mirent tout à coup eu 

' mouvementf de toutes parts pour aller visiter les Saints-Lieux 
de lu Palestine, et spécialement le tombeau dti Uédefnptetir 
et la grotte de Bethléem, et admirer ensuite hi picfé et la 
magtdficence de Constantin et d'Hélène. An nombre de ces 

• visiteurs, et environ 50 ans uprès, on doit citer le <;ratad 

docteur Isa înt Jérôme. N'étant pas ewcore prciie, il cultivait 

iivec une noble ardeur toutes les branches <le rériiditiou 

aaerée et proiane : sa piété le porta a se rendre en Palestine 

•pour se prosterner devant le berceau et la tombe de Jéstis - 

^ Christ. La grotte de Bethléem ravit tellement smvcœur qu'il 
toulutla laisser dépositaire de ses plus iiittu^es affections 
11 «'ensevelit ensuite éiûs un couvent d'ascètes, sur les rives 
du Jourdain, à peu de distance dé Jéricho. Quelque temps 
uprèÉf, ordonné prêtre h Anttoche, il vint & Rôihë où il reçiit 
la charge de secrétaire dti Pape Damase. Entre teraps il 
iilluma^ parmi les Patriciens romains, \m tel désir de Visifer 
les Sait! ts-Lieux, et particulièrement la grotte de Bethléem, 
qu'un grand uonjbre de personnes nobles se ^rendirent en Pu' 
lestine. Sainte Mélunie l'ancienne en fit partie. 

Après U mort de I)amase, Jérôme fatigué du bruit Histueux 
de oette êàpitale du monde, sentit dis imu veau soki cœur pal- 
piter pour b grotte de Bethléem, et, vers 384, il dit un éterÀel 



466 LA GROTTE DE BETHLÉSIC 

< k rétude ; là il réunit autour de lui ses pieux dis iples 
c dans la petite communauté qui fournit les premiers élé- 
€ ments de la vie monastique en Palestine ; là, l'esprit qu'il 
« porta avec lui de son pays natal en Dalmatie et qui s'est 
c réveillé, par la ferveur religieuse, sur les rives de la Ho- 
« selle, s'épancha en traités, en lettres et en commentaires 
c qu'il lança de sa retraite pour étonner et illuminer le 
« monde occidental; là aussi, il fit la fameuse version de 
c l'Écriture, dont TËglise latine se sert encore sous le nom 
c de Yulgate ; c'est là enfin qu'eut lieu cette scène pathéti- 
c que, sa dernière communion et sa mort, à laquelle le monde 
c entier peut encore assister aujourd'hui, en contemplaDt 
• ce tableau surprenant du Dominiquin, dans lequel le pein* 
a tre représente, dans descouleurs inimitables, la forme amai- 
c grie de la chair faible et languissante, la résignation et la 

< dévotion de l'esprit prêt à prendre bientôt son essor. • 
Outre l'oratoire de saint Jérôme, on trouva d'autres mo- 
numents dans les différentes places de cette grotte. On ren- 
contre, à l'extrémité, les deux chapelles bâties sur les tom« 
bes de saint Jérôme et des saintes Faule et Eustochie, sa 
fille. Saint Jérôme nous apprend lui-même qu'il fit ensevelir 
sainte Paule dans la grotte et mit sur son tombeau deux 
inscriptions qui rappelaient sa vie. La vierge Eustochie, à son 
tour, fit déposer le corps de saint Jérôme auprès de la tombe 
de sa mère, où elle reçut elle-même la sépulture. Sur la 
paroi, à droite du petit couloir qui part de cette grotte, on 
voit la chapelle de saint Eusèbe de Verceil, qui succéda à 
saint Jérôme dans le gouvernement de ce monastère. A l'extré- 
mité de ce couloir, se trouve la crypte ou chapelle dédiée aux 
saints Innocents, et plus loin, le monument de saint Joseph. 

L'honorable professeur Stanley n'accueille point la tradi- 



r 



, 



LA GROTTE DE BETHLÉEM 467 

iion qui regarde cette chapelle. « Oublions^ iit-il^ laconsi-* 
dération des souvenirs de moindre valeur qui entourent ici 
de toutes parts l'autel des Mages^ des Bergers, de saint Jo- 
seph, des Innocents, auquel personne de nos jours n'attri- 
buerait probablement plus qu'une importance imaginaire. » 

Quant aux tombeaux de Jérôme, d'Eusëbe, de Faule et 
d'Eustochie, ce professeur n'en dît rien : ils reposent pourtant 
sur des données parfaitement historiques. Il parle de la cha- 
pelle des Bergers : elle n'existe point. Il reste à voir si c'est 
une pure invention imaginaire que la tradition des chapelles 
de saint Joseph et des saints Innocents* Tout ce que j'ai dit 
jusqu'ici rend incontestable la tradition du monument 
consacré aux Mages. Une vraie tradition rappelle que saint 
Joseph se retira dans la grotte voisine, au moment où la 
sainte Vierge, en attendant l'heure imminente de son enfan- 
tement, se mit en prière et resta dans ce même compartiment, 
pendant tout le séjour qu'ils firent dans cette grotte. 

Cette tradition ne répugne, comme vous voyez, ni à l'his- 
toire évangélique, ni aux circonstances qui accompagnèrent 
cet événement. Ainsi, l'une de ces grottes est regardée par la 
tradition comme ayant servi de sépulture à un grand nombre 
de ces Innocents égorges «par la cruauté d'Hérode, et cette 
tradition ne peut non plus passer pour imaginaire, puisque 
rien n'était plus facile aux parents que d'ensevelir leurs 
tendres enfants dans la grotte, qui, par la naissance du 
Messie, avait été la cause de cette triste catastrophe. 



(A suivre). 



Bartolini. 



1 



RAPPORT 



DE M. LÉ BARON D'AVRIL 



au Congrét de TEiieif iième&t chrélién 

sur VArt au point de vue de V éducation. 



Messieurs, 

P^mettez-moi d'appeler d'abord, ea quelques motoi ^tre 
attention sur Timportance générale de l'art, au point de Tue de 
l'éducation. 

I. ^ L'affaiblissement de l'esprit i'eligieux a amené là déca- 
dence de l'Artb Sous cette influence^ la manilestation du beau 
dans toutes ses formes, c'est-à-dire d;e l'influi^ est devenue de 
plus en plus rare et inaccessible au grand nombre, ce qui est 
déjà en soi un mal ; mais, ce qui est plus grave, il en est résulté 
et il en résulte encore tons les jours un préjudice pour les âmes. 

Non-séulement les monuments de l'orgueil païen ont reparu 
déns nos cités; non-^teulement Dieu et ses saints ont été exdtts 
safstématiquement de toutes les constructions d'utilité publique 
et de comméuioration nationale ; mais l'architecture môme de 
nos églises ne s'est-elle pas inspirée aussi des modèles païens et 
cela de la manière la plus maladroite et la moins appropriée à 
nos climatSt à nos besoins et même à nos matériaux de construc- 
tion T L'architecture perdait par cette inconséquence le caractère 
spontané et populaire qu'elle avait eu au moyen-âge et qui était 
si propre à inspirer comme à protéger le recueillement; Parmi 



r 



Iw lMWi3tPii^tfi9fi8 de(rtHi<&M à la retraite ou à la cbyrité, on ^j^ 
r^iMpntFe l)6«ueomi qui ue dif^eut que par l'étiquette d?m$ 
fabrique ou d'une caserp^, T<^r^ 4'^q6 prifon* L'asile mèm§ 44 
repos n'^ fvie été respecté. IjG CampQ Santo d'autrefois est devenu 
1^ plus sou^fiit uae froide nécropole^ surchargée de vaines allé-- 
gories, qui ne rappellent aiix vivants ni la ^n de Tbommei ai 
nos devoirs envers les morts. 

ta ne m'éteudvai pas sur les écarts â.e la seulpture et de la 
§0iiitme j^rolams, «ar il y aurait trop à dire; mais les représen<- 
tfttîpqs retigîeu^ep elles-mêmes, si propres à instruire les igao- 
raQls et à dévebpper la piéjé de tous, se sont séparées, à peu 
d'eye^ioDs piis, du sentiment chrétien, quand .elles ne descen- 
daient pas jiUjsiqu'à pi!pfaner nos types les plus vénérés. Qu'est 
devenue rjmagerie? une occasion de pensertir le sens et le goût 
^f9 populirtiKKis depuM l'enfance. 

L'invasion de la musique pm>fane dans la maison de Dieu 
atteint les proportions d'un scandale. L'a4oration et la prière ne 
peuvent^Ues pins s*élevdr à Dieu qu'en passant par la bouche 
de quelques spécialistes des deux sexes? <U n'est jdus * permis ftu 
pauvre peuple de prendre, dans la célébration du culte, la p»*t 
que rjEglise lui aviût réservée, et de répéter à son tour ces chants 
api^ai simples ,que is^blin^es, ces chants que le^ur euUiiintté 
même rend accessibles à tous, et 4ont le retour soleimel est une 
fUtedei'il^e» 

Ut ^ Il^s'est proidt|it4ai^ plqsieuFs pajs une réaction dont .on 
P»i!t.#j^ couiQtat^r d'Mew^x qllbts. 

h%ji chréti/en 4e ce sjècle a eu ses gloires* Des travaux d'éru- 
dltiQn 4e pre^i^ier ord^e ont rendu possiîble l'initiation de 
Quelques .ai^liés^ SalVPns ibvi^c reconnaissance ces premiers pas, 
mipsl^itre lentement de consoiationiCt d'.enoouragement, tant 
Umstewcpi^àAuirei 

L'^Kseignem^nt .offlcÂ^l n*estHtl <pas toujours inféodé presque 
partout à la tradition païenne dans ce qu'elle a de moins élevé? 
Lcp^bUc subit 4^içHg:4p8.4pç^riije9 académiq^es Jorsqu'il n'est 
Pf#.tQl9bê,^C0J^AU•desK^^s• Aussi, que d'attentats aUigofttet à 
Ia4p瀻ij(^ dai^ les représgp^tions ^i s? dioe^nt au milieu de 



470 RAPPORT SUR l'art AU POINT DE VUS DE L'ÉDUCATION 

nos villes ou qui encombrent les demeures des familles même 
ciirétiennes ? Le siècle est encore sous la domination de la théo- 
rie énervante et stérile de Vartpour fart. 

n faut donc travailler encore et travailler longtemps pour 
arriver, si je puis m'exprimer ainsi, à dépaganiser la société 
chrétienne dans sa manifestation extérieure. 

Les motifs les plus puissants nous convient à compléter cette 
œuvre de régénération. Rappelons-nous d'abord le pieux devoir 
de parer dignement la maison de Dieu — Dilext décorent domus 
tuœ. — En second lieu, la manifestation du beau, non-seulement 
porte les fidèles à la piété, mais ramène à la foi les infidèles et 
les indifiTérents : le sentiment de Tart chrétien opère des conver- 
sions parmi les savants et les artistes. Enfin, aujourd'hui qu*ua 
si grand intérêt est éveillé sur tout ce qui touche à l'éducation 
et à l'instruction, on serait bien coupable de négliger les arts, 
qui sont un des moyens de développement les plus efficaces et 
incontestablement le plus accessible à tout le monde, quand il 
sait se maintenir dans les régions hautes et pures. Hais permet- 
tez-moi de fixer ici votre attention sur un point de vue trop 
négligé, c'est que, même lorsqu'il n'y a pas une attaque directe 
contre la foi ou les bonnes mœurs, toute excitation un peu vive 
de l'imagination ou de l'esprit en dehors de Dieu est toujours un 
danger, et le plus souvent un mal. 

IIL — Le principal obstacle à la régénération de l'art par le 
christianisme est l'ignorance publique. L'ignorance est. encore 
très-grande, non-seulement chez les fidèles, mais dans le clergé. 
Instruisons donc avant tout. U faut que, dans les universités 
libres, dans les séminaires, nous fondions des cours d'esthétique 
et d'histoire de l'art. Quelques Manuels seront indispensables. 
Il faut créer des musées d'étude et des bibliothèques spéciales. 
U faut en même temps encourager la production des bons 
ouvrages d'art par des concours, par des expositions, par des . 
récompenses. 

Là où s'arrête l'action de l'initiative individuelle, commence 
celle des associations. Rien de plus utile, et je le crois, rien de 
plus facilement réalisable que de fonder des sociétés d'art chré- 






RAPPOET SUR l'art AU POINT DE VUE DE L^ÉUUCATION 471 

tien et de développer celles qui existent. Ces sociétés sont appe- 
lées à exercer le glorieux patronage que les grands de la terre 
ont trop négligé quand ils ne se sont pas abaissés jusqu'à 
encourager la dépravation et le mauvais goût. 

Ce serait une force de plus si, d'une ville à l'autre, ces sociétés 
pouvaient se connaître^ se soutenir, se communiquer leurs 
moyens d'action, s^entendre pour la traduction des ouvrages les 
plus utiles, pour la propagation des meilleures estampes. 

Ce grand intérêt des âmes restera-t^il étranger aux catholiques 
réunis sous l'égide du Siège de Rome, qui a été à la fois le plus 
grand inspirateur et le plus généreux patron de l'art dans le 
monde ? 

IV. — A l'assemblée des Comités catholiques de France qui a 
eu lieu i Paris pendant la dernière semaine de Pâques, une 
commission, présidée par H. Rio, s'est occupée spécialement de 
l'art chrétien : elle a choisi pour son rapporteur M. Léon Gautier, 
et formulé des conclusions qui ont été adoptées à l'unanimité. 
Vous trouverez ces conclusions dans un recueil que vous avez 
tous entre les mains. 

Cette même commission a conçu la pensée de fonder une 
société pour aider au développement de VArt chrétien, et de placer 
cette société sous la direction d'une confrérie. Je me bornerai à 
TOUS en indiquer sommairement le but et les moyens d'action. 

c (iC but de la Société est le développement de l'Art chrétien; 
m dans le sens le plus large et le plus élevé de ce mot. 

a La Société essayera, en ouvrant des concours et en donnant 
c des récompenses aux artistes, d'offrir à l'art contemporain une 
c direction conforme à l'idéal chrétien. Elle cherchera à propa« 
« ger ses idées par la parole et par le livre^ par les journaux et 
a par les revues. Elle aura ses publications spéciales et se pro- 
c pose de faire paraître successivement des manuels sur les 
€ diverses branches de» l'Art. Déjà elle s'occupe de créer un 
9 organe périodique. 

€ La Société exercera son influence sur les publications de 
« rimagerie religieuse qui commence l'éducation artistique du 
« peuple et des enfants; elle pourra donner ou refuser son 



^ 



472 RAPPORT SUR l'art AU POINT DB YUE DE l'ÉDUCATION 

a estampille à ces publications. Elle chercbera à proscrire tes 
« mauvais modèles et à y substituer des types autorisés. 

a La Société a décidé la création d'une chaire d'esthétique, la 
« fondation d'une bibliothèque et d'une collection artistique, 
a qui viendront en aide au professeur en lui fournissant des 
a modèles et des exemples. 

« L'art musical sera l'objet de ses préoccupations. 

a Un respectueux appel est fait à l'Ëpiscopat et au €lergé pour 
« la propagation des idées et des vœux de la Société. 

(( La Société prend pour patronne la très-sainte Vierge Marie 
a immaculée, et pour patron saint Jean l'Ëvangéliste. 

(( Le sceau de la Société représente^ d'après Hippolyte Flandrio, 
(( saint Jean couché sur la poitrine du Sauveur, comme un sym- 
« bole de l'Art, puisant ses inspirations dans le Cœur sacré de 
a Jésus-Christ, idéal divin de l'humanité régénérée d . 

Le musée d'études a déjà reçu un certain nombre d'estampes 
et de livres, qui sont déposés dans l'une des salles du Comité 
catholique de Paris ; c'est là que peuvent être adressées les com- 
munications relatives à la Société de Saint-Jean (rue de TUniver- 
sité,n* 47, Paris). 

Nous nous faisons un devoir de consigner ici l'expression de 
la reconnaissance des confrères de Saint-Jean envers le Comité 
catholique de Paris, qui lui prête le concours le plus précieux 
sous toutes les formes. 

J'ai hâte d'arriver aux conclusions qui concernent spéciale- 
ment TEnseignement et l'Education. 

Nous vous proposons. Messieurs, d'émettre les vœux suivants : 

1® Que, dans les universités libres et dans les séminaires, 
il soit établi des chaires d'esthétique et d'histoire de l'Art; 

2* Que cet enseignement soit également compris dans les cours 
et dans les conférences institués en vue d'ouvrir la voie à un 
Enseignement supérieur complet ; ^ 

S"* Que la Société de Saint-Jean et les autres associations, qui 
ont pour objet d'aider au développement de l'Art chrétien^ soient 
encouragées et soutenues par les membres du Congrès de TEn* 
seiguement chrétien. A. d'Avril. 



j 



LES SOCIÉTÉS SAVANTES 

DE PROVINCE 

Discùurs pf'ononcé par M. l'abbé CAHRiiRB â la séance publique 
de la Société archéologique du Midi de la France. 



MiSSIEURS, 

I 

Il ne m'appartient pas de faire Tétoge de notre Compagnie. Cet 
éloge ressortira d'ailleurs des deux rapports que vous allez en- 
tendre. 

Je me place à un point de yue plus élevé parce qu'il est géné- 
ral. 

En luirlant des avantages et de l'utilité des sociétés scientifi* 
ques et des académies de province, je ne ferai le panégyrique 
d'aucune d'elles ; mais toutes auront une part égale à la libre ex- 
pression de ma pensée. 

II est évident que l'existence de ces compagnies répond i un 
vrai besoin. Les hommes qui marchent dans la même voie doi-. 
vent fatalement se rencontrer tôt ou tard, et ces rencontres amè- 
nent réchange de mutuelles confidences ; car il en est des secrets 
de l'intelligence comme des mystères du cœur : les esprits culti- 
vés se devinent ; ils sentent que le même rayon qui les éclaire 
les unit, comme les âmes se rapprochent sous le charme d'une 
sympathie réciproque. De là naît le besoin de se voir, deseréu- 



474 LES SOClÈTiS I^VANTBS DE PROVINCE 

nir, de se communiquer le résultat de ses labeurs et de savon* 
rer en commun la joie des découvertes. 

Telle a été, sans doute, Torigine de tous les corps académiques. 
L'homme a compris que, même dans le domaine de Tesprit, l'u- 
nion fait la force. Ou ne s'isole pas sans périls et l'on ne s'unit 
pas sans avantage. 

Le besoin de se grouper dans la poursuite d'un but commun 
est trop dans' la nature humaine pour qu'on puisse s'en affran- 
chir. €'est une loi aussi impérieuse que celle de la sociabilité. 
L'homme ne saurait toujours demeurer seul. En dehors de cer- 
taines exceptions, trop rares pour faire règle^ une sentence d'à- 
natbème pèse sur l'homme qui s'isole, et celui qui croit pouvoir 
ce passer de tout le monde se trompe autant que celui qui ose- 
rait se persuader qu'on ne peut se passer de lui. 

En un mot, Messieurs, les académies, même celles de province» 
ont le privilège, par la réunion des diverses spécialités qui les 
composent, de former comme un capital intellectuel dont les in- 
térêts profitent! tout le monde, sans périls pour personne. 

C'est là leur utilité première. Elle est assez importante pour 
expliquer et légitimer Texistence de ces corps savants. 

II 

Mais cet avantage, s'il était seul, aurait un caractère trop res* 
treint : il ne réaliserait pas l'idéal qu'on se forme d'une réunion 
d'hommes d'étude. Il est d'autres bienfaits que les académies ré- 
pandent au loin ; et, parmi ceux-là, il en est un qui se présente 
tout naturellenient à la pensée : je veux parler de la facilité 
qu'elles offrent à l'éclosion des talents. 

Il est fâcheux que des intelligences remarquables se perdent 
dans l'oubli pour avoir manqué d'une occasion ou d'un but. 
Fournir cette occasion ou ce but, c'est donc rendre à l'esprit hu- 
main un signalé service. C'est ce que font les académies de pro* 
vince. 

Tout le monde sait, en effet, Messieurs que la hauteur à la* 
quelle se placent les grandes académies de la capitale offre le 



Ui8 SOCIÉTÉS SAVANTES DS^ PROYINCB 475 

double désayaotage de provoquer la jalousie et d'enfanter le 
découragement. 

Placées sur un piédestal trop élevé pour beaucoup de bons es- 
prits, souvent trop modestes, quand ils ne sont pas de trop petite 
taillCi elles se laissent volontiers regarder avec des yeux d*envie. 
Aussi, on désespère avant tout essai, et Ton s'étiole et s'éteint dans 
l'illusion d'une impossibilité quelquefois chimérique. 

Les sociétés savantes de province, plus rapprochées de tous, se 
trouvent naturellement plus à la portée du grand nombre. Ou 
les voit de plus près ; on en connaît les éléments ; on a par- 
fois dans leur sein des sympathies précieuses; on se figure volon- 
tiers qu'on n'a guère qu'à tendre la main pour cueillir une de 
leurs palmes ; et si, peut-être, une espérance déçue vous avertit 
qu'au fond de ce petit sanctuaire il est encore une divinité 
redoutable, on se persuade du moins qu'elle n'est pas inflexible. 
Dès lors, on espère obtenir de son indulgence ce qu'on n^ pu 
recevoir de sa justice. 

Cet espoir imprime à l'intelligence un nouvel essor, au zèle 
une nouvelle ardeur, et il n'est pas rare qu'un succès quelque- 
fois éclatant ne vienne couronner un mérite qui, sans ce noble 
stimulant, se serait perdu dans une inutile obscurité. 

III 

On a beaucoup parlé, dans ces derniers temps, de décentrali- 
sation. On en parle encore, on la réclame comme le complément 
indispensable de toute liberté honnête et juste. Je crois, Mes- 
sieurs, que ceux-là ont raison qui, considérant la décentralisa- 
tion comme une sœur de la liberté, demeurent convaincus qu'on 
ne peut les désunir sans danger pour l'une ou pour l'autre. 

Je ne dois pas entrer dans l'arène où s'agitent les intérêts 
politiques. La décentralisation que je poursuis se sépare des 
agitations publiques; elle établit son domaine dans les intelli- 
gences, et là, à l'abri des passions qui compromettent la stabilité 
sociale, elle demande simplement la place qui lui appartient au 
soleil de la patrie et de la liberté. 



n 



476 jm SQCIÉTBS lATAirrES m frotoici 

Esl*ce <]U«, par hasard, les soci^és satantes des départomenls 
peuvent quelque chose dans cette pacifique conquête? Assiué* 
ment, Messieurs. 

Je vais même plus loin; je crois qu^ellc^s seules peuvent 
amener ce résultat. 

L'affranchissement des intelUgeoces n'est « A proprement 
parler, FœnTre d'aucune pcûssanee humaine. Seule, la velonfé 
des hommes d'étude a le pouvoir de briser les elulnes ^ui 
entravent le talent et de Temiiorter» par un v(A subUme, dans 
les hautes sphères de l'indépendance. 

Il £aut donc vouloir. Messieurs, pour agir; mais quand 
on veut et qu'on agit^ on mérite déjà de conquérir cette décen- 
tralisation intellectuelle qui abolit les monopoles en Idssant i 
chacun l'entière possession do sa liberté. 

A Dieu ne plaise que je veiuille ici prêcher «pe croisade 
contre les grands centres intellectuels de la capitale. Je m'in- 
cline avec respect devant les grands noms qui les rendent 
illustres, liais. Messieurs, Paris n'est pas toute la France; 
cUe a sa tête, son cœur et ses bras un peu partout. Les départe- 
ments envoient régulièrement à la capitale des hommes qui 
ont commencé à se former dans nps académies de province. 
Ce sont ces hommes qui apportent aux académies parisiennes 
l'illustration de leurs talents. Il est, sans doute, permis i Paris 
de bénéficier de ces bonnes fortunes, mais à la condition de 
ne pas oublier que, s'il offre à ^^ iolt^lîgjQiiQ^ d*ëlite un 
théâtre plus retentissant «t plus digne d'elles» ce n'est pas lui 
qui les a faites. 

En aucun cas la province ne saurait se laisser absorba piyr c^ 
gouffre, toujours béant, de la métropole. U mesemblei.lIbssaieuQS» 
qu'on n'a pas toujours eu besoin de son agrément po^r aviW de 
l'esprit, ni de son bon plaisir pour être éruidit* 

Nos savants bénédictins n'ont pas attendu. l'Iinstitgit pou^ .deve- 
nir des modèles d'érudition et de .saine critique* JHç^ af^ien^e 
université de Toulouse a produit des bpmm^ émnepts qui w> 
cupent encore dans la République des j^ttres^ dQS|^9^f9 dlhpA"* 
neur. Donc, Messieurs, même au i)0i«t de^ve J9tell^ctwl) .B&* 



rk iif«rt {A» toute la Frânoe; il ne^idut ni 0é 4oît l'être ; maiaf 
Paris et la prmiwce^ TOilà ta Fca&ce» 

Pour obtemr tett&décentoilisatti^iif qoe ftiut-il? Il fatit que les 
aeaâiaiies déj^artemeatalea, 6ans s'kaler dtf centre, cherchent 
pourtant à^se faire une vie à elles* Il faut qu'elles ouvrent aux 
intelligences qu'elles voient écloM dans la sphère où elles se 
meuvantf des horûsona qui les attirant par la splendeur et Téten^ 
due de leurs rajons. Il fkut que les aptitudes diverses qui cher^ 
chant leur voie la trouvent aisément au setii de ces compagnies 
savantes» A œa conditions^ nous verroae afDiuer à nos concours des 
travaui auxquels nous pourrons èire fiers d'accorder nos récom^ 
peases» Laurs; jaunes aulem*s> s'ignorent peui-6brojusque«là, nous 
devront de leur avoir révélé leurs aptitudes et, si iecultedu ëou^ 
T€nir m s'^inipas^ la gloire dont ils nous devront les prémices 
ne les enapèoherè pas plus tard de se rappelais qu'elle est éelose à 
rombue des pahfeies qUitls oivt éqçùm de nés mains* 

Je vieas da piOnvncar le «i€l<)e eoncours?. Cette expression me 
ramëte à la sdtemiité qui nous rassemble en ce momecrt. Je ne 
dois pas aborder le sujet particulier de celte réunion. Un rapper- 
leur spécial va vous en entretenir tout à l'heure. Mais en m'en te* 
nant aux généralités^ je dois dire qu'un des grands bienfaits des 
académies provinciales, ce sont leseoncours qu'elles ont institués. 

liOS oaacours aieadémiques ont pour premier avantage d'offHr 
un attrait puissant aux hommes d'intelligence et d'étude. Ils leur 
fournissent l'iMcasioD et :1e moyen de développer leurs facultés 
îateUectueiles, d'acquérir ou d'étendre leur influence et de satis* 
laire l'iunhiUoH si l^itîme et si naturelle à tout ccaur généreui^, 
dei^ndre de plus gsaods sertices à ceux qui vivent sous le ciel 
qui les vit naître» 

C'est toujours Un Hon de pkA qui s'établit entré les hommes 
d'«file même contrée «t qui conU'ibu^ à les retenir iee uns auprès 
des aUtreSi 

De plus, nos oaneouivs lelalsant sur place, il ert plus facile à 



1 



478 LES SOCIÉTÉS SAVANTES DK PROVINCB 

ceux qui se livrent à l'étude des antiquités de leur cité ou de leur 
province, de faire connaître le résultat de leurs travaux. 

Les récompenses que nous leur accordons sont déjà un com- 
mencement de publicité qui attire l'attention etenflamme le zèle. 
Les études ne peuvent qu' j gagner ; car il est des snjets qu'on 
ne peut bien étudier qu'en province, 

La centralisation des archives peut bien, en effet, présenter de 
sérieux avantages à ceux qui habitent les grands centres et qai 
s'occupent plus spécialement d'études historiques; maisTarcbéo- 
logue qui étudie les monuments doit vivre à côté d'eux. Nos mu- 
sées ne peuvent en réunir que des fragments ; il vaut mieax, 
s'il est possible, les voir en place pour avoir, à la fois, des idées 
de détail et des vues d'ensemble. 

C'est, en effet, à ces travailleurs de province qu'on doit de ren- 
contrer dans les recueils des Sociétés savantes des départements 
et dans la publication des ouvrages présentés à leurs concours, 
des travaux qui se distinguent par la diversité des sujets, l'intérêt 
des matières, l'étendue des recherches, la solidité du fond elles 
divers mérites de la forme. 

Ainsi, Messieurs, découvrir les talents, les révéler au monde et 
les encourager, c'est là, ce me semble, une assez belle mission 
pour nos compagnies savantes. 

Quant à nos concours, s'ils ne produisent pas encore tout ce 
qu'on pourrait en attendre, il est impossible de nier pourtant 
qu'ils ne donnent quelque chose au pays. 

D'ailleurs, en renouvelant tous les ans notre appel, nous finirons 
par pénétrer un peu partout. Des esprits cultivés, mais modestes 
et inconnus, recevront nos programmes ; ils y découvriront peut- 
être une question qui ranimera l'étincelle cachée sous la cen- 
dre de leurs inutiles loisirs. La vue de nos couronnes, quelque 
modestes qu'elles soient, réveillera leur courage, et qui sait si ce 
ne sera pas là le point de départ d'un travail opiniâtre dont les 
résultats ne se.ront ni sans gloire ni sans profit ? 

Et puis. Messieurs, si nos concours sont encore renfermés dans 
une enceinte trop étroite ; si, pour leur donner plus de prix, il 
est évident qu'il faudrait les placer sur tin plus grand théâtre, 



us SOCJJÊT&S SiiVANTSS DS PaOYIl<rCE 479 

donner des couronnes plus dignes d'être disputées par des 
hommes de talent, vraiment, osons nous poser cette question, 
est-ce bien à nous la faute 7 Nos sociétés sayantes des départe- 
ments disposent-elles de fonds suffisants pour imprimer aux étu- 
des qu'elles poursuivent toute l'impulsion qu'elles désirent ? Ne 
sont-elles pas les premières à émettre à ce sujet des regrets malheu- 
reusement inutiles ?••• Qu'on ne rende donc pas nos académies 
de province responsables d'un état de choses qui ne dépend pas 
d'elles. 11 vaudrait mieux leur tenir un compte loy^l des efforts 
auxquels elles se livrent avec un désintéressement digne de toutes 
les sympathies. 



Disons, enfin, un mot d^ln autre avantage qu'offrent les aca- 
démies de province. Il s'agit, en ce moment, des travaux qu'elles 
livrent à la publicité. Ce que j'en ai dit jusqu'ici ne se rapporte 
guère qu'à l'intérêt personnel que ces publications offrent aux 
auteurs des ouvrages qu'elles renferment. Mais il serait puéril de 
penser que là se borne tout l'intérêt de nos recueils. 11 s'étend 
bien au delà. 

Ce n'est pas pour eux seuls que les travailleurs sa livrent à la 
peine ; s'il en était ainsi, la Société ne retirerait aucune utilité de 
leurs fatigues. Or la Société a le droit d'attendre de chacun de 
ses membres sa part de bénéfices. C'est donc pour elle qu'ils tra- 
vaillent. La Société d'ailleurs se montre assez reconnaissante 
pour entourer de son estime ceux qui lui font du bien. 

11 est évident^ Messieurs, qu'envisagées à ce point de vue, 
nos publications acquièrent une véritable importance. Elles 
sont le moyen le plus sûr et le plus fécond pour arriver à la 
diffusion la plus vaste des lumières et de la vérité. Elles se 
composent d'œuvres diverses, aussi variées que les sujets qu'on 
y traite, et, dans l'unité du livre, il y a pourtant toute la richesse 
d'une œuvre multiple. Il y a même mieux : c'est que chaque 
auteur qui écrit dans nos Mémoires, s'élant fait l'homme d'une 
chose, concentre sur un seiilH[>oint toutes ses pensées, tolites ses 



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LES SÔCIKTÉ3 SATA^HTES DE PROVINCE 



forces. 11 acquiert, par conséquent, dans la spécialité qu'il s'est 
faite, une sorte (Fautorité qu'on ne songe pas même à lui contes- 
ter. 

Nos publications sont donc, à la fois, une garantie pour le lec- 
teur et comme une sorte de lettre de crédit pour les auteurs dont 
elles accueillent les trayaux. 

C'est qu'en effet. Messieurs, nos sociétés savantes des départe- 
ments sont avant tout des compagnies sérieuses. Elles travaillent 
avec conviction, et elles croient accomplir un véritable sacer- 
doce, Leurs publications revêtent dès lors je ne sais quel carac- 
tère de grandeur qui impose le respect. Le contrôle que ces pu- 
blications ont subi leur donne droit à la confiance publique, et, 
bien que les auteurs demeurent seuls responsables des opinions 
qu'ils émettent, il n'en est pas moins vrai que les compagnies qui 
les ont accueillies les couvrent de leur bienveillant patronage. 

Eh bien ! Messieurs, avez-vous jamais calculé tout ce qu'apport 
tent de bien avec elles, auprès des esprits sérieux, vos savantes 
publications ? Avez-vous mesuré du regard l'étendue des bien- 
faits que vous répandez par vos recueils, qui renferment de si 
utiles leçons, de si précieuses découvertes et que des lecteurs, 
qui vous comprennent et vous goûtent, se font un devoir de 
transporter de boufgade en bourgade, de famille en famille ? 

Vos œuvres, Messieurs, me font l'effet de ces graines utiles 
qu'on jette un peu au hasard, que l'aile des vents emporte et qui, 
tombant enfin sur une terre fertile, germent, fleurissent et pro- 
duisent des fruits abondants. 

L'abbé M.-B. CabriIae, prérident. 






SARCOPHAGE D'AIRE-SUR-L'ADOUR 



Le0 Êttdeê reUçiemes des Pèree de la Compagnie de Jéew vienoent d'in* 
•érer noe savante étade da P. Minast^ sur un sarcophage chrétien qui se 
U'onve dans la crypte de Salnte-Quittène, à Aire-sur-l'Adour (Landes)* C'est 
«H monument du commencement du IVs siècle ou peut-être de la fin do IIIs, 
qtii parait avoir été travaillé dans le midi de la Gaule et appartenir à la 
fatniUe des sarcophages toulousains. Les sujets sculptés sur ce tombeau sont i 
le sacrifice d'Abraham^ le Paralytique, le jeune Tobie, Jouas, Adam et Eve 
violant le précepte divin, Daniel, la résurrection de Lazare. A côté de ces 
représentations connues et souvent décrites, il en est deux autres qui peuvent 
prêter à la controverse* L'interprétation qu'en a donnée le P. Minas! nous 
paraît d'un haut Intérêt : aussi allons-nous reproduire deuji chapitres d^ 0$ 
dissertation. 



i . — Adam élevé a l*état dé obagb* 

La scëoe est ici d'un incomparable intérêt, soit parce qu'elle 
est unique parmi tous les monuments connus jusqu'à présent; 
soit parce qu'elle est elle-même du plus haut prix. 

Un personnage, jeune encore, vêtu de la double tunique, le 
manteau drapé à la manière des ascètes, tient un vobmen de la 
main gauche et pose la droite sur la tête d'un tout jeune homme 
nu. Celui-ci.dans l'attitude de la reconnaissance, étend une main 
Ters son bienfaiteur et presse l'autre contre sa poitrine. L'action 
et la pose respectueuse marquent la grandeur de celui qui donne^ 
l'infériorité de celui qui reçoit. Au milieu, entre ces deux person- 
nages, s'élève un chêne vigoureux ; à la cime est une colombe, 

TOUX XV. 32 



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482 



SARCOPHAGE D AIlUe-SUR-L ADOOR 









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les ailes étendues, comme prête à s'envoler et à \enir se poser 
sur la tête du jeune adolescent. 

Je crois que le sujet traité ici n'est pas la création d'Adanii 
qu'elle y est seulement supposée ; mais qu'il s'agit de l'élévation 
à l'état surnaturel, à la grâce sanctiflante. Une simple étude de 
la manière dont notre artiste a disposé son tableau sufGra à la 
démonstration de ma thèse. 

Assurément, la composition n'est pas empruntée au récit de la 
Genèse. Excepté l'arbre^ signe caractéristique du lieu de la scène, 
je ne vois ici rien qu'on puisse rattacher à la narration biblique. 
Hais le tableau est la copie assez fidèle d'un autre où sont retra* 
cées les cérémonies du baptême. M. l'abbé Hartigny, parmi un 
grand nombre de monuments de ce genre^ reproduit une peinture 
du cimetière de Calliste où l'on voit le prêtre imposant les mains 
sur la tête d'un jeune enfant nu *. Si cette peinture et bien d'an- 
tres mettent sous notre regard un tout jeune enfant, ce n'est pas 
sans une raison cachée. On sait en effet que, & l'époque des 
persécutions, époque du monument romain^ les néophytes étaient 
généralement d'un âge déjà mûr : d'où il suit que l'usage cons- 
tant des artistes chrétiens de représenter^ sous la figure d'un en- 
fant de l'âge le plus tendre, le nouveau régénéré dans les eaux 
baptismales, marque essentiellement la vie nouvelle ou renais- 
sance par la grâce du baptême. Sur d'autres monuments, outre 
le prêtre qui impose les mains, on voit une colombe, ies ailes 
déployées, descendre sur le jeune enfant placé dans une vasque; 
ainsi, sur une cuillère éditée par le P. Hozzoni ', et sur une 
pierre reproduite par Huratori *. Si donc le groupe de notre sar- 
cophage nous offre une scène unique encore sur les monuments 
de ce genre connus jusqu'à présent, il reproduit cependant, on le 
voit, un tableau connu dans l'iconographie ancienne. Il est bien 
évident que l'artiste, s'il avait voulu réellement mettre sous les 
yeux la création de l'homme, n'aurait jamais choisi ce mode de 



^ Diction.^ v. baptême. 

• Ib., loc. cit. 

• In$cripti<mi$, pi. 1688, n. 5. 



Wrl 



^'■rA 



SAUC^PUAGB D'aIEE-SUR-l'aDQUR 



483 



représentation. Incoùtestablement, l'imposition des mains et le 
Yol de la colombe vers le jeune adolescent ont une corrélation 
manifeste et identique * : ils ne sauraient marquer à la fois et la 
création et la sanctification. 

Saint Augustin énonçait en ces termes l'élévation d'Adam à 
l'état de grâce : Accipiat Spiritum Sanctum^ quo fiât in animo ejus 
delectatiodilectioque summitUius atque incommutabilis bom\quod Deus 
est *. Les saints Pères sont unanimes à établir une parité entre le 
nouveau baptisé et Adam avant la chute. (Vid. S. Zeno, tract. 

XIX.) 

Cette comparaison du néophyte avec Adam fut tellement chère 
aux écrivains ecclésiastiques qu'ils n'en ont laissé échapper aucun 
détail. Saint Cyrille de Jérusalem remarque jusqu'à cette nudité 
du catéchumène que l'on baptise, semblable ù celle d'Adam avant 
la chute *. 

Les saints Pères commentaient la doctrine de l'Apôtre des ha« 
tions ^ • Par conséquent^, notre artiste a reproduit avec raison 
dans son admirable tableau les compositions du baptême : il 
avait dans l'enseignement de l'Église un guide et un modèle à 
suivre. 

Deux personnes de l'auguste Trinité apparaissent seules dans 
notre tableau, et une seule sous la forme humaine. La colombe 
représente le Saint-Esprit; le personnage qui impose une main 
sur la tête d'Adam et de l'autre tient un volumen^ c'est le Verbe. 
Le volumen marque la doctrine ou la loi, lorsque le Sauveur est 
représenté opérant un miracle, ou envoyant saint Pierre et les 
Apôtres prêcher l'Evangile. Ici, l'artiste a voulu préciser davan- 
tage la signification des tableaux : le livre en effet peut très- 
bien exprimer l'idée de la sagesse du Verbe, de la parole du 


















* Egressi de lavacro pcrungimur benedicta unctione. Dehinc roanus impo- 
nltur per benedictionem advocans et iovitaDS Spiritum Sanctum (TertulliaD.| 
De Bapt., c. yu-Tiii; cf. Paleotimo, jinliquitatum, etc,^ lib. XII). 

* Ap. Petavium, De opif» sex Dier.y 1. IV, c. u. 

* Calech. myst,, u. 

* Ephes., IT, 24, 20; Colosi., in, 9, 10. 



/ 



M 



|g4 WBCGPHàOB D'AIKB-8im-L'AD0UH 

Père de 1. seconde perMnoe de la sainte Trinité. Il liiol, en ou- 
tre tie pas oublier que les anciens, toutes les fois qu ils outToulo 
teindre le Messie, fout représenté jeune, avec une chevelure 
atondaute, frisé, et retombant sur les épaules : les sareophages 
de la Gaule ne lui donnent pourtant pa. les ehereui auMi long, 
nue le lont les Romains. Notre marbre reproduit tout à tait cette 
monière de représenter te Verbe, ce qui, du reste, concorde par- 
taitement a-.ec l'enseignement des anciens Pferes, unanimes a 
rapporter i U seconde personne les antiques théopbames . 

Puisque le sujet du tableau est la sancUIlcation d'Adam, on 
voit dès lors pourquoi Dieu le Père, créateur de tout ce qui est, 
n'a pas dû apparaître : en outre, le Père est toujours comme in- 
visible et opérant par les deux autres personnes. Cest pourquoi 
les anciens avaient coutume de le représenter sous le sjmbole 
d'une main qui sort de la nue, pour témoigner qu'il est visible 
seulement par ses œuvres. Néanmoins il a élé Bguré quelque- 
lois sur d'anciens sarcophages, temoin celui qu'on voit aujour- 
d'hui au musée de Latran, extrait des fouilles de Salnt-Paul- 
hors-les-Murs, et duquel il convient de dire un mot. 

U scène est, en partie, empruntée k la Genèse : Adam est 
couché i terre, Eve est debout i ses cètes ; un personnage Ini 
impose les mains eu portant ses regards vers un autre person- 
nage assis sur un trône, lequel étend les deui doigts de la main 
droite : un troisième, avec barbe, comme les deui précédents, 
mais te Iront chauve, est placé derrière te Irène et regarde. 
C'est Dieu le Père : l'artiste a voulu le désigner par le front 
chauve; c'est la première fois qu'on trouve lasainteTrinite re- 
présentée d'une manière aussi manifeste dans les monuments sa- 
crés. Si nous considérons Dieu le Père, relativement à nos pre- 
miers parents, nous verrons que l'artiste l'a placé là comme sim- 
ple accesssoire; c'est pourquoi il le met derrière le trône et comme 
en dehors de la scène principale. De tait, les deui autres per- 
sonnes agissent seules ; le Père, au contraire, a déji accompli le 
grand œuvre de la création, présupposée par l'artiste. Le per- 

* cf. Tandenlmeek, Dineil. llMolog., (b TAcApAamt*, Lonnli, lUl. 



i:» 






SAECOPHAGB D*AmB-8UR-L'AI>0Ua 485 

sonnage assis sur le Irône est le Verbe. Nous renvoyons à Buo« 
narotti ^ le lecteur curieux de détails archéologiques sur les 
sièges ou trônes antiques : ils sont dans la forme de celui qu'on 
voit ici, ornés de draperies précieuses. Je me borne à faire re- 
marquer leur double signification : la première est l'autorité ma. 
gistrale de renseignement. La chaire ou trône est la place du 
maître qui enseigne la loi et explique la doctrine. L'artiste ne 
veut point marquer autre chose quand il place sur un trône 
révoque, l'Apôtre ou Jésus-Christ lui-même. Saint Augustin a dit 
en ce sens : Sedens autem Dominm docet quod pertinet ad magiste- 
rii dignitalem ** La seconde signification est celle de majesté et 
d'autorité^ elle est propre au supériear. Cependant le trône peut 
désigner les deux choses à la fois, ou bien l'une ou Tautre sé- 
parément. C'est le cas du monument romain, qui marque spé- 
cialement l'empire et l'autorité, ou le commandement. Les deux 
doigts élevés de la main droite du Verbe peuvent sans doute être 
pris comme signe de la parole, et, à ce titre, les archéolo;jrues 
aiment à reproduire un passage d'Apulée '. Mais, sans m'arrèter 
aux paroles de cet auteur, je conviens en effet quej sur les verres 
peints, ce geste indique certainement la conversation ou discus- 
pion avec d'autres *• Or, le Verbe n'est pas ici représenté dans 
l'acte créateur ; car alors comment expliquer son attitude sur le 
trône^ signe d'une certaine supériorité relativement au person- 
nage placé en face, surtout quand on remarque l'Esprit-Saint 
tourné vers le Verbe, comme pour l'observer et l'écouter^ de 
telle sorte que son imposition des mains sur la tète d'Eve est es- 
sentiellement dépendante de ce qu'opère le Verbe divin ? Admet- 
tez au contraire que l'action soit commune aux deux personnes, 
à l'une comme envoyant (mittem)^ à l'autre comme envoyée 
{misms), toute difficulté s'évanouit. Nous aurions ainsi l'exprès^ 
sion de la même idée que celle du sarcophage gaulois : le Verbe 

* Vetri^ p. 100 et aoiv. 

' Lib. I. de Serm» Dei in monte. 

' Hfeiamorph,, ii. 

^ Garrucci^ planeh. xi et passim. 



^ 



486 SARCOPHAGE D'aIRE-SUR-L'aDOUR 

invitant TEsprit-Saint à perfectionner par la collation de ses dons 
l'œuvre déjà créée. Sur notre monument, l'imposition des mains 
est attribuée à la seconde personne, représentée seule sous la 
forme humaine, tandis que l'Esprit-Saint y est figuré sous le 
symbole delà colombe. Sur le monument romain^ au contrairet 
comme l'Esprit-Saint apparaît sous forme humaine, l'artiste n*a 
pas pu le représenter mieux qu'en lui donnant le geste qui, dans 
la cérémonie du baptême, marque la collation du Saint-Esprit. 

L'artiste chrétien, quand il a retracé une scène de l'Ancien 
Testament, Ta toujours expliquée par le Nouveau. Or, le passage 
de saint Zenon auquel nous avons renvoyé plus haut est accom- 
pagné de cette observation du docte annotateur : In bapttsmate^ 
Sptrïtus Sancti gratia obsignati sumus^ qua tmaginem FiUi qui vera 
imago est Dei Patris^ exprimimus^ et il cite pour confirmation de 
cette doctrine les passages des saints Itères, si doctement exposés 
par l'éminent théologien Petau * . On voit dès lors comment l'état 
de nos premiers parents avant la chute et celui des régénérés 
dans les eaux baptismales se rapportent l'un à l'autre, filettons 
de côté, par conséquent l'idée de la création; elle ne saurait nous 
expliquer le monument : il n'était pas d'ailleurs dans les habi- 
tudes de nos anciens artistes chrétiens de s'arrêter aux faits de 
Tordre purement naturel. Adam endormi et Eve, enrichie des 
dons de la grâce, sont une allusion manifeste à la doctrine de 
l'Apôtre, doctrine reproduite ensuite si habituellement par les 
saints Pères. Ergoj disait saint Augustin, et ipse {Chrisius) sopo- 
ratus est dormitione passionis ut ei conjux Ecclesia formaretur.., For- 
mata est ei conjux Ecclesia de latere ejus, id est, de fide passionis et 
baptismi. 

Je ne pense pas qu'il faille rattacher le groupe du sarcophage 
gaulois à une intention apologétique ou polémique : je le crois 
tout simplement doctrinal. Quand on observe qu'il est seul 
dans son genre, on serait porto à croire le contraire : on n'affirme 
que les vérités contestées. Mais les erreurs contre les dogmes de 
la foi, ici exposes, commencèrent à se répandre avec l'hérésie de 

* T. II, lib. VI., th. V, n. 10 et scq., édit. Migne. 



ëAaCOPHAGE d'aire-8UR-l ADOUa 487 

Pelage dans les premières années du V' siècle seulement, et notre 
monument est d'une époque antérieure. La nouveauté de notre 
groupe pourrait bien néanmoins permettre de supposer quelque 
commencement aux fausses doctrines qui, dès le IV'^siocle, don- 
nèrent un point d'appui au système hérétique établi ensuite par 
Pelage. L'hérésiarque enseignait comme fondement de sa doc- 
trine que l'état de nos premiers parents avant la chute était d'un 
ordre purement naturel, sans élévation à un état de grâce supé- 
rieur et surnaturel, et que leur descendance nait aujourd'hui 
en une condition tout à fait semblable à celle d'Adam et d'Eve 
au jour de la création, c'esUà-dire sans vice ni vertu, sans grâce 

* 

ni péché. Les enfants, par conséquent, ne sont pas baptisés pour 
éire lavés de la souillure originelle qu'ils n'ont pas contractée. 

Mais si notre sculpteur n'a pas eu en vue la réfutation d'une 
erreur, on ne peut dire la môme chose du sarcophage romain. 
Les hérésies contre la Trinité agitèrent, on le sait, le IV*^ siècle : 
il sutQt de rappeler les ariens, les apoUinaristes, les priscilUanis-» 
tes et autres hérétiques de ce temps. Si déjà, avant cette époque, 
SabeUius a nié la trinité des personnes en Dieu, confondant l'idée 
de personne avec l'idée de nature et n'admettant qu'une pure dé- 
nomination dans les trois noms divins, il est pourtant vrai que, 
en Occident, l'erreur antitrinitaire fut propagée au !¥• siècle seu- 
lement. Le sculpteur romain avait certaioement en vue l'hérésie 
contemporaine; car, s'il donne à chaque personne de l'auguste 
Trinité une attitude diverse, à toutes néanmoins il donne la forme 
humaine et la barbe ; tandis qu'il paraissait plus convenable de 
représenter le Saint-Esprit sous le symbole de la colombe et de 
laisser dans l'ombre Dieu le Père, comme l'a fait l'artiste du 
sarcophage gaulois. 11 semble donc évident qu'il y a eu intention 
formelle de constater l'égalité des trois personnes. De fait, outre 
la difficulté d'exécution en pareille matière, on sait assez quel 
danger offrait aux intelligences communes, habituées aux gros- 
sières erreurs du paganisme, une représentation plastique du 
mystère cbrélien. C'est pourquoi les premiers artistes ne trai- 
taient point ce sujet dans les monuments peints ou sculptés, et 
celui-ci aurait incontestablement agi de même, s'il n'avait 



488 SAROOPHAGB D'AtaB*8UR-L'ADOf7E 

réellement pas eu rinteotion de protester contre rhérésie ré- 
gnante. 

IL— Lb Pastbcr, deux fbmiibs bt orb enfant. 

Suit un groupe composé du bon Pasteur placé entre deux feuh 
mes et une jeune enfant. Le Pasteur est vêtu d'une tunique re- 
troussée (succincta); sa chaussure est ornée d'un nœud de petites 
cordes, sans doute pour resserrer, mais plus probablement par 
manière de simple ornement ; il a les épaules chargées d'un bé- 
lier qui tourne la tête pour regarder le Pasteur ; ses cheveux 
sont ras, et sa joue droite, moins effacée par le frottement, 
montre qu^l portait la barbe. C'est une des plus belles sculp^ 
tures de notre sarcophage : le type antique du Pasteur était un 
des mieux conservés chez les artistes chrétiens : c'est un' de ceux 
où excelle davantage leur ciseau : ce qui confirme de plus en 
plus nos observations sur la différence artistique des groupes du 
couvercle. 

A droite du Pasteur est une femme assise, ainsi que le démon^ 
trent le genou gauche porté en avant et toute son attitude. Elle 
est vêtue de Tétole {siola)^ longue tunique propre aux femmes, 
ornée de manches : elle a la tête et les épavies couvertes d'un 
voile retombant sur les bras, de manière à laisser les mains li'> 
bres pour embrasser la jeune enfant * . Celle-ci est debout, éga- 
lement vêtue de l'étole sur laquelle est une large bande d'étoffe 
serrée aux flancs par une ceinture. Un mot sur ce vêtement, qu'il 
importe d'expliquer pour avoir l'intelligence du groupe. Dans 
une peinture à Fhuile éditée par Boitari S on voit des religieux 
couverts de la même forme d'habillement; Jésus-Christ, lavant 
les pieds de saint Pierre, est rb|»résenté dans le même costume 



' Voir rimngc ùq la sninto Vjcigc dans Boitari (Rom. êoii,, pi. LXiXli), 
où Von voit cette munière de porter le voile ou pallium» 
* R(ma soit , t. HI, uu couimvncemeDt. 



»'^ S.'^J-i^ 






SARG0PHA68 o'aII^-SUR-L'aDOUR 489 

sur un antique sarcophage ^ Evagrius, dans la Vie de saint An- 
(otne^ appelle ce vêtement ^leevSuniC) que quelques-uns traduisent 
^par scapulaire *. Saint Athanase désigne du même nom l'habit 
des vierges consacrée^ à Dieu 6 iicevStSniç oou {icXaç. Uépendyte est 
donc le scajnUaire ou patience dont se revêtaient les personnes 
consacrées à Dieu. Schlewsner se trompe évidemment quand il 
entend par épendyte la tunique supérieure, et Suidas i qu'il cite 
pour appuyer sa définition, est justement réfuté par Ducange *. 
La chevelure de la Jeune enfant est disposée à ondes^ pour me 
servir ici de l'expression de Buonarptti, qui compare cette ma- 
nière ondée de chevelure, qu'on voit apparaître quelquefois sur 
les verres peints, à celle de Mammée et d'Octacilia, de Julia 
Paula et de Tranquillina, comme à celle de Salonina, femme de 
Gallien, et de Severina, femme d'Aurélien, sur des médailles 
antiques ^. Je retrouve cette même manière sur une peinture, 
exactement reproduite par Boldetti *, empruntée au fameux Co- 
dex Vaticanus d'un Virgile : c'est la représentation d'un banquet 
païen. On ne retrouve guère que sur les verres peints ce mode 
d'ajuster la chevelure ; pour les œuvres sculptées, notre sarco- 
phage est le seul monument chrétien qui le reproduise. Au 
reste, la manière en était commune aux épouses et auic vierges. 
A gauche du bon Pasteur est une autre femme debout, vêtue 
de rétole, et, pardessus, d^un voile ou ;7a//{um qui lui couvre 
la tête et lui enveloppe la taille. Cette femme est plus petite que 

m 

' A., tav. xziv.— La Civiltà cattoliea, 3 mars 1872, nous fait connaître 
dans un de ses articles^ une ancienne peinture da cimetière de Ntples où l'on 
retrouve là même forme de vêtements : cr Sur la même paroi, est représenté 
un évêque en dalmatique et étole, il tient de la main gauche un livre fef mé| 
k sa drcdte est nne aranU^ la tête couverte d'un voile : l'un et l'autre sont 
nimbés. On remarque particulièrement la large bande qui descend dn cou 
on peu au-dessous de la ceinture, semblable à ce pardessus que nous appelooi 
patience chez les moines >. 

* Voir Ducange^ Lexic. 

' Loc. c't. 

^ Velri, p. 155 et suiv. et tav. xxu, n. 1 ; sxii, n. l ; zxvi. 
Osservi ^ioni, p. 206. 






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490 SARCOPHAGE d'aHUE-SUR-L'aDOUR 

Tautre : sa physionomie, autant que le laisse deviner après beau- 
coup d'efforts Teffacement du relief» est également différente. 

Quelle est la signification de ce groupe mystérieux et si peu en 
usage ? La manière de représenter le bon^ Pasteur, la plus an - 
ciennc et la plus ordinaire dans les monuments sacrés, est de 
nous le montrer portant sur ses épaules une brebis ou un bélier. 
Aussi le Toit-on fréquemment au milieu de la voûte des cubi- 
cules, environné de personnages ou sujets empruntés aux Ecri- 
tures Saintes. C'est ce que Ton peut aussi observer sur une pré- 
cieuse plaque de métal, éditée par Buonaroiti S que j'estime de 
la plus haute antiquité. Parmi les personnages gravés tout au- 
tour, on voit d'une part Moïse frappant le rocher, de l'autre un 
néophyte, et nullement Samsou emportant les portes de Gaza, 
comme l'imaginait Buonarotti*, et cela d'après la planche qu'il 
nous donne. 

Le Pasteur est encore pins ordinairement représenté avec un 
troupeau à ses pieds ; quelquefois les brebis sont couchées à terre, 
d'autres fois elles paissent près de lui dans un pré ou dans un 
champ plantureux. Les brebis désignent incontestablement les 
fidèles du Christ; le bercail de l'Église est représenté au centre 
de la voûte d'un cubicule avec le Pasteur *• 

La parole du Pasteur ramenant au bercail la brebis égarée 
rappelle à la pensée la rédemption du genre humain par le Verbe 
incarné. Dans les monuments sacrés, le sacrifice est représenté 
par une brebis ou un bélier sur une montagne; il faut reconnaî- 
tre, je crois, le même symbolisme dans le Pasteur chargeant sur 
ses épaules la brebis ou le bélier. Je n'oserais pourtant pas l'af- 
firmer pour tous les cas, mais en me restreignant au groupe ac- 
tuel^ je dis que les personnages qui entourent ici le Pasteur per- 
mettent de prendre le bélier qu'il porte, non comme un symbole 
de l'humanité errante et perdue, sauvée ensuite par le sacrifice du 
Pasteur des âmes, mais comme symbole du sacrifice du Pasteur 

" Vêlri^ p. 2; tav. i, n. 1. 

• fe/ri, p. 2; tav. i, n. 1. 

* Roma ioU i tav. cxtiu. 



.x-*:* T-Tv-î 









SARCOPHAGE d'aIRE-ÇUR-l'aDOUE 491 

lui-même donnant sa vie pour ses brebis. Je pourrais apporter, & 
l'appui de mon opinion, bon nombre de textes des saints Pères 
qu'on peut lire du reste dans le P. Garrucci *; j'aime mieux me 
borner à un magnifique passage de saint Paulin, oublié par les 
auteurs à moi connus. Le saint parait avoir sous les yeux quel- 
que monument quand il fait sa poétique description, qui sert 
d'ailleurs à éclaircir plusieurs particularités remarquables de 
certains monuments. Il parle en ces termes : Vellera sua (Ovis- 
Christus), tdest^ camk exuvias abstrahi sibipassus. Ipse enimpro 
nobis et animam et carnem suam posuil et recepit, qui sacerdos et hos^ 
tidy et agnus etpastor est^ qui pro ovibus suis pastor^ et pro pastoribm 
suis agnusoccisus est.,. Qui semetipsum pro omnium reconciliatione 
Patri libanSy victima sacerdotii sui et sacerdos sux victimœ fuit •. 
Les saints Pères ne sont pas seuls à enseigner que Jésus-Christ 
est en même temps victime et prêtre, les monuments chrétiens 
proclament la même doctrine, par exemple lorsque, au lieu 
d'Abraham sacrificateur, ils nous otTrcnt Jésus-Christ lui-même', 
victime et pasteur tout à la fois, comme le redit dans ses vers le 
poète chrétien : 



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• H 



Victima quœ dabitur, eum vict^a pastor liahetur^f 



La barbe du pasteur, comme la portaient les esclaves auxquels 
seuls était aussi réservé le supplice de la croix, est-elle un signe 
d'esclavage : Formam servi accîpiens? on pourrait le soupçonner, 
en remarquant combien il est rare de voir le pasteur ainsi re- 
présenté dans l'iconographie chrétienne. S'il en était autrement, 
nous ne verrions là, comme en tout le reste, que la reproduc- 
tion d'un type convenu. De même, je ne saurais voir dans les che- 
veux ras un pur caprice de notre artiste : ce groupe et le der- 
nier du sarcophage où est Jésus-Christ sont les seulâ à le présen- 






if.- 



\^ 






* /'etri, p. 60 et luiv. 

* Epist, XI ad Severum, éd. Migne. 

* Garrucci, loc. cit., tav. i, f. ^. 

* Sedulius^ car m. pascb. \. v^ 356. 



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492' SAROOPHAan D*AniR-StJB-L'ADODR 

ter sous cette forme : or, saint Paulin * et bien d'autres affir- 
ment que, dans l'Église chrétienne, les cheveux ras dénotent la 
servitude et la soumission. Sans insister davantage, je me borne 
à redire avec un ancien et perspicace archéologue : c En pareille 
matière, nous devons observer attentivement toute chose, mais 
il faut suspendre son jugement jusqu'à ce que de nouveaux exem* 
pies nous déterminent. » 

Ces observations, j^aime à le redire, ne prétendent pas établir 
que le 'Pasteur chargé de la brebis, ne signifie pas généralement 
le rappel au bercail de l'humanité égarée, signification essen- 
tiellement unie à Pidée de rédemption et de sacrifice ^ mais 
cette dernière pensée pourrait bien être quelquefois seule expri- 
mée, comme il résultera de ce qui nous reste à dire sur notre 
sarcophage. 

Les brebis autour du Pasteur symbolisent l'Église du Christ, 
avons nous dit : notre marbre montre le même symbole, mais 
peut-être le fait-il avec plus de clarté, du moins pour les pre- 
miers fidèles, en le reproduisant autrement. Je dis donc que la 
femme et la jeune enfant, ici représentées, signifient l'Eglise 
mère des fidèles. En examinant attentivement ces deux sculptu- 
res, j'ai reconnu que notre artiste s'est étudié à reproduire en 
quelque manière, du mieux qu'il a pu, la Vierge qu'on voit sur 
les tableaux représentant l'Epiphanie : elle y est voilée et assise, 
absolument comme sur notre sarcophage. Assurément notre ar- 
tiste n'a pas voulu reproduire des orcmtes^ lesquels indiquent 
ordinairement, sur les pierres sépulcrales, une personne déter- 
minée *• Je ne vois donc pas à quel autre sujet rapporter sa pen- 
sée, s'il n'a pas en vue celui de l'Epiphanie. L'idée dominante 
est celle de maternité. L'attitude de la femme assise ne se reporte 
pas au Pasteur, mais à la jeune enfant quelle ramène vers son 
sein. Celle-ci est le symbole de l'âme fidèle, ainsi représentée d'or- 
dinaire, comme on peut le voir, par exemple, sur une précieuse 



• Carmen xiii. 

* BoMotti, Osservaxioni, p. 363, 369, 377. 



J 



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■/•^'■m 



9AaiOOPHAGB D'AIR6-SUR-L'ADPtm 493 

médaille éditée dans les œuvres posthumes du P. Lupi ^. Deux 
clioses sont évidentes : la première* c'est que les orantes sculp* 
tées sur des pierres sépulcrales marquent, par leurs bras éten- 
dus, la prière qu'elles font entendre dans le Ciel pour TÉglise 
militante; c'est pourquoi, sur notre marbre, la jeune enfant 
n'est pas dans l'attitude d'orante^ car elle représente l'Eglise mi- 
litante. La seconde, c'est que les ftmes, pour l'un comme pour 
.'autre sexe, sont représentées sous la forme d'une jeune enfant, 
suffit d'invoquer l'autorité de l'épitaphe de CoBsidius, éditée 
par M. de Rossi dans son Bulletin éT Archéologie chrétienne *. Une 
'eune enfant orante entre deux oliviers symbolise Tàme de Coesi* 
dius. Je m'abstiens autant que possible de surcharger mon tra- 
vail de textes des saints Pères et me borne à déduire mes con- 
clusions de l'étude du monument lui-même que j'explique et de 
sa confrontation avec d'autres ; néanmoins je ne puis m'empê- 
cher d'alléguer un témoignage de l'enseignement général. Voici 
en quels termes s'exprime saint Paulin; on dirait qu'il veut nous 
expliquer le geste de la femme embrassant la jeune enfant : 

lABta novos geminie ut mater Ecclesict partuB 
Exdpiat sinibiu^ quos aqua protulerlt '. 

Notre artiste a marqué la naissance spirituelle ou régénéra- 
tion chrétienne en habillant la jeune enfant comme étaient vêtues 
les vierges consacrées à Dieu : c Quae etiam ipsa (Maria), dit 
saint Augustin, flguram in se sanctse ecclesise demonstravit ; ut 
quomodo filium (Christum) parions, Virgo permansit; ita et 
hœc (Ecclesia) omni tempore membra ejus pariât, et virginita- 
tem non amittat ^. > 

La femme à gauche du Pasteur est debout : l'artiste ne l'a pas 
représentée différente de l'autre par l'attitude seulement, mais 
(ar tous les détails. L'air du visage^ autant qu'on peut en juger, 

^ Dinert., 1. 1^ p. 205 et seq. 

* Ann. 1868, pi. ii» éd. franc. 
' Ep. xxxii, n« 5. 

* Db lymb. ad oaUieeom. 1. IV, ci. 



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1 



494 SAAco?HAaE d'airs-sur-l'adour 

est lui-même tout autre : la grandeur, qu'on peut mesurer par 
la différente proportion des mains, n'est pas égale non plus : 
d'ailleurs, la femme de gauche, quoique debout, n'arrive pas de 
la tète jusqu'au listel. En un mot, toute la nïanière de l'artiste 
indfque qu'il a voulu établir une différence marquée entre les 
deux sculptures. 

Quelle peut être la signification de cette seconde femme 7 Si* 
nous n'abandonnons pas l'idée principale du groupe, c'est-à- 
dire l'allusion à l'Eglise du Christ, bon Pasteur, nous pouvons 
sans grande difficulté résoudre le problèmcl 

Quand les femmes, placées à côté du Pasteur^ désignent la per- 
sonne défunte, elles sont constamment représentées sous la forme 
adorantes» Ici, il n'y a pas adorante : c'est l'image de l'Eglise mili- 
tante. Car, impossible de sortir de ces deux hypothèses, dont la 
première manifestement est exclue. 

Si notre sculpture désigne l'Ëglise, sa signification estévidente : 
elle représente Vépouse du Christ. Une simple observation le dé- 
montrera. Déjà nous l'avons dit, cette seconde femme est en pa« 
rallèle avec la première dont nous avons exprès donné d'aborJ 
l'explication. Cela posé, si la première est une représentation de la 
Mère des fidèles, la seconde exprimera l'idée deVépùuse du Verbe 
fait homme, qui figure au milieu sous le voile du symbole. Sur 
tous les monuments, soit païens, soit chrétiens, l'épouse est tou- 
jours placée debout, afin de marquer une certaine égalité avec 
le mari dont elle est la compagne et non pas l'esclave. Il faut re- 
marquer toutefois que l'épouse est toujours à droite. Ce n'est pas 
la marque d'une préséance, mais d'une certaine infériorité, 
comme le démontre assez bien Buonarolti * ; car, chez les Ro- 
mains, la femme était en pouvoir du mari, ou, comme ils s'expri- 
maient, sous la main» Une preuve encore, c'est que le mari est 
toujours placé en avant de la femme, comme le fait observer le 
savant arcbéologae, ou, plus exactement encore, un pas en avant, 
selon l'observation du P. Garrucci *. Si nous avons ici l'épouseï 

* Velri^ p. 160 et auiv. 
« Vetrif p. U, 2'cdit. 



lARcopHASK d'ajrk-sur-l'adour 495 

placée à la gauche du Pasteur, il ne s'ensuit rien contre notre 
explication, applicable seulement quand il y a une seule per- 
sonne. En outre le mouvement des personnages de l'auge, qui 
Ta d'un angle à l'autre, donne à l'épouse du Christ la place qui 
lui convient. 

Il faut lire dans saint Paulin l'exposé de nos idées, ou de celles 
de notre artiste : il mérite d'être lu en entier; ooy trouvera une 
admirable interprétation de notre groupe. Après avoir dit que 
l'Eglise a été unie au Cbrist, qu'elle est tout à la fois l'épouse et 
la sœur de son divin maître, il ajoute : 

Sponta quati eonjux : toror est quia subâita nm mt. 

Inde monet mater œtemi iemine Verbi 
Conâpiena popuÏM, et pariier parieiu. 

La manière dont on voit les épouses vêtues est diverse : maia 
plusieurs apparaissent dans la forme employée par notre sculp- 
teur '. Si elle manque de ces atours mondains dont on ornait, 
même sur lesmonuments chrétien3,la représentation de la femme, 
cette austérité convenait à l'épouse immaculée du Christ, dont le 
plus bel ornement vient de la gr&cc qu'elle a reçue avec tant 
d'abondance du son divin épout. Tel est aussi rornement conve- 
nable aux jeunes chrétiennes, comme te dit saint Paulin, dans 
le poëme précité : 

Aiffea vettU hwtc gratta pura Dei est. 

Cette simplicité du costume ne sera jamais une objection sé- 
rieuse contre notre explication, surtout dans un monument de 
cette antiquité. 

Que le lecteur choisisse maintenant : ou il adoptera, s'il la 
juge satisfaisante, notre explication des sculptures autour du 



' Poeraa zxt, édiU Migne. 

■ BotUri, Rom. $atl., Ur. iz, etc. 









Lr*- ■ •■ 



496 9ARG0PHAGB D'aIR^-SUR-L'aDODR 

Pasteur ; oa )>ien» il croira que le bélier est ici non pas an sym- 
bole du sacrifice, mais un emblème de Thumanité égarée et per- 
due. Quant à moi, je ne saurais me départir de la première opi- 

^ ; nlon, la seule qui me paraisse en harmonie avec tout Tensemblô 

I du tableau. 

P.BIlMSI. 






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LES VITRAUX D'ÊGLlSE 



Souvenirs de saint Martin dans la cathédrale de Chartres 



Le nom de saint Martin, l'un des plus illustres apôtres des 
Gaules, a été invoqué par un très grand nombre de catholiques 
à Toccasion de la ucuvainc de prières pour rAsscroblée natio* 
nale; d'importants })èlerinages se sont accomplis au lieu de spn 
tombeau. Outre les faveurs générales dont la France, en temps 
de crise, s'est déclarée redevable à saint Martin, combien de villes 
et de villages ont vu des faveurs particulières attester son puis- 
sant patronage! Deux miracles, opérés par lui dans le pays char* 
train et consignés dans nos annales, suffiraient à justifier là Tez* 
tension de son culte ; beaucoup d'églises de notre diocèse ont été 
érigées sous son vocable. On va honorer une partie de ses pré- 
cieuses reliques à Saint-Martin-au-Val, aux portes de Chartres, et 
à Saint-Hartin-de-la-Crypte, sous notre cathédrale. Son image, 
dont nos aïeux multipliaient les reproductions, avait droit à une 
place d'honneur dans cette même cathédrale où tous les types de 
grandeur et de vertu semblent s'être donné rendez-vous, sur 
l'ordre de Ticonographe et entre les mains des sculpteurs ou des 
Terriers. 

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498 L£S VITRAUX d'ÉGUSK 

Enfia, elle a reparu dans son intégrité, la fenêtre dite de Saint* 
Martin, la première & l'entrée de la grande nef, près dûbras gàn* 
clie du transsept, et elle a repris son aspect antique, grftëe a un 
travail imtienlet délicat dont nous louons sincèrement ' le des- 
sinateur, M. Steinbel>, ainsi que le peintre-verrier, M. Cofifcitiér, 
deux artistes du Hoycn-Ageperdiisdana le }HX^ ^ècîe; Les fidèles 
ont-ils assez remarqué ces panneaux neufs qui ont l*emplâcé le 
verre blanc? Autrefois l'étude des siifets de verrières était fami- 
lière aux chrétiens ; certaine catéchismes recommaiiidaiént <fe /et 
regarder en récitant le chapelet durant la messe. Il est vrai qà*avanl 
l'invention de l'imprimerie, l'attention du fidèle ne pouvait ^ap- 
peler à son aide un livre d'offices ; mais ^, plus heureux, nous 
avons, nous, dans<:e livre d'heures, un facile directoire de notre 
piété, est-ce une raison de négliger complètement 1^ guides pri- 
mitifs? 

Un Jour, nous exprimions quelque regret sur l'ignorance des 
légendes des vitraux, de ces pages artistiques écrites en lignes 
d'émeraudes et de saphirs et appelées, par un coiicilé d'Arras, 
« le livre des laïques. » On nous répondit : «Admirer l'ensemble 
des tableaux sur verre comme décoration splendide, rien de plus 
naturel et c'est une habitude commune ; mais l'analyse dés dé- 
tails historiques représentés demande des observations difficiles 
pour le public. A Notre-Dame, par exemple, la poussière des siè- 
cles n'a-t-elle pas altéré les traits des images et obscurci les sifm^ 
boles? — Mais tout va prendre un nouveau relief avec la restau- 
ration, et, dussent nos verres garder longtemps encore ces teintes 
effacées, les monographies donnent la clef des merveilles qu'ils 
portent* — Pensez, reprit notre interlocuteur, que plus d'une 
ohiélienne se reprocherait un oubli de recueillement, si elle in* 
terrompait ses lectures pour viser ainsi les hauteurs de l'édifice. 
— Fâcheux scrupule 1 Do moins ces regards risqués dans une ré- 
gion supérieure, les jugera-t-elle légitimes en dehors des offices? 
Oui, sans doute; et i)0urtant il est bien rare qu'elle se les per-^ 
mette. Avons-nous été plus curieux nous-mêmes, mon ami? A 
part les grandes figures des rosaces et quelques autres qui tami- 
sent mieux la lumière, avons*nou9 traité cette galerie de dessins 



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l£s vitraux D È6LISB 



499 



^ûtrenieat qu'une suite d'hiéroglypbes résenés a rappréciatioft 
, ^de iimelques. savants spécialistes. 

Notre, indifféxençe sur ce point trompe l'attente des évéques 
fop^ateura ou l'c^aurateurs de aotre vieille basilique. Dans le 
choix et la distribution des verrières^ se sont-ils propo<^ le rbarme 
des couleurs qui miroitent auj( rayonsdu jour, les effets du prisme 
SiUC dea mosaïques délicatement combinées? Oui^ niais un autre 
>ut p^in^U çeluirJà; ce but plus imposant était l'instructioii des 
fldèjlest , 

.Taut enseignement salutaire n'est-it pas venu i>ar les évâqncs, 
depuis Iq mol^ d'ordre inscrit dans le Livre sacré : Enseigne toiitcs 
J^ç.oatiops? Ce que nos savants modernes connaissent de moral 
ci d'utile,, n'est-ce pas le développement des leçons premières 
données par TÉglisc que trop souvent ils traitent en disciples in« 
grats7.0r^ au Moyen-Age, les pasteurs des peuples, qui savaient 
la consistance des impressions que Tâme reçoit par la vue, vou- 
lurent exposer aux yeux l'enseignement le plus considérable, 
qelvii.dela religion en exemples; ils gravèrent forcément dans la 
inémpire \es beaux résultats de h pratique de l'Evangile par une 
mise en scène de la Vie da Saints : Vie des Saints, source de sen* 
tirneots généreux à laquelle nous puisons moins depuis qût^ 
(l'une, part» les fades romans ont envahi les bibliothèques de fa- 
mille, et que, de l'autre, des manuels de dévotion d'une valeur 
souvent douteuse circulent trop nombreux aux mains des fl 
dèles^ 

Quand le moine Suger, occupé à l'embellissement de l'abbaye 
de 8aint<Deuis, faisait venir,des nations étrangères, «les plus sub* 
tiis et les plus exquis maîtres pour faire les vitres peintes, » ran- 
gent des troues, destiné aux frais de décoration, était sialiondant, 
dit Suger lui-môme, « qu'il y en avait quasi assez pour |>ayer les 
ouvriers au bout de chaque semaine. » Alors donc, petitset grands 
comprenaient Futilité de la Vie des Sainte en imagos. Nous |iotir* 
rions encore rappeler, comme preuves éclatantes, les travaux de 
Vincent-de-Beauvais, encyclopédie inappréciable pour l'art, puis 
lés pieuses prodigalités de saint Louis et plus tard de Charles V, 
eft faveur des vitraux religieux. 



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C'est la même pensée moralisatrice qui, à notre époque, excite 
tant d'ecclésiastiques aux entreprises laborieuses de restauration. 
A notre dernier Tojagc des Pyrénées, il nous est arrivé de passer 
plusieurs heures en wagon avec cinq curés d'un même diocèse ; 
Tentreticn ne changea point d'objet et roula sur les décorsde 
leurs églises respectives; l'un expliquait un projet conçu, raulre 
un plan déjà réalisé ; tous semblaient raisonner selon les données 
d'une vraie science, mais l'idée mère nettement déclarée était 
toujours l'instruction des paroissiens. Un de ces messieurs, après 
de sérieuses études et de lourds sacrifices d'argent, avait pu obtenir 
une longue série de verrières résumant les traits les plus saillants 
de l'histoire de la religion. Aux compliments de ses confrères il 
répondit : c Mon dessein maintenant est de préparer une suite de 
« sermons en rapport avec les faits représentés : si ma prédica- 
c tion n'a pas accès auprès de mes gens parles oreilles, elle l'aura 
a par les yeux ; la parole prononcée s'envole, la leçon traduite en 
« images reste. » 

Cette réponse qui nous a frappé, nous l'adoptons comme mo« 
raie des considérations tombées ici de notre plume et nous rêve-* 
nous au sujet qui a inspiré le présent article : à la fenêtre de* 
saint Martin dans la cathédrale de Cliartres. 

Gomme toutes celles qui s'ouvrent à l'étage supérieur de la nef 
principale, cette fenêtre se compose de deux lancettes géminées, 
surmontées d'une rose et encadrées dans un simple formeret, 
leur commune archivolte. 

Sur la rose, nous lisons l'inscription suivante : Viri Turonum 
dederunt ha» très, des gens de Tours ont donné ces trois verrières. 
Indication précieuse 1 témoignage laissé aux siècles futurs de la 
dévotion des Tourangeaux à Notre-Dame de Chartres. Quand rois, 
seigneurs et peuples s'intéressaient à l'érection du palais de la 
Vierge qui doit enfanter, et que, sur notre basilique, les produits 
de leurs offrandes se transformaient en bijoux de sculptures, en 
merveilles de peintures, les enfants privilégiés de saint Martin 
pouvaient-ils ne point concourir à cet ex-voto universel? 

Voyez donc, dans le vitrail supérieur, la belle Madone, la rose 
mystique, recevant les hommagesde deux personnes agenouillées. 



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les priQcîptux donatears ; sus doute cet homme et cette 
femme figurent une députatioa de Tours auprès de Celle 
qu'^viiît aimé à visîter leur patron, le grand é?êqué dont l'his- 
toire $e dessine en couleurs éhtouîssantes hurles lancettes placées 
auida^sous dfeux.! 

K droite^ deux compartiatents se superposent et offrent chacun 
UQ.sens complet. En bas, c^est Martin, le soldat catéchumène, 
chevauchant près d'une porte d'Amiens et coupant une moitié de 
son. mmteau pour le donnera un pauvre ; en haut, c'est le même 
jeunehomme recevant la récompense de son aum6ne ; il est au 
liti et Jésufr-Christ lui apparaît, revêtu du manteau donné au 
pamvre; Cette douUe scène est un sermon en deux points sur la 
vraÎQ chaf ité qui procède de l'esprit de sacrifice et que Dieu bénit. 
Que le pauvre, avec qui s'identifie Notre-Seigneur, regarde ce 
tableau et se console ; que le riche apprenne ici à surnaturaliser 
ses actes. 

A gauche, encore deux figures; dans celle du haut, nous re- '^ 

coniniissdas saint Martin en habits pontificaux, deboui et bénis- 
sant; sa belle action d'Amiens a été le prélade de bien d'autres ; 
allant de degré en degré dans l'échelle mystérieuse des vertus, 
il est parvenu promptement à cette hauteur où l'on distinguait 
les^lusde i'épiscopat. Le spectateur admire le saint; mais qu'il 
n'oubi»e pas que la sainteté est le fruit de longs combats contre 
le démon. Que de luttes Martin, lui aussi, dut soutenir contre | 

Satan 1 et avec une vigilance d'autant plus constante que l'Ennemi ;| 

déployait plus d'artifices à son égard. Dans le personnage costumé A 

en roi qui est là sous les pieds de l'évêque, l'artiste n'a-t-il pas - | 

voulu peindre l'ennemi terrible au moment d'une tentation que 
racontent Ribadeneira et d'autres? Voici le récit de la Légende 
dorée : 

a Un jour un démon lui apparut sous la forme d'un roi cou* 
a vert de pourpre, avec un diadème et des bottines dorées, l'air 
« satisfait et serein. Et, lorsqu'ils furent restés quelque temps en 
« présence sans parler : a Reconnais, Martin, dit le démon, que 
■ je suis celui que tu adores, le Clirist qui, descendant sur la 
• terre, a voulu se manifestera toi. » Martin le regardait avec 






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n surprise, sa^i^ p.^ ré|y)i)4F9. <^Mf> d^W^ n9fMÎi : c*-- Hirttn, 
« |H>urquoi hÀHtçs4u i^crpir^q, pilisqwî. in ma YOifi? Je : suii le. 
f Ci^pist? » A^fi l'évécme, inspké de r^^VSaipt^.dii: c.Le 
c Se gncur Jésus ne s'est point iHiÇ^ifè yôtu 4q pQur{>r<i et n'a 
• |K)iiit |K)rlé (le diadème. Je ne crois pasque JésQ^GJifistt woone 
«.jaqiai^ avec ,d'^ulr^'s indignes que ceux de UPasiiioQ et mo$ 
« aypir Its.^Mgiiiateà de la Croix« > Aces mii(l§, ledi^bjisdisparat, 
a lai^SivU.la ççHule de Martiu p^eijiK^ d'u